‹ Histoire de la milice canadienne-française, 1760-1897 [microforme]Chapitre 26 sur 54 · LE U LL · texte numérisé non relu

LE U LL

1 où bataillon d'Ontario,” et “2° ou bataillon de Québec.” Chacun devait être composé de sept compagnies de cinquante sous-officiers et soldats, ce qui portait l'effectif (officiers compris) à trois cent quatre-vingt-deux par bataillon. L'enrôlement (volontaire) commençait du 1° mai; on n'acceptait que des hommes de la milice active où qui avaient déjà fait partie des corps volontaires, et ne dépassant pas quarante-cinq ans. La solde fut fixée à douze dollars par mois. On choisissait de préférence des hommes disposés à s'établir dans le Nord-Ouest, recommandés par leur bon caractère, habitués à “la vie des chantiers,” où des cultivateurs jouissant d'une bonne santé et strictement sobres. Ces dispositions furent approuvées par un ordre en conseil €: 16 avril, et le recrutement commença aussitôt, Malg: cela, le 1° mai, le général Lindsay faisait encore des tentatives pour que l’on envoyût, au lieu des milices, les vétéra’ s licenciés des Canadian Rifles (armée anglaise), parce que, disait-il, après le départ des troupes régulières de Fort-Garry, les volontaires w'offriraient pas autant de garantie de sécurité que ces carabiniers.

Le lieutenant-colonel S.-P, Jarvis commandait le bataillon d'Ontario; celui de Québec était sous les ordres du lieutenant-colonel L.-A. Casault, deux officiers qui avaient servi dans l'armée anglaise. Le 4 mai, toutes les nominations étaient faites et l'expédition comptait douze cent quatorze combattants, savoir : état-major, vingt-et-un officiers ; réguliers, vingt-huit officiers et quatre cent neuf sous-offi et soldats; volontaires, cinquante-six officiers et sept cents sous-officiers et soldats. Le :eutenant-général Lindsay, commandant les troupes britanniques en Canada, désigna le colonel Wolseley comme chef de tout le contingent.

Mais il fallait des “voyageurs” pour faciliter le passage des troupes et le transport du matériel. On organisa une brigade, dont quelques Canadiens-Français eurent la direction, sous la surveillance de M. Dawson. M. O.-7Z, Hamel était le chef pontonnier, M. W.-H. Aumond paie-maître. Il y avait aussi des Iroquois de Caughnawaga.

Le 3 mai, tout était prêt. Le 5, lord Granville télégraphia de Londres, au gouverneur-général, sir John Young: Z7ocps mey proceed, et, à partir de ce moment, il n'y eut aucun moment d'arrêt dans la marche en avant. Le rendez-vous général était à Toronto; de là, passant par Collingwood jusqu'à la baie du Tonnerre, il y a six cent vingthuit milles d'un parcours commode, en majeure partie sur les lacs Huron et Supérieur; de la baie à Fort-Garry, cinq cent cinquante milles, par rivières, lacs et portages, où se rencontrent toutes les difficultés imaginables. Total, douze cents milles. Pour passer du lac Huron au lac Supérieur, il n’y avait d’accessible à la navigation que le canal du Sault Sainte-Marie, côté des Etats-Unis. Pendant la guerre de la sécession, le Canada avait permis à nos voisins le passage sur ses canaux et ses chemins de fer, non seulement des armes et du matériel de guerre, mais encore de ses soldats portant l'uniforme. Nous savions que cette courtoisie ne nous serait pas rendue; aussi, dès le 3 mai, avions-nous commencé à ouvrir un chemin de trois milles sur la rive anadienne du Sault, afin de ne rien demander à un gouvernement qui a la mémoire aussi courte. Le 7, le CAicora, qui ne portait qu’un fret ordinaire, se vit refuser l'usage du canal. Quelques jours plus tard, les Féniens menaçaient nos dépôts le long de la route de trois milles; il fallut v laisser des gardes pour les couvrir. Tout cela causait des dépenses et des retardements. Le 25 mai, le colonel Wolseley arrivait à la baie du Tonnerre. Le 28, on envoya au pont de la Kaministiquia, distance de vingt-deux milles, deux compagnies du 60° régulier (47e Brigade). Le 1‘ juin, tout le corps expéditionnaire était arrivé, y compris une grande quantité de

