‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897Chapitre 3 sur 41 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

LK KÈCNE militaire. — LKS CAI'ITAIXIÎS DK MILICE. — DÉSARMEMENT CiÉXÉRAI.. - - RÉVOLTE DE POXTIAC. — Nos VOLO.N'TAIRES DANS L'Oi'EST. — L' ACTE DE Ql'ÉliEC. — INVASION AMÉRICAINE. — La milice REPREND LES ARMES. — COMPAGNIES DE IMILICE SUR PIED DE (JUERRE. — LE PLAN DE DUCALVET. — DEUX B.\TAILLONS DE JIILICE AJOT^TÉS AU " ROVAL AMÉRICAIN." — I 760-1 796.

S33ANS faire la moindre allusion à l'histoire de la milice canadienne dn " temps des F'rançais," nous commençons notre récit avec la péri<xle ans^laise. L'été de 1 760, le général Murrav, remontant le fleuve, de Onélx-c à Montréal, avec une partie des troupes anglaises, comptait se joindre en route, ou près de Montréal, à l'autre aile de cette armée que l'on savait être aux environs du lac Champlain, et, comme il était facile en ce moment de prévoir le triomphe prochain et définitif des forces britanniques, il prit des mesures afin de mettre la population au courant de ses projets. Ayant déjà reçu la soumission de quelques paroisses, il invita les autres à suivre cet exemple et annonça que les Canadiens formant corps avec les troupes françaises seraient transportés en France comme soldats réguliers. Quatorze cents hommes de la seigneurie de Boucherville prêtèrent serment de neutralité. "De tous côtés, dit (iaruean, les miliciens, vovant le pays perdu, déposaient les armes." La capitulation de S septembre. " Les Canadiens qui n'avaient pas encore quitté l'a donnèrent tout à fait, et la paix la plus profonde régna bientôt d; ajoute cet historien.

Alors commença un nou\eau régime d'administration, connu sous le nom de /-fgiir iiiililairr. Il ne resta dans la colonie que le nombre de soldats anglais utile à la garde (les forts; la loi martiale fut maintenue, en attendant la signature de la paix entre les ])uissances ; les autorités nouvelles prirent des Suisses-Français pour secrétaires, afin de s'entendre avec les habitants ; les capitaines de milice des paroisses furent revêtus du pouvoir judiciaire qu'exercent à présent nos juges de paix; deux Camuliens distingués, Jacques Belcourt de Lafontaine et Jt)seph-Etienne Cugnet, sieur de vSaint-Ftienne, formèrent partie du tribunal supérieur auquel les petites cours en appelaient.

Notre milice, si vaillante dans les guerres du passé, recevait ainsi un témoignage éclatant de la considération qu'elle avait su inspirer, l^ie ordonnance prescrivit, il est vrai, de remettre aux magasins militaires les armes qui restaient dans les familles, mais il ne fut pris aucune mesure pour exécuter cette décision. " Nous ne respirons que la soumission aux ordres de v'^a Majesté," disait un mémoire adressé au roi d'Angleterre par les Canadiens — et cela suivît pour entretenir le calme de part et d'autre.

Montréal eut lieu le niée française l'abanis toute la province,"

Lo traité de cession du Canada, si<iné à X'ersailles, en fé\i-ier 1763, fut proclamé ici le iS mai sui\ant.

Ouelques jours pins tard, (Ui renouvela Tinjonction de porter aux mai^asins du roi les armes qui restaient dans les campagnes. Bientôt après, cependant, il fut délivré des permissions en grand nombre aux gens qui disaient en avoir besoin pour la chasse, et qui en demandaient par l'entremise des officiers de milice. Telle est l'histoire du désarmement des Canadiens : il s'opéra, petit à petit, dans l'espace de quatre années.

Un événement inattendu \int surprendre tout le monde et fournir aux miliciens l'occasion de montrer qu'ils avaient donné une parole honnête et sérieuse en promettant de se conformer au traité de paix qui disait : " Les Canadiens seront comme les antres sujets britanniques." Pontiac xenait de soule\er les tribus de l'Ouest et menaçait les vainqueurs de les déposséder de leur conquête.

