‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897Chapitre 14 sur 41 · FORTIFICATIONS EST VOTÉ, .AIAIS ON EN RESTE LA · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS EST VOTÉ, .AIAIS ON EN RESTE LA

XTRAIXÉ par les événements qni se déronlent entre les années 1S65- 1SS5, et parmi lesquels la milice figure d'une manière éminente, nous ne pouvons plus couvrir d'un seul chapitre des périodes de trente à cinquante ans. Il faudra donc nous en tenir aux faits les plus saillants : les deux invasions féniennes, le bill de 1S6.S, les troubles de la Rivière- Rouge et le soulèvement de la Saskatcliewan ; cinq occasions, en vingt ans, qui ont montré ce que peut être notre milice à l'heure des épreuves et comment les Canadiens-Français la comprennent.

La guerre entre le sud et le nord des Etats-Unis finissait. Le licenciement de l'armée du Nord remplissait les villes et les campagnes d'hommes désœuvrés parmi lesquels les mauvais éléments pullulaient. Pareille situation se renouvelle d'ordinaire à la suite de ces grands conflits cpii ont jeté tant de combattants sur les champs de bataille C'est toujours une heure de crise pour un pa\'s qui cesse d'emplover ces milliers de bras, et, le plus sou^"ent, on voit se former dans cette tourbe des expédit ons de flibustiers qui vont chez les voisins porter la terreur et la désolatian. Le moindre prétexte suscite leur instinct de maraude et de pillage. Or, le très grand nombre d'Irlandais ainsi déchargés du service militaire se prêta volontiers à un acte de vengeance contre l'Angleterre, dès qu'on leur en eut s'iufflé le projet. La Grande-Bretagne passait pour avoir svmpathisé avec le Sud durant la rébellion récente; les Irlandais ne .sont jamais las de rappeler leurs griefs centenaires contre la couronne anglaise ; ils espéraient que les Américains ne les gêneraient point dans ce qu'ils entreprendraient sous ce rapport, et, pour frapper sur quelque chose appartenant à l'ancienne ennemie, ils avaient le Canada devant eux, le Canada qui ne leur a jamais fait que du l)ien, mais où flotte le drapeau anglais Cet acte inouï d'agression eut lieu sous une couleur nationale contre des gens qui n'avaient été pour rien dans les événements d'un passé que l'on réveillait si tristement. Il va sans dire que la masse des Féniens, comme ils s'appelaient, n'était composée que de chenapans indignes du nom de soldats. Nous les a\ons \us de nos yeux ; ils n'inspiraient que de la répulsion. Mais ils étaient cinq mille, même dix mille, et, une fois sur notre sol, cinquante mille autres pouvaient les suivre. Leurs postes menaçaient une frontière de quatre cents lieues qu'il nous fallait garder. C'est alors que notre milice fut trouvée utile et d'un maniement commode, parce qu'elle possédait déjà une certaine expérience de la vie active. Tous les bataillons mobilisés en 1865 furent reportés aux frontières. Les corps de Montréal, Trois-Rivières, Lévis, Québec, Rivière-du-Loup (en bas), qui étaient revenus du Haut-Canada, garnirent la ligne du Ba.s-Canada depuis

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Vallej-field à Freili^sl)ur y-, eu mars iSdb, loiis^teinixs avant que le quartier général des Féniens, à Malone et à Sainl-Alban, eût donné ordre à ses bandes de niarelier contre nous. Lorsque leurs avant-gardes parurent, on les enveloppa et elles furent livrées à la justice, qui les mit sous clef Cette frontière se trouva débarrassée au mois de mai et les chefs féniens se retournèrent du côté de l'autre province. Les Canadiens-Français et les corps anglais dn Bas-Canada étaient à peine rentrés chez eux qu'un autre appel se produisait : après avoir saccagé nombre de fermes dans le Haut-Canada, les Féniens avaient été acculés au fort Erié, et là après une courte résistance qui nous avait tué et blessé nombre d'hommes, ils avaient trouvé le moven de traverser le fleuve et de s'enfuir. Nous retournâmes à la frontière du Ba.s-Canada le 2 juin. Les alarmes durèrent partout jusqu'au milieu de juillet, ovi il devient manifeste que " la grande armée d'invasion " s'était évanouie dans les faubourgs des villes américaines, d'où on lui avait permis de sortir au mépris du droit des gens.

