CHAPITRE IV
Miliciens du Bas-Canada servant dans lk Haut-Canada. — vSackett's Hakbour. — Lks lacs. — Prairie-du-Chien. — Beavek Dam, Lundy's Lane. — Ch.ateauguay. — Chrysler Farm. — Ce qit' étaient les chefs canadiens durant cette guerre. — Odelltown. — Plattsburg.
— Conduite des Canadiens depuis 1760. — Le B.\s-Canada sauvegarde de la colonie.
RAXSPORTOXS-NOUS dans le Haut-Canada à la suite de nos miliciens (|ui fiu,-ui-ent avec lionneur en cette province aussi bien que dans la leur. L'attaque contre vSackett's Harbour, conduite par le "(juverneur général en personne, le 29 mai 1S13, jeta un nouveau lustre sur les voltigeurs. Les pertes furent minimes : Augustin Saint-Germain, de l'Ile-aux-Noix, resta sur le terrain ; John Maido, des Trois-Rivières, reçut une blessure dangereuse au cou ; et Amable Cayotte, de Kamouraska, fut blessé et fait prisonnier.
Le 20 juin 1.S13, le gouverneur Prévost étant à Kingston, son aide de camp, M. de Boucherville, écrit à \'assal de Monviel : " Nous avons ici entre deux à trois mille hommes; le général \'incent en a autant, y compris la milice. Nos cinq compagnies de milice du Bas-Canada, qui sont ici, font des merveilles. A Sackett's Harbour, les voltigeurs se sont distingués. Adhémar est un brave, même à l'extrême."
On est con\-enu de dire que, en 1S13, le total des troupes royales ne dépassait guère trois mille hommes, tous employés dans le Haut-Canada. Kn 1S12, cette province avait mis 5,500 miliciens sous les armes, et, en 1S13, elle eu eut un moment jusqu'à 10,000, comprenant tout ce qu'elle pouvait fournir d'hommes valides. Il ne paraît pas y avoir eu plus d'un bataillon levé pour tout le temps de la guerre ; on l'appelait le "bataillon incorporé." ( )n vo\-ait aussi, en 1S12, à la bataille de Queenston Heights, cent cinquante nègres sous le commandement du colonel Kenchie ; ils se conduisirent très bien.
Le major George ?\IcDonnell, de l'année régulière, parlait français comme un Canadien. En 18 13, on lui confia l'instruction d'un liataillon de fciuiblcs uniquement composé de Canadiens-Français, et il en fit des troupes modèles, selon le témoignage de sir George Prévost. L'automne de cette année, il reçut ordre de descendre ses hommes de Kingston à Châteaugna}-, pour appuyer de Salaberry contre lequel Hampton s'avançait, et il accomplit en cette occasion une marche d'une rapidité inconcevable, tellement que, en le voyant arriver à Sainte-Martine, le gouverneur le tança d'être venu sans attendre son monde : " Ils sont là, dit le brave officier, et il n'en manque pas un ! " C'était l'après-midi du 25 octobre. Prévost ne croyait pas Hampton si proche ni si déterminé. AIcDonnell voulut se rendre aux avant-postes où était Salaberry, et voilà comment il assista à la bataille du 26, seul, n'ayant pas eu le temps d'avertir sa troupe.
32 MII.ICK CAXADIKXXH-FRAXÇAISH
Paniii les actions remarquables de cette guerre, nous choisissons de préférence celles où les Canadiens-Français ont brillé, pour faire comprendre au lecteur que notre élément a accompli son devoir en conscience, durant ce conflit où l'on craignait de nous voir engager, par suite de fausses impressions répandues sur notre compte, grâce à une certaine école de politiciens. Prenons Beaver Dam, par exemple. C'est une localité avoisinant les chutes de Niagara, un peu en arrière de vSainte-Catheriue. Il y avait là, le 27 juin 1813, quarante-six hommes du 49" régiment, sous le lieutenant Fitzgibbon ; six cents Américains marchaient pour les surprendre et les enlever, mais Dominique Ducharme eut connaissance du danger et arri\a sur les lieux avec trois cent quarante Sauvages, dont cent soixante du saut Saint-Louis, cent vingt des Deux-Montagnes, .soixante de Saint-Régis. Il combina son plan pour rendre aux Américains ce que ceux-ci voulaient faire à Fitzgibbon, et le lendemain cinq cent douze prisonniers tombaient entre ses mains, avec leurs drapeaux et deux pièces de canon. La capitulation fut dictée par Ducharme, qui reste dans l'histoire sous le nom du " héros de Beaver Dam." Ses lieutenants étaient J.-B. de Lorimier, Gédéon Gaucher, Louis Langlade, Evangé'iste Saint-Germain, Isaac Leclerc. On les retrouve pai"tout dans le Haut-Canada aux endroits où l'on se battait.
