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INTROPUCTION. 11
abolis, et les peuples régénéres. Cette esperance, dernier lambeau de la révélation, s’est retrouvée chez toutes les nations de l’univers; car les ténèbres de l'idolatrie, amoncelées sur la tête des sociétés, ne purent jamais intercepter entièrement toute lumière venue d’en haut. Chaque peuple, plié sous le joug de l'erreur, est venu, à son tour, secouer ses chaînes devant lPautel invisible du Dieu inconnu, et faire éclater le cri de la délivrance. A mesure que l'heure approche, on voit ces lueurs d'espérance se multiplier et s’accroitre : ce sont les premiers rayons de Paube qui précède le grand jour de la Vérité.
Pendant bien des siècles, les enfants de Pextréme Occident, —de cette Atlantide qu’avaient rêvée jadis les Voyants du vieux monde—tournèrent en vain, dans l'attente, leurs regards vers l'Orient.
L'heure n’était pas encore venue.
L'Europe, prédestinée de Dieu pour aller porter le rameau de la croix au nouvel hémisphere, devait d’abord se rendre digne d’un si glorieux privilége, et mériter cette gloire en accomplissant quelque grande œuvre en faveur de la vérité. Ce jour arriva enfin.
Plusieurs fois, à la voix du chef de l'Eglise, toute la chrétienté s'était précipitée sur Asie pour écraser le Croissant et reconquérir le sépulere du Sauveur. L’enthousiasme de la foi avait accompli des prodiges d'heroïsme et de dévouement.
C'était le sacrifice exigé de Dicu.
L'Europe chrétienne avait pris la croix pour con:quérir un tombeau, en récompense Dieu ni donna tout un monde.! |
En eflet, la découverte du continent américain fut Pœuvre des croisades, Le résultat de ces grandes expéditions, impénétrable d’abord aux regards des hommes, était prévu danslesdesseins de Dieu. Les croi. saides développèrent ect esprit ehevaleresque et aventureux qui donna l'impulsion à une foule de voyageurs, dont nn grand nombre pénétrèrent alors jusqu'aux extrémités de POrient, Les récits qu'à leur retour ces voyageurs firent des pays qu'ils avaient parcourus, des merveilles qu'ils avaient admirées, enflammèrent les imaginations. [amour des découvertes fermenta dans tous les cœurs. C’est alors que l’homme qui personnifie toute cette époque, Christophe Colomb, se lève, et que debout sur les rivages européens, il scrute du regard les horizons des mers où Pesprit d’en haut, qui Pillumine, lui découvre les terres nouvelles promises à son génie.
Ce fut à Ferdinand le Catholique et à Isabelle, son épouse, que Dieu réserva l'honneur de comprendre la pensée de ce grand homme. Car ces deux souveraius venaicot de mettre la dernière main à l’œuvre
des croisades, en rejetant de l'Espagne sur les
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Sur les traces de Christophe Colomb, s’élancèrent bientôt d’autres découvreurs, qui, chaque jour, levèrent un nouveau pan du voile mystérieux qui, pendant tant de siècles, avait dérobé à l'univers ancien cette moitié du monde. Alors s'ouvre la première page de l'Histoire d#la Nouvelle-France,
Ici, l'on nous pardonnera de nous arrêter quelques instants, et de baiser, avec amour et respect, cette première page de nos annales, si fervente et si pure, qui prophétise toute la suite de notre histoire ; —de nous prosterner tout ému devant ces premiers vestiges qu'ont laissés nos pères sur la route d’une conquète qui fut plus encore celle de Dieu que celle de leur roi,
C'était par une matinée du printemps de l’année 1535. Toute la ville de Saint-Malo était dans une sainte ullégresse, car on célébrait la solennité de la Pentecôte. Dans ces temps heureux où la société était encore tout imprégnée de Pidée religieuse, un profond reeueillement et une tendre piété sanctifiaient toutes les fêtes de PEglise. Cependant, ce jour-là, la vieille cathédrale gothique de Suint-Malo était remplie d’une foule encore plus nombreuse qu’à l'ordinaire ; car à l’issue de Poflice du matin devait avoir lieu une touchante cérémonie.