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munitions et quatre petits canons de montagne, modèle dit abyssinien, du poids de deux cents livres chacun. Les bateaux affectés à la navigation des lacs et des rivières partirent sur des wagons, le 3 juin, pour se rendre au pont de la Matawin, distance de vingt-sept milles, Ils y étaient À peine arrivés et mis à flot qu'un incendie ravagea les bois d'alentour et détruisit les hangars élevés par les soins de M. Dawson, causant des pertes considérables et quelques légers délais en endommageant les ponts.

Les premiers bateaux envoyés par la Kaministiquia eurent beaucoup à souffrir des obstacles naturels qu'offre ce cours d'eau, néanmoins le colonel Wolseley persista à se servir de cette voie plutôt que du chemin Dawson, ouvert quelques années auparavant, et qui permettait un bon transport par terre, Le 24, il y avait réunis au pont de la Matawin cinquante bateaux en assez piteux état. L'envoi des bateaux et des provisions

continua par le chemin Dawson. Le 18 juin, par un fort vent, le feu traversa cette route et devint bientôt si général que tout le pays paraissait en flammes. Un peu plus tard, le feu se répandit dans les environs de la Matawin, et, pour échapper à une mort certaine, les travailleurs durent se réfugier dans l'eau, L'incendie faisait de grands ravages, avec des intermittences très dangereuses.

Le colonel Wolseley, étant à Ottawa vers la fin d'avril, avait eu communication d’un mémoire décrivant ce qu'il y avait encore d'impar-' fait dans la route Dawson, et cependant il affirme, ainsi que le capitaine Huyshe, qu'on lui avait promis une voie commerciale satisfaisante jusqu'au lac Shebandowan. Néanmoins, le 24 juin, un dépôt important de provisions de bouche, de munitions de guerre et de bateaux était formé au pont de la Matawin, le jour même où les derniers barils de lard et de farine venant de Collingwood débarquaient à la baie du Tonnerre. La veille, par proclamation royale, les territoires

SIR ALEXANDER CAMPBELL, K.C.M.G, du Nord-Ouest avaient été réunis à la Cou-

Ministre de la milice, du 16 janvier 1880 au 7 novembre 1880 ronne; il s'agissait maintenant de les livrer

au Canada; ensuite, la Compagnie de la Baie d'Hudson recevrait de ce dernier le montant stipulé pour leur acquisition.

Du 1‘ juin au 16 juillet, il y eut vingt-trois jours de pluie. Pour transporter un bateau vide de la baie du Tonnerre au lac Shebandowan (cinquante milles), il faut plus de travail que pour le mener de ce dernier endroit au lac Winnipeg (cinq cent cinquante milles). On poussait l’rvrage avec ardeur, malgré la température et les myriades de mouches des bois qui ! : :laient cruellement les ouvriers et les soldats. On se levait ‘aux étoiles,” pour ne er le travail qu'à sept heures du soir. Les incendies, qui se succédaient dans les forêts, rendaient encore le service plus pénible, et quelquefois dangereux pour la vie des hommes. C’est probablement sur cet espace de douze milles que l'expédition éprouva le plus de souffrances, car tout, jusqu'à la nature du sol, rendait le percement de la route excessivement difficile. Il fallait pourtant amasser des

provisions pour la force armée et les aides (de quatre à cinq cents voyageurs et ouvriers) réunis en ces lieux, avant de dépasser le lac Shebandowan. Dans les premiers jours de juillet, le dépôt d'Oskondaga était regardé comme la tête de l'expédition, Les officiers de l'armée anglaise qui ont écrit sur ce sujet ne peuvent s'empêcher de témoigner du bon vouloir et de la diligence que les volontaires et les employés du gouvernement Re sinon) ‘anadien apportèrent à la tâche ardue qu'ils

| accomplissaient, L'opinion de ces mêmes officiers était alors que le corps expéditionnaire ne parviendrait pas à la Rivière-Rouge avant l'hiver.

