LE CACAO ET LE CHOCOLAT
Qui nous a fait connaître les propriétés alimentaires de la pâte que l'on prépare avec le cacao? — Il est impossible de le dire. — Les navigateurs ne les ont apprises qu'à leur arrivée dans le nouveau monde, mais personne en particulier n'a le mérite de leur découverte. L'importation de ces graines en Europe est un des résultats de la découverte de l'Amérique. En abordant au Mexique, en 1520, on a vu que cette semence préparée d'une certaine façon, était empiriquement la nourriture habituelle des habitants du pays, et l'on s'est empressé, après avoir reconnu l'importance de cet aliment, d'acclimater l'arbre d'où il sort aux Antilles, à l'île de France, à l'île Bourbon, etc. — L'ouvrage de Gardenas del chocolaté, publié en 1609, est le premier qu'on ait publié sur cet aliment devenu presque une nécessité. D'acosta est le premier qui l'ait cultivé à la Guadeloupe en 1664 et depuis lors chacun a profité de la découverte comme il lui convenait.
Les indigènes prenaient le fruit énorme contenant les semences du cacaotier et le plaçaient en terre pendant -40 jours pour faire tomber le péricarpe et mourir le germe. C'est ce qu'ils appelaient terrer le cacao. Cela fait, ils faisaient sécher les amandes et les triaient pour en former des qualités différentes.
Pour s'en servir on les metlait en poudre après les avoir fait griller légèrement et on les faisait bouillir avec du sucre pour avoir la boisson réparatrice que l'on connaît.
Plus tard, cette poudre, avec du sucre et des aromates, a servi à faire une pâte sèche facile à conserver qui est le chocolat.
NICOT Et LE TABAC
Bien que ce soit Nicot, ambassadeur de France en Portugal, qui ait le premier en 1558 fait connaître le tabac (Nicotiana tabacum), plante de la famille des solanées d'où l'on a retiré la nicoline, il
paraît que ce végétal était connu en Orient. Ainsi Chardin, dans son Voyage en Perse, 1660, dit que le tabac y était connu depuis 400 ans, et Murray, Liebault ont confirmé cette assertion.
Quoi qu'il en soit, c'est Nicot qui a fait connaître le tabac en Europe, à la reine Catherine de Médicis, d'où les noms d'herbe de l'ambassadeur, et d'herbe à la reine qui lui ont été donnés. Il avait été importé du Mexique à Lisbonne par les Espagnols qui le découvrirent en 1520 à Tabaco, et qui nous apprirent ce fait d'empirisme populaire que les prêtres du Mexique en respiraient la fumée pour s'étourdir et se donner une sorte d'inspiration délirante avant de se livrer aux rites de leur religion. D'une autre part, comme les sauvages le fumaient dans un vase ou pipe appellée petun, on les a imités et peu à peu est venue l'habitude de fumer, souvent si funeste aux individus et si profitable aux gouvernements qui prélèvent chaque année sur cette passion plusieurs millions d'impôt.
L'usage du tabac en poudre à priser par les narines est tout européen et paraît être la conséquence de quelque prescription médicale destinée à combatre la migraine ou la tendance au sommeil. C'est encore là une pratique d'Empirisme sur laquelle on n'a que des données fort incertaines.
De l'Empirisme américain qui nous a fait connaître les propriétés narcotiques et stupéfiantes de la fumée de tabac est né l'Empirisme européen relatif aux effets de celte plante. Après l'avoir fumé, mâché et prisé par les narines à titre d'agrément et de passetemps, on l'a employé en médecine : localement contre les douleurs, contre la gale et la teigne, contre les bubons, et les engorgement glanduleux, contre la rétention d'urine , le rétrécissement spasmodique de l'urètre, la colique de plomb, etc.; à l'intérieur par la bouche ou par l'anus contre les vers, certaines paralysies, la constipation, la hernie étranglée, etc. Mais, comme le tabac est un violent poison il est résulté de son emploi à l'intérieur, en lavement et sur la peau, des phénomènes d'empoisonnement si fâcheux qu'on ne doit s'en servir qu'avec prudence et à doses modérées. La mort en a été quelquefois la conséquence.
Aujourd'hui le tabac s'emploie surtout comme distraction. On le fume dans la pipe, en cigares et en cigarettes, mais si quelques personnes n'en éprouvent aucun dommage, il en est d'autres, surtout ceux qui en abusent, qui s'empoisonnent lentement, s'enlèvent l'appétit, se troublent le cerveau et s'abêtissent, se paralysent et perdent entièrement la raison. En somme, si le tabac rapporte aux gouvernement qui l'exploitent des sommes d'argent considérables, il est très souvent préjudiciable à l'humanité.