‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 70 sur 170 · Le Thibet , par C. H. Desgodins, 2* Edit., p · texte numérisé non relu

Le Thibet , par C. H. Desgodins, 2* Edit., p

FONDATION DE LA MISSION

divin Fils, non seulement à Padong, mais encore sur tous les peuples voisins. La première conquête du Sacré-Cœur avait lieu quelques jours plus tard, le 17. On me demandait des médecines (car ici nous sommes docteurs improvisés par la charité) pour un petit enfant thibétain, infirme et très malade. Je lui administrai la grande médecine de l’âme en lui donnant le nom de Joseph. Mes médecines ne l’auront pas empêché d’aller voir son saint patron au ciel. »

Enfin, au mois d’août 1884, le presbytère de Padong était achevé. « Il mesure, disait son constructeur *, trente-trois pieds au carré, a deux étages et vingt-quatre pieds de haut, y compris la croix. Au rez-de-chaussée, à gauche, une chapelle dédiée au Sacré-Cœur de Jésus, selon le vœu que j'en avais fait en partant, si je réussissais dans mon entreprise; au milieu, un petit carré d’attente pour les indigènes et l’escalier dont le dessous servira de sacristie ; à droite, deux chambres, l'une qui servira de salle à manger, l’autre de chambre aux provisions. Au premier étage, quatre chambres, deux de chaque côté, et au milieu une petite salle commune et de grandes armoires au-dessus de l’escalier. En avant de chaque étage, une belle véranda couverte, pour se promener; au-dessus du tout, un vaste grenier. Tel est notre petit palais ; il nous coûtera un peu plus de six mille francs. Puisse la chapelle, devenant bientôt trop étroite pour le nombre des nouveaux chrétiens, nous forcer à bâtir une nouvelle église ! Puisse la baraque déjà à moitié vermoulue que nous allons quitter, et qui deviendra l’école provisoire du village, être remplacée par une construction solide et convenable ! Puissent bien d’autres projets se réaliser pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ! Des dix-sept mille francs qui m’avaient été confiés pour payer tous les frais de voyages d'explorations, de séjours, d’imprimerie, etc...., pendant les quatre premières années, il ne resterait que des dettes si, aux revenus personnels des missionnaires, des amis intimes n’étaient venus ajouter leurs généreuses aumônes. Qu’ils en reçoivent l’expression bien vive de notre reconnaissance. Leurs noms bien-aimés sont inscrits dans le livre d’or de la fondation de Padong. »

Le 25 décembre 1885, les missionnaires, qu’un jeune prêtre, M. Louis Saleur 2, était venu rejoindre depuis une année, baptisèrent leurs deux premiers néophytes thibétains : Boutha, âgé de 57 ans, qui reçut les prénoms de Joseph-Charles et sa petite-fille Nepiou, 8 ans, qui fut appelée Marie-Thérèse.

Telle est l’origine de cette seconde partie de la mission du Thibet que l’on désigne aujourd’hui sous le nom de Thibet-sud ou des Himalayas. Trente-cinq ans s’étaient écoulés depuis que le Séminaire des Missions- Étrangères avait fait essayer cette entreprise par MM. Rabin, Krick et Bernard, auxquels avait ensuite été adjoint M. Bourry, et plus tard M. Desgo-

1. A. M.-E., vol. 556^. Rapport de M. Desgodins au supérieur et aux directeurs du Séminaire des Missions-Étrangères, Darjeeling, 24 juin 1884.

2. Louis-Claude-Adzir Saleur, né à Burey-en-Vaux (Meuse) le 17 août 1861, entré au Séminaire des Missions-Étrangères le 14 octobre 1881, prêtre le 20 septembre 1884, parti le 19 novembre suivant. (Notice nécrologique sur M. Saleur dans le Compte-renclu de la Société des Missions-Étrangères, année 1890, p. 273.)

DU THIBET-SUD

dins. Au dernier venu de cette petite phalange, la Providence avait réservé l’honneur et la joie de cette œuvre. Mais hélas ! par quelles singulières voies elle l’avait conduit. Rappelé de l’Inde par son évêque, Mgr Thomine, prisonnier au Su-tchuen, compagnon de Renou sur la route de Lhassa, victime des désastres de Bonga, fondateur du poste de Yerkalo, Desgodins était redevenu l'explorateur du Sikkim, du Népal et du Boutan comme aux premiers jours de sa carrière apostolique ; mais, cette fois, il voyait ses efforts couronnés de succès, et il pouvait enfin, après tant d’années de saints désirs et de ferventes prières en apparences inutiles, chanter l'hymne d'actions de grâces et sentir son âme réjouie et reposée par un triomphe qui, pour modeste qu’il fût, avait été acheté par bien des travaux, des fatigues, des souffrances, sources de mérites devant Dieu, d’honneur et de respect devant les hommes.

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