Le 5 juillet, le quartier général fut transporté au pont de la Matawin, Les hommes étaient dispersés sur une étendue de quarante milles, partie sur la route, partie sur la rivière. Le 13, le trajet qui restait à faire jusqu'au lac Shebandowan offrant plus d'avantage par eau, le colonel Wolseley plaça son quartier général au débarcadère de Ward, qui n'est qu'à trois milles du lac. De ce point, la tête de l'expédition eut bientôt planté ses tentes sur la rive du lac, Le 15, on entrait sur les terrains dont les eaux se déversent du côté de l’ouest, et l’on commença à marcher dans un ordre plus militaire, puisque, dans cette région nouvelle, un

ennemi déterminé pouvait dresser des embüches et offrir une résistance qui n'avait pas été à a 1 craindre jusque là. Chaque bateau reçut, outre

SIR JOSEPH-PHILIPPEÉ-RENÉ-ADOLPHE CARON, K.C.M G, les bagages et Îles munitions, soixante jours Ministre de la milice, du S novembre 1K$So au 24 janvier 1892 :

de vivres pour les dix personnes (huit soldats et deux voyageurs) qui le montaient. Du 16 juillet au 1° août, l’expédition, divisée en vingt-et-une brigades, s'allongea sur"un parcours de cent cinquante milles. Les réguliers ouvraient la marche, suivis par les volontaires, qui ont déployé partout assez de diligence pour ne pas se laisser distancer par les troupes anglaises, malgré l’extrème célérité de celles-ci, qui ne traînaient presque aucun bagage. Deux des pièces de montagne étaient confiées aux réguliers; les deux autres restèrent à la baie du Tonnerre, avec une com-

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pagnie de volontaires gardant les magasins militaires. Ayant donc franchi la hauteur des terres (huit cents pieds au-dessus du lac Supé-

rieur), la navigation devenait de beaucoup plus facile, mais les portages sont nombreux jusqu'au fort Alexandre, au lac Winnipeg. Le 4 août, les canots d'avant-garde arrivaient au fort Frances, comptoir de la Compagnie de la Baie d'Hudson, à l'entrée de la Rivièreà-la-Pluie. Une fois parvenues dans la région des lacs, les brigades accéléraient leur

marche en raison des facilités naturelles que présente le pays, car le rapide des Esturgeons est à peu près le seul endroit périlleux qui se rencontre entre le lac Shebandowan et le fort Frances. À ce dernier endroit (comme auparavant à la baie du Tonnerre), une députation de Sauvages se présenta au colon! Wolseley, sous prétexte de lui demander de quel droit les Visages-Pâles parcouraient leurs terres et “ troublaient le poisson de leurs rivières,” mais en réalité pour tâcher d'obtenir des cadeaux, car ces pauvres gens

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vivent par petits groupes isolés les uns des autres, dans un état de misère qui les rend beaucoup moins redoutables qu'on ne le pense, et, par là même, moins respectés que les Sauvages de la Rivière-Rouge et des plaines de l'ouest, On les contenta avec quelques présents, et, pour s'en débarrasser, il suffit de leur dire que Riel arrivait dans l'intention de se battre: la peur les emporta au loin.

