‹ Histoire de la mode en FranceChapitre 2 sur 6 · OFFICE DE PUBLICITE · texte numérisé non relu

OFFICE DE PUBLICITE

■ORTAORB M Lk COOR, 59.

\mi

V 7 stp '

— Préambule. —

S'il fallajt complètement justifier notre titre, nous écririons une histoire de France. Tout, en effet, n'est-il pas de mode chez une nation capricieuse et mobile, qui a changé tant de fois d'idées générales, d'institutions, de forme gouvernementale, de philosophie ou de littérature?

N'était-ce pas une mode que cet Irrésistible mouvement qui poussa nos ancêtres vers la Palestine? Les discussions tbéologiques et, par suite, bélas ! les guerres d,e religion n'Qiitr«Uiii& pas été à ia mode?

6 LA MODE Efr FRANCE.

Le despotisme a été de mode sous Louis XIV, et la liberté, de mode sous Louis XVL

En littérature, la mode a forcé les châtelains du moyen âge à entendre réciter, avec accompagnement de violon , des chansons de geste , grandes épopées en strophes monorimes ; puis est venue l'ère des fabliaux, des poèmes allégoriques, des contes et des romans en prose.

Scarron mit le burlesque à la mode ; après le brillant début de Montesquieu, les libraires, pour se conformer à la mode, disaient aux auteurs : « Faites-nous des Lettres persanes, »

Il a été ù la mode, sous TEmpire, d'imiter Racine, et, sous le règne de Louis-Philippe, de faire des pastiches dramatiques d'après Victor Hugo.

On était sceptique et vollairien par mode au Tsm^ siècle; et bien des gens, au xix«, vont à la messe, entendent des sermons, assistent à des conférences, se font affilier à de pieuses congrégations parce qu'il leur semble de bon ton d'afficher des sentiments religieux.

Le quinquina, la saignée^ l'émétique, le magnétisme, l'homœopathie ont été successivement à h moue,

J^anslçs àeaux-arls, dans rarcli\\.eç.VviLTftjdwv^ ^^s meubles, dans /'ordonnance des jat^viv^» 4w\%

tA MODE EN FRAnCE. 7

les divertissements^ la mode a varié à l'infini.

Le lansquenet, la bassette, le pharaon, l'écarté, le v^hist, la bonillotte, le poker, le baccarat ont été tour à tour les jeux à la mode.

Les divisions et subdivisions de la mode, ses métamorphoses innombrables, fourniraient aisément la matière de plusieurs volumes ; aussi, reculant devant l'immensité du sujet, nous bornerons-nous à le traiter dans sa manifestation la plus saisissante, le costume.

Le type du costume français, nous le chercherons naturellement à Paris. C'est dans la capitale qu'il faut l'étudier, presque dès son origine; c'est là que se créent les ajustements nouveaux qu'adopte non-seulement la France, mais encore l'Europe entière. Paris a le privilège incontesté de décréter la loi somptuaire des nations. Ses modes sont et seront les modes universelles ; ce qu'il préconise subsiste ; ce qu'il a condamné disparait. Sans le bon goût et l'inconstance de ses habitants, sans le génie inventif et la dextérite manuelle de ses ouvriers, l'homme pourrait être vêtu, jamais il ne serait habillé. Pour ne pas choquer les yeux par l'étrangelé de vos chapeaux, parle barbarisme de vos tvabxVà^xWa^X ss^^x^xsa. ayezpréalahkmtïïi cous\x\lfe\^^o\^Okft%\f^^\^>s^^ sovs peine d'être ridkuks ovu tèWo^^^^R-'^»^ ^^^^

devezpoyer votre tribut à la mode, vous y soumettre aveuglément, sans contrôle, sans pouvoir demander raison à personne de cette tyrannie, car le droit d'imposer la mode appartient à tout homme et même à toute chose ; longtemps il fut Tapanage de l'Église et de la monarchie, grandes puissauces qui luttaient pour des barbes et des chaus-' sures; puis il tomba dans le domaine public,

£n lisant cet opuscule, si toutefois vous avez la patience de le lire, vous remarquerez que les princes, les tailleurs, les événements politiques, la guerre ou la paix, les pièces nouvelles, les romans en vogue, les bêtes du jardin des Plantes, ont donné tour à tour un nom et une forme spéciale aux ajustements enfantés par une capricieuse fantaisie.

Toutefois, quoique les produits de ces causes diverses seniblent d'une variété infinie, le type des costumes ne change guère que tous les siècles. Depuis les Gaulois jusqu'à la renaissance, les vêlements ne sont que des modifications de la saie, de la robe et du manteau. Sous Louis XI9 s'établit la disliitclion entre le pourpoint et la camisole, entre le haut-de-chausses et )es bas.

y/ Htut éeux cents ans pour que, v^y ^^1^ Vraftr ^^'iMifs gradaées, on arrive à Y\ia\i\V, wi <\\%x

et à la culotte courte. Depuis l'année 1789, qui détrôna Thabit carré et la culotte, toutes les variantes du costume masculin ont pour base le frac, la redingote et le pantalon. Le mouvement des modes est comme celui des vagues. L'agitation tumultueuse de la surface des eaux se communique lentement à la masse liquide, et descend en s'affaiblissant au fond du gouffre. Ainsi les modes, nées parmi les riches, pénètrent insensiblement jusqu'aux derniers rangs, mais leur éclat se perd à mesure qu'elles se généralisent. Si elles exercent un puissant empire sur la classe opulente, en revanche elles sont peu de chose pour la classe utile, et la blouse gauloise est encore aujourd'hui le costume journalier de la majorité des Français.

- Costume gallo-romain.— Sagum.— Braies. — RO' chet.— Lacerne. — -Pénule. — Pileam. — Pelasus.

— Birrus. — Costame des Francs. —

Cette blouse ou sagum était un pardessus à larges manches, fendu par devant, fait de velours, ou de peaux de mouton, de loup ou de blaireau, cousues avec du crin, le poil en dehors. II avait pour complément la chemise {camisia) et les braies (braccœ), pantalon serré sur les hanches avec une ceinture, et sur la chevilla v^^r. ^'^'î» cordons. En h/ver, les GaxAoX^ ^^ ^\5;s\^^^^d'an manteau court enpeîML â^^Oûfes^^^^W^^

42 IiA MODE EN FRANCE.

rocbet {roccuà), ou d'une casaque à capuchon, qu'on désignait sous le nom bizarre de bardocuculle.

