WEBSTER, N.Y
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rieure allait bientôt lui signifier de se retirer; quelques-unes de ses amies mêmes, croyant ces rap ports fondés, lui conseillèrent de sortir avant de prendre le voile, afin de ne pas s’exposer à subir cette confusion après Pavoir reçu.
Un autre jour le jeune enfant, après avoir fait mille détours dans le monastère sans savoir où il allait, entra tout-à-coup dans le réfectoire où toute la commu nauté était réunie, au moment de se mettre à table. Il est facile d'imaginer quelle fut la surprise de toutes les religieuses, et quelle impression pénible ft éprouver à la pauvre mère Papparition inopinte de cet enfant dans une circonstance aussi extraordinaire. Toute sa tendresse maternelle se réveilla en ce moment. Mais lorsqu'elle le vit se précipiter dans ses bras en fondant en larmes, elle se sentit percée au cœur dun glaive de douleur et de compassion inexprimables. Elle demeura en méme temps ancantie de confusion en se voyant la cause innocente de tant de trouble dans une communauté qui Pavait aceucillie avec une si grande bienveillance.
tien n’eût été plus facile que de vaincre Pobstination et lennui de cct enfant, s’il avait été laissé à lui-même ; mais tous ceux qui l’entouraient semblaient conspirer ensemble pour aigrir son chagrin et nourrir son espoir de revoir à ses côtés celle qu'il pleurait.
Il présenta un jour à sa mère un papier qu'on lui
avait donné à ce dessein, C’était une longue picee
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DEUXIEME EFOQUF. 12
de vers composée par un de ses oncles qui avait un talent tres-remarquable pour la poésie. I peignant sous les couleurs les plus vives le malheur de cet enfaut arraché des bras de sa mère dans un âge sitendre, et lui mettait dans la bouche les reproches les plus afiectueux pour réveiller en elle toutes les voix de la nature et ébranler sa constance. Elle lut cette piece SUUS laisser paraître la moindre émotion ; mais il ext aisé de comprendre quelle lutte terrib'e se livra dans son âme entre les sentiments de la nature et ceux de la grace à la lecture de ces pages si propres a exeiter Pexquise sensibilité de Pamour maternel.
Cependant tous ces assauts que lui suscitait Île tentuteur, n'étaient que le prélude d’une attaque bien autrement violente, Le jeune Martin avait hérite des heureuses qualités de sa mère, et jouissait naturelle ment d’un caractère doux et aimable qui le rendait Pidole de tous ses compagnons d'enfance, Lorsqu'ils le virent en proie à cette tristesse inconsolable, 1ls “'empresserent autour de lui, et tächèrent de le consoler. Mais voyant que tous leurs eflorts étaient inutiles, ils tramèrent entre eux une petite conspiration pour lui restituer celle qui était la cause de tant de larmes, Ne pleure pas, s’écrièrent-ils tous ensemble, nous te rendrons bien tainère ; nous allons tous aller au monastère, et nous ferons tant de bruit qu'on sera bien obligé de la faire sortir.”
En un elin d'œil, tout le quartier fut en émoi. Une
inmense clameur s’éleva autour des murs dun monas-
tere, et les pierres volerent de toutes parts. Les religieuses ne comprirent pas d’abord Porigine de ee tumulte étrange : mais la novice désolée qui en était la cause involontaire eut bientôt tout deviné ; car. au milieu de tous ces cris, une voix bien connue frappa douloureusement son oreille. C'était celle de son fils qui, transporté hors de lui-méme par cette singulière démonstration, pleurait et sanglotait avec plus de violence que jamais, et ne cessait de crier d’une voix capable d’attendrir les cœurs les plus durs : Rendez-moi ma mère ! Rendez-moi ma mère ! Clhacune de ces paroles pénétrait dans lPâme de Pintortunée mère comme autant de coups de poignards qui lui déchiraient Jes entrailles. Elle crut alors que c'en était fait, et que les religieuses lassées de tant de tumulte et d’importunités allaient lui dire de se retirer. ‘Jamais, dit-elle, je ne fus tant combattue ; jen traitais humblement et amoureusement avec Notre-Seigneur, pour lPamour duquel j'avais abandonné cet enfant, afin de suivre ses divins conseils: et par ce moyen mon cœur demeurait en paix.”
