‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897Chapitre 15 sur 41 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

— Achat des tkrritoikkh nu NoKii-OrKST. — Résistance des habitants de la Rivikre- RoucE. — Ils rkeusent de recevoir le gouverneur McDougall. — Deux partis aux prises à la Rivière-Rouge. — Riex s'empare de Fort-Garrv. — I^a mort de Scott. — On décide d'envoyer une expédition militaire du Canada. — Délégation df:s insurgés auprès du gouvernement fédéral. — La charte de Riel et le bill créant la province de Manitoba. — Comment s'organise l'expédition. — De Toronto au lac HuRON. — Le Sault vSainte-Marie. — La baie du Tonnerre. — Le lac Shebandowan. — Le fort Frances. — La température. — Les incendies. — Les Sauvages. — Riel ni-: BOUGE pas. — Le lac Winnipeg. — Sur la Rivière-Rougk. — Riel quitte Fort-Garrv. — Les troupes anglaises retournent au Canada. — Les volontaires hivernent à la Ri\ière-Rouge.

s'aviserait d'écrire l'expédition militaire du Manitoba, au point seulement de la milice canadienne-française, ferait une (:tu\-re ite et inutile. L'élément français a eu sa participation dans ce mémorable événement, et voilà tout. »Sa conduite a été, pour le moins, égale à celle des volontaires du Haut-Canada, mais il n'a pas fourni le contingent d'hommes auquel il avait droit, puisqu'il fallut composer le tiers de son effectif de vieux soldats tirés des Cauadicui Rifles. La jjrovince de Québec s'est montrée en arrière du siècle eu cette circonstance.

Deux cent cinquante Canadiens-Français ont acquis, dans la campagne de 1870, une expérience qui s'est naturellement ajoutée aux notions déjà répandues parmi notre peuple de langue française. Ce nouveau genre d'école nous intéresse tout particulièrement, car rien de semldable n'avait encore été tenté; c'est pourquoi, aux yeux de plusieurs, l'épreuve ])anit tout d'abord trop forte pour des miliciens, mais, lorsque le résultat se fit voir, on comprit que nous venions d'accroître nos movens de défense en familiarisant les volontaires avec l'existence du soldat sous son rapport le plus pénible. En effet, la guerre n'impose pas de travail ])lus accal)laiit que celui auquel furent soumis nos jeunes militaires durant les cent jours de leur marche pour atteindre P^ort-Garry. L'on ])eut dire, en thèse générale, que le poids de la fatigue est plus à considérer que le feu de l'ennemi dans une expédition lointaine et d'une nature si nouvelle pour nos hommes. Aux X\'IL et X\'IIL siècles, nos pères ont accompli des merveilles en ce genre, mais leurs bandes ne déi)assaient point d'ordinaire cent fusils, et, lorsqu'ils arrivent à huit cents hommes, quin/e cents même, c'est tcjujours à peu de distance du Bas-Canada, tandis que, de Toronto à la Rivière- Rouge, il V a quatre cents lieues à tra\'ers les forêts, les lacs, les cascades, où nos quinze cents hommes traînaient des munitions et des bagages dont les anciens militaires n'avaient qu'une mince idée. Il est donc à propos de consacrer un chapitre à cette expédition qui a si heureusement mis en œuvre la loi de milice de 1S6S. Si l'on ajoute à tout ceci l'alerte causée par les Féniens, cette même année 1S70,

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et, les camps crexcrcices de 1S7

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l'attention des autorités judiciares de la Grande-Bretagne et du Canada avait été attirée sur l'administration qui résultait des pouvoirs passablement douteux de la Compagnie de la Baie d'Hudson. Le Canada présentait les avantages requis potir aider le gouvernement impérial à introduire une constitution régulière dans ces régions, déjà quelque peu habitées par des groupes d'hommes civilisés. Il suffisait de lui annexer le pays et d'étendre en divers lieux, sinon partout, les lois, les coutumes c|tii nous régissaient, en les modifiant à certains égards, selon le besoin. La Compagnie, naturellement revêclie à ce projet, craignait de se voir enlever le monopole de la traite des fourrures et du commerce en général, ce que l'immigration des Canadiens tout d'abord, puis du peuple des Trois- I Rovaumes par la suite, ne devait pas nian-

; (|uer de faire, ou, pour le moins, cette domiua-

coi.o.NKi. ciiARi.Ks Kr(,i;M-. iam;t 1-i"" mcuaçait de se diviser. vSons la pression