Une chemise, une tunique large et plissée, dentelée par le bas, un tablier court et des sandales constituaient l'habillement des Gauloises.

La classe aisée avait adopté le costume romain : la tunique ; la lacerne, manteau de feutre attaché par une agrafe sur la poitrine ou sur l'épaule; la pénule, qui avait un trou central où l'on passait la tête et deux ouvertures latérales pour les bras; le pileum, sorte de calotte de feutre; kpetasus à larges bords, le birrus, bonnet pointu que les montagnards corses ont conservé sous le nom de 6trro.

Les dames gauloises avaient jusqu'à* quatre chemises superposées , recouvertes de la stole, tunique sans manches, serrée sur les flancs par une ceinturé, et assujettie sur les épaules par deux agrafes. Un voile appelé palta quand il était long, et mavorê quand il était court, leur couvrait la tête, le buste, et descendait parfois jusqu'aux i^eds.

Les Francs avaient aussi leurs modes particuy/éresdoBt on ebroïàqnffïx^ T^otkeT \çiW>^ft, ^oas a hissé ia description :

« Lès ajjistements des àDciéns FraDcs étaient des souliers dorés à l'intérieur^ attachés avec des cduirroies de trois coudées; dés bandelettes cruhilesde laiùerougê; et, au-dessus, des jambières et des cuissards' de toile de la même couleur. Sur là jambe ét&ient croisées en tous sens de très-longues courroies. Une chemise de toile couvrait le corps. Le surtout était un manteau blanc ou bleu, double et carré, qui tombait sur les pieds par devant et par derrière, et dont les côtés atteignaient à peine les genoux. Ils aimaient à porter à la main une canne de pommier {baculus de malo), remarquable par la symétrie de ses nœuds et par les ciselures de sa pomme d'or ou d'argent. i>

Tels furent les trois éléments des modes françaises. Ils ne tardèrent pas à se confondre et à se transformer. Les leudes de Glovis gardèrent leurs jambières, qui devinrent plus tard les bauts-de-chausses ; mais ils adoptèrent lé colobium, la tunique romaine. Les femmes prirent la stole romaine, dont elles faisaient passer les bouts du côté droit sur l'épaule gauche. Les cheveux, partagés sur l'occiput^ ét&\ft\!L\. ^^v.\r.^^ entremêlés de rubans appe\^^ ilttpiWi%,^^\sàRîV' tudesque stappel {f^m\à\A^^ ^ V««!Îa»s»^ '^^

deux larges tresses^ comme ceux des paysannes bernoises.

Pendant toute la première race, la longueur des cheveux indique le rang qu'on occupe dans la hiérarchie sociale; le souverain les laisse flotter sur ses épaules ; les leudes les coupent par derrière et les tiennent longs sur les tempes; une légère moustache ombrage leurs lèvres ; le peuple a les cheveux courts et le menton ras.

- La mode sous Gharlemagne. — Premières lois somptaaires. — La barbe et les cheveux. — Plaintes d'Orderic Vital. — Les souliers à la poulaine. — Mode des fourrures. — Comptes de Philippe-Auguste. —

Sous Gharlemague s'introduisit l'usage des fourrures. On bordait les tunique*s et les rochets de soie et de martre zibeline ^ d'hermine, de peaux de loir, de vair, fourrure composée de peaux d'hermine et de belette découpées en losanges et cousues ensemble. L'emyer^us ^'^^^^^^ aux progrès du luxe. Ses cow\e\!a^m\k^\^^^^ ^^ hissé de magnifiques descnçWom ^^ %^^ ^'^'^'

tujne d'apparat ; mais il se contentait habituellement d'un garde-corps (garda-corsium) de peau de loutre, d'une tunique de laine, d'une saie bleue, et de souliers à semelles de bois attachés à la jambe avec de longues courroies. Il défendit de payer une saie plus de dix sous^ et un rochet fourré de loutre plus de huit sous : le son équivalait alors à environ deux francs cinquante centimes de notre monnaie. Il proscrivit les manteaux courts, appelés putaciola, dont les fripiers faisaient commerce. «A quoi sont-ils bons? disait-il; au lit, je ne puis m'en couvrir; à cheval, ils ne me garantissent ni du vent, ni de ia pluie. » Enfin, dans un autre cas, —ici, nous empruntons le latin du moine de Saint-Gall, — ad necessaria naturœ secedens, tibiarufn congelatîone deficto. »

Gharlemagne s'était coupé les cheveux ; Hugues Gapet ramena l'ancienne mode, mais le clergé s'en irrita.

Un concile provoqué, en 1096, par Guilltame, archevêque de Rouen, statua que ceux qui conserveraient une longue chevelure seraient exclus de i'Égiîse pendant leur vie, et.qu'on ne prierait point pour le salut de leur âme. Pierre Lombard, évéque de Paris, réussit, après d'éner- ^/g^irey remontrances, à décider LouU \V\ ^ ^^ ^/re couper les cfiereux. Le roi 4«au tc^ùVVIl

barbe et les cheveux longs ; mais Charles V se rasa^ et la barbe ne reparut en France qu'au xyi® siècle.

Nous croyons pouvoir nous écarter un moment de Tordre chronologique afin de n'avoir pas à revenir sur ces détails.

En dépit des C^pitulaires^ le goût des ajustements somptueux se répandit. Les barons, qui accompagnèrent Philippe l^ à la croisade , se présentèrent devant Çomuène, dit la chronique d'Albert d'Aix, avec/ie riches pelleteries et des ornements d'or ou d'argent. Un chroniqueur nor* maiod, Orderic VijUily qui écrivait vers 1141, déplore en ces termes le faste de ses contemporains.

