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“ Le Jour de la fête de lAnge Gardien, racontet-elle, étant dans ma cellule, il me vint en pensée que les cellules sont comme les cieux, ainsi que dit Saint ernard, et que les anges y habitent, Au méme instant, Je me sentis fortement élevée en esprit par le Maine des Anges, qui nrunissait à lui d’une manière admirable, mais avec une grande souffrance. Ce mystère s'opérait sans que J’eusse aucune vue particulicre, sinon que je me voyais comme une substance que lon prépare à quelque chose de fort rare. Cette opération refluait jusque sur Pextérieur; et Pen éprouvais une douleur très-sensible. Je fus trois ou quatre heures dans cet état violent, jusqu'à ce quil fallut aller au chœur pour Poraison. Dès que je fus devant le Saint-Sacrement, cette grande violence cessai ; et avec une douceur que je ne puis dire, je me sentis toute changée intérieurement. Je fus obligée de m’asseoir, parce que mes sens se retirèrent peu-à-peu, et que je ne pouvais plus me soutenir sur mes genoux. En un moment, mon entendement fut illustré de la vue de la Frès-Sainte Trinité avec lPimpression de ces paroles du suradorable Verbe incarné :
Si quelqu'un m'aime, mon Père l’aimera ; nous mendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui. Jean, XIV, 23.) Cette impression portait Peflet de la promesse faite dans ces paroles; et les opérations des trois Personnes divines en moi furent plus éminentes que dans toutes les autres visions. Elles me les
donnaient à connaître et à expérimenter par une
pénétration d'elles en moi; et la Frès-Sainte Frinite en son unité semparait de mon âme comme dune chose qui lui était propre, et quelle avait rendue capable de sa divine impression. Dans ce grand abime, il m'était signifié que je recevais alors la plus hante grâce que Peusse jamais reçue dans les commu nications des trois divines Personnes. I me fn révélé que la première fois que Pavais reçu une sen blable faveur, c'était pour instruire mon âme du plus auguste et du plus incomprébensible de nos mystéres: la seconde, afin que le Verbe me prit pour son épouse : mais qu'à cette troisième fois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit se donnaient et se communiquaient à moi pour posséder entièrement mon âme, Alors l'eftet S'en suivit; et comme lestrois divines Personnes me possédaient, je les possédais aussi dans Pamplitude de la participation des trésors de la magnificence divine. Le Père Eternel était mon père, le Verbe suradorable mon époux, et le Saint-Esprit celui qui par son opération disposait mon âme et Jui faisait recevoir les divines impressions. J'avais la vue très vive de mon néant; et je ne cessais de le confesser dans les moments où je pouvais nécrier. Je me voyais perdue dans le tout, et dans cette perte, [e Jouissais d’un plaisir indicible. Je crois que cet: jouissance à quelque chose de semblable à celle des bienheureux. La Majesté divine, dans laquelle j'étais abimée, me prodiguait des caresses qui ne sauraient
tomber sous les sens, ni sous les paroles des hommes
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mortels. Cette faveur donnait un nouvel accroisseinent à non àme, pour lui témoigner son amour avec une familiarite qui semblait lui rendre tout permis, Aussi les actes qu'elle faisait n'étaient pas d'elle-meme ; mais elle sentait qu'ils étaient produits en elle par celui dans lequel elle était tout abimée, Ah! qui pourrait dire avee quel honneur Dieu traite lame, lorsqu'il lai plaît de Pélever à ses divins emnbrassements, C’est une chose si étonnante que je crois qu’elle rentrerait dans 1e néant, sans la douceur dont il a la bonté de tempérer son opérations Ce ravissement dura une demi-heure ; et lorsque je revins 4 moi, JC me trouvai appuyée sur ma chaise, JPeus assez de Tiberté pour dire complies au chœur, nonobstant fes restes des impressions divines, dont mon ame avait été inondée, et dont elle était encore oute Tiquéfiée, semblable i un vase qui demeure tout humeets même après qu'on à versé la liqueur dont il était rempli.
“Je nraperçus an sortir de l’église que étais comme une personne ivre, et qui ne peut comprendre Es choses qui se présentent à ses sens ; et je demeurai longtemps renfermée en moi-même, sans pouvoir être attentive à aucune chose.”
Ce fut peu de jours après cette extase que Marie reçut le voile et l’habit de novice. Son âme était encore tout imprégnée de Ponction des grâces divines ; et elle y apporta une ferveur ct une piété
ingéliques. Les assistants remarquèrent même, avee
une surprise mélée d’étonnement, que pendant
cérémonie quelque chose de surnaturel et de céleste
parut rayonner autour d’elle,
En souvenir de lPunion étroite qu’elle avait con.
tractée avec le Verbe incarné, qui l'avait choisie pour
son épouse, elle voulut ajouter à son nom celui de
son bien-aimé, et prit le nom de Marie DE L’Ixcan-
NATION, qu'elle a toujours porté depuis.
On avaiteu le soin, la veille de sa prise d’habit,
d'envoyer son fils, qui n’était pas encore parti pour
le collége de Rennes, passer quelques jours à la ean-
pagne, dans la crainte que la vue de cette cérémonie
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ne fit une trop vive impression sur son esprit.
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