‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897 [microforme]Chapitre 2 sur 54 · S INTRODUCTION · texte numérisé non relu

S INTRODUCTION

ce que nous avons fait depuis que le drapeau anglais flotte sur le Saint-Laurent, n’insistons pas davantage sur les temps plus anciens, qui appartiennent à un autre passé.

Aux yeux de la plupart des lecteurs, la milice canadienne-française ne s'impose à la curiosité que depuis 1760, parce que l’on se dem:nde comment, sous un sceptre nouveau, ies colons fondateurs du pays pouvaient réconcilier leurs idées avec la situation qui leur était faite. (C’est précisément ce qui nous a engagé à écrire cette étude. On verra que les ‘habitants ”’ se regardaient comme chez eux et que la transformation résultant d'une ,uerre inalheureuse, ne changeait rien à leur manière de voir. Allégeance pour allégeance, cela ne les empêchait pas d'être Canadiens avant tout, et, iorsqu'il a été question de défendre le pays, on n'aurait jamais pu croire que le drapeau sous lequel ils combattaient jalis avait été remplacé par un autre. De fait, les “ Français de France” étaient partis; il ne restait sur les bords du grand fleuve que des “ Canadiens ”; les Anglais avaient leurs défauts, mais ce n'était pas pire que l'ancien régime. De deux maux choisissant le moindre, nos pères s'accommodèrent assez bien du changement. Et cela n'a pas cessé, cela continue, cela peut durer longtemps encore !

Venons-en à l'heure présente, celle qui nous occupe le £lus, naturellement. Les miliciens ont, depuis 186: à peu près, composé une nouvelle page de l’histoire du Canada. Notre livre est né de cette source. Il arrive à point et restera comiie un jalon indiquant la route.

Au milieu des réjouissances que la soixantième année du bienheureux règne de la reine Victoria provoque dans le monde entier, il est convenable que les Canadiensirançais expriment aussi leurs sentiments. Quoi de mieux, de plus à propos que de rappeler nos services militaires, alors que chacune des colonies de l'immense empire britannique cherche à se placer 1: plus près possible de ce trône dont le prestige enveloppe le globe terrestre !

Le lieutenant-colonel et les officiers du 85° bataillon de la milice active du Canada, héritiers des traditions nationales, comme le sont d’ailleurs vingt corps semblables composés des mêmes éléments canadiens-rançais, ont obtenu de Notre Gracieuse Souveraine la permission de lui dédier cet humble travail, le premier qui s'imprime en ce genre, et qui renferme la narration des hauts faïts de nos ancêtres.

Rappelons avec #rthousiasme le souvenir des hommes et des temps disparus, afin de laisser sous les veu. de la jeunesse des exemples à nniter, car &..ut est digne d’admiration dans ces jours de troubles et de misères qui ont si fortement posé leur empreinte héroïque sur nos générations d'autrefois. S'il est vrai que les militaires font l'histoire d’un peuple, nous avons une histoire! Elle est belle et grande; écrivons-la pour la postérité, et. afin que nos actions subsistent d'âge en âge, il faut les mettre en pleine lumière dès à présent -— autrement on oubliera

La à] . \ . * on l'out ce monde de gloire où vivaient nos aïeux.

Ces annales ne sauraient demeurer dans l'ombre. Le plus beau moment de jies produire, c'est de les faire voir sous le rayonnement du jubilé royal, en cette année 1897.

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adiens ”; À LE RÈGNE MILITAIRE, — LES CAPITAINES DE MILICE. — DÉSARMEMENT GÉNÉRAL. -- RÉVOLTE DE me, De À PONTIAC. — NOS VOLONTAIRES DANS L'OUEST. — L'ACTE DE QUÉBEC. — INVASION AMÉRICAINE, igement, ] — LA MILICÉ REPREND LES ARMES. — COMPAGNIES DE MILICE SUR PIED DE GUERRE. — LE

; PLAN DE DUCALVET, — DEUX BATAILLONS DE MIL!Ci AJOUTÉS AU ‘‘ROVAL AMÉRICAIN." —

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Canada.

ed AIGANS faire la moindre allusion à l'histoire de la milice canadienne du d>

SU ‘tenips des Français,” nous commençons notre récit avec la période anglaise. L'été de 1760, le général Murray, remontant le fleuve, de Québec à Montréal, avec une partie des troupes anglaises, comptait se