La milice rentra dans ses fo^-ers et ne regretta nullement les fatigues qu'elle venait de subir, car elle avait montré son patriotisme et il n'y avait plus personne pour mettre en doute son efficacité. C'est ainsi que les événements s'étaient chargé de lui ouvrir la voie et de mieux faire comprendre ce qu'il nous restait à faire pour perfectionner son organisation. Il n'est que juste de mentionner la belle conduite des Canadiens- Français .sous les armes durant ces trois campagnes à la frontière. Chacun d'eux était imbu d'une émulation que nous avons retrouvée depuis en 1S70 et 1SS5, quoique ce ne fussent plus les mêmes personnes en dernier lieu, du moins pour la plupart. En outre de cette qualité du soldat qui entend et respecte la discipline, ils ont déployé partout, et de l'aveu de leurs supérieurs de race étrangère, cette précieuse faculté d'être les plus " débrouillards " des hommes. Jamais vous ne les avez vus en peine, dans mille circonstances qui étaient si nouvelles pour eux tous. Leur esprit inventif trouvait sans cesse des ressources, et un colonel de l'armée anglaise nous dit un jour: "Ils ont tous les trucs et l'adresse des vieux soldats." C'est dû au sang français, pensons-nous. Ceux qui ne parlaient pas anglais apprenaient les commandements aussi vite que les autres : il suffisait de les leur traduire une fois ou deux. Quant à la cuisine, aux campements, aux marches, aux patrouilles, ils nous donnaient à croire qu'ils n'avaient jamais fait que cela, tant ils savaient s'en tirer avec bonheur. Et ce qu'ils sont gais ! Il n'y avait de mélancolie que dans les lettres reçues des parents et amis. Xous pouvons compter sur cet élément ; il a fait ses preuves.

Le budget de 1865-66 aflfectait 5470,000 aux dépenses de la milice, mais, grâce aux Féniens, nous déboursâmes 51,285,000. Une somme de 51,887,000 fut votée pour 1866-67, et la dépense ne s'éleva qu'à 51,700,000. Au cours de ces deux ou trois années, de nouveaux corps surgirent de partout, et l'on commença à moins se servir des efîets prêtés ci-devant par l'armée anglaise, par conséquent il fallait les acheter sur le marché, surtout en Angleterre, mais on tenta, avec peu de succès d'abord, de se les procurer en Canada, et nous avons fini par ne plus importer que les articles absolument introuvables parmi nous.

Les négociations préparatoires à l'union fédérative des provinces occupaient surtout notre monde politique. Au milieu des débats et pourparlers de cette grave question grandit le projet d'une milice plus parfaite que par le passé. Cette fois encore, les circonstances donnaient leur appoint aux réformateurs, et fortifiaient l'idée d'une défense nationale devenant possible avec nos movens, ceux des provinces maritimes et le concours de la Grande-Bretagne.

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Raconter l'histoire de la milice implique au moins une mention de l'homme qni lui a donné la vie constitutionnelle et pratique, alors que sept ou liuit léjrislateurs s'étaient eflforcés, mais en vain, d'accomplir cette tâche. Il est heureux pour nous, qui nous appliquons surtout à démontrer le rôle honorable des Canadiens-Français dans le service militaire, que l'auteur de cette organisation soit un Canadien-Français. Depuis le jour où M. Cartier a dit qu'il se chargeait du bill de milice, jusqu'à sa mort, dix années après, il a été l'âme de cette création et l'a perfectionnée au point qu'elle est encore ce qu'il a voulu la faire, car les développements qu'elle a subis sont tous tirés des articles de son Inll. Citons quelques phrases des discours qu'il prononça, de 1864 à 1867, pour amener l'opinion pul)lique à épouser son projet; on y reconnaîtra celui qui, plus que personne, s'est identifié avec ce système; l'histoire ne lui suscitera point

