CHAPITRE PREMIER
NOMINATION DE MGR CHAUVEAU NOUVELLE DÉLIMITATION DE LA MISSION 1804 - 1868
Nomination de Mgr Chauveau.
Mgr Thomine indique son successeur. — 11 est relevé de la charge de Vicaire apostolique du Thibet. — Nomination de Mgr Chauveau. — Lettre d’adieu de Mgr Thomine. — Ses dernières intentions. — Sa mort. — Hésitations de Mgr Chauveau. — Renseignements biographiques. — Mgr Chauveau peut rester au Yun-nan. — Son arrivée à Ta-tsien-lou.
Le récit des luttes soutenues à Bonga et dans les villages environnants, de la mort de Durand et de l'expulsion des missionnaires, nous a conduit jusqu’en l’année 1865. Il nous faut maintenant revenir en arrière et raconter les faits qui suivirent le retour de Mgr Thomine en Europe, et qui amenèrent la nomination d’un nouveau Vicaire apostolique du Thibet . Nous avons laissé le vénérable exilé à Rome, où il était venu exposer à la Propagande la situation de sa mission et sa position particulière. Jugean bien qu’il ne pouvait plus retourner dans le pays qu’il aimait si profondément, il avait mis en avant le nom de l’homme qui, croyait-il, avait toutes les qualités pour être son successeur. C’était Mgr Chauveau, évêque de Sebastopolis, coadjuteur de Mgr Ponsot, Vicaire apostolique du Yunnan. Revenu à Paris, Thomine écrivit, le 4 mai 1863, au Préfet de la Propagande, pour lui renouvelée cette proposition. Le Cardinal, par une lettre du 20 juin, consulta M. Albrand, supérieur du Séminaire des Missions- Etrangères. Celui-ci répondit que le Yun-nan n’avait pas un besoin pressant de coadjuteur, et que Mgr Chauveau ferait un bon Vicaire apostolique du Thibet.
Dans une nouvelle lettre’’ du 15 janvier 1864, Thomine rappela la demande qu’il avait précédemment adressée : « Qu’il me soit permis dedire à Votre Eminence l’urgente nécessité de nommer à ma place un
Mission du Thibet. — II. i
NOMINATION DE MGR CHAUVEAU
supérieur qui puisse diriger les missionnaires suivant l’esprit de Dieu. C'est pourquoi je me joins aux directeurs de notre Séminaire des Missions- Etrangères de Paris pour vous prier de vouloir bien transférer au Vicariat apostolique de Lhassa, dans le plus bref délai, Mgr Chauveau, évêque de Sebastopolis, coadjuteur de la mission du Yun-nan. »
La Propagande jugea excellent le choix du Séminaire et de Mgr Thomine, et elle fit tout préparer pour la nomination de Mgr Chauveau.
Le 28 août 1864, un décret releva Mgr Thomine de la charge de Vicaire apostolique de Lhassa. En l’expédiant le Cardinal-préfet l’accompagna de cette lettre au prélat :
Sa Sainteté veut, pour prévenir toute erreur, que vous soyez averti qu’il n’y a rien de changé à l’exercice de votre juridiction actuelle sur la mission du Thibet, jusqu'à réception par Mgr Chauveau des Lettres Apostoliques expédiées dans la forme de Brefs.
Thomine-Desmazures reçut avec un respect véritablement filial le décret qui consacrait son éloignement du Thibet. Il exprima, dans une lettre au Souverain Pontife, les sentiments apostoliques dont son âme avait toujours été pénétrée, et que ni les désillusions, ni les souffrances, ni la maladie, ni l'âge n’avaient éteints. Une fois encore, le bon et doux vieillard, dont les circonstances brisaient la carrière, exprimait les grands et saints désirs du martyre qui toujours avaient fait battre son cœur, et les déposait en quelque sorte aux pieds de son chef comme le suprême hommage de son obéissance 1 :
Très Saint Père,
J’ai reçu avec une soumission et une obéissance toutes filiales le décret du 28 août dernier, par lequel Votre Sainteté daigne me relever de la charge et du gouvernement du Vicariat de Lhassa. Mon cœur souffre profondément, non seulement de ne pouvoir me dévouer jusqu’à la mort à la prédication de la parole de Dieu et au salut des âmes, mais aussi de ne pouvoir plus espérer obtenir la palme si désirée du martyre. Mais il vaut mieux m’incliner devant la sainte volonté de Dieu, et voilà pourquoi j’accepte avec actions de grâce le repos qu'il m'impose. Je dépose donc aux pieds de Votre Sainteté l’assurance de ma profonde gratitude, et je la supplie ardemment de confirmer et d’augmenter la Bénédiction qu’Elle a daigné autrefois m’accorder, afin qu’avec son aide je croisse dans l’amour, jusqu'à ce que, martyr du moins par le désir, consumé d’amour, je meure d’amour. Aussi longtemps qu’il me restera un souffle de vie, je demeurerai très étroitement lié au Saint-Siège apostolique, et je considérerai comme un grand bonheur, si l’occasion se présente pour moi, soldat invalide et inhabile, de combattre ou de souffrir pour Lui. Mais du moins chaque jour, je prierai le Seigneur qu’il soutienne Votre Sainteté dans les nouvelles tribulations que lui causent ses ennemis, qu’il confonde les conseils des impies et qu’il brise dans sa colère ceux qui osent se lever contre le Seigneur et contre son Christ.
De Votre Sainteté le très humble et très dévoué fils.
f Jacques-Léon Thomine-Desmazures, Evêque de Sinople.