‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897Chapitre 2 sur 41 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

WfgWg^^ik^lEvS débuts de la milice canadienne remontent à Tannée 1649, alors que la population de la colonie ne dépassait pas mille âmes. On mit alors cinquante hommes sous les armes pour effrayer un peu les maraudeurs iroquois. Depuis ce moment la milice a toujours eu sa place marquée parmi nous, parce que, sous le régime français, elle tint lieu des troupes royales et, depuis 1760, le plus souvent elle compta comme la principale force du pays. La légende, qui s'est formée sur l'ensemble des choses allant jusqu'à deux siècles et demi en arrière de nous, confond assez volontiers les miliciens avec les troupes régulières, tant françaises qu'anglaises, mais qu'on ne s'y trompe pas, la longue chaîne des services militaires durant cette période compose avant tout l'histoire de la milice.

Le régiment de Carignan, qui arriva en 1665 et repartit en 1669, n'a fait que passer parmi nous. Déjà la milice existait ; c'est elle qui joua le plus beau rôle dans la première campagne de 1666 contre les Iroquois. En 1674- 1676, le comte de Frontenac la réorganisa et, jusqu'à 1760, elle est restée sous la forme qu'il lui avait donnée. Les autorités britanniques la maintinrent encore un siècle après cela, sans presque rien changer à son organisation.

Les rares compagnies qu'on nous envoya de France, à partir de 16S4 jusque vers 1740, n'étaient en quelque sorte que des auxiliaires de notre milice, parce que celle-ci avait assumé, avec une prépondérance manifeste, la tâche de défendre le Canada. Lorsque Dieskan, puis Montcalm, amenèrent des régiments français (i 753-1 755) pour soutenir le conflit survenu entre les deux couronnes, la guerre changea d'aspect, vu les circonstances de cette grande lutte : la milice prit le second rang pour la première fois depuis 1665, mais on sait qu'elle s'est couverte de gloire durant cette guerre de sept ans qui se termina, le 18 septembre 1760, par la capitulation de Montréal.

Lorsque l'Angleterre reçut possession du Canada (1763), elle v trouva le régime seigneurial, qui avait toujours été une institution sur le papier, et ne pouvait rendre presque aucun sennce. Il n'était pas question de s'appuyer non plus sur la classe industrielle, car elle n'a jamais existé en Canada du temps des Français. Quant aux commerçants, comme leurs opérations avaient toujours été liées intimement avec l'administration française, ils disparaissaient comme elle. Restaient trois choses méritant considération : 1° le clergé catholique; 2° les habitants ou cultivateurs nés sur le sol; 3" la milice, composée de ces mêmes culti\ateurs — tout cela très actif et pénétré d'un excellent esprit.

L'institution des "capitaines de paroisses " ne fut pas dédaignée par les conquérants — loin de là ! Ils lui reconnurent une importance que la suite des années rendit plus grande encore et que notre récit va démontrer clairement.

Nous serions bien aise d'avoir de l'espace pour mettre au jour cette histoire de la milice qui \a. de 1649 à 1760, mais l'objet de la présente publication étant de montrer

« IXTRODICTION

ce que nous avons fait depuis c|ne le drapeau ans^lais flotte sur le vSaint-Lanreut, n'insistons pas davantage sur les temps plus anciens, qui appartiennent à un autre passé.

Aux yeux de la plupail des lecteurs, la milice canadienne-française ne s'impose à la curiosité que depuis 1760, parce que l'on se demande comment, sous un sceptre nouveau, les colons fondateurs du pays i:)ouvaient récxmcilier leurs idées avec la situation qui leur était faite. C'est précisément ce qui nous a engagé à écrire cette étude. On verra C|ue les " habitants " se regardaient comme chez eux et que la transformation résultant d'une guerre malheureuse, ne changeait rien à leur manière de voir. Allégeance pour allégeance, cela ne les empêchait pas d'être Canadiens avant tout, et, lorsqu'il a été question de défendre le pays, on n'aurait jamais pu croire que le drapeau sous lequel ils combattaient jadis avait été remplacé par un autre. De fait, les " Français de France " étaient partis ; il ne restait sur les bords du grand fleuve que des " Canadiens " ; les Anglais avaient leurs défauts, mais ce n'était pas pire que l'ancien régime. De deux maux choisissant le moindre, nos pères s'accommodèrent assez bien du changement. Et cela n'a pas cessé, cela continue, cela peut durer longtemps encore !

Yenons-en à l'heure présente, celle qui nous occupe le plus, naturellement. Les miliciens ont, depuis 1865 à peu près, composé une nouvelle page de l'histoire du Canada. Notre livre est né de cette source. Il arrive à point et restera comme un jalon indiquant la route.

Au milieu des réjouissances que la soixantième année du bienheureux règne de la reine \'ictoria provoque dans le monde entier, il est convenable que les Canadiensfrançais expriment aussi leurs sentiments. Quoi de mieux, de plus à propos que de rappeler nos ser\ices militaires, alors que chacune des colonies de l'immense empire britannique cherche à se placer le plus près possible de ce trône dont le prestige enveloppe le globe terrestre !

Le lieutenant-colonel et les officiers du 85" bataillon de la milice active du Canada, héritiers des traditions nationales, comme le sont d'ailleurs vingt corps semblables composés des mêmes éléments canadiens-français, ont obtenu de Notre Gracieuse Souveraine la permission de lui dédier cet humble travail, le premier qui s'imprime en ce genre, et qui renferme la narration des hauts faits de nos ancêtres.

Rappelons avec enthousiasme le souvenir des hommes et des temps disparus, afin de laisser sous les yeux de la jeunesse des exemples à imiter, car tout est digne d'admiration dans ces jours de troubles et de misères qui ont si fortement posé leur empreinte héroïque sur nos générations d'autrefois. S'il est vrai que les militaires font l'histoire d'un peuple, nous avons une histoire ! Elle est belle et grande ; écrivons-la pour la postérité, et, afin que nos actions subsistent d'âge en âge, il faut les mettre en pleine lumière dès à présent — autrement on oubliera

Tout ce monde de gloire où vivaient nos aïeux.

Ces annales ne sauraient demeurer dans l'ombre. Le plus beau moment de les produire, c'est de les faire voir sous le rayonnement du jubilé roval, en cette année 1S97.

La Milice Canadienne-Française depuis 1760

Page 1