Juillet 18 U
NOUVELLE DÉLIMITATION DE LA MISSION
l'acle qu’il prononça à cette occasion et qu’on a retrouvé dans ses papiers après sa mort 1 :
Coeur adorable de Jésus,
Pénétré de reconnaissance au souvenir de tous vos bienfaits, accablé par la pensée amère de mes innombrables prévarications, désirant autant qu’il est en moi expier mes fautes passées et mériter de nouvelles grâces, je viens me jeter, me prosterner devant Vous, ce minuit 13 août 1844, étant en route pour la Chine, vers le 110e degré de longitude est et le 10e de latitude nord, et prononcer le vœu suivant :
1° Je ne me considérerai plus désormais comme le frère de Jésus et l’enfant de Marie, je serai à perpétuité l’esclave du Cœur de Jésus par Marie.
2° En conséquence, autant qu’il me sera possible, je porterai, à la jambe gauche, un petit cercle d'argent en signe de mon heureux esclavage du Cœur de Jésus.
3° Tous les ans, je déposerai, si je le puis, une petite pièce de monnaie, et sur un autel du Sacré-Cœur de Jésus et sur un autel de Marie, pour reconnaître leur souverain empire sur moi ; si je me trouvais dans des pays infidèles ou hérétiques, je donnerai ma petite aumône à quelque pauvre.
4° Je travaillerai de toutes mes forces à propager le culte de l’adorable Cœur de Jésus, mon maître, et de l’auguste Marie, ma reine et ma maîtresse.
5° Tous les ans, je me préparerai au vendredi, fête du Sacré-Cœur, par une petite neuvaine. Tous les premiers vendredis du mois, et tous les vendredis de Tannée, je ferai le Chemin de la Croix, si je le puis, sans inconvénient.
Cœur sacré de Jésus, recevez aujourd’hui le mien. Rendez-le digne de vous, patient, chaste, généreux, fidèle jusqu’à la mort. Je vous demande pour juge à l’heure de mon jugement... Donnez-moi, s’il vous plaît, ô Cœur divin, mon maître, donnez-moi la persévérance dans votre service et saint esclavage... Ve permettez pas que je reprenne jamais ma liberté. Plutôt mourir que de vous contrister, ô mon cher et bon maître... Oui, Cœur de Jésus, toujours vous aimer, vous honorer, vous servir... C’est mon désir le plus ardent, le seul désir de ma vie pour le temps et pour l’éternité.
Ainsi soit-il.
Minuit 15 août 1814. Jh. Chauveau.
Comme tous les missionnaires de Chine à cette époque, il séjourna quelque temps à Macao ; il en partit le 21 novembre, traversa, non sans péril et sans émotion, les provinces du Kouang-tong, du Fokien, du Ilounan, du Su-tchuen ; le 22 février 1845, il était au Yun-nan, à Kouan-chan, dans la famille d’un prêtre indigène, le P. Étienne Tang, et, deux jours plus tard, il recevait la bénédiction de son Vicaire apostolique, exactement, jour pour jour, une année après son embarquement à Brest.
Après avoir étudié la langue chinoise, il fut chargé d’un district, dans les environs de Long-ki, et nommé provicaire en 1846 ; mais Mgr Ponsot, ayant jugé bon de faire connaître au représentant de la France que la convention signée avec la Chine par M. de Lagrenée n’était pas observée au Yun-nan, et que le catholicisme n’y jouissait d’aucune liberté, envoya, à la fin de 1847, M. Chauveau à Macao pour exposer la situation. Le jeune prêtre s’acquitta de sa mission, d’ailleurs sans aucun résultat.