‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 120 sur 170 · L’anna vaut 0 fr. 10.f · texte numérisé non relu

L’anna vaut 0 fr. 10.f

ET QUESTIONS GÉNÉRALES

Autant sont fortes les raisons qui militent pour donner un seul prêtre à chaque station dans les Vicariats peuplés de nombreux fidèles autant elles le sont, quoique d’un autre genre, pour décider les supérieurs à mettre deux prêtres ensemble dans les Vicariats analogues à celui du Thibet.

La vie du missionnaire au Thibet, notre histoire en a fourni des preuves fréquentes, s’écoule trop souvent au milieu des rumeurs menaçantes les plus extraordinaires, des accusations les plus étranges, d’une lutte presque incessante pour l’existence des stations catholiques, et enfin, des expulsions et des retours qui n’ont lieu qu’après deux, trois, dix années d’absence. Nous n’insisterons pas sur ces faits que nous avons longuement résumés, et pour étudier l’existence du prédicateur de l’Évangile, nous prendrons les côtés dont nous n’avons pas encore parlé.

Les prêtres portent le costume des lettrés : robe longue, ordinairement grise ou bleue, pantalon de même couleur, veston avec ou sans manches, le tout en coton ou en soie, bas en toile, souliers ou bottes en étoffe ou en soie, enfin une calotte ronde ou un chapeau; dans le pays thibétain, ils y joignent en voyage un manteau de drap rouge large et court, un capuchon de même étoffe et une espèce de visière brodée en soie destinée à garantir les yeux contre les rayons du soleil et les reflets de la neige ; à Padong ils ont la soutane 1 2.

Leur nourriture, qui fut si pauvre pendant les premières années de leur séjour à Bonga et à Kionatong, s’est améliorée. Ils suivent le régime chinois plus ou moins mélangé avec le régime européen ; le pain de blé en forme la base. Ils ne le remplacent que rarement par le riz, le maïs ou la galette de sarrasin. Les légumes dont ils usent ordinairement sont : les pommes de terre, les navets, les haricots, les pois, les laitues ; dans certaines parties du Su-lchuen, ils ont des fruits qui sont à peu près les

1. Hist. des Mis. de l'Inde , par Adrien Launay. S vol. in-8°. Téqui, Paris, 1898. Vol. 4, p. 473.

2. M. Desgodins adressé une liste des objets 'qui peuvent servir aux missionnaires du Thibet ; peut-être quelques-uns de nos lecteurs auront-ils la curiosité de la lire : « Livres , ceux qui sont d’un usage habituel et font le plus de bien à l'esprit et à l’âme. — Chapelle e t objets du culte. Outre ce que donne le Séminaire des Missions-Étrangères, composé du strict nécessaire, il est bon d’avoir des médailles en cuivre, des croix longues d’un décimètre, des images coloriées, une chape noire d’un côté, blanche de l’autre. — Objets d’utilité pratique. Deux couverts ; un couteau ; un verre à feu avec cercle en cuivre pour le suspendre à la ceinture, il dispensera du briquet; ciseaux à froid pour couper l’argent ; des lunettes à verres bleu ou fumé contre la neige, avoir soin que les montants et les cercles soient enveloppés d’étoffes pour que le fil de fer ne touche pas la peau au passage des montagnes, ce qui peut produire des plaies ; quelques bouchons ; vis ; tourne-vis ; petites pinces pour raccommoder les chapelets ; cadenas ; montre ; réveil ; thermomètre montant à 40° centigrades et descendant à 30“ au-dessous de zéro; une boussole ; un cachet avec les initiales, l’usage d’un cachet est quotidien ; papier à lettres ; chemises ; mouchoirs ; gilets de laine ; ceinture de flanelle ; peignes ; rasoirs; petite glace ; savons ; gourde ; sac en cuir mou, sans boite de fond, pour les voyages à cheval; apprendre à faire le pain, à fabriquer un petit four en terre, à greffer, à cultiver un jardin, à exécuter des ouvrages de menuiserie serait excellent. — Médecine. Quinine ; iodure de potassium contre les goitres ; aloès ; semen-contra ; onguent contre la suppuration des plaies. — Choses inutiles. Boites à musique ; très petites médailles ; sonnettes ; marteau ; hache ; cire à cacheter, la cire thibétaine est meilleure. »

ÉTAT ACTUEL

mêmes que ceux d’Europe, mais de qualité inférieure ; ils trouvent sur les marchés de la viande de porc, ils peuvent se procurer à Ta-tsien-lou du bœuf et quelquefois du mouton ou de la chèvre, du lait et du laitage ; ils ont à peu près partout, sauf bien entendu pendant les longs voyages en pays inhabité, des œufs et des pâtes chinoises. Leur boisson se compose d’eau ou de thé ; mais chaque missionnaire, depuis une décision prise par Mgr Biet, reçoit annuellement un baril de vin de la contenance de vingthuit litres, et après avoir mis en réserve la quantité nécessaire pour la célébration de la Sainte Messe, il lui en reste un peu pour les jours de grande fatigue ou de maladie.

Les presbytères sont des maisons de type chinois ou tnibétain. La maison chinoise, construite en briques avec des colonnes en bois et un toit en tuiles, n’a généralement qu’un rez-de-chaussée; elle est divisée en plusieurs pièces ; au milieu une salle assez grande pour recevoir les visiteurs ; de chaque côté, s’ouvrant sur cette salle, une ou deux chambres ; devant la maison une cour ; à droite et à gauche la cuisine et le logement des domestiques.