Déinité ministre de la milice et de la défense, 4 février iS7^. qui fllt CXCrcéc CU liaUt licU, IcS actioUUaireS

^^ 1^^ puissante association finirent par se montrer plus accommodants. On stipula que la Reine prendrait possession des territoires pour, de son autorité de souveraine, assistée du conseil de ses ministres, les transférer à la confédération canadienne, laquelle verserait aux coft'res de la Compagnie une somme de trois cent mille louis, à titre de prix d'achat ou de dédommagement. Ceci couvrait toutes les prétentions que la Compagnie avait ou pouvait avoir sur ces contrées, à la réserve de quelques privilèges de peu d'importance relativement à l'ensemble et à la portée de l'arrangement consenti.

En vertu de ce contrat entre les trois parties, le ministère canadien nomma, de bonne heure dans l'automne de 1S69, l'honorable William McDougall, C.B., alors à la tête des Travaux Publics, premier gouverneur de la Rivière-Rouge ou Assiniboia, et lui donna instruction d'aller établir le siège de son gouvernement à Fort-Garry, situé à l'intersection de la rivière Rouge et de la rivière Assiniboine, où se trouve aujourd'hui la ville de Winnipeg, pour y remplacer M. ]\IcTavish, officier de la Compagnie, dont l'autorité cessait le i" novembre, au ternie des arrangements ci-dessus, juste deux cents ans après la formation de la Compagnie sous Charles II.

Parti du Canada avec quelques fonctionnaires destinés à prendre la direction de la colonie, M. AIcDougall connut en chemin que des mécontentements se manifestaient

MILICE CAXADIKXXK-FRAXCAISK

parmi les Métis, et que Ton cherclierait à lui feruier l'accès du territoire. En effet, un acte de résistance, conduit par AI. L<iuis Riel, eut lieu vers ce temps; il était dirigé contre les arpenteurs du gouvernenieut caïuidien, qui mesuraient des terres pour les diviser en lots à coloniser. Les Métis se plaignaient de n'avoir pas été consultés au sujet du changement qui s'opérait, et ils récUnnaient la rectification ou reconnai.ssauce d'une charte dressée par eux, de manière à sauvegarder leurs droits politiques et leurs privilèges d'occupation sur les terres. Lorsque M. McDougall, arrivant par les Etat.s-l'uis, eut franchi la froutière, à Pembiua, il reçut du comité des Métis intimation de ne pas pénétrer dans le pays, mais il n'en tint aucun compte, et les Métis, mettant leur programme à exécution, le ramenèrent contre son gré à la ligne de séparation des deux contrées. A partir de ce moment, l'insurrection prit une forme plus acceutiiée, se recruta dans presque toutes les clas.ses de la population de la Rivière-Rouge, et, finalement, M. Riel put s'emparer de Fort-Garry, oii il installa un gouvernement pro\-isoire, en attendant réponse à la charte meutionnée plus haut. Peu ai)rès, un contre-mouxement se manifesta, principalement chez les Ecossais du Scikirk Sflllnueiil, et ceux-ci, au nom de ce qu'ils appelaient " la loyauté à la couronne britannique " — allégeance que les partisans de Riel n'ont jamais repoussée — tentèrent la reprise de Fort-Garry. C'est alors que la position devint critique de part et d'autre, et que, pour frapper ses adversaires de terreur, Riel fit fusiller l'un qui avait joué un rôle de troisième ordre dans ce soulè\el'hiver de 1S69-70. ;\L McDougall et ses adjoints quittaient à Ottawa.

d'eux, le nommé vScott, meut. C'était pendant pour

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retourn

Nous a\-ons vu que les arpenteurs du ; l'été de 1869, aux envirous de Fort-Garrv, tout comme si le pays eût appartenu au Canada. Il y avait de quoi inquiéter les anciens habitants, d'autant plus que la presse d'Ontario ne cessait de prédire à ces braves gens un sort pitoyable sous le régime de "la loyauté." Or, cette loyauté ct)nquérante et asservissante, les ]\Iétis et autres résidents de la Rivière-Rouge l'attribuaient au Canada, et, lorsque les arpenteurs firent leur apparition sans qu'on eut encore rien réglé, à Londres ou à Ottawa, selon la justice et les convenances, il n'est pas étonnant que des personnes de toutes les races et de toutes les croyances, demi-sauvages ou blancs purs, aient cru devoir rédiger une charte de droits contenant l'expression de leurs griefs et de leurs espérances. Lorsque, à son tour, j\L ]\IcDougall entra dans la colonie et qu'il voulut faire acte de pouvoir régulier, les crainte^ devinrent plus vives. La Reine n'a\:iit pa-transféré le territoire au Canada ; le Canada n^' pouvait envoyer à la Rivière-Rouge (lu'uu gouverneur non reconnu et qui attendrait là le dénouement de la situation, tout en faisant de

gouvernement canadien étaient survenus, et procédaient à la division des terres.

