Vie de Mgr Chauveau , p
NOMINATION DE MGR CHAUVEAU
qualités, d’occuper les postes les plus élevés. Ses sermons, au dire des auditeurs les plus lettrés de Challans, étaient marqués au coin de l'intelligence et du tact, et charmaient par la facilité de l’élocution et l’entraînement de l’éloquence. »
Toujours persévérant dans son désir d’être missionnaire, il vint à Paris faire une retraite au Séminaire des Missions-Étrangères, et à son retour en Vendée, il alla trouver son évêque. « Monseigneur, lui dit-il, vous m’avez donné quatre ans pour examiner ma vocation ; les quatre ans seront résolus ce soir ; comme je persiste toujours dans mon premier dessein, je viens demander à Votre Grandeur l’autorisation d’entrer, à Paris, dans la maison des Missions-Étrangères. » Mgr Soyer sourit à sa demande, le bénit, l’embrassa en lui disant :
« Mon fils, partez quand bon vous semblera et soyez le digne successeur des hommes apostoliques qui vous ont précédé. Ce sera un honneur pourmoi et pour la Vendée. >>
Le 4 octobre 1843, Chauveau quitta définitivement Challans, et, deux jours plus .tard, il entrait au Séminaire des Missions-Étrangères, d’où il écrivait à un de ses amis ces lignes qui nous font pénétrer dans l’intime de son àme :
« Condamné par mon évêque à une épreuve de quatre ans, j'ai fait mon possible pour chasser de mon esprit l’idée des missions. Pour cela, je me suis fait, en quelque sorte, homme du monde. J’ai cherché à aimer ce qu’il aime : les visites, les festins, les soirées, les voyages, sans cependant franchir les limites du devoir. Eh bien ! je n’ai jamais pu arracher de mon cœur l’idée de me consacrer à la conversion des infidèles. Le moment est venu d’exécuter mon dessein ; je suis parti, pouvant dire avec vérité, comme Salomon : Vanité des vanités, j’ai bu quelques gouttes de la coupe enchanteresse que le monde présente à ses adeptes ; je n’y ai trouvé que vanité ! »
11 partit de Paris, le 6 février 1844, pour s’embarquer à Brest sur Y Archimède, qui emmenait en Chine M. de Lagrenée, envoyé par le gouvernement de Louis-Philippe, pour essayer de conclure un traité avec le Céleste Empire.
A Saint-Denis, le préfet apostolique et plusieurs notables personnages de file Bourbon firent de vives instances pour le garder : « Le pas était glissant, écrivait-il ensuite à son frère 1 , mais enfin pouvais-je reculer sur le chemin de ma vocation? Tu me feras l’amitié de croire que je n’ai pas chancelé, même un instant, dans mes résolutions. Non, non, me disais-je, ce serait faire un affront au Séminaire des Missions-Étrangères ; je regarderais mon séjour à Bourbon comme une lâcheté et une sorte d’apostasie morale. »
Les voyageurs auraient désiré être à Manille, le 13 août, pour y célébrer la fête de l’Assomption ; ils furent retardés par des vents contraires ; le missionnaire se dédommagea en se consacrant, le 15 août à minuit, au Sacré-Cœur de Jésus et en s'engageant par vœu à propager son culte. Voici