« Les bonnes eautumes de nos père» ont été abolies; car leurs habits étaient modestes et proportionnés à leur taille. Par là, ils avaient la liberté de monter à cheval et de faire les exercices du corps que la raison et l'occasion pouvaient exiger. Mais, de nos jours, tout est changé -.une jeunesse débauchée ado{^e la mollesse des femmes, et les, courtisans cherchent à plaire au sexe en imitant les vices qui lui soutvtQ^^<^\''^^^\Sb&^^i^^ àrextrémUi de leurs pieds 4^a H'^t^.^ ^<^^«tH?®^'^ çB'ih admirent en marctoTiV^^^mm^^^^'^^'^'^'^^'^

de beau; ils balayent la poussière avec les longues queues de leurs tuniques et de leurs manteaux ; leurs mains, instruments destinés à servir le corps avec agilité, sont couvertes de longues et larges manches qui les empêchent d'agir ; ils ont la tête rase par devant comme des voleurs, et par derrière une longue chevelure comme les femmes. Autrefois, c'était la coutume des pénitents, des captifs et des pèlerins de laisser croître leurs cheveux et leur barbe, et, par là, ils faisaient connaître leur état ; mais, à présent, parmi tous les hommes, c'est à qui aura les plus longs cheveux et la plus longue barbe : vous les prendriez pour des boucs, à la figure, à l'odeur et à la liberté des mœurs. Ces cheveux qui leur sont si chers, ils ne se contentent pas de les laisser croître, ils les frisent, ils les tordent en différentes manières. Une coiffe leur couvre la tête sans bonnet : à peine voit-on quelque militaire paraître en public, la tète découverte et tondue, suivant le précepte de l'apôtre. Leur habillement et leur démarche font assez connaître ce qu'ils sont au dedans, et comme ils observent les lois de la religion. »

On peut remarquer, dans ce curieux passage, ifue allusion aux chaussures dites k \% ^o\i\mfc> ^ojjf /'extrémité s'allongeait eu ^o\\\\e ^xcàv^

LA MODE EN FRAffCE. 19

OU recourbée, ornée parfois de grotesques figurines.

Tous les historiens supposent que Foalques V, comte d'Anjou, mort en 1142, inventa cette mode bizarre pour cacher la difformité de ses pieds.

C'est une erreur que démontrent des textes positifs.

Le moine Richer, qui vivait à la fin du x*' siècle, dit que, de son temps, on ajoutait des becs aux chaussures (calceamentis rostra componunt),

Ascelin Adalbéron, évêque de Laon, sacré en 977, raconte qu'un certain Béranger adopta l'usage des souliers à becs recourbés.

Cœpit summa pedum cum tortis tendere rostris.

Voilà Foulques V dûment dépossédé. L'étymologie du moi poulaine, telle que la donnent les savants, est également inexacte. Ils prétendent que la poulaine était une sorte de fourrure qui venait de Pologne ; mais les souliers à becs recourbés n'étaient pas en fourrures : ils étaient en cuir de Cordoue, comme l'atteste un écrivain du XI» siècle, Guibert de No^ewV \

' Calceorum de Covduba to^U^l \o\W\\^.

20 hk MODE EN FRANCE.

Poulaine veut dire simplement la poulaine ou la proue d'un navire, en latin rostrum. Comparez ]'avant des anciens vaisseaux avec les souliers dits à la poulaine, et vous n^ saurez en méconnaître l'identité.

La mode des poulaines ne devint générale qu'au XTV^ siècle; celle des fourrures était en grande vogue sous Philippe-Auguste. Il défendit, en il88| aux chevaliers de porter des fourrures de vair, de petit-gris , de martre zibeline, et des étoffes écarlates. On voit, par un compte de sa maison, en l'an 1202, qu'il s'affranchissait luimême de la loi qu'il imposait.

Onylit:

« Le sarrot du roi, fourré de menu vair, soixante sous ; la robe d'écarlate qu'il porta à Pâques, seize livres et demie; son chapel fourré de gris, quatre sous ; la fourrure de son manteau et de son capuce pluvial , six francs; ses tuniques, quinze sous chacune; la robe et le manteau fourré qu'eut la reine à la Sainl-Remi, vingt-huit livres moins trois sous ; l'habillement d'une dame de palais, huit livres ; j'habillement des chambrières, cinquante- huit sons chacun; y^^aM d'an page, tunique, so\ia-\m^xJ^e,^^VMiw <?/ chaussure, cen t sept sous . »

L4 MODE EPr FRAFIGE. 21

Philippe-Auguste ne donnant pas lui-même l'exemple de la simplicité dans les ajustements, le luxe progressa en dépit de ses prohibitions.

« Chevaliers, citadins , habitants des champs, dit son contemporain Guillaume le Breton, tous brillent sous l'écarlale. On ne porte que des vêtements de vair, de lin très-fin ou de pourpre. Le paysan, tout resplendissant sous les ornements impériaux, s'étonne de lui-même et ose se comparer au roi souverain. L'habit change tellement son cœur, qu'il pense que l'homme même change avec son costume. Ce n'est pas assez pour chacun de briller d'autant d'éclat que ses compagnons, il cherche à se distinguer des autres par quelque ornement. »

- Nomenclature des étoffes aa xiii« siècle. — Cottes, gonnes et gonnelles. — Garnache. —Cotte-hardie.

— Haque. — Siglaton. — Port d^armes. — Coiffures et chaassores. —

Les rapports de l'Europe avec TOrient, l'extension des relations commerciales, multiplièrent les étoffes et les métaux précieux. Nous voyons figurer, dans les documents des xii* et xiii* siècles :

Le cendal,

Le samit,

Le persy

Le camelin ou cameVoX,

â4 LÀ MODE £Fr FRANGE.

Le barracan,

L'isambrun^

Le velours,

Le molequin,

La brunette,

La bonnette,

La serge,

L'élamîne,

Le galebrun.

Le cendal était ce que nous appelons aujourd'hui le taffetas. La fameuse bannière de Saint- Denis, le drapeau national, était de cendal, comme le prouvent ces vers de la chronique de Guillaume Godart :

Oriflamme est une bannière Aucun poi plus forte que guimple, De cendal roujoiant et simple, Sans pourtraiture d'autre affaire.

Le samit devait être une variété du cendal, puisque la chronique des Flandres dit que l'oriflamme était d'un samit vermeil ; le pers était un drap d'un bleu foncé; le camelin, une étoffe fabriquée avec des poils de chameau ; le barracan, a/iû variété du camelin, •— ainsi nommé, ^«uté^/re, parce que les lisses en affeclaîeul \a loTtûfc

LA XOIII! IN rRÂRCI. 25

de barres ; — - l'isambron, un drap teint en brun ; le moieqnin^ une étoffe de lin ; la brunette, une étoffe de laine teinte en brun ; la bonnette, un drap vert; le galebrnn, un drap de couleur brune.