Le Canada était à cette époque un vaste pays dont la partie est se trotivait occupée par notre élément, comme aujourd'hui, mais le bassin des grands lacs, source abondante du commerce des fourrures, appartenait, on peut le dire, aux aborigènes, et ceux-ci ne reconnaissaient pas les arrangements intervenus entre nos deux couronnes. Pontiac, chef de guerre des Ontaouas, " le plus formidable sativage que l'on connaisse," s'était illustré dans la guerre de Sept Ans. A la Monongahéla, il avait, avec Langlade, un Canadien, conduit ses guerriers à la victoire. vSon prestige était immense dans l'ottest et, quoique Langlade ne le supportât point dans sa le\-ée de boucliers, il possédait l'intuition du génie qui sait utiliser toutes les ressources. \'oyant les forts français livrés atix troupes anglaises, il prit une attitude nouvelle et, rejetant toute ingérence européenne, il fit vibrer la corde des sentiments, celle du patriotisme, déclarant que ni lui ni les siens ne seraient esclaves des blancs. Ce fut une traînée de pondre enflammée. Deptiis le Détroit jusqu'au fond du Wisconsin et de l'Illinois, dans l'Indiana et l'Ohio, des bandes armées se levèrent. Le plan de ce second Spartacus consistait en une attaque simultanée et soudaine de tous les postes dispersés sur l'étendue de cette ligne, de manière à les empêcher de se secourir les uns les autres. Les Iroquois se prononcèrent pour lui. Alors toute la frontière prit feu — et il n'v avait dans le Bas-Canada qu'un faible contingent de troupes anglaises ; presque aucune sur les grands lacs.

En face de cette crise, les autorités de Onébee n'hésitèrent pas. En mai 1764, la circulaire sni^■ante fut adressée aux capitaines de milice :

" Monsieur — Quoique je vous aie déjà instruit de bouche des soins que Sa Alajesté se donne pour assurer le bonheur de ses sujets, et de la ferme résolution qii'elle a prise de faire revenir à la raison quelques nations sauvages, dont la mauvaise volonté s'est manifestée par la trahison et la violence, et de les obliger à conclure une paix stable qui assure le retour d'un commerce avantageux et la tranquillité si nécessaire à ses peuples, j'ai cru devoir vous informer qu'à cet eft'et le Gouvernement s'est déterminé de joindre cinq compagnies de Canadiens aux troupes qui doi\ent être employées à procurer ce but. Ces compagnies seront composées de soixante hommes chacune. Deux seront levées dans le gouvernement de Québec, deux dans celui de Montréal et une dans celui des Trois-Rivières, et seront commandées par des oiUciers canadiens. On n'agrégera dans ces compagnies que ceux qui, de leur plein gré, seront déterminés de rester sous l'empire de" Sa ^Majesté Britannique.

" Pour reconnaître et récompenser la bonne volonté de ceux qui s'enrôleront, on donnera douze piastres en argent à chaque volontaire ; on leur délivrera nn capot, deux paires de souliers sauvages et une paire de mitaines. On les pourvoira d'armes, de

MILICE CANADIENXR-FRAXÇAISK

iminitions et de vivres, durant tout le temps de la campagne. La solde affectée pour chaque homme sera de six sous anglais par jour, et on aura soin de les faire accompagner par un prêtre pour \- exercer les fonctions de son ministère.

" Le sennce de ces \olontaires finira avec la campagne, après laquelle chacun sera libre de retourner chez soi.

" Une telle démarche suppose de la part du Gouvernement bien de la confiance envers les sujets de Sa INIajesté. ()n est en droit d'attendre qu'ils v répondront non seulement par un grand empressement à s'enrôler, mais encore par une grande fidélité à soutenir leurs engagements dans toutes les circonstances où le bien du sen-ice les placera. Du nujins, ils doivent le faire autant par honneur et par devoir que par reconnaissance, et par zèle pour leur propre intérêt.

" En attendant que vous .soyez à même de publier cette ordonnance dimanche prochain, à la porte de l'église, vous aurez .soin, autant qu'il dépendra de vous, de la rendre publique, mais surtout pai'mi vos jeunes gens, afin qu'ils puissent être instruits de toutes les conditions qui leur y sont offertes."

