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TROISTIEME EPOQUE. ET
mise à la supérieure, plus unie à Dieu, ni plus résignée à sa sainte volonté, © La pauvreté évangélique avait 616 sa compagne de chaque jour pendant ses trente-trois années d’apostolat; elle voulut encore l'appeler à son chevet à son dernier soupir. L’opulente héritière d'Alençon ne possédait pour chateau qu'une pauvre cellule, pour tout ameublement que deux chaises en paille, une table de bois sur laquelle reposaient les saints évangiles et un livre de médite. tions, et pour lit de repos qu’un misérable grabat. Au-dessus de Ta table pendait, sur la muraille nr un crucifix peint sur bois ; c’était-1 la seule décoration et les seuls ameublements de son austère cellule, ainsi que Patteste l'inventaire qui en fut fait après sa mort.
Ayant aperçu sur sa table quelques aliments délicats qu'on lui avait préparés pour soul'ger ses souffrances, elle les fit enlever immédiatement en disant que la pauvreté ne connaissait pas de telles douceurs. Le 15 novembre, quatrième jour de sa maladie, elle fit son testament en présence de P’intendant Talon, qui voulut y assister, tant pour honorer sa personne, que pour autoriser ses dernières volontés. Dans son humilité, se croyant indigne d’habiter le monastère qu’elle-même avait fondé, elle y demandait par charité Paumône d’une tombe dans le caveau des Ursulines. Pour répondre au désir des
Relations des Jésuites,
PP, Jésuites, eile ordonna que son cœur leur fut remis après sa mort; mais elle recomimanda en même temps qu'il fut enfermé dans une petite boite toute simple et non polie, que Pon remplirait de terre mélée de chaux vive, afin qu’il fût plus prompterment consumé. Il devait être poné en cet état dans Péglise des PP. Jésuites, et enterré sous le marche-pied de Pautel, où reposait le Saint-Sacrement, afin d'y étre réduit en poussière et anéanti en holocauste au pied de la Majesté divine.
Deux jours après, le 17, son médecin lui déclara quelle ne passerait pas le lendemain. Bien loin de Sen eflrayer, elle accueillit cette nouvelle avec allégresse, et pria celles qui lentouraient de ne plus lui parler que de Péternité.
‘ N’avez-vous donc aucun regret de mourir, ni demanda une des religieuses qui lassistaient ?
—Oh non! reprit-elle vivement; j’estime mille fois plus le jour de ma mort, que toutes les années de ma vie.”
Le ciel réservait à ses derniers moments une suave et délicate consolation. Le grand serviteur de Dieu, le protecteur dévoué qui lui avait aplani le chemin de sa vocation, et qui avait pris une si large part à la fondation des Ursulines, M. de Bernières, revivait en Canada, avec toutes ses vertus, dans un de ses neveux. M. Henri de Bernières, grand vicaire, et curé de Québec, était en même temps supérieur des
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Peltrie eut le bonheur de recevoir les onctions suprémes, ‘avec des sentiments de componction pleins d'amour et de suavité, disent les Relations. Elle priait ses cheres filles, qui étaient toujours aupres d'elle, de Tui remettre souvent en mémoire ce premier verset du psaume 121, Letalus sum ên his qua dicla sunt mihi: in domum Domini ibimus.”” Enfin elle entra en agonie en priant Dieu, et expira doucement deux heures après, sur les huit heures du soir, le dixhuit novembre 1671.
Le lendemain, ses obsèques furent célébrées avec une grande pompe dans le monastère des Ursulines. Le gouverneur général, M. de Courcelles, Pintendant Talon, et tous les citoyens de distinction de Québec et des environs voulurent honorer de leur présence la cérémonie de ses funérailles.
Après le service funèbre, le clergé, suivi des restes mortels de l’illustre défunte, entra dans le chœur des religieuses, pendant que les derniers accents de a psalmodie lugubre se prolongeaient sous les arceaux du cloître. Le corps, enfermé dans un cercueil de plomb, fut descendu dans le caveau.
Cette cérémonie fut suivie immédiatement de la translation du cœur de la fondatrice. La précieuse relique, voilée sous un crépe noir, était portée par un des principaux citoyens de la ville, précédé du clergé. Pintendant foule
Le gouverneur, TFolon, et la
fermaient la marche. Arrivée devant le portail de
l'église des Jésuites, la procession s'arréta ; M. de
Bernières s’avança alors, portant la relique, et la remit
entre Îles mains du supérieur, qui alla la déposer
au pied des marches du grand autel, qu'on avait eu le soin d’orner des décorations, dont Madame de la Peltrie elle-même lavait enrichi pendant si vie,
Lu religieuse piété des Ursulines nous a conservé le portrait de leur sainte fondatrice, Toute sa personne offrait le type de Paménité et de la douceur, Sa figure, d’un bel ovale, était remarquable par Pharmonie des lignes et la perfection des formes. Un nez légèrement aquilin, une bouche bien dessinée et toujours souriante, un regard limpide, voilé sous de longs cils, que l'habitude de la méditation tenait à demi baissés, imprimaient à sa physionomie une douceur exquise,
Quoique sa taille fréle et délicate ne dépassât pas la moyenne, et que tout en elle respiràt la modestie et humilité, sa démarche était néanmoins pleine de dignité et de noblesse ; on reconnaissait, en la voyant, la descendante de ces hauts et puissants châtelains, de ces preux chevaliers, dont la vaillante épée avait soutenu le trône et Pautel. A travers la plus charmante simplicité, perçaient toujours ce grand air du dix-septième siècle, et cette distinction parfaite, traditionnelle parmi les vieilles familles de France. Mais ce majestueux ensemble était tempéré par un air de recueillement et d’onction attractive qui donnait à sa conversation un
charme infini, et lui avait conquis l'estime et Paffec-
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