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ns : K Pan La joindre en route, où près de Montréal, à l'autre aile de cette armée que empire l'on savait être aux environs du lac Champlain, ct, comime il était facile iveloppe i en ce moment de prévoir le triomphe prochain et définitif des forces britanniques, il “ prit des mesures afin de mettre la population au courant de ses projets. Avant déjà

Catada. ? reçu la soumission de quelques paroisses, il invita les autres à suivre cet exemple et ymposés à annouse que les Canadiens formant corps avec les troupes françaises SerAent transportés Mesa en France comme soidats réguliers. Quatorze cents hommes de la seigneurie de Bouénre &t : cherville prêtèrent serment de neutralité. “De tous côtés, dit Garneau, les miliciens,

voyant le pays perdu, déposaient les armes.” La capitulation de Montréal eut l'en Île S septembre. ‘Les Canadiens qui n'avaient pas encore quitté l'armée française l’aban-

us, afin : Us j x ; UE : 3) donnèrent tout à fait, et la paix la plus profonde régna bieutôt dans toute la province,

niration à en à Ft ajoute cet historien.

érotique Ë pe j + . N peuple Alors commença un nouveau régime d'administration, connu sous le nom de règne | A£é ét militaire. I ne resta dans la colonie que le nombre de soldats anglais utiie à la garde | , ; | |

db à des forts; la loi martiale fut maintenue, en attenant la signature de la paix entre les puissances ; les autorités nouvelles prirent des Suisses-Français pour secrétaires, afin de | s'entendre avec les habitants: les capitaines de milice des paroisses furent revêtus du | se pouvoir judiciaire qu'exercent à présent nos juges de paix; deux Canadiens distingués, | de jes « Jacques Belcourt de Lafontaine et Joseph-Etienne Cugnet, sieur de Saint-Etienne, formèrent | 97. L. partie du tribunal supérieur auquel les petites cours en appelaient. | Notre milice, si vaiilante dans les guerre: du passé, recevait ainsi un témoignage éclatant de la considération qu’elle avait su inspirer. Une ordonnance prescrivit, il est vrai, de remettre aux magasins militaires les armes qui restaient dans les familles, mais | il ne fut pris aucune mesure pour exécuter cette décision. ‘Nous ne respirons que | | |

la soumission aux ordres de Sa Majesté,” disait un mémoire adressé au roi d'Angleterre par les Canadiens-—et cela suffit pour entretenir le calme de part et d'autre.

10 MILICE CANADIENNE-FRANÇAISI

Le traité de cession du Canada, signé à Versailles, en février 1763, fut proclamé ici le 18 mai suivant.

Quelques jours plus tard, on renouvela l’injonction de porter aux magasins du roi les armes qui restaient dans les campagnes. Bientôt après, cependant, il fut délivre des permissions en grand nombre aux gens qui disaient en avoir besoin pour la chasse, et qui en demandaient par l'entremise des officiers de inilice. Telle est l'histoire @u désarmement des Canadiens : il s'opéra, petit à petit, dans l’espace de quatre années.

Un événement inattendu vint surprendre tout le monde et fournir aux miliciens l'occasion de montrer qu'ils avaient donné une parole honnête et sérieuse en promettant Les Canadiens seront comme les autres

de se conformer au traité de paix qui disait : sujets britanniques.” Pontiac venait de soulever les tribus de l'Ouest et menaçait les vainqueurs de les déposséder de leur conquête.

Le Canada était à cette époque un vaste pays dont la partie est se trouvait occupée par notre éläment, comme aujourd'hui, mais le bassin des grands lacs, source abondante du commerce des fourrures, appartenait, on peut le dire, aux aborigènes, et ceux-ci ne reconnaissaient pas les arrangements intervenus entre nos deux couronnes. Pontiac, chef de guerre des Outaouas, “le plus formidable sauvage que l’on connaisse,” s'était illustré dans la guerre de Sept Ans. A la Monongahéla, il avait, avec Langlade, un Canadien, conduit ses guerriers à la victoire. Son prestige était immense dans l’ouest et, quoique Lauglade ne le snpportât point dans sa levée de boucliers, il possédait l'intuition du génie qui sait utiliser toutes les ressources. Voyant les forts français livrés aux troupes anglaises, il prit une attitude nouvelle et, rejetant toute ingérence européenne, il fit vibrer la corde des sentiments, celle du patriotisme, déclarant que ni lii ni les siens ne seraient esclaves des blancs. Ce fut une traînée de poudre enflammée. Depuis le Détroit jusqu'au fond du Wisconsin et de l'Illinois, dans l’Inaiana et l'Ohio, des bandes armées se levèrent. Le plan de ce second Spartacus consistait en une attaque simultanée et soudaine de tous les postes dispersés sur l'étendue de cette ligne, de manière à les empêcher de se secourir les uns les autres. Les Iroquois se prononcèrent pour lui. Alors toute la frontière prit feu — et 1 n'y avait dans le Bas-Canada qu'un faible contingent de troupes anglaises; presque aucune sur les grands lacs.

