CHAPITRE DIXIEME
NÉGOCIATIONS POUR LE RELÈVEMENT DES STATIONS CHRÉTIENNES
Débuts des négociations.
Entrevue de Mgr Biet et du préfet de Ta-tsien-lou. — Actes d'accusation. — Lettre au ministre de France. — Hostilité du vice-roi du Su-tchuen. — Visite courageuse au préfet. — Demandes de Mgr Biet. — Stations du Yun-nan. — Appel à la légation de France. — Rentrée des missionnaires à Tse-kou.
Après avoir achevé le récit des malheurs de Bathang, de Yerkalo, de A-ten-tse et de Tse-kou, nous allons raconter les longues et difficiles démarches faites pour obtenir justice, citer une partie des nombreuses lettres écrites à ce sujet par Mgr Biet, par son provicaire aujourd'hui son successeur, Mgr Giraudeau, parles ministres de France à Pékin et par les autorités chinoises. C’est une lutte encore, et pour être d'un autre genre, elle n'offre pas de péripéties moins variées et n’étreint pas d’angoisses moins douloureuses le cœur de ceux qui combattent pour le droit et pour la vérité.
Ce fut le soir du 25 juillet 1887 que Mgr Biet apprit à Ta-tsien-lou, par un courrier qui avait fait 17 étapes en huit jours, les premières attaques contre Bathang; il aurait pu faire avertir les autorités du Su-tchuen, mais sachant le Yang-ou-kou, tribunal chargé des affaires des catholiques, à ce moment très hostile aux Européens, il jugea plus prudent de s’adresser aux mandarins civils et militaires de Ta-tsien-lou.
Dans l’entrevue qu’il eut avec le premier mandarin, celui-ci laissa échapper cette parole : « Si le vice-roi ne délègue personne pour ce procès, à qui vous adresserez-vous, puisque le protectorat des chrétiens a été enlevé au gouvernement français ? » L’évêque protesta vivement contre celte grave erreur, et après les explications qu'il donna, le préfet
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sembla reconnaître qu’il s’était trompé. Mais le mot prouve l'état d’esprit des autorités chinoises et le genre de fausses nouvelles qu’on répandait, dans le but évident de diminuer l’influence des missionnaires et de la France.
Le mandarin promit d’expédier immédiatement un ordre très ferme aux chefs de Bathang pour saisir les coupables. « C’est pourquoi, dit-il à l’évêque, n’écrivez pas à Pékin, nous nous chargerons de l’affaire L »
L’ordre fut effectivement envoyé, mais il ne devait produire aucun résultat.
Lorsque le prélat connut, le 8 août, la ruine totale de Bathang, il prévint également le préfet de Ta-tsien-lou, qui promit de nouveau sa protection, mais ne fit rien ou à peu près. En face de cette inertie dangereuse, Biet s’adressa plus haut.
« J’ai déjà, dit-il dans une lettre du 12 août 1887 2, envoyé un écrit d’accusation au préfet de Ya-tcheou, et, par le Yang-ou-kou, au vice-roi et au maréchal tarfcare de Tchen-tou et un télégramme à Pékin. Je prépare en ce moment un rapport en règle pour le ministre de France.
»Dans mes pièces d'accusation, je donne les mandarins comme complices, par incurie et mauvais vouloir ; je dis qu’ils ont obéi à l’écrit anonyme qui enjoignait, aux mandarins et au peuple de Bathang, de laisser faire, sans nous défendre, lorsqu’on viendrait nous attaquer. »
Le télégramme adressé à Pékin passa par la procure des Missions-Étrangères de Shang-haï, d’où le procureur, M. Martinet 3, l’expédia le 18 août à M. Bodinier, provicaire du Kouy-tcheou, alors à Pékin pour les graves affaires de sa mission et, le 19, il fut remis à la légation. 11 était ainsi conçu:
« Thibet, station Bathang incendiée par gens soudoyés. Autres stations menacées. Avisez Bodinier demander réinstallation, lettre suit. »
Cette lettre, qui porte la date du 13 août, débute ainsi k :
J’ai le regret d’annoncer à Votre Excellence qu’une attaque aussi hardie qu’injustifiable vient d'être dirigée contre la mission catholique et française de Bathang (Su-tchuen), grâce au mauvais vouloir et à la connivence du mandarin chinois de Bathang, Tcheou-tchang-ta.
Ensuite, l’évêque cite la plainte adressée à Tchen-tou résumant les faits qui se sont passés à Bathang et dont nous avons donné précédemment un récit détaillé. Puis il se demande :
Qui a soudoyé contre nous ces paysans qui ne nous connaissent pas et avec lesquels nous n’avons aucun rapport?
11 répond :
1. A. M.-E., vol. 556 /. Mgr Biet à M. Vinçot, 26 juillet 1887.