A, M.-E., vol. 55Gr. Mouen près Caen, 8 octobre
NOUVELLE DELIMITATION DE LA MISSION
Enfin, par un bref du 9 septembre 1864, le Souverain Pontife Pie IX détacha Mgr Chauveau du Yun-nan et le nomma Vicaire apostolique de Lhassa. Voici la traduction de cette pièce 1 :
Vénérable Frère, Salut et Bénédiction apostolique.
Notre vénérable Frère Jacques-Léon Thomine-Desmazures, Evêque de Sinople, Nous ayant prié ardemment de le relever de la charge et du gouvernement du Vicariat apostolique de Lhassa, après en avoir conféré avec nos vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, préposés aux affaires de la Propagande, Nous avons accédé à sa demande. Ce Vicariat apostolique étant actuellement sans chef, et le bien de la religion réclamant le choix réfléchi d'un nouveau Vicaire apostolique, tenant compte du désir exprimé par l’évêque de Sinople soucieux du choix de son successeur, ainsi que par les directeurs du Séminaire des Missions-Etrangères de Paris, à qui celte mission est confiée, après en avoir conféré avec nos vénérables Frères les Cardinaux de la Sainte Eglise Romaine, préposés aux affaires de la Propagande, Nous avons décidé de vous confier cette charge, vénérable Frère, persuadé que vous remplirez ces nouvelles fonctions avec piété, intégrité de vie, sagesse, prudence et zèle pour le salut des âmes. Par conséquent, de Notre pleine autorité, Nous vous délions des fonctions que vous occupiez jusqu’à présent, de Coadjuteur, avec future succession, de notre vénérable Frère Joseph Ponsot, évêque de Philomélie et Vicaire apostolique du Yun-nan, en Chine. A cet effet, également, Nous vous absolvons de toutes excommunications, interdit et autres censures, jugements et peines ecclésiastiques, pour quelque raison et de quelque manière qu’elles aient pu être portées contre vous, et que vous ayez pu les encourir. De plus, par ces mêmes Lettres, usant de Notre autorité apostolique, Nous vous établissons, constituons et nommons Vicaire apostolique de la Mission de Lhassa en Chine, avec tous les pouvoirs nécessaires et utiles. Nous ordonnons donc à tous ceux à qui cela appartient ou peut appartenir, de vous recevoir, de vous admettre comme Vicaire apostolique de la susdite Mission, selon' la teneur des Présentes ; qu’ils vous obéissent, qu’ils vous aident, qu’ils vous protègent, qu’ils reçoivent respectueusement et accomplissent entièrement les avis et les ordres salutaires que vous pourrez leur donner ; autrement Nous ratifierons toute sentence ou peine que vous aurez portées ou statuées contre les rebelles et, ayant Dieu comme garant, Nous les ferons observer inviolablement jusqu’à entière satisfaction.
Cependant, comme le lui avait écrit le Préfet de la Propagande, Mgr Thomine gardait la juridiction sur le Thibet jusqu’à l’acceptation du nouvel élu. Il était donc de son devoir d’avertir ses anciens collaborateurs des faits graves qui venaient de se passer ; il le fit en des termes touchants et termina par ces paroles d’adieu 2 :
Ce n’est pas sans un profond regret, Messieurs et très chers Confrères, que je vous quitte. Vous avez toujours été dans mon cœur, malgré les nuages qui se sont quelquefois élevés près de moi. Quoique ne partageant pas la manière de voir de quelques-uns d’entre vous, j’ai su toujours apprécier votre ardent désir de procurer la gloire de Dieu et le salut des âmes, votre zèle, votre dévouement, les dangers auxquels vous vous êtes