Transcription : Chies rab kyi bslab pia
Prononciation : Chié rop kyi lob chia.
Sentences remarquables tirées des livres sapientiaux et traduites par Mgr Giraudeau en vers thibétains.
Chaque sentence forme une strophe de quatre vers, chacune de sept syllabes.
Dans la poésie thibétaine le style est un peu plus relevé, les mots plus choisis, mais il n’y a ni prosodie ni rime, c’est de la prose coupée en un nombre de syllabes toujours impair. 1 vol., in-12 de 48 pages, imprimé en 1898.
(Touts ces renseignements nous ont été donnés par M. Desgodins, dans une lettre datée de Ilong-kong, 6 juillet 1902.)
DANS LEURS ANCIENS POSTES
Tous ces volumes ont été composés par Mgr Giraudeau qui s’est occupé de ce travail à Yerkalo d'abord, puis, après la persécution de 1887, à Tongolo, où il habita pendant plusieurs années.
Dans ces ouvrages, « le prélat a très heureusement évité le style sacré des anciennes traductions du sanscrit, intelligible seulement pour ceux qui ont fait une étude spéciale de cette dernière langue. Il s’est rapproché autant que possible du style thibétain moderne, beaucoup plus simple et compris de ceux qui ont une bonne teinture de littérature thibétai ne. » Citons encore un Essai de grammaire thibétaine par M. Desgodins, et enfin le grand et important Dictionnaire tliibétain-lalin- français J, qui fut
1. Cet ouvrage est un in-4° de 1087 pages sur deux colonnes. Quoique nous en ayons parlé plusieurs fois dans le cours de notre Histoire, nous allons remémorer, d’après la Préface elle-même, l’historique de ce grand travail.
Ce Dictionnaire fut commencé en 1852 par M. Renou, le fondateur de la mission du Thibet. Admis comme marchand chinois dans la lamaserie de Teundjrouling, qui est dans la vallée du tleuve Bleu, il y reçut pendant dix mois les leçons dévouées du chef, devenu son maître de langue thihétaine. L’année suivante, il continua ses études près du lama de Tchamoutong, situé non loin de la Salouen, puis à Bonga, au Thibet même. C’est là que M. Fage vint le rejoindre. Un docteur lama qui s’était converti s’attacha aux deux missionnaires, et fut leur seule ressource pour l’étude de la langue jusqu’en 1859. Alors seulement, ils reçurent le dictionnaire de Csoma de Koros, si longtemps attendu. Comparaison faite de leurs nombreuses notes avec l’ouvrage du savant Hongrois, ils furent enchantés de trouver une correspondance presque parfaite, ce qui les encouragea grandement à poursuivre leurs études encore avec plus d’ardeur: aussi, à sa mort, arrivée en 1863, M. Renou avait-il pu composer les ouvrages les plus nécessaires à l’œuvre de l’évangélisation du Thibet.
En 1862-63, M. Fage réunit en un seul manuscrit le Dictionnaire de Csoma et les nombreuses gerbes linguistiques, que les missionnaires avaient recueillies avec tant de patience et de soin ; mais il changea complètement l'ordre alphabétique, pour adopter celui des auteurs thibétains qui est le seul rationnel.
Profitant de ce premier travail-, les nouveaux missionnaires se livrèrent avec courage et assiduité à l’étude du thibétain, et chacun de son côté fit des découvertes. Toutes les fois que l’occasion s’en présentait, ces notes étaient discutées, comparées avec les auteurs classiques, ou au moins contrôlées par les rares savants que l'on pouvait rencontrer au Thibet. Aussi pouvons-nous atlirmer que pas un seul mot de ce Dictionnaire n’y a été inséré, sans avoir passé maintes fois au creuset d’une sévère critique.
En 1880, un des plus anciens missionnaires du Thibet oriental, M. Desgodins, fut envoyé dans le nord de l'Inde, pour chercher à établir une nouvelle mission catholique dans les pays thibétains au sud des provinces centrales. Il emporta avec lui un exemplaire du Dictionnaire de M. Fage, toutes ses notes et celles de ses confrères. En .1883, il avait fondé un premier établissement au petit village de Padong, dans le Boutan anglais. C’est là qu'il mit en ordre tous ses matériaux, ajoutant encore ce qu’il avait de neuf dans le Dictionnaire du Rév. Jæschké, qui venait de paraître.