Le gouverneur des Trois-Rivières et celui de ^lontréal signèrent cette lettre, chacun pour son district respectif.

Six cents Canadiens répondirent à l'appel. Nous connaissons, par l'histoire écrite, les mille détails de cette guerre de Pontiac, qui débuta par des succès inouïs de la part des Sauvages. Sur onze postes que les Anglais occupaient, neuf furent emportés ; il y eut le massacre de Michilimakinac ; ailleurs, deux mille personnes furent tuées ou traînées en captivité ; un détachement de troupes =iKRDKEN rovales subit un échec à Blood^'-Bridge,

'"•■"'•'• piiis le terrible chef concentra ses forces

; trois mois d'un siège fameux dans nos annales, il sentit )nel Bouquet le battit à Bushy-Run. La paix fut signée

SON EXCEUENCE I.ORD

autour du Détroit, mais, apr chanceler sa fortune. Le ci à Oswego en 1766.

Parmi les Canadiens qui se distinguèrent au cours de ces événements, il faut citer vSaint-Auge de Bellerive, commandant aux Illinois, Godefroy et Baby, qui habitaient la région du Détroit, et en somme la conduite de toute la population française justifie notre historien national de dire, en parlant du général Murray, alors gouverneur du Canada : " Il aimait ces Canadiens dociles à l'autorité comme de vieux soldats, dont ils avaient contracté les habitudes dans les armées ; il aimait ces habitants d'un grand courage et de mœurs simples." Dans les dépêches que ce gou\erueur écri\ait au ministre

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des colonies, il représentait le nombre insignifiant des Anglais et des protestants du pays comparé au chiffre des " nouxeaux sujets," comme on nous désignait, et se montrait d'une confiance absolue envers ces derniers. Quel spectacle que celui d'un antagonisme valeureux qui s'était manifesté sur vingt champs de bataille et qui, la lutte finie, se transformait, du jour an lendemain, eu une situation d'entente cordiale et de mutuelle quiétude!

Les choses allèrent ainsi jusqu'à 1773, lorsque l'on entendit les premiers grondements de la révolution de la Nouvelle-Angleterre. Des partis politiques, déjà en germe, se dessinèrent ouvertement. Les uns, tant à Boston qu'à Québec et à Alontréal, voulaient se persuader que les Canadiens feraient corps avec les mécontents ; les autres assuraient qu'il n'y a\ait rien à craindre de ce côté. Quelques hommes actifs et assez influents crurent l'heure propice pour se faire nommer au conseil du gouverneur : ils pétitionnèrent dans le but d'imposer à ce conseil une nouvelle forme, espérant bien être choisis euxmêmes, comme enfants du pays, ou à titre de commerçants intéressés au bon gouvernement du Canada.

L\4clc dr Oiii'hcL\ passé à la faveur de cette pression au parlement de Londres, en 1774, renfermait plus de liberté que n'en désiraient les habitants, aussi le reçurent-ils fort mal, ce qui étonna le ministère, mais confirma ce qu'avait dit au cours des débats Sir Henr v Cavendish, mieux renseigné que ses collègues sur les sentiments de la grande majorité de notre peuple.

La nouvelle constitution parut aux yeux des gens de Boston une ruse diplomatique pour détacher les Canadiens du parti américain. Ils se mirent à faire de la propagande dans le Bas-Canada par lettres publiques et privées et en envovant des émissaires

La loi martiale fut proclamée le 9 juin 1775, en même temps qu'un appel à la milice. Celle-ci était désarmée et désorganisée depuis trop longtemps pour se trouver effective, néanmoins il y eut nu certain large mouvement dans ce sens. Le parti neutre apparut aussi un peu partout dans la province. Il se composait de ceux qui ne voulaient ni se jeter dans l'aventure des Américains ni approuver l'Acte de Québec dont ils regardaient les dispositions comme uniquement fa\-orables aux fonctionnaires et aux créatures du Gouvernement. Il n'était pas fait mention de la milice dans ce bill. En 1777, une ordonnance relative à la milice souleva des plaintes, surtout au sujet des corvées imposées aux habitants ; malgré tout, elle fut maintenue. Des Anglais se prononçaient avec les Canadiens sur toutes ces matières et il en résultait une confusion générale dans les idées.