En face &c cette crise, les autorités de Québec mn'hésitèrent pas. En mai 1764, la circulaire suivante fut adressée aux capitaines de milice :

“ Monsieur — Quoique je vous aie déjà instruit de bouche des soins que Sa Majesté se donne pour assurer le bonheur de ses sujets, et de la ferme résolution qu'elle à prise de faire revenir à la raison quelques nations sauvages, dont la mauvaise volonté s'est manifestée par la trahison et la violence, et de les obliger à conclure une paix stable qui assure le retour d'un commerce avantageux et la tranquillité si nécessaire à ses peuples, j'ai cru devoir vous informer qu'à cet effet le Gouvernement s'est déterminé de joindre cinq compagnies de Canadiens aux troupes qui doivent être employées à procurer ce but. Ces compagnies seront coniposées de soixante hommnies chacune. Deux seront levées dans le gouvernement de Québec, deux dans celui de Montréal et une dans celui des Trois-Rivières, et seront commandées par des officiers canadiens. On n'agrégera dans ces compagnies que ceux qui, de leur plein gré, seront déterminés de rester sous l'empire de Sa Majesté Britannique.

“Pour reconnaître et récompenser la bonne volonté de ceux qui s'enrôleront, on donnera douze piastres en 2rgent à chaque volontaire; on leur délivrera un capot, deux paires de souliers sauvages et une paire de mitaines. On les pourvoira d'armes, de

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munitions et de vivres, durant tout le temps de la campagne. La solde affectée pour chaque homme sera de six sous anglais par jour, et on aura soin de les faire accompagner par un prêtre pour y exercer les fonctions de son ministère,

“Le service :e ces volontaires finira avec la campagne, après laquelle chacun sera libre de retourner chez soi.

Une telle démarche suppose de la part du Gouvernement bien de la confiance envers les sujets de Sa Majesté. On est en droit d'attendre qu'ils v répondront non seulement par un grand empressement à s'enrôler, mais encore par une grande fidélité à soutenir

leurs engagements dans toutes les cir-

| constances où le bien du service Îles | placera Du mens, ils doivent le faire | autant par honneur et par devoir que par reconnaissance, et par zèle sour leur, propre intérêt.

‘En attendant que vous soyez à même de publier cette ordonnance dimanche prochain, à la porte de l’église, vous aurez soin, autant qu'il dépendra de vous, de la rendre publique, mais surtout parmi vos jeunes gens, afin qu'ils puissent être instruits de toutes les conditions qui leur y sont offertes.”

Le gouverneur aes Trois-Rivières et celui de Montréal signèrent cette lettre, chacun pour son district respectif,

Six cents Canadiens répondirent à l'appel. Nous connaissons, par l'histoire écrite, les mille détails de cette guerre

de Pontiac, qui débuta par des succès | inouis de la part des Sauvages. Sur

| | onze postes que les Anglais occupaient, neuf furent emportés ; il v eut le mas- | sacre de Michilimakinac: ailleurs, deux

| | mille personnes furent tuées ou traînées | . »

LEE PERS FAR ART HS ANS PR CRNES PEN RS | en captivité; un détachement de troupes

SON EXCELLENCE LORD ABÉRDÉEN royales subit un échec à Bloody-Bridge,

SONYÉTReNr: RENErT GR CARE puis le terrible chef concentra ses forces

autour du Détroit, mais, après trois mois d’un siège fameux dans nos annales, il sentit

chanceler sa fortune. Le colonel Bouquet le battit à Bushy-Run. La paix fut signée à Oswego en 1766.