Au milieu de la nef était réunie une troupe,
composée de plus de cent hommes, qu'à leur an et à leur accoutrement, il était facile de reconnaitre pour des marins. A la veille de partir pour une longue et dangereuse expédition, ils venaient, pur une démarche solennelle, implorer la protection de Celui qui commande aux vents et aux tempêtes, Un cercle de plusieurs gentilshommes entourait leur chef, qui, appuyé sur le pommeau de son épée, était absorbé dans la méditation et la prière. Ce chef, on l’a reconnu, c'était Jacques Cartier, accompagné de ses braves marins ; ces gentilshommes, c’était Claude de Pontbriand, fils du seigneur de Montcevelles et échanson du Dauphin ; —c’étaient Garnier de Chanbeaux, Charles de la Pommeraye, de Goyelle, Philippe de Rougemont et plusieurs autres jeunes gens de distinction qui, par amour pour les aventures, avaient voulu s'associer, comme volontaires, à l’expédition.
A Pheure de la communion, tous, Cartier en tête, vinrent s'asseoir à la table sainte. Il faisait beau voir, agenouillés sur les dalles du temple, comme de simples enfans, ces fiers gentilshommes aussi chevaleresques que François 1; et ces vieux loups de mer, qui, toute leur vie, avaient aflronté la furie des flots et l’horreur des tempêtes. Ces âpres visages, dont les traits, hâlés par le soleil et Pécume des vagues, se détendaient sous les rayons de la prière, apparaissaient épanouis, transfigurés, doux comme des
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INTRODUCTION io
Elle est grande et belle aujourd’hui la France, drapée dans sa force et sa gloire ;—mais était-elle inoins grande et moins belle en ces jours où ses enfants, dignes fils des croisés, venaient tous courber leur front dans les temples; quand son roi s’agenouillait sur le © amp de bataille ; quand, arrivé aux dernières étapes du malheur, il pouvait encore dire: T'out est perdu, fors l'honneur !
Après la célébration des saints mystères, tonte la troupe s'avança jusque dans le chœur de la cathédrale, et vint se ranger autour du trone où Pévèque de Saint- Malo, Monseigneur Bohier, revétu des ornements pontificaux, appela sur eux et sur leur expédition toutes les gràces du ciel, et leur accorda sa bénédiction,
Cet ucte solennel fut le sacre de la France Amérivaine, à son berceau. Ainsi fut écrite, aux clartés du sanctuaire, la première page de son histoire, Plus tard, bien d’autres pages de cette histoire furent écrites au pied des autels, et souvent avec le sang des martyrs. Car c'était encore Les cestes de Dieu que faisaient les Francs, en créant une France Nouvelle sur les rivages canadiens. Israël, au désert, marchait à la lumière de la colonne de feu ;—la Croix, cette autre colonne lumineuse, guida toujours nos pères au désert du Nouveau Monde, Et lorsqu'on
ouvre aujourd’hui le sépulere des générations où
dorment ces preux chevaliers de la civilisation,
l'odeur de Pencens et les parfums de lautel nous embaument encore,
Trois jours après limposante cérémonie que nous venons de décrire, le mercredi, 19 mai 1535, trois voiles disparaissaient, au loin, sur la ligne de l'océan. C’était la petite flotille de Cartier, la Grande Ilermine, la Petite Ilermine, et PEmerillon qu'une brise favorable verait de pousser hors de la rade de Saint-Malo, aux acclamations de la foule accourne sur lc rivage,
On se figure difficilement aujourd’hui Paudace et la témérité de ces voyages sur des mers inexplorées, vers des mondes inconnus, que lPimagination surexcitée des peuples enveloppait de fables et de mystères effrayants.