On taillait dans ces étoffes des robes, cottes, gonnes ou gonnelles, sur lesquelles se plaçaient les surcots, communs aux deux sexes. Geoffroy, prieur du Yigeois, nous apprend,dans sa chronique, qui va jusqu'à Tannée 11^2, qu'à cette époque, les laïques empruntèrent aux moines un vêtement ample, fendu sur un côté, sans manches, qu'ils appelèrent gamache, {Novisiimè tui sunt ampïâ quâdam veste^ instar monaehi, sine manicis, quod Franci vocarunt gamacham,) La cottehardie, qui parut vers la même époque, était une espèce de robe à manches larges et à queue traînante, ordinairement faite de drap de Bruxelles, de drap de Louvain on de fin camelin de Ghâteau-Landon. La huque, huyke ou houppelande, était une pièce d'étoffe triangulaire, percée au centre d'un trou par lequel on passait la tête, et dont les extrémités étaient réunies par une patte. f

Il est souvent question du s\%l^V.wv^«s&Vs^^^5vaans oa chansons de f^esl&.l»^ ç.^\^x^\s*sûs^ ^ Theroulde raconte qut \t VrivVife Oaxv^^^"*^^^

Roland au roi païen Marsille^ moyennant de grands dons en or, en argent, en manteaux et en siglatons.

Guenes IL fels en ad fait traisum, Del rei palien en ad reçu granz donz, Or e argent, pâlies et ciclatonz.

On lit dans le roman de Girard de Vienne :

Derrière l'arson consui l'aragon, Tranche le fautre du yermeil ciglaton , Et par mi coupe le bau destrier gascon.

Le siglaton était un manteau rond, en étoffe de soie, orné d'une bordure de pourpre ou d*or. Les meilleurs siglatons se fabriquaient à Lucques en Italie.

La robe était souvent serrée par une ceinture à laquelle pendait une aumànière sarrasinoise. Tous les habillements étaient ornés de riches fourrures de belette, de menu vair, de petit-gris ou belette de Moscovie, d'agneau Dojr d'Aragon^ de martre zibeline, qu'on enyûu/a// quelquefois, c'est -k-ô\tft ^xi'Qti \^v- ^^// de la coafeur rouge av^\^ ^ueu\e\.

LA MODE EN fRÂNGE. tl

témoin ce passage du poëme intilulé le Miserere des recluê de MoHiens :

Ne gardent mie cha seignour, Qui tant ont draps outre raison.

Cotte, surcot, blanchet, plichon, Bouches, manteaus, chappes fourrées De sebelines engoulées.

Il parait qa'il n'était pas à la mode de porter des armes en temps de paix. Nous en trouvons une preuve concluante dans les registres des grands jours de Troyes. En 1285, un certain Guidon de Yiry, chevalier, menacé par des malfaiteurs, demande à la cour de Champagne l'autorisation de porter des armes pour sa défense personnelle. 271 deiur et licentia portandi arma ad sui tuiionem. Une enquête est ouverte ; le bailli de Troyes reçoit l'ordre de rechercher si ledit Guidon a de justes motifs de demander et de porter des armes, et contre tels qui ne soient pas de la juridiction du comte de Champagne. Il est enjoint au bailli, si le résultat de l'enquête est favorable, d'accorder au requérant la permission de çortAt ^^ei^ ^asm^ pour sa défense. (Injunctum esl \)aWw^i 1t«.céftsi quod sciai $% habeat dic\us Ckuxà^ i^*^^"^

28 LÀ MODE BN IRANGS.

causam petendi et portandi arma^ et contra taies qui non sint de juridictione comitM Cam^ panicB! et si ita invenerit, det illi licentiam arma portandi ad sui tutionem.)

Les coiffares étaient très-variées. La plas vulgaire était le chaperon, dont Ja queue pendante se rejetait sur l'épaule, et qui prenait le nom d'aumusse quand il était fourré. On faisait des chapeaux de coton, de soie, de feutre; on les ornait d'or ou d'élain doré, après les avoir argentés préalablement; on les recouvrait parfois de plumes de paon, de fleurs naturelles ou d'une broderie d'or et de perles nommée or^ froy, dont parle le Roman de la rose :

Et un chapeau d'orfroy eut neuf, Le plus beau fut de dix et neuf.

Jamais nul jour vu ne n^avoye Chapeau si bien ouvré de soye.

Pour chaussures, on avait an xin* siècle :

Les bouses ou houseaux, grandes bottes que

la chronique de Mathieu Paris signale comme

étant, en iS47, une chaussure exclusivement

militaire; Zâs estivaux, jbotles d'été, faites de velours;

Les povlaines '^

hk VOIE SN IRANCK. 39

L» souliers à boncles de Uiten ;

Les esearpiflS; qui foretH d'abord des e$pèct$ de pantoufles. Ils sont mentioanés dans le ro*' mao de Garin le Lobérain,

Tote dolente hors de sa chambre issit, Désafublie, chauciée en escharpins, Sur ses espaules li gisoient li crins.

Les femmes commençaient, au xm* siècle, à blasonner leurs robes, justes et montantes, à droite de l'écusson de leur mari, à gauche des armes de leur famille. Elles fendaient leurs manches depuis le coude jusqu'au poignet , d'où pendait un lambeau d'étoffe. Elles conservèrent, en Pembellissant, le voile exigé par les décrets ecclésiastiques; car le concile de Salisbury, tenu en 1217, défendait aux prêtres d'entendre en confession une femme non voilée. Leurs cheveux étaient partagés au milieu du front, et la raie se nommait une grève.

Un chevalier pèlerin, Geoffroy de Rançon, outragé par le comte de la Marche, avait juré qu'il ne se ferait pas couper les cheveux et qu'il porterait grève comme les femmes^ tant o^'vl '^fc se serait pas vengé, ou pat \\s\ wv^'^x^Nito:^- Lorsque, après la balaUk àe T^\\\^^^^^%>^"^'^'^'^

LA MODE fifl ÏRiTfCB.

malheureux comte agenouillé devant le roi avec isa femme et ses enfants^ qui criaient merci^ Geoffroy de Rançon se plaça sur son tréteau, et se fit ôter la grève et couper les cheveux en présence du roi et de toute la cour.

