CHAPITRE TROISIÈME
Profession—Nouvelles épreuves— Délivrance.
Nous venons de voir à travers quel désert morne et désolé, tout semé de précipices affreux, peuplé de monstres et de reptiles, notre chère sœur Marie vient de cheminer, seule sous un ciel chargé de foudres et léclairs, sans secours humain et dans le dénument l plus complet, La voici maintenant parvenue, comme Moïse, au pied de la montagne sainte qu’elle “a bientôt gravir, et d’où elle redescendra portant enire ses mains les tables de ces conseils évangéliques qu’elle aura juré d’observer éternellement.
La Mère de Saint-Bernard, seule confidente des croix accablantes sous lesquelles gémissait son héroïque élève, loin d’hésiter à lui faire prononcer ses
“œux, lui ordonna de se préparer sans délai à sa
profession. Elle en fixa le jour à la fôte de la con-
version de Saint Paul, le 25 janvier 1633. La More de Pinearnation était alors âgée de trente-trois ans, Jamais nouvelle plus heureuse, ni plus désirée n'avait retenti à ses oreilles; mais son âme, en proie depuis longtemps à toutes les amertumes, était si navrée par la douleur, si ineurtrie par la souffrance, qu’elle n'en ressentit d’abord presqu'ancune joie. Cet état de torpeur invincible, de morne léthargie subsista jusqu’à li veille de sa profession. Mais le Verbe sacré ne voulut pas qu'une épouse si fidèle et si chaste éprouvat ses
rigueurs dans le temps méme quelle s'unissait à lui
par des liens indissolubles. !
La veille de sa pro fession, toutes ses tristesses s’évanouirent comme par enchantement; des flots de lamière et d’onction répandirent la paix et Pallégresse dans son àüme. “Toutes les impressions de mes souffrances semblaient, dit-elle, s'être changées en des sentiments de amour le plus tendre que j’eusse jamais éprouve. O mon cher amour! disais-je, quoique jusqu’à présent Paie été votre épouse par les vœux que Je vous al faits, je vais donc Pètre encore plus particulièrement.
“Toutes les puissances de mon àme étaienttellement plongées dans cet océan d'amour qu’elles n’en sortaient point, non plus qu’une personne qui serait abimée au
fond de la mer. Je suppliais de tout mon cœur ce
divin Époux que cela ne parût point au dehors, 1
qu'il me laissât libre pour l’action que j'allais faire.