, de rivaux à cet égard ; nous, les volontaires,

\ nous ne prononçons jamais son nom qu'avec orgueil, et, comme il le disait lui-même: "Je ; veux que la milice naisse de l'action d'un Canadien - Français," nous sommes heureux que l'un des nôtres ait si glorieusement réussi à faire comprendre le Si vis pacon para bcllnni des anciens. Si, pour un moment, nous faisions disparaître sa participation de l'œu\re qiii nous occupe, on se demande où retrouver le père et l'exécuteur de l'idée. Sans lui, cpraurions-uous eu ? |irol)ablement dix lois de \ milice inti impiétés, des essais, comme dans toutes les colonies anglaises. Rappelons quelques-unes de ses paroles :

Conférences de Halifax, 12 septembre 1864: " Ouand nous aurons un gouvernement fédéral, l'une des plus importantes questions à régler sera celle de la défense du pays. I Tels que nous sommes, nous avons la volonté et la détermination de nous défendre, si on

1 nous attaque, mais pouvons-nous le faire avec

succès ? Considérez tour à tour l'île du Prince- Ministre de la milice, du 7 novembre 1S73 au 29 septe.nbre .sj, gdoUard, k NoUVellc - EcOSSC, Ic NoUVCaU -

Brunswick, les Canadas. Peuvent-ils se défendre ou aider l'Angleterre à les défendre, tant qu'ils seront séparés, di.sjoints? Non. Mais unis? l'nis, leurs milices fourniraient au moins deux cent mille hommes et, si l'on ajoute les soixante mille marins que possèdent les Canadas et les provinces maritimes, et la marine de l'Angleterre, quelle serait la nation assez folle pour nous attaquer?"

Conférences de Québec, 29 octobre 1864: "Au-dessus des questions que vous venez de débattre, il en est une bien plus importante, celle de la défense du pays. Les différentes provinces peuvent-elles séparément organiser un système de milice susceptible d'empêcher une invasion américaine? Non, certainement. En cas d'invasion par une armée ou une flotte des Etats-l^nis, ce serait à l'Angleterre à décider s'il est à propos de défendre tous ces pays, appartenant à la couronne anglaise. Il y a, en Angleterre, nue école de politiques qui dédaignent les possessions coloniales et qui en nient la valeur

HON. WII.LIAÎ

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au point de vue anglais. MM. Cobden et Bright en sont les chefs, mais malgré eux l'opinion du peuple est portée à la conservation des colonies. vSi les provinces britanniques de l'Amérique du Xord étaient confédérées et que leur territoire fût envahi par une armée américaine, nos milices, plus nombreuses et mieux organisées qu'à présent, .seraient appelées sur n'importe quel point, par le gouverneur général, à repousser l'ennemi; l'Angleterre, conuais.sant nos préparatifs, vo\'ant nos efïorts pour protéger le pays, se hâterait de venir à notre secours avec sa marine et son armée."

A l'assemblée législative, 7 février 1865 : " Nous savons que l'Angleterre est déterminée à nous aider, à nous appuyer dans toute lutte possible contre nos voisins. Les provinces anglaises du nord de l'Amérique, séparées comme elles le sont à présent, ne pourraient pas se défendre seules. Nous avons des devoirs à remplir envers l'Angleterre ; si l'on veut obtenir son appui pour notre défense, il faut s'aider soi-même, ce que nous ne saurions bien faire sans une confédération. Quand nous serons unis, chacun saura que, s'il attaque l'une des provinces, il aura contre lui les forces combinées de l'Empire. Sitôt que nous aurons organisé un système de défense propre à notre protection mutuelle, l'Angleterre ne ménagera, pour notre sauvegarde, ni ses soldats ni ses trésors."

Au banquet des Fish)noiigci\ à Londres, 26 avril 1S65: "Nous concevons très bien que, en cas d'invasion, nous ne pouvons résister sans le secours de l'Angleterre, mais avec l'union de toutes les provinces, nous promettons de prendre part à la défense de notre paA-s dans toute la mesure de nos forces. Nous a^•ons l'intention de déclarer au gouvernement impérial que nous sommes prêts à faire notre devoir, même seuls, pour la défense de la colonie, mais nous lui représentons, en même temps que, si la confédération se réalise, nous serons dans une meilleure situation pour aider la Grande-Bretagne dans le cas, j'espère qui n'arrivera jamais, d'une guerre entre l'Angleterre et les Etats- Lnis. En nous engageant à fournir notre part pour la défense, nous nous chargeons de déboursés considérables. Nous savons eu Canada que nous ne pouvons être cause d'une guerre, car celle-ci ne pourra jamais provenir que des autorités impériales. Nous savons que notre pays a des points vulnérables, cependant nous souffririons qu'il servît de champ de bataille pour venger l'honneur de l'Angleterre."

