Lettres Historiques, page
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Et comment en effet Dieu aurait-il pu délaisser
ectte chère petite église du Canada, dont les mains
pures et suppliantes étaient toujours tendues vers lui?
La ferveur de ses enfants, déjà si admirable, Sétait
encore accrue par Pimminence du danger ; la colonie
comptait autant de saints que d'habitants. Exposés
chaque Jour à tomber sous les balles des Troquois,
ils se tenaient sans cesse prèts à mourir en héros
chrétiens ; ils s'étaient même engagés publiquement
par un vœu à se confesser et à communier au moins
une fois le mois. Aussi pendant que la guerre sévis-
sait au dehors, au dedans fleurissait une paix inalté-
rable, L'union, la concorde, cimentées par la piété,
liaient tous les citoyens. Chaque habitation avait
été placée sous la protection d'u: saint, et tous les
jours, matin et soir, le chef de la famille entouré de
sa femme, de ses enfants et de ses serviteurs age-
nouiliés au pied de Pimage du saint patron, récitait
à haute voix la prière, suivie de Pexamen de con-
science et des litanies de la Sainte-Vierge. !
Si la vie était si pure aux derniers échelons de la
société canadienne, on peut juger de sa perfection
parmi les chefs qui en étaient les guides et Pexemple.
Pendant que le nouveau gouverneur, M. D’Ailleboust,
continuait les précieuses traditions léguées par son
prédécesseur, que les missionnaires Jésuites donnaient
leur septième martyr à l'Eglise, que M. de Maison-
1. Relations des Jésuites. Lettre du P. Ragueneau, 1651, page 2.
neuve, avec une poignée de braves, aisait de son corps un rempart à la colonie, que les Hospitalities se consumaient auprès du lit des malades, les Ursnlines recueillaient les débris encore tout tremblants de cette jeune génération indienne échappés an massacre des Iroquois, et leur apprenaient à tourner leurs cœurs vers Celui qui essuie toutes larmes, ct guérit toutes blessures.
C’est à cette époque que remonte la touchante tradition qui représente la Mère de lIncarnation, assise au pied du vieux frène, dont les antiques rameaux ombragent encore aujourd’hui le cloitre des Ursulines, et entourée de petites sauvagesses qu’elle catéchise et console. Quelles pures et intimes jouissances devaient enivrer son âme, quelles actions de grâces devaient monter de son cœur vers Dieu, lorsque promenant son regard sur tout ce qui lPentourait, elle voyait enfin l’entier accomplissement de tous ses vœux : Ce pays sauvage ouvert à son apostolat, ces chères néophytes, et surtout ce vaste et beau monustère qui surgissait du sein de la forêt !
Mais, hélas! un affreux malheur va dans un moment anéantir cette suave réalité, un incendie terrible, dans une nuit fatale, va réduire en cendres ce précieux asile élevé au prix de tant de sueurs!
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