‹ Histoire de la mère Marie de l'Incarnation [microforme]Chapitre 55 sur 118 · Life of Madame de la Peltrie · texte numérisé non relu

Life of Madame de la Peltrie

n'avait vu le jour que pour aller augmenter le nombre

des prédestinés.

Restée veuve et sans famille à vingt-deux ans

elle sentit renaitre en elle le désir de se consacrer

entièrement à Dieu dans la vie religieuse ; et pour se

préparer à cette vocation sublime, elle fit de «a

maison une espèce de couvent et d’hospice, où elle

recevait les pauvres et les malades avec une charité

digne des premiers siècles de l’église.

Cependant elle était partagée entre le désir de

renoncer à tout pour Jésus-Christ, et celui d'employer

Pimmense fortune dont elle jouissait, au soulagement

des misères spirituelles et corporelles du prochain,

pour lesquelles Dieu lui avait donné une tendre

Sa charité se portait de préférence vers

compassion.

les sauvages du Canada, où la France venait d’établir

une colonie, et que les Pères de la Compagnie de Jésus avaient commencé d’évangéliser.

Le Père Le Jeune, supérieur des Jésuites dans la Nouvelle-France, venait de publier à cette époque une Relation des Missions du Canada. Il y invitait fortement toutes les personnes pieuses à concourir, selon leurs moyens, à la conversion des sauvages;

etil terminait ses pressantes exhortations par ces paroles touchantes :

‘ Hélas ! ne se trouvera-t-il pas quelque bonne et vertueuse Dame qui veuille venir en ce pays pour

recueillir le sang de Jésus-Christ, en instruisant les

petites filles sauvages ? ”

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Ces paroles étant tombées sous les yeux de Madame de la Peltrie, elles pénétrèrent son âme l'une telle ardeur apostolique, que “ depuis ce temps,” ajoute la Mère de PIncarnation, ‘ son esprit fut plus en Canada qu’en elle-même.”

Cependant comme elle voulait avant tout faire ce qui pouvait le plus contribuer à la gloire de Dieu, elle consulta des personnes doctes et de grande vertu, leur exposa Îles sentiments de son cœur avec une entière sincérité, et leur mit entre les mains un papier où elle avait écrit tout ce que Dieu lui avait inspiré à ce sujet.

Tous d’une voix unanime lui déclarèrent que sa vocation avait tous les caractères d’une mission divine, et q’elle ne devait pas différer de suivre la voix de Dieu.

Mais bien des croix devaient Passaillir et purifier son âme de toute attache teriestre, avant qu’elle püût réaliser ce vœu.

Déjà les continuelles instances de son père pour lui faire contracter de nouveaux liens, l’avaient obligée de se réfugier dans un monastère, d’où elle n’avait eu le temps d’accourir que pour recevoir le dernier soupir de sa mère.

Ces douloureuses épreuves aflectèrent sa santé ; elle tomba si dangereusement malade que les mé-

1. Vie des premières Ursulines de France, par Charles Sainte-Foi.— Ve de la Mère de l’Incarnation, par Dom C. Martin.

decins déelarérent qu'ils avaient plus auenn espoir de la sauver. On n’attendait plus que son dernier soupir; et plusieurs personnes même terminaient : la hâte un habit de Saint Francois, pour Pen revétir, selon son désir, avant dexpirer. Deux religieux Cx pucins, agenouillés à son chevet, récitaient les pricres des agonisants, lorsque tout-à-coup elle se sentit inspirée de faire un vœu à Saint Joseph, de lui promettre d'aller bâtir une église en son honneur au Canada, et d'y consacrer, sous ses auspices, sa fortune et sa vie an service et à l’instruction des filles sauvages. A peine eut-elle prononcé ce vœu quelle tomba dans un sommeil profond. A son réveil, au grand étonnement de tout le monde, elle se trouva parfaitement gutrie. Les médecins en la voyant purent à peine en croire leurs yeux, car ils la pensaient déjà morte ; et Pun d’eux, après lui avoir tâté le pouls, lui ayant dit, sans rien savoir de ce qui s’était passé entre elle et Dieu: Où est donc votre fièvre, Madame ? serait-elle allée au Canada?” Surprise de lPentendre parler ainsi: ‘6 Oui, elle y est allée,” répondit-elle en souriant d’un air significatif, mais que personne ne comprit.

Arrachée ainsi miraculeusement à la mort, elle ne songea plus qu’à exécuter sans délai le vœu qu’elle avait fait à Dieu. Elle s’en ouvrit à quelques amis; mais dès les premières paroles, tous s’élevèrent contre elle, taxant son projet d'idée romanesque, et de véri-

table folie. Ils ne pouvaient comprendre comment

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