A l'assemblée législative, 15 août 1S65 : "Il n'entre pas dans les intentions du gouvernement canadien de présenter une mesure au sujet des fortifications, ni de dépenser le million de piastres voté l'an dernier, du moins pour cette session. On étudie l'organisation de la milice dans tontes ses parties. En présentant le budget de la milice, je ferai connaître l'entente à laquelle nous sommes arrivés relativement aux afïaires militaires pendant notre séjour à Londres . . . Nous avions la conviction que, en nous coufédérant, nous augmenterions nos moyens de défense militaire, et, en effet, nous avons rapporté d'Angleterre l'assurance que la mère-patrie emploierait pour nous, le cas échéant, les ressources de sa propre puissance."

Banquet de Portsmouth, Angleterre, 30 janvier 1S67: "On se rappelle que, lonsque les provinces, qui plus tard constituèrent les Etats-L^nis, s'insurgèrent, les Canadiens- Français ne voulurent pas écouter la voix de Washington qui les invitait à embrasser la cause de la révolution, et l'Angleterre leur dut, véritablement, la conservation à\\ Canada sous son empire. Le nombre de mes compatriotes s'est accru depuis et leur loyauté n'a pas diminué."

Le i"'' juillet 1867 fut le premier jour de cette confédération, que des orateurs, des écrivains, des hommes d'Etat avaient annoncée comme possible et désirable depuis la fin du siècle dernier. L'article 15 de la nouvelle constitution prescrivait le niaintieu de

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la milice, c'est pourquoi sir George Cartier fit passer, eu 1868 (31 \'ic., cliap. 40), la loi qui uous régit eucore à préseut, et qui est l'uue des uiesures les plus iuiportantes de sa carrière politique. Cela arrivait six aus après sa défaite sur uu projet du même geure, comme on s'en souvient. L'estimation de la dépense annuelle était portée à ^^900,000 et l'effectif volontaire à quarante mille hommes. M. Cartier mit cinq heures à faire l'exposition du bill devant les Communes. Ceux qui craignaient l'établissement d'une armée permanente purent se calmer, il n'y avait rien de tel — tout le sy.stème consiste dans la création d'une vaste école militaire, sous différentes formes et à divers degrés, pour la cavalerie, l'artillerie, le génie, l'infanterie, etc., afin d'offrir à la jeunesse l'occasion de s'inculquer, durant trois ou cinq ans, les principes et la pratique de ce que chaque soldat doit savoir avant de prendre du service actif. C'est une milice sur

pied de paix, aussi coûte-t-elle vingt fois moins cher qu'une armée. A part ses exercices ordinaires, elle est sortie trente-cinq fois pour apaiser des émeutes. Si jamais nous avons la guerre, son aide sera d'une grande valeur à l'armée anglaise. Quatre-vingts de ses officiers sont aujourd'hui dans le service britannique— parmi lesquels plusieurs Canadiensb'rançais — et ce seraient autant de chefs à notre disposition en cas de besoin, car on les rappellerait ici.

Mi '^1 ▲ ^ I^*^' ^"^^ contenait beaucoup d'innovations

^^^Bl^^™^^B||^ pour le temps. Chaque district recevait un

Éj^^H^SSSlâHH^K ! commandant; les écoles militaires s'étendaient

^ÊKÊêP^^^ÊK^^ '111 Xouveau-Brnnswick et à la Nouvelle-

^^8» j^^^~ l'A'osse ; il y était pourvu à l'organisation

^^ il'une milice navale (laquelle n'est pas encore

commencée). Le chef de l'opposition, M. .\lexander Mackcn/.ie, déclara que la mesure serait votée par son parti et qu'il " seconderait, avec ses amis, le Gouvernement dans toute dépense nécessaire pour la défense du pavs et riionneur du drapeau l)ritanniquc. " M. Cartwright (sir Richard anjonrd'hnil Cauchon écri\'it dans \^ Jniimal de Qiiihcc : leaucoup espéraient, on du moins pensaient, le voir revanche de 1S62. Il \- a tout à la fois efficacité istre de la milice, et c'est à ces deux importants ce bill, le volontarisme ne brille pas, et c'est ce qui durent jamais long- ^I. Cauchon voulait

pn

déplora le rejet du bill d'