La cri,se suprême, de cette guerre qui dura trois ans, se produisit l'automne de 1813, lorsque tout le Haut-Canada, sauf Kingston, fut envahi par les Américains, en même temps qu'une autre armée pénétrait dans le Bas-Canada par la rivière Chàteaugua3-, avec le dessein d'atteindre Montréal. Le colonel de Salaberry se tenait aux avant-postes, en haut de la Châteauguav, avec cinq cents Canadiens ; il entrava la marche de l'ennemi, lui tua du monde, puis l'arrêta finalement dans un endroit qu'il avait choisi plusieurs jours d'avance, et où il lui infligea une défaite signalée, en engageant seulement trois cents hommes et gardant le reste en réserve. L'armée américaine du Haut-Canada, qui descendait par la rive gauche du Saint-Laurent pour arriver aussi à Montréal, livra, à Chr^-sler Farm, un combat d'arrière-garde qui lui fît subir un échec, mais elle avançait toujours. Le lendemain, apprenant le désastre de Chàteauguay, elle traversa le fleuve et rentra aux Etats-Unis. La victoire de Salaberry brisa la combinaison la plus habile (|ue les généraux américains aient faite durant toute cette guerre, et sauva le pavs.
Lorsque la bataille se livra, le 26 octobre, il v avait un mois que le général Hampton, avec sept mille hommes, tentait de se fraver un passage vers Montréal, et dix fois Salaberr\- l'avait tenu en échec par le mo\-en des petits détachements de voltigeurs, fencibles, chasseurs, milice et Sauvages dont il disposait. Dès le 24, il avait concentré autour de lui la majeure partie de ces corps volants, et leur ordonna de camper en cet endroit pour y attendre l'ennemi. Pendant deux jours, on travailla à rendre le terrain praticable pour la défense, mais difficile d'accès du côté où venait Hampton. La troupe canadienne se composait de : detix compagnies de voltigeurs, 140 hommes ; une compagnie de feticibles, 72 hommes ; une compagnie de chasseurs, So hommes ; une compagnie de milice (compagnie Daly), 50 hommes ; une compagnie du i"' bataillon de milice, 70 hommes; 150 Sauvages; total, 562 hommes.
Sur ce nombre, on retint en réserve 12S Sauvages et la compagnie du i""^ bataillon, de sorte que la première ligne (les combattants) ne comptait que 364 hommes, qui eurent à subir deux fois le choc de toute l'armée américaine, formée chaque fois en trois colonnes d'attaque.
Michel O'Sullivan, aide de camp de »Salaberrv, dit qu'il v avait dans les fencibles trois hommes qui n'étaient pas Canadiens ; il ajoute qu'il v avait trois officiers dans
de prendre Salaberry cachés dans la forêt,
les autres corps qui étaient anglais. Le orouverneur Prévost, dans une proclamation, reniarcjiie qiie Salaberr y n'était entouré ce jour-là que de Canadiens. O'Sullivan dit qu'ils étaient trois cents au feu. Prévost déclare positivement que de vSalaberry n'engagea pas plus de trois cents hommes dans les cinq ou six assauts qu'il soutint. Le lieutenant Pinguet, des fcncihics, affirme que sa compagnie était de soixante-douze hommes ; de Salaberry mentionne la belle conduite de Daly " avec seulement cinquante hommes." Nous avons la preuve que Lamothe n'employa pas plus de vingt-deux Sauvages.
La compagnie du i" bataillon, sous le capitaine Philippe Panet, gardait le gué de la rivière, qui se voit sur le plan de la bataille, afin d'empêcher l'ennemi de traverser et revers. Les cent vingt-huit Sauvages de réserve se tenaient 1 arrière du centre de bataille, de façon cà se porter partout au besoin.
La première ligne avait pour priucipaux chefs Jean-Baptiste Juchereau-Duchesnay, George R. Ferguson, Joseph - Maurice Lamothe, Michel O'Sullivan, Dominique Debartzch, Benjamin Lécuyer, Louis Guy, W. D. Johnson, John Hebden, tenant l'aile droite, face à Izard avec son infanterie, et à McCarty avec sa cavalerie.
