‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 1 sur 118 · Le rchati · texte numérisé non relu

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ILexiste au monastere des Ursulines de Québec un petit tableau qui rappelle une touchante tradition des premiers temps du Canada : c’est une peinture, faite par un artiste canadien, d’après d'anciens croquis conservés depuis longues années an monastère, Le sujet, du reste, en est bien connu; car un grand nombre d'élèves des Ursulines en ont crayonné des miniatures que nous retrouvons aujourd’hui suspendues dans leurs salons en souvenir de leur vie de couvent.

La toile représente Pantique forét qui couronnait le promontoire de Québec à la naissance de la colonie, Au centre du tableau s'élève, à travers les crables et les grands pins, le premier monastère fondé, en 1641, par Madame de la Peltrie.! Sur Pavant-scene <e dessine, en perspective, la maison que cette fondatrice

1. Le monastère des Ursulines fat incendié le 31 Décembre 1690

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6 INTRODUCTIUN.

fit bâtir, pour son propre usage, trois années plus tard. L’espace compris entre ces deux édifices est occupé par un champ défriché entouré d’une palissade !, où Pon voit paître un troupeau de brebis. A gauche du tableau, une large issue perce la foret : c’est la Grande Allée, devenue, depuis, la rue Saint- Louis, qui conduisait alors au village de Sillery. Deux cavaliers, vêtus à la Louis XIV, se rencontrent sur cette voie : lun est M. d’Aillebout, gouverneur de la colonie, et l’autre M. Du Plessis-Bochart, gouverneur des Trois-Rivières. Ils sont interrompus au milieu de leur conversation par un chef sauvage qui leur présente une peau de castor.

À quelques pas de son habitation, Madame de Ja Peltrie se tient debout auprès d’un autre chef saurage qui Pécoute, la tête inclinée dans Pattitude du plus profond respect, pendant que, d’un air plein de noblesse et d’autorité, elle linstruit des saintes vérités de la foi. Cette scène contraste admirablement avec une autre qui se passe à deux pas de là : c’est un guerrier sauvage qui, d’un air dédaigneux et impératif, donne des ordres à une sauvagesse qui paraît être sa femme, mais qu’à son attitude soumise et humiliée, on prendrait plutôt pour une esclave. A

elles seules, ces deux scènes formeraient un tableau.

1. Cette palissade fut élevée en 16595 lorsque Monseigneur de Laval vint habiter la maison de Madame dé ia Peltrie,

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INTRODICTION

Un y voit, en presence, les deux religions : le paganisme et la religion du Christ. Tune qui, par Poreueil, abaisse l’homme jusqu’à la férocité, et abrutit la femme en la rendant esclave ; Pautre qui humanise et relève l’homme par lhumiliation, et ennoblit la femme en lui mettant au front Pauréole de la sainteté.

Non loin de ce groupe, un missionnaire, ! après avoir visité quelques cabanes de sauvages réunies autour de la maison de Madame de la Peltrie, s’achemine dans un petit sentier qui s'enfonce sous les sombres arcades de Ja foret,

L'heureux rapprochement de ces cabanes de sauvages du monastère des Vierges chrétiennes est plein d’harmonies, Ces tarouches Indiens, devenus plus doux que des agneaux, et dont les tentes se dressent autour de cette palissade où paissent des brebis, symboles des Vicrges du cloître, mofirent-ils pas l’accomplissement de la prophétie dIsaie : On verra le loup et la brebis habiter ensemble ; le lion et le léopard reposer auprès de l'agneau ?

Mais ce qui surtout attire et charme les regards dans ce tableau, c’est un groupe de jeunes enfants attentives aux leçons d’une religieuse que Pon voit, à droite, assise à Pombre d'un frène. L’impression qu'éveille cet antique souvenir est d'autant plus déli-

cieuse et plus vive, qu'en détournant un instant la

vue du tableau, on aperçoit encore aujourd’hui, dans l'enceinte du cloître, Ja téte chenue du vieux frène sous lequel fx tradition nous montre la Vénérable Mére de Pincarnation eatéchisant les petites sauvagosses, et instruisant les jeunes filles de la colonie.

