‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 119 sur 170 · ÉTAT ACTUEL ET QUESTIONS GÉNÉRALES · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL ET QUESTIONS GÉNÉRALES

sept étapes, aller à Yerkalo en quatre étapes, à Tse-kouen sept et à Siaoouy-si en trois.

C’est donc trente-trois jours de marche entre les deux points extrêmes occupés aujourd’hui dans le Thibet oriental, car, s’il fallait se rendre à Padong en passant par Lhassa, il faudrait près de trois mois ; en supposant qu’une route soit ouverte à travers les tribus des frontières, on devrait employer le même temps en partant de Tse-kou, puisque le prince H. d’Orléans et son compagnon, le lieutenant de vaisseau Roux, ont mis 74 jours, en défalquant les arrêts, pour arriver à Sadya *. Mais ces routes ne sont pas praticables, et pour se rendre à Padong, le plus simple en quittant Ta-tsien-lou est de passer par le Su-tchuen, de descendre le fleuve Bleu en barque depuis Souy-fou jusqu’à I-tchang, puis, en bateau à vapeur jusqu’à Shang-haï, de prendre, dans cette ville, une malle française ou anglaise pour Colombo ou Bombay, de traverser l’Inde en chemin de fer jusqu’à Darjeeling, d’où, en deux bonnes journées de cheval, on arrive à la station principale de la mission du Thibet sud. Ce trajet peut s’effectuer en 45 ou 50 jours, pourvu toutefois que les arrêts nécessités par les transbordements ne se prolongent pas outre mesure.

Dans chacune de ses paroisses situées en Chine, la mission possède les terrains sur lesquels sont situés les églises, les oratoires, les presbytères, les écoles et les orphelinats ; ces propriétés ont été acquises au nom delà communauté chrétienne, d’après les règles fixées par les traités de 1858 et de 1860, et par la convention Berthemy que M. Gérard revit et précisa en 1894 et en 1895.

Dans la mission du Thibet sud, située tout entière dans les Indes, le régime est différent. Le territoire est la propriété du gouvernement anglais ; les habitants, même cultivateurs, ne sont que locataires, et, partant, ils ne peuvent vendre ou acquérir au sens strict du mot. S’ils cèdent leurs terrains à d’autres, ils ne peuvent le faire qu’avec la permission du gouvernement, et s’ils reçoivent une certaine somme, on la considère non comme le prix du champ, mais comme une compensation des travaux accomplis pour l’améliorer.

Aux missionnaires, lë- gouvernement ne loue des terrains que pour des œuvres de missions : églises, écoles, résidences, etc. Toute entreprise de caractère commercial est interdite sur ces terrains. De la sorte, les missionnaires n’ont le droit de s’établir nulle part sans l'autorisation gouvernementale, et pas davantage celui de louer une parcelle de terre à des familles qui désireraient s’établir chez eux, ou de tirer un profit quelconque de leurs propriétés, même dans l’intérêt de leurs œuvres ; c’est uniquement sous forme de dons qu’il leur est permis de procurer des terres aux orphelins.

Prenons, par exemple, le village de Maria-Basti dont le terrain leur a été concédé en 1891. D’après ce que nous venons de dire, la propriété du terrain n’appartient pas à la mission, mais au gouverne-

1. Du Tonkin aux Indes, par le prince H. d’Orléans. Un volume in-4°, Calman-Lévy, 1898, Paris. 11 donne à l’appendice l’itinéraire du voyage.

ÉTAT ACTUEL

ment '. Une rente est payée au gouvernement par chaque locataire, selon le terrain qu’il occupe ; le prix est actuellement de 4 annas 2 par acre; toutefois cette redevance augmente graduellement après un certain laps de temps. Six ou huit acres suffisent à une famille ; quelques-unes en possèdent davantage, d’autres moins. De plus, par suite d’un accord avec les autorités anglaises, il n’y a que des catholiques admis par les missionnaires qui puissent habiter le village, dont le maire doit être luimême catholique et nommé par le Supérieur de la mission.

Vie des ouvriers apostoliques.

Rôle de l’évêque et vie des missionnaires. — Costume et nourriture. — Constructions :

évêché, presbytères et chapelles.

Après avoir jeté un coup d’œil sur l’ensemble de la mission, faisons un examen de détail. Et d’abord étudions l’administration du Vicariat. L’évêque réside à Ta-tsien-lou, il est le seul chef ; son rôle, nous l’avons vu dans le cours de cette histoire, a consisté surtout à négocier la réintégration de ses prêtres dans les postes dont ils avaient été chassés, Ni Mgr Chauveau, ni Mgr Biet n’ont pu, à cause des circonstances critiques qu’ils ont traversées, visiter même la partie de leur Vicariat qui est évangélisée ; Mgr Giraudeau, qui a eu la joie de voir tous les anciens procès réglés, fait cette visite en ce moment.

Comme tous les missionnaires sont nécessaires dans leurs chrétientés et que, d’ailleurs, leur déplacement n’est pas chose facile, l’évêque a dû, pendant longtemps, tenir une partie de la procure, c’est-à-dire recevoir les viatiques et les objets venus d’Europe et prendre les mesures nécessaires pour les expédier dans les différents postes.

Il a un provicaire et il est maintenant aidé dans l'administration temporelle par un procureur ; il a pour les affaires spirituelles et temporelles un Conseil qui se compose du provicaire et d’un supérieur de district.

Le procureur fait partie du Conseil pour les affaires temporelles seulement.

C’est à ce Conseil que s’adressent les missionnaires dans quelquesunes des questions de leur ministère ; ils exposent les autres directement, soit à l’évêque, soit à l’un de ses conseillers, à leur choix.

Quoique dans chaque district le nombre des chrétiens ne soit pas fort élevé et que l’évangélisation des païens soit souvent presque impossible, par suite de la persécution, les missionnaires à cause de l’éloignement des postes sont placés deux par deux pour éviter l’isolement.

Page 1