Peu de jours après leur départ, les trois vaisseaux furent assaillis par une violente tempête. 4 Le temps, dit naïvement Cartier, se changea en ire et tourmente qui nous a duré..., autant que jamais navires qui passassent Ja dite mer eussent sans aucun amendement, tellement que le vingt-cinquième jour de juin.... nous entreperdimes tous trois.??
Enfin les navires, réunis, remontérent les eaux du Saint-Laurent.
Le Canada était découvert,
Bientôt la Croix, plantée sur les rives du Grand Fleuve, étendit ses bras vers les nations sauvages, et
les invita à venir se reposer sous son ombre,
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La noble figure de Cartier, d’une grandeur et d’une simplicité antiques, ouvre dignement la longue galerie de portraits héroïques qui illustrent les annales canadiennes, Jamais la civilisation chrétienne, en mettant le pied sur le sol américain, n'eut de plus digne représentant, La foi naïve et ardente des beaux jours du christianisme coule à pleins bords à travers la vie et les écrits de ce chef auguste de Ja hicrarchie des héros canadiens.
Avec lui commence cectte gloricuse odyssée de la France, à la recherche et à la fondation d’une patrie nouvelle, Le premier, il pénètre au cœur du continent américain, en remontant, avec une poignée d'hommes, les eaux du Saint-Laurent, —arborant partout le drapeau du Christ et de la France, et dotant ainsi le royaume des Lis de contrées plus vastes que l'Europe entière. A son passage, les peuplades descendent de leurs montagnes, apportant leurs malades aux pieds de ce grand pélerin de la civilisation, qui leur impose les mains à l’exemple du Divin Maître, priant Dieu qu’il leur donnüt grâce de recourrer chrélienté et baptesme.
Après avoir accompagné Cartier dans ses courses aventureuses, on aime encore à le suivre dans sa paisible retraite de Limoilou, quand de retour de ses
longues pérégrinations, et anobli par son roi, l'illustre
capitaine, la pensée attachée au ciel, œil sar Pocéan, remonte vers le passé; tantot évoquant, au murmure si mélancolique de la plage armoricaine, l'ombre cxilée de Donnacona ; tantôt menant merveilleuse jote à réver encore aux royaumes de Saguenay, de Canada, et d’Hochelaga,
Le portrait de l'illustre marin, conservé piensement par sa ville natale, est devenu aujourd’hui populaire parmi nous. L'artiste, qui crayonna ce tableau, avait bien compris le grand caractère de Cartier. L’attitude méditative du héros, ses traits énergiqnes, son œil inspiré, perçant les bornes de lPhorizon, réalisent bien l'idéal et le prestige au milieu desquels il nous apparaît aujourd’hui à travers le lointain des âges. C’est bien ainsi que nous aimons à revoir, sous le costume si pittoresque du Roi chevalier, cette mâle figure qui conserve encore, plus tard, sous sa couronne de cheveux blanes, cette fraîcheur de l’âme qui rejaillit sur les traits, quand la foi et le génie se sont embrassés, pendant toute une vie, dans un noble cœur,
Après d’opiniâtres et infructueuses tentatives, Cartier était descendu au tombeau sans avoir vu s’accomplir un des rèves les plus chers de sa vie, sans avoir pu contempler une colonie française assise sur le sol qu’il avait découvert.
Bien des années après, le 3 Juillet 1608, un
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blanc sur le promontoire de Québec. Une nation nonvelle allait naître à Pombre de ce drapean.
Le mouvement et la vie succèdent tout-à-conp an silence et à la solitude ; les premiers coups de hache éveillent les échos endormis depuis tant d'années sur cette plage déserte ; et bientôt une spacieuse habitation s'élève et abrite le premier noyau de la colonie. L'étendard des lis, planté au sommet du nouveau fort, se déploie au souflle de la brise,
Si alors Champlain eût pu plonger son regard dans Pavenir, quel noble orgueil eût fait tressaillir sa grande âme en voyant tomber des plis de ce glorieux drapeau tous les lauriers et les palmes qui devaient bientôt fleurir autour du berceau du jeune peuple qui commençait à surgir de terre! Du moins en regardant flotter, pour la première fois, les blanches couleurs de la France au-dessus de cette riche nature, le fondateur de Québec dut-il concevoir d’heureuses espérances.