En effet, sa grande âme ne faiblit pas un seul instant au plus fort de l'orage ; tous ceux qui furent témoins de tant de courage et de fermeté en étaient
dans l’admiration.
Enfin cette tempête s’apaisa insensiblement. ‘ Peu
de temps après, dit-elle, le Seigneur daigna me consoler ; car un jour que je montais les degrés
du noviciat, il me donna une certitude intérieure que
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je serais religiense en cette maison; il nassura en méme temps qu'il aurait soin de mon fils, et qu'il serait un jour destiné à son service.”
L'eflet suivit de près la promesse, et Dieu lui-méme voulut en faire naître Poccasion. PL’archevèque de Fours et Dom Raymond de Saint-Bernard, conversant un jour avec le père Dinet, recteur du collége des Jésuites de Rennes qui se trouvait alors à Tours, curent l'inspiration de lui raconter l'histoire de notre héroïne, Le pere en fut émerveillé; et sur la proposition qu’ils lui firent de se charger de l'éducation de son fils, ‘il accepla avee empressement, Ce secours providentiel arrivait à temps; car le chagrin et Îles mauvais conseils avaient tellement altéré le caractère de l'enfant, qu’il refusait obstinément d'étudier, et qu’il menaçait méme de se livrer au vice et à la dissipation, Sa conduite fut encore pendant quelque ienips un sujet d’angoisses pour sa mère qui ne lui avait Jamais souhaité d'autre trésor que celui de l'innocence et de la piété.
Comme autrefois la mère de Saint Augustin, elle “offrit en holocauste pour son fils. #0 mon Dieu! lui dit-elle, faites-moi souffrir toutes les croix qu’il vous plaira, pourvu que cet enfant ne vous oflense point ; car j'aimerais mieux mille fois le voir mourir que de le voir tomber dans un seul péché. Oui, je consens à étre martyrisée en toutes manières, pourvu que vous en preniez soin.”
Diet accepta ce pacte sacré, et la suite de cette
histoire fera voir quelle influence eut cette oblation volontaire sur Pavenir de son fils.
La sérénité avait à peine reparu pendant quelques instants dans sa solitude, qu'un nouvel orage vint éclater sur sa tête. Son père, courbé par Pâge et les
infirimités, était toujours resté inconsolable de «à
perte. Quoiquelle ne fût demeurée auprès de lui qu'une seule année depuis son veuvage, et qu'elle eût laissé trois de ses sœurs pour veiller sur ses vieux jours, ilne cessait de pleurer celle qu'il appelait son ange ei F1 joie de sa vieillesse, Après avoir langui pendant quelques mois, il tomba dangereusement malade, et mourut six mois après Pentrée de sa fille au noviciat.
Cette croix Iui fut d'autant plus cruelle que je monde y trouva un nouveau prétexte pour se récrier contre sa retraite. Mais telle fut toujours sa constance et la sublimité de sa vertu, qu’elle le forca enfin de savouer vaincu, et que ceux même qui avaient lancé contre elle les plus amers sarcasmes finirent par confesser qne sa vocation ne pouvait venir que d’en haut.
Ces grandes épreuves étaient le gage assuré de nouvelles et car chacune d'elles était
doûù notre pieuse novice sortait toujours plus pure, et
précieuses initiations ; comme autant de fournaises ardentes, plus sensible aux impressions de la grace. Le mystere de Ta Sainte-Trinité lui apparut pour la troisième fois; mais d’une manière plus parfaite et plus intime
que dans les visions précédentes.
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