L'aile gauche était placée en potence, le long de la rivière, et formait couime un angle avec la première ; elle avait à repousser la colonne légère de Pvirdy ; ses chefs étaient Michel-Louis Juchereau-Duchesnay, Charles Daly, Joseph- Bernard Bruyère, Benjamiu Schiller, Joseph- ]Marie Longtin, Etienne Enau, Louis Levesque. O'Sullivan, Daly et vSchiller étaient des hommes de langue française. F'erguson, Johnson, Hebden, parlaient français.
Sur notre plan, dont le manuscrit est attribué à de vSalaberr\- lui-même, on voit la réserve marquée par les noms suivants : de Beaujeu, de Lérv, de Rouville, de Tonnancourt, de La- , ,,. K,i...Mj, rii;KKi.. i.rv bruyère, McDonell, Bercz}', Malhiot, Ra3-niond,
->L- nata.iioii df la MiUic lU .-Muniriai McKay. En aH'ière de la position de McKav
Ne en i73S, décédé CM .s,2. ■" ., ', . ■
se trom'ent quatre pièces de canon, mais il est bien certain qu'il n'y en avait pas. Ceci est inexplicable jusqu'à présent.
- Dans la marge du premier bordereau de paie qui suivit la bataille, on voit les notes suivantes :
" Troisième bataillon, milice sédentaire, tués : Jean Languedoc, de Sainte-Anne, compagnie Beaubien ; Charles Gagnon, de Saint-Paul-Roy, compagnie Côté; Etienne Martinean, du Saint-Esprit, compagnie Perreault ; Jo.seph Gagné, de Saint-André, compagnie Robichaud ; blessé " pour toujours " : Augustin Rochon, de Saint-Martin, compagnie Desroches ; blessés : Germain Courcy, de Sainte-Anne, compagnie Beaubien ; Régis Vaillant, de l'Assomption, compagnie Archambanlt ; Joseph Renaud, de Saint-Jacques, compagnie Deschamps.
Ces hommes appartenaient aux divisions de l'île Jésus, l'Assomption et Lavaltrie, mais il est évident qu'ils avaient été détachés et que leur présence à Chàteauguay
34 Mil, ICI-: CAXAUIl'.NXI-.-I'kAXÇAISH
n'indique nullemenl la ])résencc de leurs bataillons en ce lieu le jour du conil)at. F^ormaientils partie d"uu i^roupe de miliciens dont personne n'a parlé jusqu'ici, sauf Joseph Bouchette, qui place sur son plan de la bataille, vers la première lii^iie, " So haljitants." Les cultivateurs des environs étaient surtout des Ecossais cpii s'étaient formés en compagnie sous le capitaine Wright, et (jue l'on employait jn-incipalemeut au transport des effets militaires. La tradition locale veut qu'un certain nombre de ceux-là ait pris part à l'action, probablement mêlés avec la milice de Beauharnois et les hommes de Daly, comme nos Canadiens tués et blessés ci-dessus.
Le rapport de Salaberry, adi^essé au gotiverneur, dit : " Feticib/cs : 3 soldats tués, I sergent blessé, 3 soldats blessés ; 3" bataillon milice d'élite, compagnie de flanc, 2 soldats tués, I capitaine (Daly) blessé, 6 soldats blessés, 4 .soldats manquant; chasseurs de Châteauguay (et Beauharnois), i capitaine (Bruyère) blessé." Comme Daly et Bruj'ère commandaient la même compagnie, il faut croire que celle-ci avait été composée de gens provenant de corps dispersés en trente endroits différents sur cette frontière. Cela arrive souvent en pareil cas où l'on ramasse tous les hommes qui se trouvent à proximité du champ de bataille, pour les verser dans les ligues existantes ou en former des éclaireurs, tirailleiirs ou compagnies légères.
Il V eut quatre voltigeurs blessés à Châteauguay : George Brisebois, de Québec, grièvement atteint; Hvacinthe Prévost, de la Rivière du-Chesne, balle dans la joue; J.-B'" Dnrocher, de la Rivière-du-Chesne, balle dans le flanc ; Pierre Olivier, de Laprairie, homme marié, balle dans la cuisse.