" M. Cartier a obtenu un si

succond)cr. Il a noblement

et économie dans la mesure du u

caractères qu'il doit son succès. Da

devait être, puisque le volontarisme de la guerre et l'enthousiasme n(

temps. Or, le succès, presque toujours, n'est dû qu'à la persévérance."

dire par là que, au lieu d'appeler les hommes de lionne volonté sous les drapeaux dans

un moment de crise, il est bien préférable de les habituer graduellement à comprendre

le service et à l'épouser par réflexion. Toute la presse du Canada tint le même langage.

L'orateur avait été écouté avec une religieuse attention. Il dit, entre autres choses :

" ....Je crois cette mesure nécessaire pour compléter la grande œuvre de la Confédération.

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Trois éléments indispensables eonstitnent nne nation : la popnlation, le territoire et la marine. Le conronnement de l'édifice est la force militaire. Ancnn penple ne sanrait prétendre an titre de nation, s'il n'a chez lui un élément militaire, des mo3-ens de défen.se. Il va sans dire que l'ors^anisation que je propose n'a aucun caractère offensif. Notre ambition, d'ailleurs, peut exploiter un vaste champ à l'intérieur. Notre nouvelle constitution nous permet d'étendre nos frontières de l'Atlantique à l'Océan Pacifique et, pour atteindre ce but, je désire autant que personne que nous attirions le plus tôt possible, dans la Confédération, les territoires du Nord-Ouest et de la Colombie-Britannique.... Avant de soumettre cette mesure, j'ai étudié les lois de milice de la Nouvelle-Ecosse, du Xonveau-Brunswick et même de l'Ile du Prince-Edouard; des copies imprimées de ces lois vous seront distribuées avec le bill.... J'ai tiré grand parti aussi d'antres sources de renseignements.... Nous conservons le système de l'enrôlement volontaire, mais, s'il ne donne pas tout l'effectif de quarante mille hommes, on devra compléter celui-ci au moyen du tirage au sort, de manière que chaque division régimentaire fournisse .son contingent.... La tentative des Féniens nous a donné, sur la question de la défense du pavs, des idées que nous n'avions pas lorsque le bill de 1S62 fut rejeté.... Si le malheur voulait que nous eussions un jour à combattre nne invasion américaine, nous serions dans une position beaucoup plus avantageuse que les Sudistes, avec nos .sept cent mille hommes prêts à prendre les armes, sans compter le secours de l'Angleterre et l'océan ouvert à notre flotte.... On me demandera peut-être pourquoi j'ai pris la direction du département de la milice. Je répondrai que j'ai toujours aimé à aft'ronter les difficultés, et ce département eu offre de nombreuses.... Depuis trois ans, la dépense annuelle de la milice a été en moyenne de nu million cinq cent mille dollars.... Le gouvernement canadien a dans ses arsenaux pour quatre cent cinquante-sept mille dollars d'armes et de munitions qui sont pavées, plus la valeur de huit cent vingt-huit mille dollars en eft'ets d'habillement entre les mains des volontaires. P^n outre, les salles d'exercices du Haut et du Ba.s-Canada sont évaluées à quatre-vingt-un mille dollars, et nos canonnières à trentetrois mille dollars.... La mesure que j'ai l'honneur de présenter nous procurera tons les movens de protection et de défense dont nous avons eu besoin depuis trois ans, mais à beaucoup moins de frais. Une nouvelle invasion féniennc rencontrerait une résistance beaucoup plus forte encore que par le passé. Cette loi sur la milice et sur les fortifications apprendra à l'étranger que nous sommes déterminés à demeurer sous la couronne britannique. Je suis même sûr que, si l'on demandait à la Chambre de .sanctionner une loi de milice très coûteuse, elle y consentirait. La mesure actuelle vise à l'économie, c'est surtout à ce point de vue cpi'elle se recommande.... Mon intention est de donner plus de développement aux écoles militaires. C'est à l'honorable Sandfield ]\Iacdonald que revient le mérite d'avoir établi ces écoles dans l'ancienne province du Canada. A Toronto, Kingston, Montréal et Québec, elles ont été fréquentées par un grand nombre d'élèves, et elles ont donné les résultats les plus satisfaisants. Je désire que les talents militaires chez nous soient utilisés autant que possible dans ces institittions. Il faut étendre le système à la Nouvelle-Ecosse et au Nouveau-Brunswick. "