Le 9 mai 1777, sir Guy Carleton adressait à lord George Germain la liste des rebelles, des agitateurs et des suspects, dont il avait eu connaissance depuis 1774, et il ne s'}- trouve pas un seul nom canadien-français.

L'automne de 1775, l'armée américaine entra à Alontréal. Le gouverneur Carleton n'eut que le temps de sortir de la ville et, déguisé eu habitant, fut sauvé par sept ou huit Canadiens qui le conduisirent à Québec, où il arma la milice, faute d'avoir des troupes régulières à sa disposition. Le siège de Québec dura tout l'hiver. Le général américain 3- fut tué dans un assaut par un détachement de Canadiens. Lorsque les envahisseurs rebroussèrent chemin, ils furent poursuivis jusqu'aux frontières, et l'on peut dire que la milice sauva la colonie avant l'arrivée de l'armée de Burgovne, laquelle ne se mit en branle que l'été de 1777, amenant avec elle un contingent de ces milices dont les Américains d'autrefois avaient si souvent éprouvé la valeur.

En somme, si la colonie fut conservée à l'Angleterre, c'était grâce à la résistance des " nouveaux sujets," et, bien que l'esprit de la politique ait paralysé un certain

MILICK CAXADIKXNE-KRANÇAISE

nombre d'hommes dans les rangs des Canadiens, il }• eut, du côté des Anglais, une proportion plus grande d'indiiïérents.

De 1775 à 1783, au moment où les hostilités cessèrent, nous avons été sollicités par Lafa3ette et ses partisans de suivre leur impiilsion en arborant l'étendard de la ré\()lte avec le "cri français," mais tout cela fut en vain, malgré les justes motifs que nous avions localement de demander des réformes à l'administration. Reposant plus de confiance dans le gouvernement britannicjue cjiie dans les conceptions de nos voisins, nous regardions le Canada comme une patrie à nous et placée sous un protectorat acceptable.

Le manque de troupes anglaises aurait pu servir de prétexte à faciliter l'invasion, mais, voyez ! ce furent nos milices qui soutinrent le premier et le seul grand choc de cette guerre. vSi, en 177S et 17S2, le Canada n'avait pas encore été libéré des Américains, il aurait, après les défaites de Burgovne et de Connvallis, été englobé dans les territoires cédés aux P^tats-l'nis. Le résultat dit tout. Il est vrai que nous n'avons pas précisément combattu pour un étranger, puisque nous défendions notre pays, mais la tentation de donner la réplicpie à la couquête de 1760 pou\'ait être forte tout de même !

De 1776 à 17S3, le gou- \erneur Carleton entretint trois compagnies de milice sur pied de guerre, et il en sortit des sous-officiers qui ser\'irent d'instructeurs à la milice sédentaire.

Le désarmement de 17S4 fut complet. Il ne resta pas une seule compagnie de milice. Pour remplacer les énu)tions de la guerre, nous eûmes vingt-cinq années de repos, remplies parle commerce, le développement de la culture des terres et des industries— une période de prospérité remarquable. Cependant,

la cpiestion des milices ne fut pas abandonnée, comme nous même plus d'une fois à l'ordre du jour dans les discussion.'siècle. Dès 17S3 même, la création d'une chambre électiv réorganisation de la milice passionnaient les Canadiens, douanier et les écoles du ]\Ianitoba.

Pierre Ducalvet, négociant français établi à Montréal, publia en 1 7S4 un volume intitulé .■i/)/)^/ à la jnslnc de PE/ci/, dans lequel il invoque la création d'un " régiment à deux bataillons, répandu graduellement dans toute l'étendue de la colonie et qui formerait dans ses cantonnements divers, par l'émulation et l'exemple, les milices des paroisses.... Le régiment ne serait point composé de soldats canadiens, car leur admission, même volontaire, ne serait point acceptable pour le progi'ès de la colonie qui a besoin des mains de ses enfants pour les travaux habituels de la cultivation.... Le Canada,

qui , les

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