îl'T.-COI,. THÉODORE jrCHEREAU DUCHESN,

Major de brigade. iS janvier lS6g

Député adjudant général, 6 mai 1876— 30 juin 1S97.

Mil. ICI' CAXAI

la diploinalic jiour éclairer les <^ens alarmés. Les choses se passèrent tout autrement et devinrent comi)liquées ; néanmoins, elles étaient susceptibles de s'arrang-er à l'amiable, au printemps de 1S70, lorsque la nouvelle de l'exécution de vScott se répandit. Dès

lors, la pr(

'Ontario déborda

Bien des chant^ements se firent dans les esprits. Le gouvernement canadien ne pouvait plus reculer, il avait un devoir à remplir, c'était de mettre en action tous les moyens qu'il possédait pour pacifier le peuple de la Rivière- Rouge et prendre des mesures afin que le transfert du territoire fût effectué selon la convention établie. La Compagnie de la Baie d'Hudson réclamait, d'ailleurs, le versement de trois cent mille louis, que le Canada ne voulait lui payer qu'après avoir été mis eu possession du territoire, chose que la Reine était incapable de faire à cause de l'insurrection et de l'état d'anarchie qui s'ensuivait.

Un compromis était donc désirable. Il fut fait en double partie de la part du gouvernement canadien : l'Angleterre et le Canada conjointement enverraient une force armée pour rétablir le calme dans la colonie ; le Canada s'aboucherait sans délai avec les personnes qui pouvaient exercer de l'influence sur les chefs du mouvement insurrectionnel, en vue de connaître avec précision le motif de leurs plaintes et tenter de les amener à une entente cordiale. Minisirt ,1e la milice du 21 janvier is;s au 1., octobre 187s ]\i~' Taché, archcvêque dc Sai u t-B OU if acc ,

Rivière-Rouge, fut prié de revenir de Rome, où il assistait au concile universel, et ce prélat avait à peine mis les pieds dans son diocèse (S mars 1S70), que les insurgés commencèrent des démarches conciliatrices dont on augurait les meilleurs résultats. Dans une assemblée générale, tenue à Fort-Garrv, ils nommèrent des délégués qui partirent sans retard pour (Ottawa, où les négociations aboutirent avec succès. Au mois d'avril, le parlement canadien passa un bill cjui constituait une portion du territoire sous le nom de province du Manitoba, avec Fort-Garry pour capitale, et qui accordait à son peuple des droits politiques semblables à ceux des autres provinces de la confédération, c'est-à-dire que la charte de Riel prenait force de loi.

Il était entendu que le corps militaire compléterait par sa présence ce changement de régime. Riel restait dans sa même situation en attendant l'arrivée des troupes. Le 20 mai, l'honoralile Adams George .\rchibald, prêta serment, à (3tta\va, comme lieutenant-gouverneur du ]\Ianitoba et des territoires du Nord-Ouest. Durant les mois de mars et avril, les préparatifs de l'envoi des troupes se poursuivaient de pair avec la rédaction du bill du Manitoba.

En 1865, pour les camps d'instruction; en 1866, 1870, dans les affaires des Féniens, nous avions eu recours aux magasins et aux ofificiers de l'armée anglaise, tout eu y mettant du nôtre, pour commencer notre apprentissage de l'équipement et du service

.\I.FRED GILPIX JONh>

MILICE CANADIRNNR-FRANÇAISR

d'une campagne en règle ; mais, cette fois, il fut jugé à propos d'employer nos propres ressources, d'autant plus cjue les autorités impériales avaient déjà commencé à retirer leurs soldats du pays et qu'elles n'aimaient pas à s'encombrer d'effets qui pouvaient lui rester sur les bras. L'occasion d'agrandir notre école et d'acquérir de l'expérience était trop bonne pour la laisser échapper ; sir George Cartier était fort de cet avis, comme ministre de la milice, et, de plus, il agissait comme chef de l'administration en l'absence du premier ministre sir John A. Alacdonald, dangereusement malade dans les provinces maritimes.

