‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 52 sur 118 · CHAPITRE NIXIENE · texte numérisé non relu

CHAPITRE NIXIENE

Elle recoit l'explication de sa vision sur Ie Canada.

Cependant la divine providence, en fournissant à la Mère de lInsarnation l’occasion de développer son zèle pour le salut des âmes, dans Pexercice de sa charge de maîtresse des novices, Pacheminait gra. duellement vers le but suprême de toute son existence. Vers Pâge de trente-quatre ou trente-cinq ans, elle

ressentit de nouvelles saillies de cet esprit apostolique

qui transportait son âme jusqu'aux extrémités de

la terre, et lui faisait accompagner les ouvriers de l'Evangile dans toutes leurs prédications, A La vue de tant d’âmes infortunées que le démon arrachait an domaine de son divin Maître, elle tombait dans des

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& Par une lumière qui était infuse dans mon àme, we voyais clairement et comme en plein jour, le sens des passages de PEeriture-Sainte, qui parlent du souverain pouvoir que le Père Eternel a donné an Verbe incarné sur tous les homines, et ce que Île Saint-Esprit dit de lui. Ce grand jour, qui me découvrait tant de merveilles, embrasait mon âme d'un amour qui me consumait. Il est juste, Père souverain, nrécriais-Je, que mon Epoux soit le maitre detoutes les nations. Donnez-moi donc une voix assez puissante pour étre entendue des extrémités de laterre, et pour publier partout qu'il est digne de régner dans tous les cœurs.

“ Mes désirs et mes gémissements, comme autant de flèches embrasées, allaient percer les cieux. Transportée en esprit parmi les ämes qui ne connaissent pas Jésus-Christ, je lui rendais pour elles les hommages qu’elles lui doivent ; je les embrassais, et je les voulais tous concentrer pour les plonger dans le sang précicux de cet adorable Seigneur.

“ Cependant une lumière intérieure me faisait voir qu'ilme manquait quelque chose pour être exaucée. Alors je me consumais à ses pieds; et je m’abimaus an centre de ma bassesse et de mon néant, afin qu'il plüt à sa divine bonté de mettre en moi ce qui me manquait encore. Alors j’expérimentai une nouvelle

infusion de la grace ; un rayon divin se répandit dans mon âne, et en méme temps ces paroles me furent dites: Demande-moi par le cœur de Jésus, mon tres. ahnable Fils; c’est par lui que je Pexauccrai.

& Dès ce moment, Je me sentis si étroitement unie au cœur de Jésus, que je ne parlais et ne respirais que par lui.”

Ce fut vers l'année 1635 que la Mère de Pinearpation entra dans cette nouvelle phase de Ja vie intérieure,

Un feu si dévorait ne pouvait longtemps demeurer secret; aussi éclata-t-il bientôt au dehors. I fit une telle impression sur elle queile parut entièrement changée. Communiquant ses ardeurs à tous «es sens, et pénétrant jusque dans la moelle de ses os, cette flamme réduisit son corps dans un tel état d’exténuation et de maigreur qu’elle ne fut bientot plus qu’un : quelette vivant ; en sorte qu’elle pouvait dire en toute vérité, comme le Psalmiste: L’ardeur de mon zèle m'a consumé. (Ps. 118.)

Son directeur, appréhendant pour ses jours, lui ordonna de se distraire autant qu’il lui serait possible. Elle fit tous ses efforts pour lui obéir; mais ce fut en rain, et il fallut Pabandonner à la conduite de Celui qui seul tient entre ses mains la vie et la rnort.

Cependant l’heure approchait où Dieu allait rompre le sceau des énigmes, dont il avait jusqu’alors voilé ses desseins sur elle. Sa vocation pour le Canada

allait se dessiner clairement.

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Des son entrée aux Ursulines, un secret pressentiment fui avait dit qu'elle n'y était qu'en passant, e! comme un dépôt que Dieu réclamerait à son jour. Elle repoussait toujours cette idée, dans la crainte que ce ne fût un piège de satan ; mais comme cette pensee revenait sans cesse, elle se vit obligée de S'abandonner, sans examen, entre les bras du Seigneur, ne demandant que laccomplissement de sa sainte volonté,

Les Ursulines, de leur côté, n: tardèrent pas à remarquer en elle quelque chose d’extraordinaire qui leur faisait dire que Dieu lappellerait bientôt ailleurs, et quelle ne mourrait pas dans leur monastère,

Son directeur Ctait alors le Père Jacques Dinet, recteur du collége des Jésuites de Tours, qui fut, peu de temps après, appelé à la cour de Louis XIE, où il devint confesseur du roi.

Un jour que la Mère de PIncarnation lui faisait part de son amour pour Papostolat, et lui racontait le songe mystérieux qu’elle avait eu à ce sujet, le Père lui dit qu'il n’y avait rien en cela qui ne füt trèspossible, et que probablement le Canada était le pays qui lui avait été montré en souge. À cette révélation inattendue, la Mère de l’Incarnation tomba des nues ;

car Jamais elle n'avait entendu parler du Canada, et

il ne Jui était pas venu un seul instant à Pesprit

qu'elle dût jamais contribuer à la conversion des infidèles autrement que par ses vœux et ses prières,

À quelques jours de là, étant au chœur en oraisOn,

elle fat ravie en extase, et la vision qu'elle avait cn

en songe lui fut représentée de nouveau avec les

mêmes circonstances; et elle entendit une voix qui

lui dit: % C’est le Canada que je Pai fait voir, «til faut que tu ailles y fonder une maison en Phonneur de Jésus et de Marie.

‘ Ces paroles, qui portaient esprit et vie dans mon âme, continue la servante de Dieu, la réduisirent dans un anéantissement indicibie. Jeus néanmoins assez de foree pour répondre : O Dieu éternel! vous pouvez tout, et moi je ne puis rien. Mais aidez-moi, me voilà prête. Dès ce moment et sans aucune réflexion, ma volonté fut unie à Dieu; d’où S’ensuivit une extase amoureuse, dans laquelle cette infinie bonté me fit des caresses, qu'aucune langue humaine ne saurait Cxprimer.

‘ Je ne vis plus ensuite d'autre pays pour moi que ie Canada; et mes courses ordinaires étaient parmi les sauvages, avec les missionnaires.”

Sur ces entrefaites, la Mère de PIncarnation recut du Père Poncet de la Rivière, missionnaire de la Compagnie de Jésus qu’elle ne connaissait pas, une lettre accompagnée d’une Relation des Missions du Canada. Ce saint religieux, qui a arrosé et fécondi les sillons de la Nouvelle-Frare: ‘ses sueurs et de son sang, rendait compte à notre Mère de sa vocation pour ces missions. Et quoiqu'il n’eft pu être instruit par aueune voie humaine de ses élans pour lapostolit,

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d'invitation un petit bourdon qu'il avait apporté de Notre-Dame de Lorette,

“Je vous envoie, écrivait-il, ce bourdon pour vous convier d'aller servir Dieu dans la Nouvelle- France.

La Mère de lPincarnation fut ravie de cette invitation ; néanmoins elle n’osa y répondre autrement que par de vagues remerciments, tant cette entreprise lui paraissait au-dessus de ses forces et de sa condition.

Mais tandis qu’elle ne songeait qu'à bien s'assurer de la volonté de Dicu, et à se mettre en état de l'exécuter, la providence ménageait à son insu les moyens

de faire réussir les desseins qu’elle avait sur elle. !

. de Charlevoix.

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