A Chrvsler Farm, seize jours après Châteaugua}', il \- eut cinq voltigeurs de tués : le caporal A. Clément, de Terrebonne, laissant une veuve et deux enfants ; le soldat Louis Piton, de Vaudreuil, laissant iine veuve et trois enfants ; les soldats François Gosselin, de Québec; Joseph Bourguignon, de Lacheuaie; Millis Roberts, de Montréal. Jean Bussière, de Saint-Augustin, eut un bras emporté par un boulet de canon. Louis Cabanac, de Terrebonne, fut blessé grièvement à la cuisse par un éclat de mitraille. Charles Lafontaine, de \'arennes, reçut une balle dans le bras. François Dnrocher et Pierre Leduc, de Montréal, blessés sérieusement. Joseph vSautte, de Saint-Philippe, blessure grave. André Saint-Denis, de Saint-Philippe, laissé pour mort, mais, enlevé par les Américains, il était encore prisonnier de guerre au mois d'avril 18 15.
Deux jours après la bataille de Chcâteanguay, on constata que l'armée de Hampton avait semé de débris d'armes et de cadavres la longue route qu'elle suivait dans sa retraite, et que ses traînards, très nombreux, succondjaient sous les attaques des loups, des ours et des Sauvages. M. de Salaberry lança les Sauvages disciplinés qu'il avait autour de lui, leur promettant une récompense pour chaque homme de l'armée ennemie qu'ils ramèneraient vivant. Ceci eut pour effet d'empêcher les massacres si ordinaires dans ces occasions.
Les nouvelles d'Europe étaient de toute importance. Napoléon, au centre de l'Allemagne, luttait contre la coalition la plus formidable qui se soit jamais vue. Les Américains avaient basé leiirs calculs, pour prendre et garder le Canada, sur le succès des armes françaises, et tout devenait problématique, par conséquent dangereux pour leur cause. La bataille de Leipzig, livrée douze jours avant celle de Châteauguay, ruinait leurs espérances, car Napoléon ramenait sur le Rhin les débris de ses armées, et l'invasion de la France allait s'ensuivre. Il est curieux de lire le discours que prononça l'empereur en ouvrant les Chaudsres dès son retour à Paris. Faisant allusion à l'entente qui existait entre le président Aladisou et lui, il proclame que "' la république des Etats-
peii^''.
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Unis continue avec succès sa oucrrc contre l'Angleterre." Cela arrivait juste au moment où les Américains ne savaient plus de quel côté se tourner !
Si, d'une part, les militaires constatent que les quatre ou cinci armées américaines, malgré leur grand nombre de soldats, n'ont pas donné la mesure d'une troupe expérimentée, il faut convenir, d'autre part, que nos petits détachements se conduisaient comme de vieilles bandes et tiraient parti de tout. Autrement, le résultat eût été à l'inverse de ce qu'il a été. Les régiments anglais ont fait merveille, c'est un fait acquis. Ils n'auraient pas tenu seuls cependant. La milice, entremêlée partout avec leurs bataillons, quadruplait leur force et leur communiquait cette connaissance du pa\-s, ce mode d'attaque et de défen.se, ces movens de transport, toutes choses si précieuses en campagne, qui sont particulières aux habitants d'un pays nouveau. Ainsi, par exemple, lorsque les Américains adoptèrent la tactique de soumettre le Haut-Canada pour commencer, ils furent bien surpris de voir le Ba.s-Canada, avec ses énormes ressources, servir de base d'opération à ceux qui défendaient la région des lacs et que l'on croyait placés " en l'air," selon le terme du métier. Les provisions, les hommes, les armes, les munitions de guerre, arrivaient au Niagara et jusqu'au Détroit comme si l'Angleterre, avec ses immenses arsenaux et ses magasins abondants en tout, eût été transportée à Montréal. Tant que le Bas-Canada ne fut pas attaqué, il aida le Haut de toute sa puissance ; lorsqu'à son tour il vit arriver l'invasion, il bondit sur elle et la fit reculer.
