‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 41 sur 118 · CHAPITRE DEUXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DEUXIEME

Elle recoit l'intelligence des Saintes Ecritures-Croix cHrayantes- Les possédées de Loudun.

Vers le temps que la Mère de PIncarnation reçut Phabit de novice, une source inconnue de lumière tüullit en elle, et lui donna l'intelligence des Saintes Ecritures, accompagnée d’une suavité infinie, qui lui faisait goûter cette nourriture comme une manne céleste, Cette grâce fut une des plus précieuses de toute sa vie, car elle en conserva la jouissance Jusqu'à sa mort.

Quoiqu’elle n’eût jamais étudié la langue latine, elle comprenait parfaitement le sens de tous les

versets de l’Ecriture, sans le secours d’aucune traduc-

tion française. C’était surtout pendant l’oraison que

Notre-Seigneur ouvrait ainsi son esprit, et lui découvrait les trésors cachés dans les Saintes Lettres. Dès

qu'un texte se présentait à sa mémoire, le sens lui

en était aussitot révélé, et faisait en meme terips surgir dans son esprit une foule d’autres passases et s’enchainaient les uns aux

qui se déroulaient

autres, avec une telle facilité et une lucidité telle

qu'il lui semblait m'avoir qu'à écouter en silence la voix du Souverain Maitre qui préchait dans son &ine,

Souvent aussi pendant les oflices du chœur, Pinspi: ration enlevait son esprit avee tant de violence, qu si elle mavait trouvé dans le chant un épanchement à son enthousiasme, elle eût éclaté en cris de transports et d'allégresse, Mes sens, dit-elle, étaient telle. ment touchés, que javais de puissants mouvements de battre des mains, et de provoquer tout le monde à chanter les louanges d'un Dieu si grand et si digne que tous se consument pour son amour et pour son service, Je ne sentais portée, à limitation de l’'Épouse des Cantiques, à chanter un Æructavit pour annoncer les grandeurs et les prérogatives de mon Epoux dont les paroles wétaient esprit et vie, Je voyais, dans la psalmodie, ses justices, ses jugements, ses grandeurs, ses amours, son équité, ses beautés, ses magnificences, ses libéralités ; enfin j’éprouvuis qu'il avait, au sens de PEglise son Epouse, des mains dor, arrondies au tour, toutes pleines d'hyacinthes, ct propres à faire découler leur plénitude sur les âmes

‘ C’était une suite de sentiments qui ne finissaient pas ; tellement qu'une fois dans un de ces transports que me causait la psalmodie, je dis au verset Laudule Dominum de cœlis, etc, du français au lieu du latin,

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DEUXIEME EPOQUE, Luis

en louant en moi-meme la Personne sacrce du Verbe, par qui toutes choses ont été faites,

+ Lorsque mes occupations m'obligeaientde marcher dans Pintérieur du cloitre, je ne me sentais pas toucher à terre; et en envisageant mon habit relie dieux, je mettais la main sur ma téte pour toucher mon voile et voir si je ne me trompais point en pensant pos-éder le bonheur d’être dans a maison de Dieu, et une part de son héritage,”

Malgré la plus scrupuleuse attention qu'elle avait «ur elle-même, la Mère de PIncarnation ne pouvait garder longtemps le secret d’un don si rare et si précieux ; car le parfum de Ia parole sainte, qui inondait son âme et ses lèvres, comme jadis celles du Roi Prophète, d'une douceur plus suave qu'un rayon de miel, s’exhalait de lui-même, à son insu, et embaumait tous ses discours. Ses compagnes ne tarderent pas à s’en apercevoir, et pendant les heures de récréation, elles se réunissaient autour d’elle, et faisaient tomber la conversation sur les Saintes Ecritures. Aussitôt le souflle divin l’emportait hors d’ellememe, etelle se mettait à disserter avec ui: éloquence admirable sur le texte sacré. Les novices ravies et éemerveillées demeuraient des heures entières suspendues à ses lèvres, recueillant avec une religieuse avidité les paroles inspirées que lui dictait PEsprit- Saint.