Le gouvernement donna ordre à M. Samuel Dawson de construire des chaloupes ou bateaux d'une forme particulière, de vingt-cinq à trente pieds de long sur six ou sept de large, propres à la navigation des lacs et des rivières qui sont entre la baie du Tonnerre et le lac Winnipeg. Le lieutenant-colonel Thomas Wily fut chargé de l'achat des provisions. Cet officier avait quinze ans de bons services dans les rangs de nos volontaires. Le 21 mars, il faisait rapport que les wagons, le foin, l'avoine, les chevaux, les bœufs, les harnais étaient achetés ou commandés, et que des arrangements allaient être pris pour obtenir le lard et la farine ' nécessaires. C'était dix jours après l'ordre reçu. Le 5 a\ril, tous les contrats étaient passés et en voie d'exécution. L'auteur de ces lignes h suivi, jour par jour, toutes ces tran.sactions, et bien d'autres semblables qui ont eu lien depuis ; il est heureux de pouvoir dire que, par la suite, elles n'ont pas été surpassées quant à l'arrangement des détails et à la promptitude d'exécution. M. Dawson mérite les mêmes compliments. On prit aussi des mesures pour se procurer, une fois rendu à Fort-Garry, de la viande fraîche et autres provisions que l'on pourrait tirer du Manitoba ou même des Etats-Unis. ]\I. Dawson reçut instruction de préparer les logements nécessaires aux troupes pendant l'hiver, sur les l)ords de la Rivière-Rouge. Comme toutes ces

choses étaient ordonnées par nous, il fut cou- I ]

venu que rien ne serait accepté et payé sans les certificats des officiers de l'armée anglaise, désignés à cette fin par le général Lindsay ; de .sorte que, lorsque le capitaine G.-L. Huyshe, A'//?r Brigade, et le colonel Wolseley se plaignent de la qualité des articles, chevaux, voitures, bateaux, etc., fournis par le Canada, ils attaquent la compétence de leurs propres officiers.

L'expédition devait se composer de mille hommes ; l'armée régulière fournissait sur ce noml)re deux cent cinquante hommes à ses frais. Par la suite, on ajouta cent trente soldats anglais, dont la paie, les armes, l'équipement, la nourriture étaient à la charge de Tx-lngleterre ; les dépenses extraordinaires nécessitées par ce dernier contingent retombaient au compte du Canada. Après l'examen de divers plans, on s'arrêta à ce qui suit : un bataillon de trois cent cinquante hommes, non compris les officiers, devait être levé dans chacune des provinces d'Ontario et de Québec, pour servir pendant douze

HON. i,ouis-krançois.rodrk;uk masson listre de la milice, du 19 octobre 1S78 au 15 janvier

74 MILICE CANAnilCXXIM'RANÇAISE

mois rii^ourcusenieiit, on deux ans, à la \(>lonlé dn j^onvernenient canadien. Les bataillons devaient s'appeler: ' i" ou bataillon d'( )ntario," et "2'' ou bataillon de Onébec." Chacun devait être composé de sept compagnies de cinquante sous-officiers et soldats, ce qui portait l'effectif (officiers compris) à trois cent quatre-vingt-deux par bataillon. L'enrôlement (volontaire) commençait du i" mai ; on n'acceptait que des hommes de la milice active ou qui avaient déjà fait partie des corps volontaires, et ne dépa.ssant pas quarante-cinq ans. La solde fut fixée à douze dollars par mois. On choisissait de préférence des hommes disposés à s'établir dans le Nord-Ouest, recommandés par leur bon caractère, habitués à " la vie des chantiers," ou des cultivateurs jouis.sant d'une bonne santé et strictement sobres. Ces dispositions furent approuvées par un ordre en conseil du i6 a\-ril, et le recrutement commença aussitôt. Malgré cela, le i*"' mai, le général Lindsay faisait encore des tentatives pour que l'on envo^-ât, an lien des milices, les vétérans licenciés des Canadian Rifles (armée anglaise), parce que, disait-il, après le départ des troupes régulières de Fort-Garry, les volontaires n'offriraient pas autant de garantie de sécurité que ces carabiniers.

