‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 15 sur 170 · LE SECOND PROCÈS DE BONGA — LA DIPLOMATIE FRANÇAISE · texte numérisé non relu

LE SECOND PROCÈS DE BONGA — LA DIPLOMATIE FRANÇAISE

Les commencements du second procès de Bonga.

Raisons du second procès de Bonga. — Démarches de M. Goutelle. — Réclamations de M. de Bellonet. — Rapport du commissaire impérial. — Pièces envoyées par Mgr Chauveau.

La première occupation de Mgr Chauveau, en arrivant à Ta-tsien-Iou, avait été de se mettre en relations avec les autorités chinoises ; la seconde, de donner une ligne de conduite à ses missionnaires ; la troisième, de délimiter son Vicariat et de lui obtenir une région à l’abri de la haine des lamas ; la quatrième fut de poursuivre, devant les autorités chinoises et thibétaines, les principaux fauteurs de la ruine de Bonga et du meurtre de M. Durand.

Tout homme lésé dans ses biens, dans son honneur ou dans sa personne, a le droit de réclamer justice, c’est-à-dire la punition de ceux qui l’ont offensé, et la réparation du préjudice qui lui a été causé. Chassés des postes où ils s’étaient légalement et librement établis, ayant subi des humiliations très pénibles et des dommages considérables, perdu un de leurs compagnons blessé ou tué par leurs ennemis, les missionnaires avaient donc le droit d’en appeler aux autorités du pays qu’ils habitaient. Ces considérations et cette conclusion sont vraies partout ; mais, au Thibet aussi bien qu’en Chine et dans tout l’Extrême-Orient, il y a un autre motif aux réclamations. Dans ces contrées, subir un outrage et ne pas plaider, c’est s’avouer vaincu, c’est devenir la risée et le jouet de tous, s’offrir en victime aux caprices et aux tyrannies des forts et des faibles, en un mot tomber dans une sorte de déchéance. Auraient-ils eu la pensée chrétienne de pardonner à leurs ennemis, les ouvriers apostoliques ne pouvaient la mettre en pratique. De même qu’ils avaient lutté pour conserver leurs postes et n’avaient cédé qu’à la force, de même ils devaient combattre

LE SECOND PROCES DE BONGA

pour y rentrer et employer tous les moyens en leur pouvoir pour obtenir la victoire. Malheureusement, en dehors de la grâce de Dieu, sur laquelle l'apostolat s’appuie toujours, ces moyens étaient singulièrement faibles : la France ne voulait pas s’engager, du moins officiellement ; les autorités chinoises et thibétaines étaient ennemies du catholicisme et de ses prêtres aussi bien que des Européens ; à peine était-il possible d’espérer qu’un peu d’honnêteté habitait au fond du cœur des juges, ou qu’un reste de crainte hantait leur esprit.

Malgré leurs faibles appuis et leurs médiocres espérances, les apôtres n’hésitèrent pas à entamer un procès qu’ils considéraient comme un devoir.

Dès avant l’arrivée de Chauveau, Fage et Goutelle, le premier parce qu'il était connu des mandarins de Kiangka et de Tclien-tou, qu’il avait été la victime des agresseurs, et le second parce qu'il faisait, jusqu’à l’arrivée de l’évêque, fonction de supérieur de la mission, adressèrent des plaintes à tous ceux qui, à un degré quelconque, avaient autorité sur le pays de Bonga et sur leurs ennemis : d'abord au vice-roi du Su-tchuen, de qui relèvent tous les mandarins du Thibet, au commissaire impérial Te, alors en route pour Lhassa, au préfet de Ya-tcheou, au trésorierpayeur de Tchamouto et au mandarin Che-yo-lin, qui commandait, avec le grade de tao-lay, l’armée chinoise envoyée contre les Tchan-touy. Ils prévinrent également la légation de France à Pékin.

Les réponses à ces diverses lettres furent loin d’être bonnes. « Celle du v.ice-roi de Tchen-tou ne pouvait pas être plus mauvaise », écrit Goutelle le 2 novembre 1863, sans entrer dans plus de détails.

Le commissaire impérial fit quelques promesses à Page, qui alla le voir à Bathang ; mais quand celui-ci demanda à l'accompagner à Kiangka, il refusa absolument en disant que « son arrivée à Lhassa pressait beaucoup, qu'il ne pouvait éprouver aucun retard, et qu’en le reconduisant à Kiangka, il serait certainement obligé d’y demeurer pendant quelque temps, chose tout à fait impossible ».

Le tao-tay Che fit une réponse aimable et, comme d’ordinaire, écrivit en faveur des missionnaires ; mais, comme d’ordinaire aussi, ses recommandations furent sans effet.

A Pékin, M. de Bellonet1, qui faisait l'intérim de la légation après le départ de M. Berthemy, adressa au prince Kong une leLtre dans laquelle il lui exposa brièvement les événements de Bonga et qu’il termina par ces mots 2 :

Je demande à S. A. I. comment elle entend et exerce au Thibet la protection due à nos missionnaires en vertu de l’article 13 du traité de Tien-tsin, et quelles mesures elle compte prendre pour venger cet asssassinat et indemniser les missions des pertes qu’elles ont éprouvées.

1. Claude-Henri-Marie de Bellonet, attaché autorisé aux Archives le 23 juin 1850, secrétaire de 3e classe à Cassel le 24 juin 1857, secrétaire de 2e classe à Pékin le 20 octobre 1862, à Stockholm le 24 janvier 1867, ministre plénipotentiaire à Lima le 28 octobre 1872, mort à Paris le 23 ou le 24 avril 1881.

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