- Costume de Loois IX. — Roberl de Sorboo et le sire de Joioville. — Métiers relatifs à la mode. — Ordonnance de 1294. —

Louis IX formulait ainsi ses doctrines en matière de mode :

« Vous vous devez bien vêtir et nettement, pour ce que vos femmes vous en ameront mieux, et votre gent vous en priseront plus ; car, dit le Sage, on se doit assemer eu toVi^'s» ^V ^\v. ^^sisa* en telle manière, que \es ^t\i"^^^\ûK^ ^'^ ^*^ siècle ne disent qu'on eu U'&^^ V^^"^-» "^"^ ^'^^

32 hk MODE EN FRANCE.

jeunes gens de ce siède ne disent qu'on en fasse prou. »

II fut assez fastueux dans sa jeunesse. Il avait des atours brodés à ses armes qui lui coûtèrent huit cents livres parisis. A la cour plénière qu*il tint à Saumur, en 1241; il avait une cotte de samit ynde^ un surcot et mantel de samit vermeil fourré d'hermine, et un chapel de coton.

A la même fête, le roi de Navarre était en manteau de samit, avec un chapel d'or. Derrière les seigneurs de Beau jeu, de Coucy et de Bourbon, se tenaient trente chevaliers en cottes de drap de soie, et une foule de sergents vêtus de cottes aux armes du comte de Poitiers, battues sur cendal.

A partir de 1248, après s'être croisé, Louis IX cessa de porter Técarlate, le gris, le vair et même la brunctte. Ses robes étaient de camelin ou de pers, ses fourrures de garnîtes ou jambes de lièvres. Quand il donnait audience aux solliciteurs, en son jardin de Paris, il avait un chapeau de paon blanc sur la tête, une cotte de camelot, un surcot de tiretaine sans manches, et ///^ wantelde cendal noir, /iobert deSorbon, fondateur de la Sot\iO\\x\^> i

LA MODE BN ÏAANCB. 33

se trouvait un jour à Gorbet)^. où le roi s'était rendu pour donner cérémonieusement l'accolade à quatre-vingts chevaliers. Gomme le sire de Joinviile, paré d'un manteau fourni de vair, descendait de la chapelle au préau, le grave docteur l'accoste et lui dit :

— Permettez-moi de vous adresser une^iues" tion. Si je roi s'était assis à ce préau, et si vous alliez vous asseoir sur un banc plus haut que lui, ne vous en devrait-on pas bien blâmer?

— Sans doute, répond le sénéchal de GhampagAe.

— Vous êtes donc blâmable d'être plus noblement vêtu que le roi; car vous portez du vair et le roi n'en porte pas.

—Maître Robert, dit le sire de Joinville, sauve votre grâce, je ne suis pas à blâmer si je porte du vair, car mon père et ma mère me laissèrent cet habit. G'est vous qui êtes en faute, puisque, étant fils de vilain et de vilaine, vous avez laissé rhabit de votre père, et portez déplus riche camelin que le roi.

«Et lors, ajoute Joinville, qui raconte cette anecdote, je pris le pan de son surcot et du surcot du roy, et li diz : « Or, esgardez se je « diz voir. » Et lors, le roy entreçrist à dft(-

34 LA MODE £N rBANGE.

fendre mestre Robert de paroles, de tout son pooir. »

C'était un temps de piété, d'ascétisme, de macération; mais les aspirations spirituelles s'accommodaient parfaitement avec la recherche dans leS' habits.

La mode occupait un nombre considérable d'ouvriers :

Les drapiers ou tisserands de langes ;

Les tailleurs de robes;

Les dorlotiers ou rubaniers ;

Les crespiniers de fil ou de soie, qui fabriquaient des franges ;

Les chavenaciers, qui tissaient la grosse toile de chanvre appelée canevas ;

Les pierriers ou joailliers ;

Les orfèvres ;

Les batteurs d'or et d'argent;

Les fileresses de soie à grands fuseaux ;

Les fileresses de soie à petits fuseaux ;

Les teinturiers ;

Les fondeurs de boucles et d'agrafes ;

Les fourreurs ;

Les boutonniers d'archal, de cuivre ou de la/ton;

Les gantiers, qui employa\eul daiws \^\« \si\sù-

liA MODE EN fRAIfCE. 35

cation la basane, le vair, le gris^ la peau de cerf;

Les chapeliers de feutre;

Les tisserandes de couvre-chefs de soie ;

Les chapeliers de fleurs ;

Les faiseresses de chapeaux d'orfroy;

Les chapeliers de coton ;

Les chapeliers de paon ;

Les chaussiers, fabricants de chausses en drap, en toile ou en soie ;

Les baudroyeurs ou corroyeurs ;

Les cordouaniers, etc.

Philippe le Bel, en 1294, lança contre le luxe toujours croissant une ordonnance que nous croyons devoir reproduire in extenso, tant parce qu'elle est peu connue, que parce que c'est un précieux monument de l'histoire somptuaire.

Cette ordonnance concerne, non-seulement les ajustements, mais encore la table, et renferme des prescriptions pour tous les rangs.

«Nu! bourgeois ne bourgeoise ne portera vair, ne gris, ne hermines, et se délivreront de ceux qu'ils ont de Pasques prochaines en un an, et ne porteront ni pourront porter or, ne pierres précieuses, ne ceintures d'or, ne à perles.

» f/em, nul clerc, s'\\Ti'es,\.^Tti\^V,<^>i^«^Na^'\ en personnage, ou en 4\|^u\\^, w ^wvtç^ Ys^'^^^

56 LÀ MODE Efr FRANCE.

vair, negris^ ne hermines, fors en leurs chaperons tant seulement.

» Item, les dues, les comtes, les barons de six mille livres de rente, ou de plus, pourront faire faire quatre paires de robbes par an, et non plus, et à leurs femmes autant.

» Tous prélats auront tant seulement deux paires de robbes par an.

» Tous chevaliers n'auront que deux paires de robbes tant seulement, ne par don, ne par achept, ne par autre manière.

» Le chevalier qui aura trois mille livres de rente, ou plus, et bannière, pourra avoir trois paires de robbes par an, et non plus, et faire l^une de ses trois paires de robbes pour esté.

» Nul escuyer n'aura que deux paires de robbes par don, ne par achept, ne en nulle autre manière.

» Garçons n'auront qu'une paire de robbes par an.

« Nulle damoiselle, s'elle n'est chastelaine ou dame de deux mille livres de rente, ou de plus, n'aura qu'une paire de robbes par an, et s'elie l'est, en aura deux paires, et non plus.

» Nul bourgeois, ne bourgeoise, ne escuyer, /^é? clerc, s'il n'est en prélfltion, ou enpewouuaf^e, — oa ea seigneur estât, n'aura torcbc de çàte.