Quelques années après cette prise de possession du territoire canadien par Champlain, une autre prise de possession solennelle avait lieu au nom de Dieu et de la religion. Le 25 Juin 1615, tous les colons, en habits de fête, étaient reunis dans une petite chapelle récemment construite auprès du fort de Québec, et assistaient avec recueillement au saint sacrifice de la messe célébré par un vénérable missionnaire récollet, le R. P. Dolbeau.
‘Rien ne manqua, dit le P. LeClerq, pour rendre
cette action solennelle, autant que la simpiicité de cette petite troupe d’une <olonie naissante le pouvait permettre ; s'étant préparés par la confession, ils y reçurent le Sauveur par la communion eucharistique. Le Te Deum y fat chanté au son de leur petite artillerie, et, parmi les acclamations de joie dont cette solitude retentissait de toutes parts, lon eût dit qu’elle s'était changée en un paradis, tous y invoquant le rot du ciel, et appelant à leur secours les anges tutélaires de ces vastes provinces.”
Cet acte religieux de quelques pauvres émigrés européens, perdus au milieu d’un immense désert, est de bien peu d'importance aux yeux de quiconque n’a pas conservé ardente en son cœur la vie de la foi. Mais pour le chrétien, dont le regard s'ouvre au delà du monde visible, cet acte, si simple en apparence, est un événement. Derrière chaque detail de cette cérémonie se cache un mystère, toute une révolution morale.
Au moment où l’aurore de ce jour apparaissait audessus des forêts du Canada, Paube d’un autre jour se levait aussi, dissipant des ténèbres bien autrement obscures. A l’instant où le prêtre éleva, pour la première fois, l’hostie sainte au-dessus de la foule prosternée dans ladoration, un soleil nouveau répandit ses rayons sur cette terre. La nature entière se réjouit. Chaque feuille des Lois frémit et palpite
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cens et de prière. Le flot radieux se déroule et baise avec respect cette plage devenue sacrée. Les échos embrassent avec transport, et renvoient au loin les chants mélés aux salves d'artillerie, qui annoncent à ces contrées le jour de la régénération et de la délivrance. Désormais abritée sous les deux ailes de la France et de la religion, la petite colonie française pourra lutter contre les ennemis qui la menacent de tous les points de Phorizon. Car, à peine sorti de terre, ce faible arbrisseau sera assailli par mille tempètes qui joncheront le sol de ses rameaux et de ses feuilles, Bien souvent, à moitié déraciné, pret à mourir, il penchera tristement sa tête flétrie et désolée vers Pabime; mais sans cesse battu par lorage, toujours il se relèvera pour soutenir de plus violents assauts ; chaque fois un rayon de soleil, un souflle de la brise le fera reverdir de nouveau. Enfin, vainqueur de tous les combats, il plongera de fortes
et profondes racines, et élèvera son front au-dessus
des nuages, jusqu’au jour (déjà venu). ‘tendra ses vastes rameaux, chargés de fleurs ete {ru :s, sur
les deux rives du plus beau fleuve du mou.
Nous venons d'assister à la naissance de la nation canadienne, Mais à peine avons-nous le temps de saluer, en passant, son berecau, que déjà nous heurtous contre un cercueil. Triste privilége de l’histoire ! En écartant des anges, elle découvre des tombeaux !
A Ja fin de Pannée 1635, Champlain, frappé de
paralysie, s’éteignait au milieu des compagnons de son entreprise. Un long cri de deuil suivit le Père de la Nouvelle-France rappelé vers un séjour meilleur. Jamais, dans la suite, le Canada ne fit de plus grande perte. Aujourd’hui que nous avons appris à admirer autre chose dans l’histoire que les héros qui ont laissé après eux un sillon de sang, nous pouvons plus facilement apprécier la grandeur du caractère ct de l’œuvre de Champlain.