L'honorable Sandfield ]\Iacdonald répondit : " Une dépêche du duc de Newcastle demandait le maintien d'une milice active de cinquante mille hommes, et voulait obliger le gouvernement canadien à créer en cinq ans un fonds applicable à la défense du pa^-s, et dont le gouvernement impérial aurait, à l'exclusion du parlement canadien, le contrôle et la disposition. Le cabinet dont j'étais le chef n'hésita pas à répondre que, selon notre usage, les deniers publics ne pouvaient être dépensés qu'avec l'approbation du

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pjuple, et que l'entretieu de cinquante mille miliciens serait une charge bien onéreuse pour nous. Aies honorables collègues et moi avons aujourd'hui la satisfaction de voir que la mesure actuelle est entièrement basée sur les principes que les honorables membres de la droite combattirent alors si énergiquement.... Selon moi, le bill est, en général, satisfaisant. Si la Chambre l'adopte, ce sera, en quelque sorte, une sanction de la mesure proposée par le gouvernement dont j'étais le chef."

L'honorable A. A. Dorion prit la parole: "Dans les districts où l'enrôlement volontaire ne fournirait pas le contingent requis, on aura recours à un tirage au sort. Ce bill substitue donc le système coercitif au système volontaire. Or, je ne vois aucune bonne raison à ce changement ; je crois, au contraire, que le mouvement volontaire devrait être encouragé le plus possiljle." De 1S68 à 1S97 aucun tirage au sort n'a eu lieu.

A la séance du i*" mai 1S68, le parlement d'Ottawa vota £ 1,100,000 pour construire des fortifications à Montréal, Kingston, Toronto, Haniilton, Paris ou London, et Saint-Jean du Nouveau-Brunswick. Ce crédit n'a jamais été utilisé ; une fcns les troupes impériales parties du Canada, il n'en fut plus question. En 1S73, l'.Augleterre retira la garantie qu'elle avait consacrée à l'emprunt de cette somme et la reporta sur l'emprunt que nous avons fait pour construire des chemins de fer.

\'ers cette épocjue (1S67), il se formait en Angleterre un parti dont les rangs se grossissaient avec rapidité, i)our séparer les colonies du gouvernement de Londres, sous prétexte que ces possessions Idinlaines ne rapportaient rien au trésor du Royaume-Uni, et que, d'un autre côté, elles pourraient être la cause de difficultés graves avec les puissances. Kn ce qui concerne le Canada, le rappel des garnisons fournies par l'armée régulière fut lestement décidé, en 1869, lorsque M. Gladstone se trouva maître de l'administration. Cette mesure donnait lieu à des commentaires de toutes sortes parmi nous, attendu que la garde du pays allait incomber à la milice. Nous allions redevenir sans protection, sous ce rapport, comme au temps de Louis XR', où le Canada n'avait point de troupes royales et devait se défendre avec ses seules ressources, l^ne situation aussi nouvelle demande un mot de notre part. Xous ne pouvons mieux faire qu'en détachant la page suivante de notre journal particulier, qui traite en raccourci de cette " question du jour." C'était le 19 juillet 1870; la conversation avait lieu entre le colonel Martindale, un charmant homme, envoyé par les autorités impériales pour livrer au Canada les terrains militaires, les armes, accoutrements et munitions qu'abandonnaient les régiments anglais, et sir George Cartier, ministre de la milice, agissant alors comme " premier," en l'absence de l'honorable Jolin-A. Alacdonald, malade à l'île du Prince-Edouard. Une bonne partie des terrains en question appartenait à la couronne britannique par droit de conquête, et ils nous étaient livrés à titre gracieux par la reine Mctoria ; sir George fit la remarque assez juste, que le reçu de cet héritage était signé par un Canadien-Français, et le colonel Martindale eut l'esprit de dire que c'était un bien retournant à .son maître. Làdessus on échangea des idées, en propos interrompus, mais comme sir George a\-ait le dessein de frapper l'imagination de son interlocuteur, dans l'espoir que celui-ci répéterait ses paroles au tuar office^ nous prîmes note de ce qu'il disait. \'oici, en substance, ce qui se passa (on reconnaîtra dans ces lignes la forme du langage de sir George) :