LA MODK llf PRAIfCB. 37

» Nul ne donra aa grand manger que deux mets, et m potage au lard sans fraude, et au petit manger un mets et un entremets ; et, s'il est jeune, il pourra donner deux potages aux harens et deux mets, et ne mettra en une escuelle qu'une manière de chair, une pièce tant seulement, et une manière de poisson ; et n'y fera autre fraude. Et sera contée grosse chair pour mets, et n'entendons pas que formage soit mets, s'il n'est en paste, ou cuit à l'eau.

> Il est ordonné par déclaration de ce que dessus est dit des robhes, que nuls prélats, ou barons, tant soient grands, ne puissent avoir robbe pour leur corps de plus de vingt-cinq sols tournois l'aune de Paris.

» Les femmes de barons de même.

» Lefi comtes, les barons ne pourront donner robbes à leurs compagnons de plus de dix^huit sols l'aune de Paris.

9 Les bannerets et les chastelains ne pourront avoir robbes pour leurs corps de plus de dix-huit sols Faune de Paris, et leurs femmes de même, et leurs compagnons de quinze sols Tanne.

. % Les escuyers, fils de barons, bam^erets et chastelains ne pourront avoir robbes de plus grand prix que de quinte sols l'aune de PatU.

38 II A MODB BN fRAlfCE.

» Prélats, comtes, bannerets et chastelains ne donneront robbes à leurs escuyers de plus de sept ou de huit sols tournois Faune de Paris.

» Les autres escuyers qui ne sont en mesnage, et se vestent de leur propre, ne pourront faire robbes de plus de dix sols Faune.

» Clercs qui font robbes du leur ne pourront faire robbes de plus de douze sols six deniers tournois Faune, et, s'ils sont chanoines d'église cathédrale, de quinze sols, et non plus.

> Bourgeois qui auront la valeur de deux mille livres tournois, et au-dessus, ne pourront faire robbes de plus de douze sols neuf deniers Faune de Paris, et leurs femmes de seize sols au plus.

» Et sont ces ordonnances commandées à garder aux ducs, aux comtes, aux barons, aux prélats, aux clercs, et à' toutes manières de gens qui sont en la foy ; sur celle foy qu'ils luy sont tenus, en telle manière que les ducs, les comtes, les barons et les prélats qui feront contre ceste ordonnance payeront cent livres tournois pour peine; et sont tenus faire garder cet establissement à leurs subjets en quelque estât qu'ils soient, et en telle manière que, si aucun banneret fait encontre, il payera cinquante livres tourfû/s, elles ebevaUers ou les vassaux vingt-cinq y/rres/ /es doyens, les archidiacres, \es i^wwtv "

et les autres clercs qoi ont dignités vingt-cinq livres tournois. Et si des autres laîs, qui contre ce feraient, en quelque estât qu'ils soient, l'un ait vaillant mille livres ])arisis, payera vingtcinq livres, et, s'il a moins vaillant, payera cent sols tournois ; et les autres clercs qui sont sans dipitez et ne sont de personnage, faisans contre la présente ordonnance, payeront cent sols tournois, ainsi que les autres, et les amendes de toutes manières de gens laïs qui pour ceste achoîson de ces establissement seront louées, seront aux seigneurs en qui terre et en seigneurie Jes forfaits seront faits, soient les seigneurs, clercs ou laïs. Et les amendes des clercs seront à leurs prélats ou à leur souverain et en telle manière que cil par qui le forfait viendra à la cognoissance du seigneur aura le tiers de l'amende; et s'il advenoit qu'aucuns clercs ou laïs de quelque condition qu'ils soient, à cause qu'ils eussent fait contre ceste ordonnance, et ils s'en vouloient purger par serment en la manière que chacun a accoustumé de jurer, ils en seront creus, et seront quittes de la peine, et se purgera soit clerc, soit laï, qui de ceste chose se voudra purger, devant son souverain seigneur. » Ce ftt fait et ordonné à Paris l'an de grâce mil deux cens quatre vingt quatorze, i

- Luxe da xiv« siècle. — Exagération des poulaines.

— Sareot. — Jaque. — Habits mi-partis. — Exécution du sire de MontaigH. — Extravagances des dames du temps d« Charles V. -^ €r4>ifade contre lea heBoîofi. <— PiouvcUea lois somptoaires. — Entrée de CMrles V|l à Rouen. ^ Louis XI« ^ Pragnumi de GuHIauoie Coquillart. -^ I^ea jnahoitres.

— Le tabart de Villon. — les perruques, — les fringantes. — Les épingles. — La coiffure au passe-fillon. —

Celte loi oe fut pas mieux observée que les précédentes.

aisés Qrnmni leut» eha$^t^^^ ^^ ^^va ^^^

4â LA MODE EN FRANCE.

plumes; de lourdes chaînes d'or pendaient à leur cou ; des pierreries étaient incriîstées dans les fermoirs d'or de leurs manteaux, d'une richesse et d'une longueur proportionnées à leur dignité. Ils avaient des peliçons ou fourrures, des houppelandes à longues manches, appelées mouffles, des chapeaux a bec, et des parures multicolores.

Quand l'empereur Charles IV vint à Paris, en 1577, le prévôt des marchands et les échevins allèrent à sa rencontre avec plus de quinze cents bourgeois vêtus de robes mi-parties de blanc et violet. Après eux, le roi sortit de Paris avec ses gardes, coiffé d'un chapeau à bec bordé de perles, vêtu d'une coUe-hardie d'écarlate vermeille et d'un manteau chamarré de fleurs de lis d'or. Suivaient tous les courtisans, en habits mi-partis de leurs livrées. Les écuyers de cuisines eux-mêmes portaient des houppelandes de soie et des aumusses fourrées.

Les poulaines avaient pris d'immenses proportions, malgré l'éloquence de vingt prédicateurs qui les qualifiaient de péché contre nature et d'outrage fait au Créateur. Les statuts de l'ordre de la Couronne d'épines enjoignaient vaijoemeDtà ses membres d'avoir « des so\iUetsdft zfw/> cB/r, voire sans aucune po\i\wafe aji\s\w«ir

iiA HODH kh f Range. 45

que, de Diea maudite. » VaiDement les coneiles défendaient aux clercs de porter des habits courts, des capuces boutonnées et des souliers à la poulaine.