Les maisons thibétaines sont en pierre ou en terre 1 , et le plus souvent en terre battue, beaucoup plus solides que celles dont les murs en pierre ont été médiocrement bâtis. La terre employée pour la construction, lorsqu’elle est bien travaillée, ni trop dure, ni trop molle, devient en séchant d’une résistance à toute épreuve 2. Le toit de ces maisons est plat, sauf dans les pays où l’on peut se procurer des tuiles, comme à Tse-kou, et où le vent n’empêche pas ce mode de couverture h

Une maison de missionnaire, du type des habitations de familles aisées, coûte de 4.000 à 6.000 francs. Pour avoir des charpentes convenables, il faut s’adresser à des menuisiers chinois, et ceux-ci exigent un salaire double de celui qu’ils reçoivent en Chine.

La principale construction de la mission est l’évêché, à Ta-tsien-lou.

L’ancien évêché, acheté par Goutelle, était une maison thibétaine. Les missionnaires la divisèrent en plusieurs parties afin d’y installer les différents services. Mgr Chauveau fit ajouter une aile, à cette demeure, puis un salon pour recevoir les mandarins et une chapelle pouvant contenir cent cinquante chrétiens. Ainsi prolongé, l’évêché s’étendait sur une longueur de 90 pieds chinois. On continua de l’embellir en faisant paver la cour avec des pierres plates taillées. Mgr Biet l’entoura de murs d’enceinte et la dota d’une porte d’entrée convenable. L’évêché présentait ainsi un assez bel aspect, quand on le regardait de face et à distance; en réalité ce n’était qu’une ruine. L’ancienne toiture s’écroulait en maints endroits, et l’aile nouvelle bâtie avec de mauvais matériaux n’était guère plus solide. Une reconstruction s’imposa.

1. Les constructeurs des murs en pierre habitent dans la principauté de Mao-tcheou, au nord de Ta-tsien-lou. Tous ceux qui veulent avoir des murs solides ont recours à eux, car nul ne les dépasse en habileté. Les maçons chinois construisent à plus bas prix, mais leur travail ne vaut presque rien. A Ta-tsien-lou, deux cents pieds cubes chinois de maçonnerie se paient 20 francs.

2. Le travail des « batteurs de murs » se paie 10 francs les 170 mètres cubes.

3. A Yerkalo, le vent est d’une violence inouïe, aucun toit de tuiles n’y résisterait.

ET QUESTIONS GÉNÉRALES

Commencé en 1898, le nouvel évêché fut terminé en 1901. La maison principale est large de huit à neuf mètres, longue de vingt mètres et haute de huit; elle a cinq chambres au rez-de-chaussée et cinq également à l'étage; chacune de ces chambres est éclairée par deux fenêtres. Le salon de réception est en face de la porte d’entrée. Une véranda, large de cinq pieds, à laquelle on accède par un escalier intérieur, s’étend sur toute la longueur de l’habitation. Attenante à l’évêché, et un peu surélevée, est la chapelle, et de l’autre côté le séminaire. Derrière la chapelle les chambres de la procure, et au delà, coupant ce bâtiment à angle droit, les chambres des domestiques et une salle pour les visiteurs ordinaires h La plus belle église de la mission est sans contredit celle de Tse-kou 1 2 dédiée au Sacré- Cœur. A Cha-pa, la chapelle fait partie du presbytère, elle n’en est séparée que par une porte à deux battants que l’on ouvre aux jours de grande fête; ainsi les fidèles qui n’ont pu trouver place dans la chapelle entendent-ils quand même la sainte Messe. A Mo-sy-mien, l’oratoire forme un petit édifice distinct ; on y voit quelques statues, deux ou trois grandes images, ce qui n’empêche pas l’ornementation d’être fort sobre.

Travaux apostoliques.

Étude des langues. — Enseignement. — Relations avec les païens. — Voyages.

Passons maintenant aux travaux des missionnaires. Le premier travail est l’étude de la langue ou plutôt des langues le plus fréquemment employées dans la mission, c’est-à-dire le chinois et le thibétain du côté de l’est, et du côté du sud le népalien et l’anglais. Enseigner les chrétiens de la station dans laquelle ils résident, visiter les fidèles dispersés dans les hameaux à plusieurs jours de marche, surveiller l’école, quand euxmêmes ne sont pas forcés de la faire faute de professeurs, s’occuper des intérêts matériels de leurs paroisses, telles sont les principales occupations des ouvriers apostoliques. Ajoutons-y les jugements en conciliation des difficultés qui s’élèvent entre les catholiques. « Cette dernière occupation, remarque Mgr Giraudeau 3, est d'une très grande importance et elle donne d’excellents résultats. Eu voyant le prêtre s’intéresser à

1. Au début des constructions, le locataire d'une lamaserie occupait une partie de terrain enclavée dans la propriété. Les missionnaires, grâce à l'intervention du roi thibétain, purent obtenir le transfert à leurs frais de cet hôte forcé. Ils obtinrent aussi la suppression d’une ruelle qui traversait leur terrain. Le préfet fit murer cette ruelle qui, selon lui, favorisait les voyageurs qui voulaient éviter la douane.

2. Gravure représentant le presbytère de Tse-kou, dans l’ouvrage du prince IL d’Orléans : Du Tonlcin aux Indes , p. 201, et p. 202, le portrait de M. Dubernard.

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