‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 117 sur 170 · Voir le texte de ce décret à l’appendice XXXVII · texte numérisé non relu

Voir le texte de ce décret à l’appendice XXXVII

RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES

traitements, le missionnaire, couvert de sang et contusionné en maints endroits du corps, fut conduit sous bonne escorte à He-keou. Pendant que la moitié des bandits enlevait les meubles et les céréales de la résidence de Len-tsy, l'autre moitié, dirigée par Tcheou-hoa-chan, marchait sur Cha-pa où se trouvait Léard, qui s’enfuit avec un domestique et vint se réfugier à Ta-tsien-lou.

Le soir de ce même jour, le presbytère de Cha-pa, l'orphelinat, les maisons des chrétiens, tout fut pillé et en grande partie démoli.

Le lendemain, 21 mars, Tcheou-hoa-chan, à la tête de ses soldats, se dirigea vers Mo-sy-mien. Le 22, dans la soirée, les étendards des brigands apparaissaient sur la colline qui domine le village. M. Aubert comprit qu’il n'avait qu’à fuir à son tour; les vierges et les orphelines se sauvèrent avec lui dans la montagne. De la résidence de Mo-sy-mien, de l'orphelinat et de la chapelle, il ne resta que les murailles.

« Le 23 mars, ajoute Mgr Giraudeau, Tcheou-hoa-chan et sa bande devaient arriver à Ta-tsien-lou, où les attendaient une foule de brigands venus d’ailleurs et les gens sans aveu de la ville. Nous avions mis l’évêché en état de défense, et, comptant sur la protection des autorités, nous étions décidés à résister. Nous vîmes bientôt que nous serions réduits à nos propres forces, car le préfet était parti pour délivrer M. Mussot, et la garnison semblait plutôt disposée à nous piller qu’à se battre pour nous. Dans ces conditions, ne valait-il pas mieux partir pour la montagne avec les élèves du Séminaire et les chrétiens ? C’est ce que nous fîmes. En résistant nous aurions pu faire mordre la poussière à un bon nombre de brigands, mais nous nous serions exposés à voir M. Mussot et tous nos chrétiens massacrés à titre de représailles.

» Nous partîmes donc le 23 au matin, après avoir confié nos établissements à la garde du chef de la garnison. Le soir, l’ennemi ne s’était pas encore montré. Le 27, nous recevions une lettre du mandarin nous annonçant la délivrance de M. Mussot, et nous regagnions l’évêché. » Voici ce qui s’était passé : Tcheou-hoa-chan et ses hommes, ayant appris que le vice-roi du Su-tchuen venait d’envoyer 2,000 soldats à Len-tsy, n'avaient pas osé poursuivre leur marche sur Ta-tsien-lou, et ils se repliaient sur He-keou, quand ils se heurtèrent aux troupes qui allaient délivrer Mussot. Reconnus et attaqués, les bandits s’enfuirent en désordre sans même essayer de combattre. Trois de leurs chefs tombèrent entre les mains du mandarin qui les fit exécuter sur la place de Len-tsy. Tcheou-hoachan lui-même ne tarda pas à être pris et eut la tête tranchée.

Les restes de la bande se dirigèrent du côté de Cha-pa, et Léard, qui avait réintégré le poste, dut fuir une seconde fois. Le préfet de Ta-tsienlou fut de nouveau obligé d’envoyer des soldats à la poursuite des brigands, qui enfin se dispersèrent complètement.

Ces nouvelles étaient transmises à Mgr Biet par Mgr Giraudeau, qui avait continué, quoique seul administrateur de la mission du Thibet, à rendre au Vicaire apostolique un compte exact de ce qui se passait. Elles furent les dernières que reçut le prélat toujours malade en France. Le 9 septembre 1901, en effet, usé avant l’àge par de longues souffrances,

DANS LEURS ANCIENS POSTES

Mgr Biet mourut au couvent des Ursulines de Saint-Cyr-au-Mont-d’Or (Rhône), où il était allé passer quelques semaines’.

Son épiscopat, qui, réel ou nominal, dura vingt-trois ans, fut marqué par la fondation des postes situés sur les frontières de l’Inde, par la ruine des stations placées dans les pays thibétains aux frontières de Chine, par de longues négociations qui aboutirent à une restauration complète et, espérons-le, définitive.

Ici s’achève pour nous l'histoire de la mission du Thibet que l’avenir continuera ; elle est faite de souffrances plus que de joies, elle compte plus de revers que de succès, et le récit des négociations qu’elle renferme est plus long que celui des conversions. En contemplant les efforts trop souvent impuissants des prédicateurs de l’Évangile, dont la persévérance date de plus d’un demi-siècle et n’a jamais failli, on aime à se redire que Dieu, dans son éternité, a pour les défaites des couronnes aussi brillantes que pour les victoires, pour la patience et pour l’attente résignée des récompenses aussi belles et aussi durables que pour le travail et l’activité ; et puis, en se souvenant des résultats extérieurs et immédiats de la prédication de Jésus, le premier des Apôtres, on se prend à croire que les germinations lentes ne sont pas toujours une preuve de stérilité absolue, que les larmes et le sang versés sur les sillons de la terre thibétaine deviendront, tôt ou tard, comme les larmes et le sang versés sur le Calvaire, la rosée fécondante d’une riche moisson, et l’on espère, malgré la mystérieuse obscurité des prédestinations, que tout un peuple ne demeurera pas àjamais éloigné de Celui qui est la voie, la vérité et la vie.

1. Les Missions Catholiques , année 1901, p. 455, publièrent sur ses funérailles la note suivante :

« Il y a quelques semaines, étant allé chez les Religieuses Ursulines de Saint- Cyr-au-Mont-d’Or, Mgr Biet y est mort pieusement, le 9 septembre. Grâce au zèle du vénérable curé de Saint-Cyr et à l'activité de son vicaire, les funérailles, célébrées très solennellement, ont été un honneur pour l'apostolat. S. E. le cardinal Couillié, empêché par la retraite ecclésiastique, s’y fit représenter par un de ses vicaires généraux, qui présidait la conduite au cimetière. Mgr Morel, directeur des Missions Catholiques , célébra la messe, et Mgr Lasserre, Vicaire apostolique d'Arabie, fit l’absoute. Le Séminaire des Missions-Étrangères avait député un de ses directeurs, M. Lesserteur. Des prêtres et des fidèles en grand nombre étaient venus apporter au défunt le dernier hommage de leur respect, désireux en même temps d’attester leur estime et leur sympathie pour l’OEuvre de la Propagation de la Foi, que le vénéré défunt était allé prêcher aux extrémités de la terre. »

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