‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 111 sur 118 · EN SEPT · texte numérisé non relu

EN SEPT

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pendant toute cette Jongue maladie, par la miséricorde du Seigneur, je n’ai ressenti aucun mouvement d’impatience. Je dois cette faveur spéciale à Paimable compagnie de mon Jésus crucifié, qui ne me permit pas de souhaiter un seul instant de reiàche à mes souffrances, et m’y fit goûter une telle suavité que je désirais souffrir ainsi jusqu’au jour du jugement.

Les remèdes qu’on lui appliquait ne faisaient qu’aigrir le malet accroitre les douleurs, ce qui fit résoudre les médecins de abandonner entre les mains de Dieu, dont l’amour semblait vouloir la tenir attachée à cette croix.

Cependant on continuait à faire des vœux et des neuvaines dans toute lPétendue de la colonie pour obtenir son rétablissement. Plusieurs personnes, entre autres Monseigneur de Laval, qui la visitait régulièrement, la conjurèrent de demander elle-même sa guérison. Mais elleleur réponditqu’elle se sentait dans l'impuissance de faire cette demande: ‘ A quoi peut être utile maintenant, leur disait-clle d’une voix défaillante et pleine de supplications, une pauvre sexagénaire infirme? Ah! ne prolongez pas davantage mon exil, et laissez-moi m'en aller à Dieu.”

L'heure n’était pas encore venue ; huit années de langueur, de souflrances et d'épreuves devaient encore s’écouler, avant qu’elle fût conviée au banquet des noces éternelles.

Cependant la servante de Dieu, minée par la ma-

ladie, et accablée d’infirmités, demanda à étre dé-

chargée du gouvernement de la maison, car pour la rroisième fois, elle venait d’être appelée à remplir cette dignité. Le Père Lalemant qui, malgré son grand âge, la conduisait encore, qui comprenait tout le prix et les bénédictions attachés à sa direction, et le bonheur que goûtait la communauté de vivre sous sa houlette, se garda bien d’écouter sa prière. L’humble mère se soumit sans murmure à ce nouveau sacrifice, reprit sur ses épaules, ‘ qui penchaient si fort vers La terre,” le fardeau de la supériorité, et ne songea plus qu’à profiter des souffrances que le ciel lui envoyait. ’

‘ Ma disposition présente est tout aimable, mandait-clle alors à son fils, puisque la croix est le plaisir et les délices de Jésus. Je ne puis me remettre de ma longue maladie qui a des suites très-douloureuses et très-pénibles. Mais la nature s’apprivoise aux souffrances, et se familiarise avec les douleurs. J’y ressens méme de lattachement ; et j'ai peur que mes

lchetés n’obligent la divine bonté de me les ôter, ou

du moins de les modérer. Tout ce que je prends

m'est comme de lPabsinthe, et me donne une continuelle mémoire du fiel de la passion de Notre- Seigneur. C’est-ce qui me fait chérir cet état.”

Sa maladie d’accidentelle était devenue chronique. Son estomac ne pouvait presque plus rien supporter, et elle était d’une telle faiblesse, qu’elle ne pouvait demeurer plus de cinq minutes à genoux, même

en s'appuyant, sans tomber en défaillance. On

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lui ordonnait, dans les beaux jours de Pannée, de prendre quelqw'exercice dans le jardin. On eût pu

voir alors cette vénérable sexagénaire se traîner péniblement sous les ombrages des allées solitaires, cherchant par obéissance une guérison qu’elle ne désirait pas. Ses traits décharnés, sa paleur mortelle, ses yeux caves, sa tête chancelante, toute sa charpente nagucre si robuste, maintenant courbée vers la terre, lui donnaient plutôt Pair d’une apparition d’outretombe que dun étre vivant, Mais sous cette enveloppe desséchée battait un cœur embrasé plus que jamais des ardeurs célestes, ‘Il me semble alors que ce cœur, pressé par de ‘continuels élans d'amour, doive s’élancer et sortir de son lieu pour se perdre en Celui qui est toute sa vie. Car dans cette exténuation des forces de la nature, lâme se sent plus vigoureuse et plus capable d’agir en toute liberte, parce qu’elle n’envoie rien aux sens et retient tout en soi.”