Le lieutenant-colonel S.-P. Jarvis commandait le bataillon d'Ontario ; celui de Québec était sous les ordres du lieutenant-colonel L.-A. Casault, deux officiers qui avaient ser\-i dans l'armée anglaise. Le 4 mai, toutes les nominations étaient faites et l'expédition comptait douze cent quatorze combattants, savoir : état-major, vingt-et-nn officiers ; réguliers, vingt-huit officiers et quatre cent neuf sous-officiers et soldats ; volontaires, cinqiiante-six officiers et sept cents sous-officiers et soldats. Le lieutenant-général Lindsa}-, commandant les troupes britanniques en Canada, désigna le colonel ^\'olseley comme chef de tout le contingent.

Mais il fallait des " vovageurs " pour faciliter le passage des troupes et le transport du matériel. On organisa une brigade, dont quelques Canadiens-Français eurent la directimi, sous la surveillance de ]\I. Dawson. M. O.-Z. Hamel était le chef pontonnier, yV. W.-H. Aumond paie-maître. Il y avait aussi des Iroquois de Caughnawaga.

Le 3 mai, tout était prêt. Le 5, lord Granville télégraphia de Londres, au gouverneur-général, sir John Young : Troops inav procccd, et, à partir de ce moment, il n'v eut aucun moment d'arrêt dans la marche eu avant. Le rendez-vous général était à Toronto; de là, passant par Collingwood jusqu'à la baie du Tonnerre, il y a six cent vingthuit milles d'un parcours commode, en majeure partie sur les lacs Huron et Supérieur; de la baie à Fort-Garry, cinq cent cinquante milles, par rivières, lacs et portages, où se rencontrent toutes les difficultés imaginables. Total, douze cents milles. Pour passer dn lac Huron au lac Supérieur, il n'y avait d'accessible à la navigation que le canal du Sault Sainte-]\Iarie, côté des Etats-L^nis. Pendant la guerre de la sécession, le Canada avait permis à nos voisins le passage sur ses canaux et ses chemins de fer, non seulement des armes et du matériel de guerre, mais encore de ses soldats portant l'uniforme. Nous savions que cette courtoisie ne nous serait pas rendue ; aussi, dès le 3 mai, avions-nous commencé à ouvrir un chemin de trois milles sur la rive canadienne du Sault, afin de ne rien demander à un gouvernement qui a la mémoire aussi courte. Le 7, le C/iicora, qui ne portait qu'un fret ordinaire, se vit refuser l'usage du canal. Quelques jours plus tard, les Féniens menaçaient nos dépôts le long de la route de trois milles ; il fallut y laisser des gardes pour les cou\Tir. Tout cela causait des dépenses et des retardements. Le 25 mai, le colonel Wolseley arrivait à la baie du Tonnerre. Le 28, on envoya au pont de la Kaministiquia, distance de vingt-deux milles, deux compagnies du 60" régulier [Rifle Bfigadc). Le i*"" juin, tout le corps expéditionnaire était arrivé, y compris une grande quantité de

■RAXÇAISK

munitions et quatre petits canons de montagne, modèle dit abyssinien, du poids de deux cents livres chacun. Les bateaux affectés à la navigation des lacs et des rivières partirent sur des wagons, le 3 juin, pour se rendre au pont de la IMatawin, distance de vingt-sept milles. Ils }• étaient à peine arrivés et mis à ilôt qu'un incendie ravagea les bois d'alentour et détruisit les hangars élevés par les soins de M. Dawson, causant des pertes considérables et quelques légers délais en endommageant les ponts.

Les premiers bateaux envoyés par la Kaministiquia eurent beaucoup à souft'rir des obstacles naturels qu'offre ce cours d'eau, néanmoins le colonel Wolseley persista à .se servir de cette voie plutôt que du chemin Dawson, ouvert quelques années auparavant, et qui permettait un bon transport par terre. Le 24, il y avait réunis au pont de la Matawiu cinquante Ixateaux en assez piteux état. L'envoi des bateaux et des pro\isions

continua par le chemin Dawson. Le iS juin, par un fort \-ent, le feu traversa cette route et devint bientôt si général que tout le pays paraissait en flammes. Un peu plus tard, le feu se répandit dans les environs de la Matawin. et, pour échapper à une mort certaine, les travailleurs durent se réfugier dans l'eau. L'incendie faisait de grands ravages, avec des intermittences très dangereuses.

