‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897Chapitre 9 sur 41 · CNT SUR LK CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

CNT SUR LK CHAMP DE BATAILLE

. octobre 1-^95

MII.ICK CANADIKXNK-KRAXÇAISR

que cette population ne ressemble, sons le rapport qni nons occupe, ni aux Français ni aux Anglais, et ils ne comprennent pas que des "colons," si peu nombreux vu leur entourage sur cette vaste terre d'Amérique, aient la prétention de se maintenir dans un état de vie nationale qui frise l'indépendance politique et administrative la plus large. C'est là le secret dii passé, mais l'histoire nous le révèle dans tonte sa candeur et son énergie primitive. Nous y voj-ons l'un des beaux côtés des agissements de nos ancêtres. Sous le régime français, on peut citer vingt exemples de leur entente en ces matières, soit vingt triomphes à leur crédit, lorsque le cabinet de \"ersailles, ou ses représentants à Québec, oubliaient souvent que ce peuple était chez lui et vivait par lui-même. Après 1763, il eut le courage de continuer, au milieu d'une situation toute nouvelle, souvent défavoral:)le, toujours délicate, à se regarder comme l'àme du pays. Il n'écouta pas plus son voisin de l'autre côté de la frontière, qui lui parlait de république et de liberté, qu'il ne prêta l'oreille aux invitations des Anglais invoquant la monarchie et les bienfaits d'un système purement "colonial," comme on l'appliquait au siècle dernier. Il voulut conserver le précieux dépôt de sa nationalité, ce qui embrasse la langue, les coutumes, la religion, en tant que cela ne nuit point à nos autres compatriotes, et, réflexion faite, tout cela aurait été pour le moins aussi exposé dans la gouverne américaine que sous le protectorat anglais. A vrai dire, le traité de Paris, en 1763, est un acte de protectorat auquel les Canadiens-Français ne se trompèrent jamais. Leur lovante à l'Angleterre est-elle maintenant assez bien expliquée? N'ont-ils pas agi avec sagesse ? Et, en maintes occasions où ils furent tentés, par suite de certaines influences, de se montrer mécontents des mesures qu'on leur imposait, ils surent se contenir et ne pas céder à la tentation, faisant toutefois valoir leurs réclamations, avec un à-propos étonnant. Etudions ce caractère, il est digne de la pensée du philosophe et de l'homme politique. En tous cas, il n'a rien de banal, c'est pUitôt par son élévation qu'il nous saisit. Beaucoup de personnages de haute valeur dans le gouvernement de la Grande-Bretagne et du Canada s'en rendaient compte, ce qui explique comment se sont terminés à l'amiable les conflits survenus depuis cent trente ans.

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