En la voyant dans cet état d’affaissement et d’effrayante maigreur, on était tout surpris qu'elle püt encore vivre, Cependant après trois ans de cette cruelle maladie, elle jeûna encore tout un carème ; et tandis que ses souffrances auraient dû, ce semble, la tenir clouée sur son lit, elle travaillait sans relâche. Toujours la première levée et la dernière au lit, elle ne prenait ‘aucun repos, assistait à toutes les observances, accomplissait tous les devoirs de sa charge, écrivait un nombre prodigieux de lettres ; et quand la fatigue ou la faiblesse empêchait de se

livrer à d’autres travaux, celle occupait d'ouvrages de peinture où de broderie pour lesquels elle avait un goût exquis. En un mot, à Pâge de soixante-dix ans, et dans un corps tout cassé et demi-mont, elle faisait ce cui parussait au-dessus des forces de la meilleure santé. Son existence, dans les dernières années de sa vie, fut un mystère, comme avait té toute sa vie mystique.

Toujours poursuivie par cet amour des sauvages, qui Jui avait fait entreprendre tant de travaux, depuis trente ans, pour leur conversion, et voulant prolonger et apostolat jusquau-delà de Ia tombe, elle s'occupait sans cesse de Pinstruction des jeunes <œnrs destinées à Ini succéder. Durant les matinées de l'hiver, elle les réunissait autour d'elle, et consacrait à leur enseigner les langues sauvages les derniers restes de sa voix tremblante et prête à s’éteindre.

A la fin de sa vie, ne pouvant plus se traîner seule à la salle des instructions, elle s’y faisait conduire par deux jeunes religieuses, qui soutenaient sa marche chancelante, On se figure facilement avec quelle vénération et quelle sainte avidité les pieuses disciples écoutaient chacune de ses leçons, recucillaient chacune de ses paroles.

Non contente de ces instructions, elle écrivit deux gros dictionnaires algonquins, outre un catéchisme iroquois, et un énorme volume de traductions de l’'Histoire-Sainte, en langue algonquire.

‘ Vous voyez, écrivait-elle à son fils en lui parlant

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de ces études, que la bonté divine me donne encore

‘ des forces, dans mon extrème faiblesse, pour laisser

à mes sœurs de quoi travailler au salut des times. Mais après aroir fait tout ce qui nous aura été possible, nous devons croire que nous sommes des servanltes inutiles ; et moi en particulier, qui ne suis qu’un petit grain de sable au fond de Pédifice de cette nouvelle église.”

C’est au milieu de ces labeurs, que Pépouse du Christ, le front ceint du diadème de toutes les vertus, sous sa couronne de cheveux blancs, attendait Pimmortel repos.

Plus elle approchait du terme, plus sa manière de traiter avec Dieu devenait simple et pleine d'abandon. “Je n'ai plus de paroles aux pieds de la divine Majesté. Mes oraisons ne consistent plus que dans ces aspirations : Mon Dieu ! mon Dieu ! soyez béni, à mon Dieu! Les jours et les nuits se passent ainsi, et j'espère de la bonté divine, qu’elle me fera expirer en ces mots ; je dirais mieux en ces respirs.??

Ces délices spirituelles furent cependant interrompues par une de ces épreuves, dont Dieu se sert souvent pour achever de purifier ses plus fidèles serviteurs. Ce fut une très-grande frayeur des jugements de Dicu. Elle se comporta dans cette épreuve comme dans toutes les autres, n’opposant aux pensées accablantes dont elle était tourmentée, qu’une profonde humilité et beaucoup de confiance. Ce

tempérament de crainte et d’amour, qui favorise d’au-

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