De plus, il eut la bonne fortune de trouver une dizaine de Dictionnaires thibétains, qui furent soigneusement collationnés avec la première rédaction. Ce fut encore l’occasion de récolter beaucoup de nouveaux mots, et d’indiquer quelques variantes de sens.
Quand l’œuvre de coordination fut terminée, après dix ans de travail, M. Desgodins envoya une copie de son manuscrit à M. — maintenant Monseigneur Giraudeau, dont la science en thibétain écrit et parlé est tout à fait remarquable. Celui-ci révisa le manuscrit, y fit un certain nombre de corrections, et envoya une ample provision d’additions qui furent fidèlement incorporées au texte.
C'est donc pendant près d’un demi-siècle que les missionnaires français, vivant au Thibet, ont travaillé à ce Dictionnaire.
Pour ce qui est de la partie scientifique, les principaux détails ont été fournis par deux Dictionnaires des Synonymes , espèce de Gradus ad Parnassum , contenant des appréciations fort curieuses sur certains personnages du Bouddhisme, sur les divinités brahmaniques et sur les principaux mots de la langue. On a utilisé ces deux ouvrages sous la formule : S ynon, sunt. Ce sont donc les auteurs bouddhiques qui
Mission du Thibet. — II.
RÉINTÉGRATION DES MISSIONNAIRES
commencé par M. Renou, et auquel tous les missionnaires ont apporté leur contribution.
Ces ouvrages ont été imprimés à Hong-kong dans l’établissement des Missions-Étrangères, qui porte le nom de Nazareth, par Desgodins, le vénérable missionnaire que nous avons vu, au cours de cette histoire, escalader les Himalayas avec Bernard, accompagner Renou sur la route de Lhassa, instruire avec F. Biet les chrétiens de Yerkalo, traiter les affaires de la mission du Thibet avec les mandarins de Bathang, fonder le poste de Padong. Une traduction de l’Histoire Sainte en népalien a été publiée dans l'Inde par M. Douënel en 1900.
Cette revue des faits principaux serait incomplète, si nous ne notions le décret obtenu de Rome en 1898, au sujet de la délimitation du Vicariat du Thibet. Nous avons fait observer que Mgr Chauveau, en exposant à la Propagande les limites qu'il désirait pour sa mission, s’était trompé; il avait voulu demander le territoire de la préfecture de Ta-tsien-lou, mais il s’était mal exprimé; il avait demandé la principauté de Kiala, dont la ville principale est Ta-tsien-lou, et dont l’étendue n’est pas la même que celle de la préfecture. En effet, à l’est, la principauté ne s’étend qu’à une demiheure de marche, au bas de Lieou-yang, et la préfecture va beaucoup plus loin ; par conséquent, à s’en tenir, et il le fallait bien, à la demande de Mgr Chauveau et à la réponse de la Propagande, tout le reste de la préfecture de Ta-tsien-lou, ne relevait pas de la mission du Thibet, mais de celle du Su-tchuen méridional.
De plus, l’évêque avait obtenu les principautés de Tsa-ko-tin et de Mong-
peignent eux-mêmes leurs doctrines et leurs héros. On n’a ajouté ni retranché un seul trait à leur tableau. Peut-être serviront-ils à corriger un peu les caricatures que certains auteurs ont faites de la religion de Bouddha, en lui donnant leurs idées européennes.
Les autres synonymes, si utiles pour l’intelligence de la haute littérature thibétaine, rappellent parfois les épithètes d'Homère, plus souvent le style ampoulé des Précieuses ridicules , très souvent la métaphysique nuageuse de l’Inde. Il ne faut pas s’en étonner, le texte original de ces dictionnaires ayant été rapporté de l’Inde ; et les auteurs qui les ont traduits n’y ayant ajouté qu’un petit nombre de particularités propres au Thibet.
Ces dictionnaires citent souvent le mot sanscrit équivalant à celui qu’ils viennent d’expliquer ; ils l’écrivent en lettres thibétaines superposées et sans points intersyllabiques.
On a donné un soin particulier aux noms géographiques de la grande Terra incoqnita de l’Asie centrale, citant tous les noms dont on a pu trouver l’orthographe, ou les diverses orthographes officiellement reçues. Outre les indications de la position géographique, on a donné encore, toutes les fois que c’était possible, le nom chinois et le nom européen, dans l’espoir d’être de quelque secours aux futurs explorateurs.