“— Sœur Marie, lui dit un jour une des novices, expliquez-nous donc ce qu’a voulu dire PEcrivain-

Sacré par ce passage du livre des Cantiques : Osculelur me osvulo oris sui.

a maîtresse des novices, qui se trouvait alors présente, lui fit apporter une chaise et lui ordonna, en vertu de la sainte obéissance, de dire tout ce qui lui viendrait à Pesprit sur ce passage. Elle obéit avec sa candeur et sa simplicité ordinaires, et commença, les yeux baissés et d’un air profondément recueilli, la paraphrase du texte sacré. Mais des qu’elle eut prononcé les premières paroles, sa figure s’illamina tout-à-coup, un doux sourire eflleura sa lèvre, et sur ses traits radieux se peignirent un enthousiasme et une exaltation dont jamais personne n’avait encore été témoin. Un iorrent d’éloquence merveilleuse déborda de son cœur avec une fécondité, une abondance et une onction qui transportèrent toutes les assistantes hors d’elles-mêmes. [mmobiles, les yeux fixés sur elle, et retenant leur respiration, elles Pécoutèrent pendant longtemps dans le plus profond silence, jusqu’à ce qu’enfin sa parole s’éteignit peu-à-peu ; et elle entra dans une douce extase. Ses compagnes, pénétrées de respect et de vénération, r’osèrent pas interrompre ce colloque intime cet mystérieux, qu’elle continuait avec son céleste époux, et dont les anges seuls furent les heureux témoins.

Quand Dieu communique ainsi ses grâces extraordinaires à ses élus, et les remplit des ineffables douceurs de ses consolations, ce n’est que pour les

animer à de nouveaux combats, et les préparer à ces

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epreuves souveraines qui sont le partage exclusif des ames héroiques. Car ia vie des prédestinés sur la terre est Pimage fidèle de celle du Grand Crucifié ; et si parfois ce divin Sauveur les conduit sur le Thabor ce n’est que pour raffermir leurs pas sur la route du Calvaire.

Le temps était venu où sœur Marie allait imprimer ‘4 sa vertu cette force, cette énergic qui s’acquiert et se relrempe dans Pinjirmilé ‘. Les ténèbres se rent soudain dans son âme, et les plus horribles tentations Passaillirent de toutes parts. Elle se vit en proie à des pensées continuelles de désespoir, dinfidéiité, de mépris de Dieu, d’orgucil, de vanité, de blasphême, d’impureté, d’aversion du prochain, et d’un suprême dégoût des choses de Dieu. Toutes ces tentations formaient comme autant de vagues en lurie que soulevait la tempête, et qui ébranlaient jusque dans leurs fondements les remparts de sa conscience, Un ciel d’airain s’était appesanti sur elle, et pas une étoile n’en perçait les épaisses ténèbres. À peine un dernier rayon de paix intérieure luisait-il encore au fond de son âme ; mais si pâle et si lointain qu'il était presque imperceptible.

“ Ainsi livrée, sans aucun secours apparent du ciel, aux agitations d’une imagination troublée et

léconde en expédients pour se tourmenter; sans

aucune consolation de la part de son confesseur, qui

1,2 Cor: XIE, 9, 13*

que tout Le passé n'était qu'illusion, et que trompé clle-meéime par sa faute, elle avait ensuite trompé son directeur; sans goût pour les choses du TE pouvant plus souffrir Poraison, ni aucun exercice de piété; Simaginant à tous moments consentir aux suysestions de Pennemi les plus extravagantes et les plus inpies; en un mot, m’avant plus que ténèbres dans Pesprit, qu'erreurs dans Pimagination, que révolte dans la volonté, que fraveurs dans les sens, elle se vit, presque sans intervalle, transportée des splendeurs du paradis, dans les horreurs dun ver table enfer.” !

Pour comble d’infortune, le R, P. Dom Raymond de Saint-Bernard, qui Pavait élevée depuis son enfance spirituelle, et dont Phabile direction Pavait conduite si haut dans les voies de la perfection, lui fut enleve. Elu supérieur du monastère des Feuillants, il fut renrplacé dans la direction de notre sainte par un religieux, qui mavait hérité d'aucune de ses precieuses qualités. Autant Pun était éclairé, prudent et profondément versé dans la conduite des mes, autant Pautre était aveugle et inexpérimenté. Avant d’avoir suflisamment approfondi Pétat de sa nouvelle pénitente, il Iui déclara ouvertement que jusqu'alors elle avait été mal dirigée, et que ses premières dispo-

sitions m’avaient été que de dangereuses illusions.

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