Une lettre de l'évêque anglican de la Terre-de-Rupert, en date du 25 juillet, parvint au colonel Wolseley au fort Frances, Lille parlait de la possibilité d'un soulèvement des tribus indiennes; elle prévenait aussi le colonel que des bateaux et des guides allaient au-devant de lui par la rivière Winnipeg. L'évêque ajoutait : “ Que vous passiez par un chemin ou par l’autre, envoyez toutefois des troupes par la rivière Winnipeg. L'essentiel est que nous voyions bientôt un détachement parmi nous. Vous n'avez rien à craindre en divisant vos forces, Il n'y a personne pour s'opposer à votre marche, ni apparemment une pensée de résistance dans la colonie, Cent cinquante hommes et un canon seront partout les maîtres. J'ai peur que l'on adopte le projet de faire arriver ici le gouverneur avant vous.” Riel, de son côté, avait publié une proclamation en termes assez clairs pour faire comprendre à tous les partis qu'il ne gênerait pas les troupes de Sa Majesté ; mais il existait sur un autre point un sérieux malaise: on s'inquiétait, dans toutes les classes d'opinions, de l'attitude que prendraient les insurgés s'ils recevaient, avant l'arrivée des troupes, la nouvelle positive qu'il ne leur avait pas été accordé d'ammistie, selon qu'ils s'étaient flattés de l'obtenir depuis l'envoi de leur délégation à Ottawa.

Etant ainsi renseigné, le colonel abandonna l'idée qu’il avait conçue de surveiller en personne la formation d'un grand dépôt au fort Frances, et, comme soixante bateaux étaient déjà passés en avant, il partit de ce lieu le 10 août pour rejoincre la tête de l'expédition et préparer sa jonction avec la flottille des guides de la rivière Winnipeg, qu'il rencontra au lac des Bois. Les lettres qu'on lui remit en cette occasion étaient si pressantes qu'il n’hésita point à continuer avec Îles seuls réguliers, afin d'arriver plus vite. Les volontaires avaient ordre de suivre d'aussi près que possible. Une compagnie du bataillon de Québec était restée au dépôt de la baie du Tonnerre ; une compagnie du bataillon d'Ontario resta pour garder le dépôt du fort Frances. Le 20 août, le colonel Wolseley débarquait au fort Alexandre, situé à la sortie de la rivière Winnipeg dans le lac de ce nom.

Les volontaires, laissés en arrière, avançaient si rapidement qu'ils n'étaient qu'à deux ou trois journées du fort Alexandre, descendant la rivière Winnipeg en belle ordonnance, malgré ses trente chutes qui nécessitent autant de portages. Ce cours d’eau est long de cent soixante-trois milles avec une pente totale de trois cent cinquante pieds. Le colonel Wolseley ue se laissa pas rejoindre par les volontaires ; IN MAL EN TIR UN ELE. EU

Miuistre de la milice, du 25 janvier 1802 au 4 décembre 1892

il prit le lac Winnipeg avec les réguliers (cinquante bateaux divisés en huit brigades) pour entrer de suite dans la Rivière-Rouge, qui vient s'y déverser et qui coule sous les murs des deux forts Garry. Le second de ces forts, appelé aussi Fort-de-Pierre, était resté en la possession des officiers de la Compagnie de la Baie d'Hudson. L’avant-garde du colonel Wolseley campa à onze milles plus bas que ce fort, le soir du 22. Tout ce qu’elle rencontra sur le terrain fut le chef sauvage Henri Prince, qui avait formé partie de l’assemblée législative de Riel, et qui venait maintenant protester de sa “loyauté à la couronne britannique,” et demander des présents.

La pluie tomba sans relâche toute la nuit et le jom suivant, mais ne ralentit en rien les préparatifs de l’anproche du principal fort Garry. Du 1° au 20 août, il y avait déjà eu treize jours de pluie.