Lorsque nous rèvons la perfection chez Phomme, nous nous plaisons à le créer entouré des dons les plus précieux de Pesprit et du cœur : intelligence vaste et éclairée, vues hautes et larges, expérience consommée des hommes et des choses, honneur, désintéressement, loyauté, courage, fermeté dans les revers, grandeur d'âme, persévérance. Or l’énumt. ration de ces qualités résume toute la vie et le caractère de Champlain. Que sont tous ces brigands de Phistoire, qu'on est convenu d’appeler héros, aupres de tels bienfaiteurs de Phumanité ? Tandis que les premiers ont semé chacun de leurs pas de larmes et de sang, les autres ont laissé derrière eux une trace féconde où germent la reconnaissance et amour.
Quand, aux heures de solitude, dans le silence et le recueillement de l’âme, nousremontons vers le passé, et que, saisi d’une religieuse émotion, nous pénétrons dans le temple de notre histoire ; parmi tous ces héros,
dont les robustes épaules soutiennent les colonnes de
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l'édifice, nul mieux que Champlain ne porte sur un visage plus serein de plus majestueuses pensées, Type et modèle de tous ces héros qu'un méme honneur assemble, il occupe le rang suprème près de l'autel de la patrie. Nul, en cflet, parmi ces rois de notre histoire, ne réunit plus d’éminentes uali'és, ne déploya un caractère plus énergiquement trempé, ne fit éclater plus d’intrépidité et de persévérance. Car c'était Pœuvre de Dieu que le gentilhomme saintongeois avait eu la conviction d'accomplir, lorsque, la croix sur le cœur, et le regard au ciel, ii descendit les degrés du château de ses pères pour s’enfoncer dans les solitudes américaines, En portant pendant plus de trente-cinq ans le fardeau de notre avenir, Pame déchirée par les soucis, les fatigues et les obstacles sans nombre, il sut toujours rafraichir son front brûlant et baigné de sueurs, aux sources pures et limpides de la Foi. Aussi, lorsqu’à son lit de mort il promena un dernier regard d’adieu sur le cerele de vaillants hommes qu'il avait formés, qu’il appelait ses enfants, et qui le regardaient comme leur père, dut-il avoir foi dans l'avenir de son œuvre. (Caril leur léguait le plus sûr gage d’immortalité : la sève vigoureuse de mœurs austères, la pratique de toutes les vertus chrétiennes qu’il leur avait constamment enseignée de paroles et d'exemple.
La discipline qu’il avait établie parmi cette petite
société était admirable. “ Le fort, dit un chroniqueur
du temps, paraissait une académie bien réglée... Bon nombre de très-honorables personnes viennent se jeter dans nos bois, comme dans Île sein de là paix, pour vivre ici avec plus de piété, plus de franchise et plus de liberté.... Les exactions, les tromperies, les vols, les rapts, les assassinats, les perfidies, les inimitiés, les malices noires ne se voient ici qu’une fois l’an, sur les papiers et sur les gazettes que quelques-uns apportent de l'ancienne France.”
A l'exemple de leur chef, tous menaient la conduite la plus édifiante, et s’approchaient régulièrement des sacrements de l’église. Pour rappeler plus souvent à chacun la pensée du ciel, Champlain établit la coutume si pieuse et si touchante, conservée jusqu’à nous, de sonner l’angelus trois fois par jour. L’intérieur du fort ressemblait plus à une communautt religieuse qu'à une garnison. La lecture se faisait régulièrement à chaque repas ; au diner, on lisait quelque livre d’histoire ; au souper, c'était la vie des saints. Une douce et franche gaîté assaisonnait les moments de loisir; et, chaque soir, le vénérable patriarche de la colonie rassemblait tous ses enfants dans ses appartements pour réciter la prière en commun et faire l’examen de conscience.
Telle était la vie des premiers colons. L’Eglise, dont la jeunesse se renouvelle comme celle de Paigle,
ramenait ici l’âge d’or de ses années primitives.
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