Enfin, le pape Urbain IV excommunia quiconque conserverait ces bizarres chaussures, et une ordonnance de Charles Y, en date de 1365, en défendit la fabrication, l'usage et la vente.

Le surcot, en se raccourcissant, devint le pourpoint, qu'on appela d'abord gambaison, gaubisson ou laine gambaisée, parce qu'il était gamboisé (rembourré) de laine piquée, afin de pouvoir tenir lieu dç cuirasse. La jaque, pourpoint à basques, dont on recouvrait le haubert, fut le point de départ de l'habit moderne. De même, la culotte eut pour origine les hautsde-chausses, qui vinrent eux-mêmes des trousses ougrègues, sous lesquelles on cachait le haut des chausses.

La mode des habits mi-partis se maintint longtemps.

« Le 17 d'octobre 1409, dit le Journal de Paru sous Charles Y, le sire de Montaigu fut conduit du Châtelet aux halles, haut assis dans une charrette, vêtu ùe s>^ Xvh^^^, V ^^^^^ d'une houppelande ïiù-vw\\^ ^"^ \^^V^ ^ ^

44 hl XOD£ «N fRiNC<»

i)l«iDC| le ehaperoQ de même, dea éperons doréa, le$ maioB liées, deux trompettes devant lui ; et après qu'on lui eut eoupé la tête, son eorps fut porté au gibet de Paris, et y fut pendu au plus baut, en ebemise, avec ses chausses et ses ' éperons dorés. »

Les femmes n'étalent point restées en arrière.

La reine Jehanne de Bourbon, femme de Charles V, au témoignage de Christine de Pisan, ff estoit vestue d'habits royaux larges et flottants, en sambucs pontificales, qu'ils appellent ehajfpes ou manteaux de drap d'or ou de soye couverts de pierreries.

Les baronnes avaient « à'ouHrageuBes pourlaines, des pendants d'oreilles, et sembloient cousues en leurs robes trop estraintes. »

Isabeau de Bavière leur apprit à se découvrir le cou et les épaules, et à relever ou rebrasser leurs collets, suivant l'expression du poëte Villon. »

Les surcots étaient de dimensions démesurées.

Christine de Pisan raconte qu'un taillandier des

robes de Paris fit pour une dame de Gâtinais

^j70 cône 'hardie dans laquelle il entra cinq

sonesde(lr9p de Bm%»\\^% à la grande m^wx^i, \

LA MOBB BN rlARCE. 4i^

la queue traînant à terre de trois quarliera^ et les mauches descendant jusqu'aux pieids.

« Il me vint, dit le.roinan à'Erminetk Reims, deux femmes portant sureots plus longs qu'elles n'ëtoient, environ une aune; et il f^illoit qu'elles portassent ^ leurs bras ce qui estoit bas, ou traînant jusqu'à terre, et avoient aussi poignets en leurs surcots pendant aux coudes, et leur gor|e troussée eu baut. »

Ces longues manches, dites à bombardes, se découpoient en dents de loup ou en feuilles de cbêne.

On avait quitté les voiles pour les cornettes, espèces de coiffes ou béguins, qui dégénérèrent en heunins, édifices de toile qu'on retrouve encore aujourd'hui sur la tête des Cauchoises.

< Les dames et demoiselles, selon Juvénal des Ursins, faisoient grand excès en états, et portoient des cornes merveilleusement hautes et larges, ayant de chaque côté deux grandes oreilles si larges, que, quand elles vouloient passer par un huis, il leur étoit impossible d'y passer. »

Le clergé ayant prètVi*^ ux^*^ m\«A^ çr>\ïx^

46 LA MODE EN FlUNGE.

les hennins, ^Thomas Connecte, carme breton, se mit en campagne pour Jes combattre.

« Et partout où il alloit, rapporte Paradin, ces coiffures n'osoient paraître. Les dames faisoient comme les limaçons, lesquels, quand ils entendent quelque bruit, retirent et resserrent tout bellement leurs cornes, mais, le bruit passé, soudain les relèvent plus que devant : ainsi les dames, car les hennins ne furent jamais plus pompeux qu'après le partement de frère Thomas Connecte. »

Les extravagances de la mode nécessitèrent de nouvelles lois somptuaires. Les bourgeois de Paris remontrent à Charles VU, en 1457, «( que de toutes les nations de la terre habitable, il n'y en a point de si difformée, variable, outrageuse, excessive, inconstante en vêtements et habits que la nation françoise ; en sorte qu'on ne connoît l'état des gens, soit princes, nobles hommes, bourgeois, marchands et artisans; parce qu'on tolère à chacun de se vêtir et habiller à son plaisir, fût homme ou femme, de drap d'or, d'argent ou de soie. »

Là-dessus fut profflulpée une ordonnanoea ^ifssi /a fructueuse que les autres. l

Charles VU donnait^ d'ailleurs/ Fexemple du faste.

Lorsque, en 1449, il entra dans la ville de Rouen, conquise par Dunois, il avait la tête couverte d'an chapel de bièvre (chapeau de castor), doublé de velours vermeil, et surmonté d'une houppe de fil d'or ; il montait un palefroi caparaçonné d'une housse de velours bleu, semée de fleurs de lis d'or, et dont le chanfrein était rehaussé de plaques d'or massif et de plumes d'autruche.

Louis XI dédaigna ces coûteuses magnificences.

« II ne tenoit compte, dit Philippe de Gomines, de soi vestir ne parer richement, et se metloit si mal que pis ne pouvoit. »

Lors de son entrevue avec Henri IV, roi de Castille, en 1463, sa camisole étroite, attachée avec des aiguillettes, son bonnet gras, son pour- * point de futaine, son haut-de-chausses étriqué, contrastaient avec les habits dorés du prince espagnol.

Il gardait le même chapeau pendant ^lors'ieurs années, et VotvUoxîcs^ ^^\!iSi ^'^^^csx't^^^ comptes :

48 LA MODE BN IRÀNC8.

« Trente sons payés au tailleur pour avoir mis deux manches de fntaine neuve à un vieux pourpoint de cuir; quinze sous payés au cordonnier pour une boite de vieux olnt^ propre à graisser les bouseanlx. t

Ce fut pourtant sous son règne que la bourgeoisie, qu'il protégeait au détriment de la noblesse féodale, rivalisa le plus avec l'aristocratie par ses prétentions, son luxe et ses folles dépenses.