Le colonel Wolseley, étant à Ottawa vers la fin d'avril, avait eu communication d'un mémoire décrivant ce qu'il v avait encore d'imparfait dans la route Dawson, et cependant il afifirme, ainsi que le capitaine Huyshe, qu'on lui a\ait promis une \'oie commerciale satisfaisante jusqu'au lac Shebandowan. Néanmoins, le 24 juin, un dépôt important de provisions de bouche, de munitions de guerre et de bateaux était formé au pont de la Matawin, le jour même où les derniers barils de lard et de farine venant de Collingwood débarquaient à la baie du Tonnerre. J La veille, par proclamation royale, les territoires SIR Ai.FXAN-DHK cA.Mi'HKi.i., Kc M li. (\^i Nord-Oucst avalcut été réunis à la Cou-

. iinsircc am. .Lt,. u I-, ,,,,nR. , s,,au , nmtm .rei... fonue; il s'agissait maintenant de les livrer

au Canada ; ensuite, la Compagnie de la Baie d'Hudson recevrait de ce dernier le montant stipulé pour leur acquisition.

Du i*" juin au 16 juillet, il v eut vingt-trois jours de pluie. Pour transporter un bateau vide de la baie du Tonnerre au lac Shebandowan (cinquante milles), il faut plus de travail que pour le mener de ce dernier endroit au lac Winnipeg (cinq cent cinquante milles). On poussait l'ouvrage avec ardeur, malgré la température et les myriades de mouches des bois qui harcelaient cruellement les ouvriers et les .soldats. On se levait " aux étoiles," pour ne cesser le travail qu'à sept heures du soir. Les incendies, qui .se succédaient dans les forêts, rendaient encore le service plus pénil)le, et quelc^uefois dangereux pour la vie des hommes. C'est probablement sur cet espace de douze milles que l'expédition éprou\-a le plus de souffrances, car tout, juscju'à la nature du sol, rendait le pei'cement de la route excessivement diflîcile. Il fallait pourtant amasser des

MIIJCK CAXADIKXXH-FRAXÇAISE

provisions pour la force armée et les aides (de quatre à cinq cents voyageurs et ouvriers) réunis en ces lieux, avant de dépasser le lac Shebandowan. Dans les premiers jours de juillet, le dépôt d'Oskondaga était regardé comme la tête de l'expédition. Les officiers de l'armée anglaise qui ont écrit sur ce sujet ne peuvent s'empêcher de témoigner du bon vouloir et de la diligence que les volontaires et les emplox^és du gouvernement

canadien apportèrent à la tâche ardue qu'ils accomplissaient. L'opinion de ces mêmes officiers était alors que le corps expéditionnaire ne parviendrait pas à la Rivière-Rouge avant l'hiver.

Le 5 juillet, le quartier général fut transporté au pont de la Matawin. Les hommes étaient dispersés sur une étendue de quarante milles, partie sur la route, partie sur la rivière. ^^^ Le 13, le trajet qui restait à faire jusqu'au lac

jWip wShebandowan offrant plus d'avantage par eau,

Jpij^ ^^à le colonel Wolseley plaça son quartier général

^^^BMH^^^^ au débarcadère de W'ard, qui n'est qu'à trois

I^^^^Hj^^^^l^B' ' milles du lac. De ce point, la tête de l'expé-

^^I^^^^^^^^Kw i dition eut bientôt planté ses tentes sur la rive

t/^^^K^K^' tli^i ^'ic. Le 15, on entrait sur les terrains dont

'"^*'- les eaux se déversent du côté de l'ouest, et l'on

commença à marcher dans un ordre plus militaire, puisque, dans cette région nouvelle, un ennemi déterminé pouvait dresser des embûches et offrir une résistance qui n'avait pas été à craindre jusque là. Chaque bateau reçut, outre SIR josEfH i>iiu,ii'PK.KENE-ADoi,PHE cAKo.v. K.c.M G. les bagagcs ct Ics uiunitious, soixante jours

Ministre de la milice, d.i Miovembre iN-,0 au 24 janvier 1892 ^^ vivrCS pOUr IcS dixpCrSOUUeS (liuit SoldatS

et deux voyageurs) qui le montaient. Du 16 juillet au i*"' août, l'expédition, divisée en vingt-et-une brigades, s'allongea sur un parcours de cent cinquante milles. Les réguliers ouvraient la marche, suivis par les volontaires, qui ont déployé partout assez de diligence pour ne pas se laisser distancer par les troupes anglaises, malgré l'extrême célérité de celles-ci, qui ne traînaient presque aucun bagage. Deux des pièces de montagne étaient confiées aux réguliers ; les deux autres restèrent à la baie du Tonnerre, avec une compagnie de volontaires gardant les magasins militaires.