Un émissaire apporta la nouvelle que M Taché, revenant du Canada, était attendu à Saint-Boniface d'heure en heure. De fait, il y arriva le 23 août. On comptait qu'il apportait l’ammustie. Riel tenait le fort Garry et

ue sembleut pas se douter du voisinage des troupes, mais il était très bien éclairé sur leurs

ms hi De SA mouvements, et sa contenance avait pour but

HON, JAMES COLUUROOKE PATFERSON d'empêcher l'apparition en armes des “ loyaux ” dupe ur don qui faisaient du zèle au nor de la Reine et du Canada. Il se promettait de livrer la place sans qu'il se commiît le moindre désordre et il tint parole.

La marche sur le fort ‘sarry eut lieu le 23 août, avec les précautions usitées en pareil cas. Des détachements montés sur les chevaux que l'on avait pu se procurer aux environs, garnissaient les deux rives de la Rivière-Rouge, un peu en avant du corps principal. Les bateaux portaient seulement quatre jours de rations, afin d'être plus faciles à manœuvrer, Les deux canons, placés chacun sur le devant d’une embarcation, pouvaient se trouver d'un grand secours comtre une attaque de n'importe quel côté de la rivière, laquelle est à peu près large comme la rivière Chambly, avec des abords peu escarpés.

A neuf milles du fort Garry, l'obscurité empêcha les troupes d'aller plus loin, ei une pluie poussée par un vent violent tomba toute la nuit. Quelques habitants du pays se hasaruerent dans les ténèbres à descendre le long de la grève pour vérifier la rumeur aui s'était répandue de l’approcle des troupes ; 1ls tombèrent dans les lignes des senti: nelles et furent gardés jusqu'au matin sans pouvoir communiquer la moindre nouvelle à la ville où au fort. Riel ne quitta pas le fort de toute la nuit; il savait où étaient les troupes en ce moment; sa discrétion alla jusqu’à laisser ignorer aux gens de la ville, qui sympathisaient avee lui, l'événement dont le lendemain serait témoin.

Ce lendemain donc, un mercredi, 24 août, vers huit heures du matin, le débarquement s’opéra sur la rive gauche, à la pointe Douglas, deux milles plus bas que la

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ville de Winnipeg, car il y avait un commencement de ville (cent cinquante maisons) de ce nom à deux mille pieds du fort Garry. Les canons furent montés sur des charrettes du pays et mis en état de servir au premier signal. Le gres de la force 2: mée s'avança en colonne ouverte, Les portes du fort semblaient closes ; on voyait la gueule des canons sur le rempart; aucun drapeau de hissé; un silence parfait; la pluie et le brouillard rendaient les objet distincts, mais le colonel Wolseley avait de bonnes raisons de ne redouter ni piège, ni mécompte, seulement la scène n'était pas théâtrale, sauf que le fort muet se montrait assez iMposant avec ses six cents pieds de façade où plutôt de haute clôture, dont un bout eh pierre et le reste en pieux debouts. Ceite construction, qui datait en partie de 1840 (pierre), et en partie de 1850 (palissade), était placée dans l’angle de terrain qui forme la rencontre des rivières Rouge et Assiniboine.

Riel avait attendu l'apparition des troupes pour partir. Jusqu'à la veille de ieur arrivée, il parait avoir cru qu'elles suivraient, mais ne précèderaient pas, le gouverneur Archibald. Une fois quil fut b#en certain du contraire, il assembla ses principaux conseillers, dont quelques-uns optaient encore pour la résistance, et délibéra avec eux sur la conduite à tenir dans les circonstances où ils se trouveraient placés après leur sortie du fort. Le conseil terminé, il passa la nuit à rassembler ses papiers secrets qu’il expédia en lieu sûr, Il ne se coucha point, déjeuna vers neuf heures, ensuite prit congé des amis qui avaient passé la nuit au fort, ou qui venaient lui faire visite en ce moment, puis, quand il vit les troupes de ses veux, il sortit, avec Lépine et O'Donoghue, par la porte qui s'ouvre sur la traverse de l'Assiniboine, à l'instant même où trois officiers, avec quelques personnes du pays, entraient dans le fort par une autre porte restée ouverte à dessein. Aussitôt la colonne pénétra dans la place avec des manifestations de joie faciles à comprendre. Il était dix heures du matin. Riel avait fait halte à la traverse ; après avoir regardé les soldats qui

disparaissaient graduellement derrière les pa- [2 7 Er NPAQE lissades du fort, il monta à cheval et se dirigea, | sans être poursuivi, vers Pembina, et le village américain de Saint-Joseph.