On a aussi ajouté un certain nombre de noms scientifiques à la flore et à la faune du Thibet, qui réserve une si riche moisson aux savants de profession.
Commencée le 21 novembre 1894, l’œuvre a été terminée en adût 1899.
A la question qu’on lui avait posée de divers côtés : « Pourquoi n'avez-vous pas mis la prononciation des mots dans votre dictionnaire? » M. Desgodins répondit: « Parce que la prononciation n’est pas la même partout, et que pour ceux qui voudront cet ouvrage, sachant le thibétain, la prononciation sera inutile ; ils prononceront comme on fait en leur pays. Une transcription des lettres thibétaines en lettres européennes, (comme l’a fait le Rév. Jæshké) serait plus nuisible qu’utile parce que, pour ceux qui ne savent pas lire le thibétain, ils croiraient y trouver la prononciation, ce qui n’est pas, et pour ceux qui savent lire le thibétain, ils trouveront beaucoup plus facile de lire dans la langue originale. » Hong-kong, le 6 juillet 1902.
DANS LEURS ANCIENS POSTES
kon-tin qui paraissaient devoir revenir à la mission du Su-tchuen occidental. Mgr Giraudeau examina attentivement cette question, et après l’avoir exposée aux Vicaires apostoliques du Su-tchuen méridional et du Sutchuen occidental, la soumit de nouveau à Rome. Par un décret du 30 avril 1898, la Propagande fit les changements de frontières souhaités, c’est-à-dire que tout le territoire de la préfecture de Ta-tsien-lou fut donné à la mission du Thibet,qui s'étend maintenant sur la rive droite du Tongho et s’arrête sur la grande route de Chine au sommet du Fey-yue-lin, et que les principautés de Tsa-ko-tin et de Mong-kon-tin furent transférées au Su-tchuen occidental L
C’est par l’indication de cet acte d’administration générale que nous clorions l’histoire de la mission du Thibet, si de graves événements survenus à Pékin en 1900, et qui se répercutèrent jusqu’au fond de la Chine, ne nous forçaient d’ajouter quelques pages.
On se souvient de la stupéfaction profonde qui envahit notre monde occidental, lorsqu’il apprit que les légations étaient assiégées dans Pékin, et que plusieurs évêques, des missionnaires, des religieuses, de nombreux chrétiens étaient massacrés dans certaines provinces de Chine par des bandes de malfaiteurs, connus sous le nom de Boxeurs.
Grâce un peu au télégraphe et beaucoup aux correspondances rapides qu’entretenaient toutes les sociétés secrètes, on raconta bientôt à Ta-tsienlou et dans tout le pays les prétendus exploits des Boxeurs et leurs réelles cruautés.
Les proclamations lancées par le prince Touan passèrent de main en main, et échauffèrent les esprits déjà excités par la campagne longtemps heureuse du brigand Yu-man-tse dans une partie du Su-tchuen. La paix commençait à se rétablir dans le nord de l’Empire, que la surexcitation devenait de plus en plus grande dans le sud. Elle se traduisit bientôt par des faits.
Le 30 décembre 1900, avant l’aurore, la résidence de Len-tsy fut assaillie et pillée par une. bande de brigands. Heureusement, Mussot, missionnaire du poste, eut la vie sauve. Après quelques jours de recherches, la police de Ta-tsien-lou arrêta un des coupables, qui, pour se défendre, accusa une riche famille de He-keou d’avoir organisé l’attaque. Le chef de la famille inculpée fut saisi, conduit à Ta-tsien-lou et jeté en prison ; mais il avait un frère, Tcheou-hoa-chan, qui jura de le venger et de le délivrer. Tcheou-hoa-chan réunit donc une bande de brigands et de francs-maçons du pays, qu’il hébergea chez lui en attendant une occasion favorable pour se mettre avec eux en campagne.
Le 20 mars 1901, à 8 heures du matin, la troupe en armes, drapeaux déployés, entoura subitement le presbytère de Len-tsy. Mussot, accompagné de deux chrétiens dévoués, essaya de faire une trouée dans les rangs des bandits et y réussit en les menaçant de son fusil. Il allait leur échapper en franchissant un mur, quand, appréhendé par ses vêtements, il tomba entre les mains de ses ennemis. Après avoir subi toutes sortes de mauvais