‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 45 sur 118 · Le P. de Charlevoix · texte numérisé non relu

Le P. de Charlevoix

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Il m'accorda cette grâce. Toutefois, pendant la céremonie, jJ’eus beaucoup de peine à conserver toute l'attention nécessaire pour ne rien omettre ; et ce ne fut pas sans de grandes difficultés que je parvins à lire la formule de mes vœux. Après la cérémonie, j'expérimentai en mon âme des c'oses, dont jai encore la mémoire bien récente, mais dont je ne puis rien exprimer.

“ Dès que je fus retirée dans ma cellule, ces saillies furent si puissantes, qu’il fallut me prosterner, ne sachant en quelle posture tenir mon corps. J'étais si transportée et hors de moi, qu’en marchant par la maison, il me semblait que tout fût mort pour moi. Je ne pouvais entendre ni comprendre que mon divin Époux ; toutes les puissances intérieures étaient retirées au fond de l’âme, où elles étaient toutes avec Dieu, comme dans leur centre, de sorte que l’extérieur demeurait comme privé de sentiment.”

Cet instant de félicité ne fut qu’un éclair de bonheur entre deux orages; les épaisses ténèbres de la tempête se refermèrent bientôt sur ce lumineux sillage tracé par le rayon d’en haut ; car cette grande ame m'était née que pour souffrir. A peine huit jours s'étaient-ils écoulés depuis sa profession, quelle se vit replongée dans Pabime des mémes angoisses. La seule trace qui lui restât de son bonheur évanoui fat un amour plus ardent pour les croix, et une exaltation tonte nouvelle qui lui faisait embrasser avec

délices la pauvreté et le dénûment spirituel. [ne

restait plus qu'une faible et dernière consolation sur là

terre : e’était celle de pouvoir verser de temps en terms

toutes ses peines intérieures dans le sein de sa done

ettendre amie, lai Mère Supérieure, Mais Panstere pénitente voulut sevrer son time de cette derniére et suprème consolation, et marcher absolument seule, travers toutes les aspérités, à la suite de PEpoux. Cependant la Mère de Saint-Bernard, touchée di compassion, résolut de chercher quelque moyen de mettre un terme à ses souffrances. Le Père George de Ta ave, de la Compagnie de Jésus, homme éminent par sa sainteté et ses lumières, préchai alors le carèéme à la cathédrale de Tours. Souvent il était venu faire des exhortations aux Ursulines, et avait ravi toute Ja communauté par sa science ct ses vertus, Nulle men n'avait été plus profondtment touchée que la Mère de Pincarnation. Dès ce moment elle avait éprouvé une vive inclination de S’ouvrir à lui. Mais la crainte de céder à une tentation d’inconstance et de légèreté lavait toujours retenue, Elle se vit donc au comble de ses vœux, lorsque la Mère Supérieure vint lui ordonner de découvrir Pétat de sa conscience au Père de la Have. Dès la première entrevue qu’elle eut avec ce saint religieux, elle sentit sévanouir une partie de «es craintes, et renaitre cette confiance et cet abandon qu’elle avait eus autrefois avec son ancien directeur. Le Père ne se contenta pas d'entendre Paveu sincère

et ingénu de toutes ses tentations ; mais il voulut

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qu'elle ait par cerit toutes les graces quelle avait eeues de Dieu depuis son enfance, et Pusage quelle ep avait fuit, afin de porter un jugement plus assuré «ur Pétat de son âme, L’humble servante de Dieu ÿ consentit, mais à la condition d'écrire en méme temps tous les péchés etles imperfections de sa vie, Dieu ui imanifesta à Pinstant méme qu'il approuvait ce commandement ; ee jour-là, qui était le Vendredi-Saint de Pannce 1633, au moment où elle alkut se mettre à Peuvre, il ni mit su vie tout enticre devant les yeux, avec une clarté parfaite sans qu'elle eut besoin du moindre extunen.

Telle fut Porigine de la première relation de sa vie. Après un mür examen de ce mémoire, et apres avoir consulté le Seigneur, le Père de la Have lui déclara quelle ne pouvait pas douter que c'était uniquement Pesprit de Dieu qui Pavait conduite. Aces paroles, toutes ses peines se dissipèrent ; son esprit recouvra toute sa liberté, comme si une main invisible Peñt délié des chaînes d’une lourde captivité. Cette heureuse tranquillité dura jusqu'au jour de l’Ascension. Alors un léger nuage vint obscurcir pour un moment cette douce sérénité, 1] me sembla en ce jour, dit-elle, que Notre-Seïoncur, en montant au ciel, emportât avec lui toutes les joies dont il me remplissait, pour me remettre dans Pétat de tentations et de croix, où j'avais langui auparavant. Mais ce nuage ne fut que passager; car peu après,

elle raconte ainsi sa délivrance :

‘ Un soir que Je me promenais par obéissance dans

une allée du jardin, fortement unie à Dieu, et lui

faisant de nouvelles protestations de vigilance sur

moi-même, peus un instinct très-puissant de nr'arréter

et de demander pardon du plus profond de mon cœur

a ce divin Epoux, en lui promettant une éternelle fidélité,

toutes mes croix s’évanouirent ; il me sembla que je

Au même instant, toutes mes tentations c!

n'avais jamais souffert, et je demeurai remplie d’une

paix très-profonde 7?

Le Père de la Haye qui avait été Pinstrament

Dieu s'était servi pour opérer cette

lortuné dont

heureuse délivrance, acquit un nouveau titre à sa

reconnaissance en se chargeant de léducation de son

fils. [l lemmena avec lui à Orléans, où l’enfant conti-

nua sous sa direction ses études jusqu’à sa rhétorique, qu'il vint faire plus tard à Tours, dans un collége nouvellement fondé par les Pères de la Compagnie de Jésus. Le Père de la Haye le rappela ensuite à

Orléans pour y terminer son cours de Philosophie.

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