‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 112 sur 118 · RE · texte numérisé non relu

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tant plus le progres de Pme, qu'il la tient plus à Pabri de Ta présomption, fut une des graces du ciel dont la Mere de Pinearnation témoigne une plus vive recon-

naissance, C’est par les fraits qu’elle en tira qu'elie

termine le récit de sa vie mystique. !

Je me vois remplie d’'infidélités; et Pen suis si souvent accablée devant Dieu, que je ne sais comiment y apporter reméde Je vois mes dispositions dans une obseurité qui na point d'entrée ni d’issue. Me voilà à la fin de ma vie, et je ne fais rien qui soit digne d’une âme que le souverain juge doit bientot faire comparaître à son tribunal. Néanmoins toute imparfaite que Je suis, et quelque anéantie que je sois en sa présence, je me vois toute perdue dans se divine Majesté. C’est une espèce de pauvreté d'esprit, qui ne me permet pas méme de nentretenir avec les anges, ni des délices des bienheureux, ni des mystères de notre foi. Je veux quelquefois me distraire pour ny arréter et m'égayer dans leurs beautés, mais aussitot Je les oublie, et Pesprit qui me conduit me remet plus intimement dans mon premier état. Je n’y perds dans Celui qui me plait plus que toute autre chose. J’y vois ses amabilités, sa majesté, ses grandeurs, sa puissance, sans aucun acte de raisonnement et de recherches, mais en un moment qui dure toujours. Je ne puis exprimer autrement cette opération. n’y a ici rien de matériel, mais une foi

toute nue, qui dit des choses infinies.”

1, Le P, de Charlevoix.

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Cette aime séraphique n'habitait-elle pas déja les sphères invisibles, avant méme d’avoir rendu à la terre sa dépouille mortelle ? Qui peut savoir ce qui se passe dans le cœur de ces élus, où se consomme dès ici-bas le mystère de Pamour divin? Euxmemes peuvent à peine le balbutier dans notre langue grossière, L'homme, cette chrysalide immortelle qui doit s'ouvrir aux cieux, se transforme parfois sous les rayons de fa grace, et déploie ses ailes avant Péternel printemps. On dirait que, chez les saints, cette enveloppe d'argile, desséchée par le feu des mortifications ei des Jeûnes, devient tout à coup translucide, et qu'alors leur œil dessillé contemple, àtravers ce voile diaphane, les beautés infinies.

Arrivé à cet endroit de la vie de sa Mère, Dom Claude Martin, son fils et son naïf biographie, s’exprime ainsi :

‘ Désormais ce n’est plus la Mère de PIncarnation qui parle : la mort, qui impose silence aux plus grands saints, va lui fermer la bouche, et la mettre dans un état qui ne lui permettra plus de nous donner davantage connaissance des grands trésors que Dieu avait renfermés dans son âme, et dont nous ne connaitrons Jamais bien le prix que dans Péternité. 1 est temps que cette grande servante de Dieu, qui a porté depuis tant d'années un état continuel de vietime en son âme et en son corps, se dispose au der-

nier sacrifice.??

Nous w’entendrons plus en eflet résonuner dans ces

pages cette douce voix qui leur donnait la vie et tout leur charme. La mort va poser son doigt glacé sur ses lèvres : et dé:ormais nous ne pourrons plus pénétrer à sa ste ons le sanctuaire de cette âme, où il nous à été € ant de fois de nous prosterner avec un saint respect, de ‘2meurer ravi devant les merveilles de la grâce, et d’adorer Dieu, dont la mu- Jjesté remplissait tout l'édifice. I nous faudra maintenant cheminer seul dans la nuit que le trépas fait déjà autour d’elle.

A mesure que lon avance, la solitude se fait plus profonde. Des trois fondatrices venues de Tours, il ne restait plus que Madame de la Peltrie auprès de la Mère de l’Incarnation : la Mère de Saint-Joseph était déjà allée depuis longtemps recevoir sa couronne ; et Madame de la Peltrie, chargée du précieux fardeau de ses soixante-huit années de mérites, était sur le point d’aller la rejoindre au rendez-vous éternel. Fruit mûr dont la frèle tige ne tenait plus à l’arbre de la vie que par une fibre, le souffle, qui devait la jeter dans les jardins du ciel, s'était déjà levé.

Le 12 novembre 1671, elle fut attaquée d’une pleurésie, qui en peu de jours la conduisit aux portes du tombeau. Toutes les vertus qu’elle avait pratiquées pencant sa vie, parurent s’assembler autour de sa couche funèbre, pour lui faire cortège à ce dernier

«passage. Jamais en effet on ne la vit plus humble,

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