On trouva, “ntre autres choses, dans le fort Garry: vingt-six canons, tant de bronze que de fonte, la plupart de petit calibre et de fabrique ancienne, dépareillés, mal montés et tous couverts de rouille ; soixante-dix-sept fusils à pierre; quarante-six fusils à percussion, presque tous en très mauvais état où complètement inutilisables ; douze seulement étaient

chargés ; trois carabimies américaines, une carabine Enfield ; cent vingt-quatre baïonnettes ; six inille cent trente-huit livres de poudre, contenues dans quatre-vingt-treize barils: trente mille cartouches à balle, et d'autres munitions en petites quantités. Ces armes appartenaient toutes à la Compagnie de la Baie d'Hudson.

Riel, qui était un homme intelligent et imstruit, ne songeait donc pas à résister, puis- L27 ». |

qu’il laissait ses moyens de défense se dété- HON, ARTHUR RUPERT DICK HV

Ministre de la milice, du 26 mars 1805 au 15 janvier 1896

riorer à ses yeux, et qu'il ne gardait, pour lui et son escorte, que douze fusils en bon ordre et chargés — si bien entretenus que, en les tirant, onze partirent à la première capsule (rapport officiel) ce qui fait voir que les autres armes auraient pu devenir redoutables aux mains des chasseurs des prairies, s'ils avaient voulu s'en servir contre les troupes.

Terminons par quelques notes ce chapitre fait à vol d'oiseau, et qui n’est autre chose qu'un résumé très bref

Sur quatre-vingt-quatorze jours de marche, quarante-cinq avaient été marqués par le manvais ‘emps--le vent, le tonnerre, les incendies et surtout la pluie, sans qu’il en fût résulté nn seul cas de maladie grave.

Le but de lexpédition était atteint, Il ne restait plus à M. Archibald que de s'avancer et de prendre la direction du gouvernement. Ie colonel Wolseley ne voulut agir en rien et attendit, mais, le 28 août, il lança une proclamation qui excita les passions des politiciens de tonus les camps, ce dont il aurait pu se dispenser, assure-t-on. Le 2 septembre, M. Archibald arriva, ainsi que les brigades de volontaires, sauf la compagnie stationnée au fort Frances, qui suivit à cinq ou six jours de distance, Le 3, les réguliers se imirent en marche pour le Canada: ils s'embarquèrent le 6 octobre, sur le lac Supérieur, pour aller prendre à Québec le transatlantique qui devait les conduire en Angleterre La 1° compagnie du bataillon de Québec, de retour en même temps de la baie du Tonnerre, remplaca les troupes royales à la garde des magasins de l'île Sainte-Hélène, près Montréal, durant l’hiver 1870-71.

Les volontaires des deux bataillons, Ontario et Québec, restaient dans la nouvelle province pour faire le service de garnison. Le lieutenant-colonel Jarvis fut le commandant. L'hiver s'écoula sans incident remarquable. Un grand nombre de volontaires obtinrent des congés définitifs, soit pour retourner dans leurs familles, soit pour s'établir sur les terres di Manitoba, où exercer des métiers dont la population du Nord-Ouest manquait presque absolument jusquedà. Le jour du départ de l'expédition, le 7 HO TNT UT ne restait plus sous les armes que cent dix-sept hommes du bataillon d'Ontario et cent trente-deux du bataillon de Québec (officiers compris), auxquels il faut joindre quarantequatre voyageurs; à part cela, il restait quatre-vingts volontaires au fort Garry, sous les ordres dn lieutenant-colonel Casault.

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