L'opinion qui s'est formée, relativement aux causes de la non-réussite des combinaisons du cabinet de Washington dans cette guerre, est juste en ce qui regarde l'incapacité de ses chefs militaires. Ce vide, néanmoins, avait été compris, mais on se figurait que la Grande-Bretagne, si complètement engagée en Europe, n'assisterait pas sa colonie, et, dès lors, à quoi bon craindre des miliciens que l'on accablerait par le nombre? Ces miliciens étaient tout différents de ce que l'on s'imaginait. Il y avait encore plus que cela : ils avaient pour ofl&ciers une foule de personnes du métier, que le nombre n'embarrassait point, parce qiie la science est un ressort puissant que nous possédions et qui se joue des entreprises d'un peuple novice. Se figurait-on, par hasard, que Rolette, dressé à l'école de l'amiral Nelson, s'emparerait des lacs, que d'Eschambault, mettant son expérience au service du Canada, contrôlerait les subsistances et l'habillement de main de maître, que Ducharme et Laniothe ébranleraient les Sauvages, que la navigation à vapeur créerait des miracles pour le transport des troupes, que les huit cents voyageurs du Nord-Ouest mettraient leur poids dans la balance, et que Salaberry briderait si facilement les généraux Dearborn, Arnistrong, Wilkinson et Hampton, qui étaient les Ney et les Murât de l'armée américaine? Nous réclamons ces honneurs, ils nous appartiennent, ils font partie de l'histoire de ces temps critiques. Si, d'une part, l'incompétence des chefs américains a annulé le gros chiffre de leurs eft'ectifs, nous avons, avec des ressources infiniment moindres, remporté la palme, grâce à notre esprit d'union et à la science de nos officiers. Il y a en ce moment quatre-vingts diplômés de notre collège militaire qui sont au service dans toute l'étendue de l'empire britannique : faites-les revenir le jour oii la guerre se déclarera, nous verrons comment nos milices se comportent sous la direction de gens qui se connaissent au fait des armes !
On rencontre des détachements de voltigeurs dans presque tous les combats livrés de 1812 à 1815 dans le Haut-Canada. Nos milices pareillement furent emploj-ées à diverses expéditions près des grands lacs, et s'y distinguèrent. Le corps des fencibles était composé moitié de Canadiens-Français, moitié de soldats d'autres origines. Dans la marine des lacs, il y avait aussi nombre de nos gens. Enfin, cette guerre, qui
MILICK CANADIKXXR-FRANÇAISK
mobilisa plus de vingt mille " habitants," en vit combattre une dizaine de mille éparpillés dans cinquante localités différentes, sur une ligne de défense de deux cents lieues. Nous avions toujours entendu dire que, à la sanglante bataille de Lundj-'s Lane, près des chutes de Niagara, il n'y a\ait point de Canadiens-Français, mais M. C. Thomas, dans son ou\-rage intitulé His/oiy of Prescott, publié l'an dernier, raconte que " François Larocque et plusieurs Canadiens-Français de Sorel furent I présents à cette bataille oii Larocque reçut trois blessures, dont une très grave ; il s'établit à Hawkesbury, sur l'Ottawa, et y mourut en 1883, laissant sa nombreuse et industrieuse famille en possession d'une superbe ferme." François Larocque fut décoré en 1848 de la médaille militaire.
La milice canadienne-française a pris Alichillimakinac
et gardé la baie \'erte aux Anglais en 181 2-15, mais elle
a poussé ses exploits encore plus à l'ouest, comme le montre
AL Henry E. Legler dans la Sentinel de Milwaukee du
18 avril dernier: "Pour déloger les Américains du poste
fortifié qu'ils occupaient à la Prairie-du-Chien, sur le Mis-
sissipi, le lieutenant-colonel W. McKay enrôla un certain
nombre d'hommes et les exerça pour accompagner ses propres
troupes. L'expédition partit de Michillimakinac le 28 juin
18 14, passa par la baie \'erte, la rivière aux Renards, la
en vue du fort ennemi le 17 juillet. Il y avait une seule
tout le corps commandé par McKav se formait pour ainsi
L'escouade de
rEUT.-COL. I.OUIS-JOSEPH D'ESCH.\MBAULT
rivière Wisconsin, et arriva compagnie de réguliers, et dire de voyageurs canadien volontaires canadiens de la baie \'erte se composait du sergent Laurent Filv, caporal Anuible Grignon ; soldats : Joseph Courval, Labonne, Dorion, Alexis Crochier, Joseph Deneau, Narcisse Delaunay, Pierre Chalifou, J.-B. Latouche, Pierre Lallemand, Etienne. Bantière, Francis Frenière, Pierre Grignon jeune, Pierre Auger. Le commandant des volontaires était Joseph Rolette, le traiteur bien connu de la baie \'erte. Après trois jours d'assauts successifs, le fort capitula, et nos gens ne perdirent pas un seul homme, tandis que les Américains eurent cinq tués et dix blessés."
