‹ Histoire de la mission du ThibetChapitre 87 sur 170 · A. M.-E., vol 556-/'. Ta-tsien-lou, 13 août · texte numérisé non relu

A. M.-E., vol 556-/'. Ta-tsien-lou, 13 août

Mission du Thibet. — II.

NÉGOCIATIONS POUR LE RELÈVEMENT

Les interrogatoires éclaiciront la question, mais nous avons déjà une donnée très forte. Lorsque l’an dernier, M. Mac-Aulay se désista de son projet de voyage à Lhassa, on construisit de suite un fort sur la route anglaise, on fortifia la frontière du sud du Thibet, et les lamas de Lhassa se proclamèrent vainqueurs des Européens. Quoique nous n'ayons jamais fait depuis 23 ans aucune tentative pour pénétrer dans le royaume du Thibet, quoique nous vivions pacifiquement dans les pays du Su-tchuen et du Yun-nan, les lamas de Lhassa, enhardis par le recul des Anglais, envoyèrent cette année des ordres pour nous faire expulser de nos diverses stations, bien qu’ils n’aient aucune juridiction sur les pays où nous résidons.

L’évêque conclut par ces paroles :

S’il ne s’agissait pas de nous, les mandarins chinois ne toléreraient pas l'ingérence du gouvernement de Lhassa dans les provinces du Su-tchuen et du Yun-nan que nous habitons ; l’échec de la tentative des Anglais n’est pas une raison pour qu’on use de représailles contre nos pacifiques stations françaises du Su-tchuen et du Yun-nan, car nous n’avons aucun chrétien sur le territoire de Lhassa et pour éviter toute complication, selon le désir de la légation de France à Pékin, nous n’avons jamais permis à aucun chrétien de résider et même de voyager sur le territoire du gouvernement de Lhassa.

A cette lettre. M. Souhart *, chargé de lalégation en l’absence du ministre, répondit 1 2 :

Pékin, le 13 octobre 1887,

J’ai reçu la lettre en date du 13 août dernier, par laquelle Votre Grandeur a porté à ma connaissance les désastres éprouvés par la mission de Bathang. J’ai saisi sans retard le Tsong-li-yamen de cette question en lui transmettant les détails que vous m’aviez fait parvenir. Tout en l’avisant de la démarche faite par vous auprès du vice-roi du Su-tchuen et du maréchal Tartare, j’ai insisté pour que des instructions sévères fussent adressées à ces hauts fonctionnaires, leur enjoignant de faire une enquête sérieuse, de faire réinstaller les missionnaires dans leurs propriétés, d’y assurer leur sécurité, de les indemniser de leurs pertes et de punir leurs agresseurs. J’ai demandé en outre, conformément à votre désir, que le résident impérial à Lhassa fût invité à user de son influence auprès du gouvernement thibétain pour que les lamas s’abstinssent désormais de venir attaquer sur le territoire chinois les missionnaires catholiques.

Le Tsong-li-yamen me répond, à la date de ce jour, qu’il vient d’écrire officiellement au vice-roi pour que l'affaire soit examinée et réglée.

Pendant ce temps, Biet avait étudié dans quelles conditions il pourrait traiter de la paix et pris des précautions pour que les emplacements du presbytère et de la chapelle de Bathang ne fussent pas volés.

« Le mandarin délégué, Tin, écrivait-il le 13 septembre 3, a pris copie de tous nos titres de propriétés à Bathang et dans les environs, titres munis

1. Fernand-Arthur Souhart, né le 18 janvier 1884, attaché à la direction des consulats en 1876, élève consul en 1878, à Yokohama la même année, et secrétaire de première classe à Pékin en 1886, secrétaire à Belgrade en mars 1889.

Page 1