" Comment donc fait le ministère britannique ! Il agit parcimonieusement à notre égard.... Cela me dégoûte.... Notre peuple voit cette manière d'un mauvais œil.... Xon seulement cette politique mesquine de AI. Gladstone nous retire les troupes royales, mais encore elle nous presse et insiste pour nous jeter dans des frais d'armement.... Elle prêche l'organisation d'un noyau d'armée canadienne, à la tête de laquelle on placerait

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des officiers de son choix — de son arnu''c ciuV-llt- nous relire!.... Plus de colonies, n'est-ce pas? Mais de l'emploi pour nos oi^ciers ! A-l-on jamais vu ])arcille conception! \'ons allez voir (pie je pense antrenicnt : mon bill de milice est meilleur que n'importe quel bill que l'on ])ourrait faire passer en .\ns;-lelerre, et même je doute que ce pays ait la libéralité de voter une pareille loi, si elle lui était offerte. Comprenez l'esprit de notre peuple : nous avons quarante mille hommes organisés et une réserve de six cent mille, qui n'est pas une armée, mais cpii est encadrée, qui connaît ses officiers, qui se lèvera lors(|ue nous pourrons l'équiper — et tout cela, chose étonnante, est mis sous la main du gouverneur-général !.... Oui ! nous avons quarante mille hommes prêts à tous les moments. Nous pouvons porter secours sur tous les points de notre longue frontière, ce qui ne serait pas le cas a\ec un ou deux régiments, comme on nous invite à en créer. D'ailleurs, ces deux régiments coûteraient presque autant que nos quarante mille volontaires. Même dans l'invasion fénienue du 24 mai dernier, deux régiments ne nous auraient servi à rien, parce (pie nous ne savions pas où se porteraient les agresseui's. Avec notre système, nous nous sommes trouvés en état de faire face à l'ennemi partout à la fois.... Il règne en Angleterre, en ce moment, une politique étroite. On voudrait non seulement nous forcer à tout payer, uuiis, de plus, nous imposer des arrangements qui permettraient de prendre à nos frais des officiers de l'armée anglaise... Je vous dis que je vois tout cela clairement.... Pas de danger que je m'y laisse prendre, // is loo t/iiu !'' Au cours des années 1864-68, il se forma un certain nombre de compagnies isolées, dans les villes et les campagnes, lesquelles devinrent par la suite le noyau des bataillons actuels. Après la passation du bill de sir George, en mai 186S, il y eut d'abord une réorganisation de la milice de réserve, puis on s'occupa de la milice active en distribuant les provinces par districts militaires. Les bataillons se formèrent. Ceux d'Ontario furent les premiers acceptés; on en fit la remarque dans les journaux, mais, le q avril 1S69, les ordres généraux de milice enregistrèrent tout à la fois une dizaine de bataillons de langue française, à part quelques compagnies indépendantes, savoir: le 23'', Beauce, commandant H.-J.-J. Duchesuay ; 61", Montmagny et l'Islet, J.-O. Beaubien ; 64*^, voltigeurs de Beauharnois, Charle.s-Séraphin Rodier ; 65", carabiniers du Mont-Royal, Joseph Beaudry ; -o\ Champlain, X.-P. Massicotte ; 8i'', Portneuf, Edouard-A. Panet ; 87", comté de Québec. J.-I{.-M. Taschereau ; 88% Kamonraska, \'inceslaus Taché; 92*", Dorchester, Louis Portier. Ces bataillons, comme ceux de Temisconata, sous les ordres du capitaine Emile Hudon, et de Rimouski, commandé par le capitaine Edouard Martin, avaient eu un commencement par deux ou trois compagnies déjà formées dans les comtés qu'ils représentaient. Le 14 mai 1869, les ordres généraux de milice annonçaient la réorganisation du 4" bataillon, chasseurs canadiens de Montréal, sous le lieutenant-colonel Alphonse Andet. Les choses étant dans cet état, il s'écoula une couple d'années avant de créer de nouveaux bataillons.

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