La campagne de 18 14 ne vit pas un seul soldat américain en dedans des frontières du Bas-Canada. Quatre mille miliciens suffirent à la garde des principaux endroits susceptibles d'être attaqués. Salaberry tenait tête au général ennemi, qui se trouvait aux environs du lac Champlain, et l'empêchait de forcer le passage. De fait, le coup de Châteauguay et l'affaire de Chrysler Farm, l'aixtomne précédent, avaient presque arrêté la guerre.
r.-ilNE CHARLES GODEtKOV DE TONNANCOURÏ djudant-Général de la Milice durant la gïierre de 1S12-1; Il devint plus tard Lieutenant-Colonel.
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Dans une cscannoiiclie près de Lacolle, le 26 mars i<Si4, le caporal B. Dusseau, des voltigeurs (de Québec ), fut tué. Le 26 juin suivant, à la bataille de Clianiplain, le voltigeur Louis \"erreault, du Château-Richer, fut tué en attaquant une redoute, et le caporal \\'illiani Kitsou, de .Montréal, au.ssi un voltigeur, reçut une blessure dans la même manœuvre. Kitsou devint lieutenant peu après. Les 26 et 27 juillet, on se battit ferme à Odelltown, pour eni])êc]ier une troisième invasion en règle. Deux voltigeurs y furent tués et liuil blessés; tués: Pierre ]\Lariuier (de Québec), et J.-B. Nadeau (de Heaumont), laissant une veuve et deux enfants; blessés: Alexandre Campbell (de Montréal), A. Wilkinson (d'Angleterre), Joseph Janson (de la rivière du Chesne). Joseph Julien (de Saint-Ambroise), François Lozeau ide la rivière du Chesne), jambe amputée, Louis Chipperliood (de ^Montréal), deux blessures, Toussaint Carrière (de Boucherville), et Barthélémy Gagnon (de Québec), atteints dangereusement.
Durant l'expédition du mois de septembre 1814, contre Plattsburg, il n'v eut qu'un seul voltigeur de blessé, J.-B. Galarneau, de Saint-François, qui eut une jambe amputée par suite d'une terrible blessure reçue presque à bout portant.
Le II septembre 1814. à la journée mémorable de Plattsburg, le 3" bataillon perdit dix hommes tués et eut un blessé. Tués : Charles Chalifoux, de Sorel, compagnie Cardin ; .Simon Lavoie, de Saint-I\Iathias, compagnie Massé; Joseph Grondin, de Sainte-Anne, compagnie Beaubien ; sergent J.-B. Xeau, de Berthier, compagnie Grandpré ; Pierre Cotton, de Saint-Roch, compagnie Coiteux ; Charles \'alin, de Saint-Hyacinthe, compagnie Coiteux ; Joseph Saint-Jean, de Saint-Hyacinthe, compagnie Coiteux ; Antoine Montplaisir, de la Pointe Olivier, compagnie Massé; Alexis Desaliers, de Sainte-Elisabeth, compagnie Pelland ; J.-B. Chamberland, de Kamouraska, compagnie Dionne. François Vigiard, de la Pointe Olivier, eut un bras emporté et un œil cre\é, mais sur\écut. Les compagnies ici mentionnées sont celles de la milice sédentaire, d'où l'on avait tiré le contingent du 3^ bataillon.
A la même bataille du 11 septembre, les chasseurs canadiens eurent quatre hommes de tués et neuf blessés. Tués : Jean Etier, de l'Assomption ; Alexis Surprenant, de \'arennes ; Isidore Saint-George, de Kamouraska, pilote, et Joseph Desautels, de Chambly, tonnelier. Petits blessés : François Saint-Onge, de Saint-Martin ; Joseph Précours, de la baie du Febvre ; Augustin Yoiy.m, de Kamouraska; Antoijie Amable, de Lotbinière ; Pierre Gu}-, d'Yamachiche. Grands blessés : .\lbert Clément, de la Pointe-Claire ; Louis \'aillancourt, de Saint-Roch-de-la-Longue-Pointe, une jambe amputée ; Amable Saint-Onge, de la rivière des Prairies, rendu incapable de gagner sa vie ; François Baril, de Saint- Pierre-les-Becquets, passe pour mort et n'a pu être retrouvé ; même chose à l'égard de François Fredette, de Saint-Gervais ; Gabriel Turcot, des Trois-Ri\ières, mourut de ses blessures à l'Isle-aux-Noix, après le retour de l'expédition.
