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une jeune personne de sa condition, d’une santé si délicate, douée de tant d'avantages extérieurs pütavoir l'idée d'abandonner un si brillant avenir pour aller traverser les mers, et s’ensevelir au fond des forêts de PAmérique.
Son père eut, vers le méme temps, quelques soupcons de son dessein, et résolut de la remarier. Mais quelle ne fut pas sa stupéfaction, lorsqu'il Penendit, au contraire, solliciter la permission de consacrer sa personne et sa fortune aux missions du Canada ! I fut anéanti à cette nouvelle, et lui déclara que si elle n’accédait pas à son désir, ilen mourrait de chagrin. Plusieurs personnes de qualité et de mérite, et méme des religieux unirent leurs sollicitations aux siennes, et lui représentèrent que Dieu ne pouvait pas exiger d’elle un sacrifice qui causerait la mort de son père. Partagée ainsi entre lanour filial et la religion, en proie aux plus poinantes angoisses, elle s’adressa à un religieux de la Compagnie de Jésus, dont elle connaissait la prudence consommée, et le supplia de léclairer de ses lumières. Ce religieux, après y avoir sérieusement éléchi devant Dieu, lui répondit qu’il croyait avoir trouvé un moyen de tout concilier.
Non loin d’Alençon vivait alors un gentilhomme de haute famille, d’une brillante fortune, et jouissant d'une réputation d’éminente sainteté. M. de Bernitres Louvigny était trésorier de France à Caen, et, par sa position, avait de fréquents rapports avec 16*
M. de Chanvignvy. Celui-ci, connaissant Pangélique
vie qu'ilimenait, ne tarissait pas en éloges sur <on
Le KR. Pere conseilla done
caractere et SOS Merites,
à Madame de la Peltrie de lui faire connaitre
uénéreuse entreprise aussi bien que les obtacles
qu'elle y rencontrait, et de Peagager à la demande:
en inariage à la condition de vivre ensemble come
frere et sœur, Quelque singulier que partit ee projet,
la écessité força Madame de la Peltrie d'y recourir,
Elle écrivit sur le champ à M. de Bernieres pour lui
faire part de sa position, et de Pexpédient qu'on lu
avait suggéré, Elle Le suppliait de Paider dans ect
circonstance où il Sagissait de son salut et de li
oloire de Dieu.
M. de Bernières recula d’étonnement à la réception
de cette lettre, et ne sut d’abord que répondre, Iavait fait le vœu de chasteté, et avait nullement chercle à le tenir secret, Ge vœu était la nr'acipale cause de ses perplexités ; car il craignait de scandaliser ceux de ses amis qui en étaient instruits, et qui ne pouvaient connaître les conditions de son union avec Madame de la Peltrie. Mais Pimmense bien qui devait en résulter balançait lesraisons qui le faisaient reculer. Enfin apres avoir longtemps imploré les lumières du ciel, il remit toute Patlaire entre les mains de son directeur et de quelques amis intimes. Tous, d’un commun accord lui déclarèrent que la gloire de Dieu y était intéresse, et qu'il devait accepter, FT écrivit alors à un de ses
amis, M. de la Bourbonnière, le priant d’aller de-
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DEUXIEME EFOQUE. 2415
mander de sa part, à M, de Chauvigny, la imain de Madune de la Peltrie, A cette proposition, Pheureux pere ne se posséde plus de joie, et volaanpres de sa fille, qui naturellement accepta sans difficulté, Mais M. de Bernicres, toujours poursuivi par Pidée de Ja Singnhuite de cette démarche, retomba dans ses anciennes perplexités. M, de Chauvigny finit par croire que les avances qu'il avait faites n'auraient pas de suite, 1 la done un jour trouver sa fille, et lui déclara quil Hllait, ouque M de Bernières se décidat à Pépouser, où quelle Signât un papier qui la déshéritait de a plus grande partie de ses biens. Madome de Ta Peltrie parvint à calmer ses inquiétudes, Mais afin d'éviter de nouvelles scènes à Pavenir, elle écrivit à M. de Bernières pour lui demander une entrevue à Alencon. Ivy rendit, et ils délibérèerent ensemble, en présence de leurs amis, sur la décision qu'il fallait prendre. Après un mûr examen, Pidée d’un mariage fut abandonnée ; car elle entrainait de graves inconvénients, les héritiers de Madame de la Peltrie pouvant plus tard inquiéter ceux de M. de Bernières. Il fut done convenu qu'ils agiraicnt à Pextérieur comme s'ils étaient
mariés, La chose était possible à cette époque ; et il
“étut pas rare que, pour ménager certains intérets,
où certaines susceptibilités de famille, on eût recours
4 un mariage secret, &’est-à-dire célébré seulement en
présence du curé et de deux témoins. FE était done
heile à M, de Bernières et à Madame de la Pelrie de
lire croire qu'ils étaient mariés ; ils avaient pour
cela qu’à paraitre ensemble dans leurs familles et chez leurs amis.
Surces entrefaites, une nouvelle épreuve vint fondre sur notre courageuse héroïne. M. de Chauvigny, déjà avancé en âge et depuis longtemps tourmenté par la goutte, mourut subitement, emportant dans la tombe Pespoir d’avoir trouvé, pour sa fille, uu époux digne Madame de la
Peltrie fut profondément aflligée de cette mort, quoi.
de soutenir l’honneur de son nom.
que M. de Chauvigny eût bien souvent soumis sa piété filiale à de cruels assauts. Mais la providence voulut elle-même dénouc. cette entrave, Assez d’autres, du reste, devaient encore se soulever sous ses pas. Sa famille, témoin des grandes libéralités qu’elle faisait aux pauvres et aux églises, lui contesta le droit d'entrer en prutage de la succession paternelle, et tenta méme de la faire interdire, sous prétexte qu’elle était incapable d’administrer sa fortune. Le présidial de Caen avait même déjà prononcé une sentence favorable à ses parents ; mais elle en appela au parlement de Normandie. Elle faillit encore perdre ce second procès, pour avoir refusé, par une excessive délicatesse de conscience, de prêter un serment juste et licite. Mais les saints ont des ressources que les autres hommes ne connaissent pas. Elle eut recours à Pintercession de Saint Joseph, son refuge ordinaire dans
toutes les circonstances difficiles, et elle renouvela le
vœu qu’elle avait déjà fait d’aller établir en Canada
une fondation desti ‘e à l’instruction des jeunes filles