DE L'ORGUEIL NATIONAL
Partant de ce principe que l'homme est dominé par l'orgueil et la vanité, par la naissance, la beauté, la fortune, le talent, la position,
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et tout cela modifié par l'âge, il conclut que l'amour propre donne à l'homme une fausse idée de sa valeur et corrompt ses idées sur le mérite des choses, que l'oisif raille le laborieux, le joueur celui qui ne joue pas, le bourgmestre celui qui fait un livre, le physicien sur le médecin, le médecin sur le chimiste, le chimiste sur le philosophe, le mathématicien qui méprise tout. Ainsi, on demandait un jour : Qu'est-ce qu'un philosophe? C'est un homme qui ne sait rien, répondit un mathématicien.
Il établit que les nations sont comme les individus dont elles se composent, chacun s'attribuant des qualités qu'il refuse à ses voisins, qu'il en est de même dans chaque village, ville ou province. En Suisse, par exemple, dans quelques cités sincèrement républicaines, on considère si peu les étrangers qu'un prince d'Allemagne fit savoir à un paysan qu'il était amoureux de sa fille. — Qu'il y vienne! croit on que je voudrais donner ma fille à un homme qui n'est pas citoyen?
Il retrace les dédains duGroenlandais pour le Danois, duKalmouk pour la Russe, du nègre pour le blanc; il oppose la vanité de quelques peuples touchant leur origine ancienne et divine à celles d'autres peuples de race moins haute, les croyances religieuses des uns aux sentiments des autres, et ayant retracé toutes lés fausses idées de suprématie qui dominent les peuples, soit par sentiment exagéré de leur valeur ou par dédain de la valeur des autres peuples, le moraliste Bernois développe les sentiments d'orgueil .qu'une contrée peut avoir : souvenirs de gloire nationale, tentatives généreuses, actions d'éclat, conquêtes scientifiques et littéraires, etc.
Le temps a marché depuis lors, une révolution sanglante a affirmé les droits de l'homme indépendants de toute délimitation de frontière. L'humanité passe avant la nationalité, et si la force brutale méconnaît encore quelquefois ce principe, il est inscrit au cœur de chacun de tous les hommes qui se demandent pourquoi, si la science est cosmopolite, il n'en est pas encore de même des grands intérêts du commerce et de l'industrie des nations, et comment pour une futile question d'orgueil national, des milliers d'existences peuvent être tranchées par le fléau de la guerre, ce qui soulève l'indignai ion de tous les gens de bien.
Mais je n'irai pas plus loin, dans ces considérations, qui touchent à la politique et qui n'ont rien à faire ici. Etudions maintenant Zimmermann comme clinicien.