Ayant donc franchi la hauteur des terres (huit cents pieds au-dessus du lac Supérieur), la navigation devenait de beaucoup plus facile, mais les portages sont nombreux jusqu'au fort Alexandre, au lac Winnipeg. Le 4 août, les canots d'avant-garde arrivaient au fort Frances, comptoir de la Compagnie de la Baie d'Hudson, à l'entrée de la Rivièreà-la-Pluie. Une fois parvenues dans la région des lacs, les brigades accéléraient leur marche en raison des facilités naturelles que présente le pays, car le rapide des Esturgeons est à peu près le seul endroit périlletix qui se rencontre entre le lac Shebandowan et le fort Frances. A ce dernier endroit (comme auparavant à la baie du Tonnerre), une députation de Sauvages se présenta au colonel Wolsele}', sous prétexte de lui demander de quel droit les \'isages-Pàles parcouraient leurs terres et " troublaient le poisson de leurs rivières," mais en réalité pour tâcher d'obtenir des cadeaux, car ces pauvres gens

vivent par petits groupes isolés les uns des autres, dans un état de misère qui les rend l)eauc()up moins redoutables qu'on ne le pense, et, par là même, moins respectés que les vSanvages de la Rivière-Rouge et des plaines de l'ouest. On les contenta avec quelques présents, et, pour s'en débarrasser, il suffit de leur dire que Riel arrivait dajis l'intention de se battre : la peur les emporta au loin.

Une lettre de l'évêque anglican de la Terre-de-Rupert, en date du 25 juillet, pan-int au colonel W'olseley au fort Frances. Elle parlait de la possibilité d'un soulèvement des tribus indiennes ; elle jjrévenait aussi le colonel que des bateaux et des guides allaient au-devant de lui ])ar la ri\ière W'innipcg. L'évêque ajoutait : " Que vous passiez par un chemin ou par l'autre, enxdyez toutefois des troupes par la rivière W'innipeg. L'essentiel est que nous voyions bientôt un détachement parmi n(.)us. \'ous n'avez rien à craindre en divisant vos forces. 11 n'y a personne pour s'opposer à votre marche, ni apparemment une pensée de résistance dans la colonie. Cent cinquante hommes et un canon seront partout les nuiîtres. J'ai peur que l'on adopte le projet de faire arriver

une proclamation en ne gênerait pas les

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dre à tons les parti Mstait sur un autre p )int un d'opinions, de l'attitude que

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ICI le gouverneur avant vous...

termes assez clairs pour faire

troupes de Sa Majesté ; mais il

quiétait, dans toutes les classe

s'ils recevaient, avant l'arrivée des troupes, la 1101

été accordé d'amnistie, selon qu'ils s'étaient flatt

délégation à Ottawa.

Btant ainsi renseigné, le colonel a1)andonna l'idée Cju en personne la formation d'un grand dépôt au fort Frances étaient déjà passés eu avant, il partit de ce l'expédition et préparer sa jonction avec la flottille des guides de la rivière Wiiinipeg, qu'il rencontra au lac des Bois. Les lettres qu'on lui remit eu cette occasion étaient si pressantes qu'il n'hésita point à continuer avec les seuls réguliers, afin d'arriver plus vite. Les volontaires avaient ordre de suivre d'aussi près que possible. Une compagnie du bataillon de Québec était restée au dépôt de la baie du Tonnerre ; une compagnie du bataillon d'Ontario resta pour garder le dépôt du fort Frances. Le 20 août, le colonel Wolseley débarquait au fort Alexandre, situé à la sortie de la rivière Winnipeg dans le lac de ce nom.

Les volontaires, laissés en arrière, avançaient si rapidement qu'ils n'étaient qu'à deux ou trois journées du fort Alexandre, descendant la rivière Winnipeg en belle ordonnance, malgré ses trente chutes qui nécessitent autant de portages. Ce cours d'eau est long de cent soixante-trois milles avec une pente totale de trois cent cinquante pieds. Le colonel Wolseley ne se laissa pas rejoindre par les volontaires;

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