Lorsque vous avez étudié, pendant quelques instants, cette peinture, vous demeurez involontairement tout pensif; car elle vous raconte toute l’histoire des temps héroïques du Canada, avec ses alternatives de joies et de sacrilices, d'allégresse et de deuil, de sang et de triomphe :—Parrivée des premières flotilles remontant les eaux vierges du Grand Fleuve qui s’étonne de refléter le mirage de ces canots étranges venus d’au delà du grand lac ; l'admiration des naturels du pays se penchant au-dessus des caps et s’avançant parmi les jones du rivage pour contempler ces hommes d’une autre race qui portent le tonnerre dans leurs mains ;—les premiers coups de hache retentissant sous les voûtes des bois séculaires. On croit encore entendre le long frémissement qui fit tressaillir les flancs de la forèt à Pheure où le Verbe de l'Evangile fut annoncée, pour la première fois, sur ces plages inconnues. Les missionnaires martyrs vous apparaissent, au milieu de cette vision, —comme autrefois Le Christ préchant sur la montagne,—les

regards au cicl, les bras étendus, et faisant descendre

1. Ce vétéran de ja foret, resté seu! debont de tous ses compagnons, compte aujourd'hui plus de 300 ans d'existence,

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la rosée du ciel sur les innombrables tribus accourues des extrémités de l'aurore et du couchant pour entendre la bonne nouvelle, Enfin, après un demi-siècle de combats, la Vérité se lève, encore ruisselante du sang de ses martyrs ; et hymne de la victoire, répété par les cchos des Alleganys et des Laurentides, retentit depuis les rivages des grands lacs jusqu’au golfe Saint-Laurent.

Mais au-dessus de toutes les apparitions que fait éclore la contemplation du tableau des Ursulines, surgit et plane une douce et pure image : c’est la hgure de Ta Vénérable Mere de lincarnation, de cette feinme forte de PEvangile, si bien nommée la Thérèse de la Nouvelle-France, C’est autour de cette grande tigure que convergent toutes les autres pensées du tableau, que viennent <e ranger tous les autres personnages,

Bien souvent, accoude au mur du monastère, nous nous sommes pris à méditer en face de ces vieux souvenirs; nous faissant d'autant plus volontiers bercer au charme de leurs silencieux entretiens qu’ils avaient pour nous, comme pour tant d’autres Canadiens, un motif personnel,

Parmi ce groupe d'enfants rangées autour de la Mere de Plncarnation, il nous semblait reconnaitre une de nos ancètres, qui eut le bonheur de recevoir ses saintes leçons, et de contempler ses grands exemples,

\ussi cette histoire estelle, à la fois, pour nous

une œuvre de reconnaissance, et un faible monument élevé à la mémoire de la VÉNÉRABLE MÈRE Marie DE J/INCARNATION.

Mais avant d'entreprendre d'écrire sa vie, nous croyons nécessaire de tracer une rapide esquisse du temps où elle a vécu, afin de mieux faire ressortir la grandeur de ce caractère qui nous apparaît entouré de tant d’héroïsme, méme au milieu de cette pléiade d’âmes fortes qui ont valu à cette époque la gloire d’être reconnue comme les temps héroïques de la Nouvelle-France.

D'ailleurs la vie de la Mère de l’Incarnation est tellement liée à l’histoire des premiers temps de la colonie, qu’on ne saurait lenvisager d’une manière complète, sans avoir présents à l'esprit au moins les événements les plus importants de cette partie de notre histoire.

Notre intention n’est pas cependant de faire connaitre toute Phistoire religieuse de cette époque ; nais seulement d’en tracer les principaux linéaments, et de détacher de cet ensemble les traits les plus

saillants.

Avant la découverte du Nouveau Monde, les peuples de PAmérique étaient dans Pattente d’envoyés qui devaient venir de l’Orient. Les enfants du soleil viendront de Paurore,--annonçaient d’an-

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