Citons cjuelques lignes de Garneau, notre historien national, sur la fin de cette guerre si heureusement terminée :
"Le traité de Gand (24 décembre 1814) ruina les espérances du parti qui avait poussé la république américaine à tenter la fortune des armes, car il n'avait rien obtenu de ce qu'il s'était proposé par la guerre. Une grande faute des Américains, c'était d'avoir attendu trop tard pour agir. Depuis longtemps, l'empereur des Français les pressait de prendre les armes. Il savait que, depuis la révolution, les Américains convoitaient les provinces anglaises, qui, adossées au nord, .semblent peser sur eux dans toute la largeur du continent. Mais ils mirent tant de lenteur à se décider qu'ils ne s'ébranlèrent qu'au moment où leur gigantesque allié commençait à pencher vers sa ruine. Le vrai motif de la guerre était la conquête dii Canada ; les prétextes eu étaient
MILICE CANADIENNP;-KRANÇAISR
le droit de visite et le refus des Anglais d'admettre le principe que le pavillon couvre la marchandise.... Le i'^'' mars 1815, la conclusion de la paix fut ofificiellement annoncée. Aussitôt la Chambre rendit hommage à l'énergie, à l'habileté et à la sagesse déployées par sir George Prévost dans les circonstances si difficiles où il s'était trouvé, et vota une somme de cinq mille livres sterling pour lui offrir un service d'argent comme témoignage public ; ce vote n'eut pas d'effet, parce que le conseil refusa d'^- concourir.... Le traité fut accueilli avec joie par le Haut-Canada, où la guerre avait été une .suite d'invasions cruelles et ruineuses. Il fut bien reçu aussi des Etat.s-Unis, surtout des pays qui bordent la mer.... A la prorogation de la législature, le président de la Chambre, en présentant la loi des subsides, adressa ces paroles à Prévost : ' Les événements de la dernière guerre ont res.serré les liens qui unissent ensemble la Grande-Bretagne et les Canadas.... Ces provinces lui ont été conservées dans des circonstances extrêmement difficiles. Lorsque la guerre a éclaté, le pavs était sans troupes, sans argent, et \'otre Excellence se voyait à la tête d'un peuple en qui, disait-on, plus d'un demi-siècle de repos avait détruit tout esprit militaire. \"ous plaçant au-dessus des préjugés, vous avez su trouver dans le dévouement de ce peuple assez de ressources pour déjouer les projets d'un ennemi nombreux et plein de coniiance en .ses forces....' Le gouverneur entendit ces paroles avec une grande satisfaction. Il annonça aux Chambres qu'il passait en Angleterre.... Les habitants de Québec et de .Montréal lui présentèrent les adresses les plus flatteuses. Les Canadiens lui témoignaient d'autant plus d'affection qu'ils savaient que l'espèce de disgrâce dans laquelle il était tombé (à Londres) avait pour principale cause la sympathie qu'il leur avait montrée."
L'esquisse placée sous les j-eux du lecteur, dans les trente-huit pages précédentes, rappelle à son souvenir la conduite tenue par les Canadiens d'origine française, dans les choses militaires, depuis 1760 jusqu'à iSiS- Elle n'exigeait de notre part qu'un faible labeur, car il est toujours agréable de raconter des événements qui font honneur à un peuple, fût-il le plus petit du monde et le moins connu dans l'histoire. Ouekpies réflexions pour terminer ne seront peut-être pas inutiles ; les voici, brièvement données ;
L'attitude de la masse des Canadiens, en 1764, 1775, 1S12, régla chaque fois les destinées du pays. N'oublions pas que le clergé catholique eut sa large part dans cette direction sage et prudente.
Lorsqu'eut lieu la cession du Canada à l'Angleterre, il y avait quatre-vingts ans que cette colonie ne recevait plus d'immigrants de sa mère-patrie, et, par conséquent, toutes ses familles étaient déjà anciennes dans le pays, ou, si nous employons le mot qui convient, elles étaient " canadiennes." Elles appartenaient à la France à peu près de la même façon qu'elles appartiennent aujourd'hui à l'Angleterre. La surprise des Européens est grande lorsqu'on leur dit