Parmi les Canadiens qui se distinguèrent au cours ae ces événements, il faut citer Saint-Ange de Bellerive, commandant aux Illinois, Godefroy et Baby, qui habitaient la région du Détroit, et en somme la conduite de toute la population française justifie notre historien national de dire, en parlant du général! Murray, aiors gouverneur du Canada : ‘IT aimait ces Canadiens dociles à l'autorité comme de vieux soldats, dont ils avaient contracté les habitudes dans les armées ; il aimait ces habitants d'un grand courage et de mœurs simples.” Dans les dépêches que ce gouverneur écrivait au ministre

des colonies, il représentait le nombre insignifiant des Anglais et des protestanis du pays comparé au chiffre des “nouveaux sujets,” comme on nous désignait, et se montrait d’une confiance absolue envers ces derniers. Quel spectacle que celui d’un antagonisme valeureux qui s'était manifesté sur vingt champs de bataille et qui, la lutte aie, se transformait, du jour au lendemain, en une situation d'entente cordiale et de mutuelle quiétude!

Les choses allèrent ainsi jusqu'à 1773, lorsque l’on entendit les premiers grondements de la révolution de la Nouvelle-Angleterre. Des partis politiques, déjà en germe, se dessinèrent ouvertement. Les uns, tant à Boston qu'à Québec et à Montréal, voulaient se persuader que les Canadiens feraient corps avec les :nécontents ; les autres assuraient qu'il n'y avait rien à craindre de ce côté. Quelques hommes actifs et assez influents crurent l'heure propice pour se faire nommer au conseil du gouverneur: ils péticionnèrent dans le but d'imposer à ce conseil une nouvelle forme, espérant bien être choisis eux-

gêmes, comme enfants du pays, où à titre de commerçants intéressés au bon gouver-

nement du Canada.

L'Acte de Québec, passé à la faveur de cette pression au parlement de Londres, en 1774, renfermait plus de liberté que n’en désiraient les habitants, aussi le reçurent-ils fort mal, ce qui étonna le ministère, mais confirma ce qu'avait dit au cours des débats Sir Henry Cavendish, mieux renseigné que ses collègues sur les sentiments de la grande majorité de notre peuple.

La nouvelle constitution parut aux veux des gens de Boston une ruse diplomatique pour détacher les Canadiens du parti américain. Ils se mirent à faire de la propagande dans le Bas-Canada par lettres publiques et privées et en envoyant des émissaires

La loi martiale fut proclamée le 9 juin 1775, en même temps qu’un appel à la milice. Celle-ci était désarmée et désorganisée depuis trop longtemps pour se trouver effective, néanmoins il v eut un certain large mouvement dans ce sens. Le parti neutre apparut aussi un peu partout dans la province. Il se composait de ceux qui ne voulaient ni se jeter dans l'aventure des Américains ni approuver l’Acte de Québec dont ils regardaient les dispositions comime uniquement favorables aux fonctionnaires et aux créatures du Gouvernement. Il n’était pas fait mention de la milice dans ce bill. En 1777, une ordonnance relative à la milice souleva des plaintes, surtout au sujet des corvées imposées aux habitants; malgré tout, elle fut maintenue, Des Anglais se prononçaient avec les Canadiens sur toutes ces matières et il en résultait une confusion générale dans les idées.

Le 9 mai 1777, sir Guy Carleton adressait à lord George Germain la liste des rebelles, des agitateurs et des suspects, dont il avait eu connaissance depuis 1774, et il ne s’y trouve pas un seul nom canadien-français.

L'automne de 1775, l’armée américaine entra à Montréal. Le gouverneur Carleton n'eut que le temps de sortir de la ville et, déguisé en habitant, fut sauvé par sept ou huit Canadiens qui le condüisirent à Québec, où il arnia la milice, faute d’avoir des troupes régulières à sa disposition. Le siège de Québec dura tout l'hiver. Le général américain y fut tué dans un assaut par un détachement de Canadiens. Lorsque les envahisseurs rebroussèrent chemin, ils furent poursuivis jusqu'aux frontières, et l’on peut dire que la milice sauva la colonie avant l’arrivée de l’armée de Burgoyne, laquelle ne se mit en branle que l'été de 1777, amenant avec elle un contingent de ces milices dont les Américains d'autrefois avaient si souvent éprouvé la valeur.

En somme, si la colonie fut conservée à l'Angleterre, c'était grâce à la résistance des ‘nouveaux sujets,” et, bien que l'esprit de la politique ait paralysé un certain

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