Un auteur du temps, Guillaume Goquillart, a signalé cette tendance dans son poème des Droits nouveaulx :

En Paris, y en a beaucoup, Qui n'ont n'argent, vergier, ne terre, Que vous jugeriez cbMCun coup Alliés aux grands chefe de guerre.

Ils se diept issus d'Angleterre, D'un comte, d'un baron d'Anjou, Parens aux sénéchaux d'Auxerre, Ou aux châtelains de Poitou, Combien qu'ils soient saillis d'un trou, De la cliquette d'un meunier, Vojre ou de la lignée d'un chou, Enfants à quelque jardinieT.

LA MODE E!f IRAIVGB. i9

Ainsi hausser sans épargner.

Guider sans avoir, ne sagesse.

J'appelle cela présumer.

Une simple huissière, ou clergesse, Aujourd'hui se présumera Autant ou plus qu'une duchesse ; Heureux est qui en finirai Une simple bourgeoise aura Rubis, diamants et Joyaux^ Et Dieu sait si elle parlera Gravement en termes nouveaux, Afin d'étonner pauvres veaux !

Les élégants s'élargissaient alors les épaules avec des coussinets appelés mahoîtres, et garnissaient de rubans leur braguettes. Par-dessus leur pourpoint; ils jetaient un tabart, manteau rond, à manches, qui tantôt ne descendait qu'aux hanches, tantôt traînait sur les talons.

Le poète Villon, dans son Grand Teitament^ daté de ii61, dispose de la moitié d'un manteau de ce genre, en fayeur de trois orphelias, afin qu'ils puissent se régaler de flans :

Mon long tabart en deux je Tends.

Si veux que la moitié s'en vend^ Pour leur en achelQi ^«^ti^tA^ Car j#anMi« MttoLtx^^Qvi\T\vt«,

50 LA MODE CN FBiNCE.

On commença, sous Louis XI, à fabriquer des perruques, dont les philologues font dériver le nom du celtique barruch (chevelure élevée). Le mot perruque désignait, en effet, des cheveux longs, abondants et ébouriffés ; et, pour l'appliquer à des postiches, on lui accola d'abord une épithète : fausse perruque , perruque feinte.

Guillaume Goquillart a rimé, en vers de huit syllabes, le Monologue des perruques , dont il attribue Tinvention aux Italiens :

Les aultres, par folz appétitz, De la queue d'un cheval paincte, Quand leurs cheveux sont trop petitz, Us ont une perruque faincte.

Ainsi que Lombards et Romains, Ils portent ungz cheveux de laine, Tous propres, peignés et bien paingz Pour jouer une Magdelaine.

Un prédicateur strasbourgeois , Geiler d« Kaiserberg, dans un sermon de la nef des fous {die Narrenschiff)y raconte la mésaventure d'une Parisienne , à laquelle, pendant une procession, un singe arracha en même temps son voile et sa perruque, Olivier Mailhfdy qui prêchaiU S^\wV-U«si «^

lil MODE BN FRANCE. M

Grève, l'an 1464, déclame aussi contre les perruques. Il reproche aux femmes du xv^ siècle le luxe et rindécence de leur toilette en termes qu'on aurait trouvés trop énergiques, s'il ne s'était servi de la langue qui a, suivant Boileau, le privilège de braver l'honnêteté.

El vos, domicellœ, quœ habeiit tunicas apertas^ numquid mariti vestri iunt comuti ?

Vos, juvenes mulieres, aperitis pectora vestra ad ostendendum mamillas !

Les fringantes du temps de Louis XI rivalisèrent de recherche avec les mignons, les /Wngueraux et les perruquiaux. Elles prodiguèrent les rubans et les aiguillettes sur toutes les parties de leur ajustement; elles eurent des corsets de soie séparés de la jupe, des chaperons rouges, des robes de satin de Florence, fourrées de putois en hiver, fendues par devant, et des chaussures qui les grandissaient. Goquillart dit, dans ses Droits nouveauîx :

Nos mignonnes sont si trèshaultes, Que, pour sembler grandes et belles, Elles portent paiitouÇLea\\^\AV«i A vingt ètqualT«%emc\\«^.

Les épingles étaient déjà connues depuis longtemps ; ear on lit dans le Journal d'un bourgeois de Parié, qu'en Tan i4â6, on décapita pour conspiration Jehan Porqoin, marchand de laiton et épinglier ; mais ce fut seulement au xvi« siècle qu'elles remplacèrent absolument les brochettes de bois ou d'ivoire.

Le cordelier Michel Menot parle des épingles dans an sermon prononcé en 1608.

c mesdames, qui faites les délicates, qui souvent manquez de venir entendre les paroles de Dieu, quoique vous n'ayez, pour entrer dans l'église que le ruisseau à passer, je suis certain qu'on mettroit moins de temps à nettoyer une écurie où il y auroit quarante^quatre chevaux, que vous n'en mettez pour attacher vos épingles! »

Dans le Dialogue de deux amoureux, que Clément Marot composa en IKU, l'un d'eux décrit en ces termes le costume de sa maîtresse :

Elle vous avoit un corset, D'un fin bleu lassé d'un lasset Jaaaéf qu^eïïo atoll fait exprès, £Jle YOUê avoit puis apt4s,

Mancherons d'eccarlate verte, Robbe de pers large et ouverte (J'entens à Tendroit des tetins), Chausses noires, petits patins, Linge blanc, ceinture houppée, Le chapperon fait en poupée, Les cheveux en passe-flUon, £t Toeil gay en emerillon, Souple et droite comme une gaule.

En effet, saint François de Paule, Et le plus saint Italien Ëust esté prins en son lien, S' a la voir se fust amusé.

La coiffure eux passe^fillon remonte au temps de Louis XL Elle avait été inventée par une Lyonnaise de ce nom, femme d'un marchand nommé Antoine Bourcier, auquel, d'après la chronique de Jean de Troyes, Louis XI donna, en 1476, l'office de conseiller à la chambre des comptes de Paris. La Passe-Filion avait attiré l'attention du monarque, galant malgré sa rude écorce et ses grandes préoccupations; et la charge conférée à l'époux était une sorte d'indemnité.

vn

- Les yertngadins. — Masques et manchons. — Les habits à crevés. — Pourquoi François !«' reprit la barbe. — Une victime de la barbe. — Les perruques.— La mode sous Henri II et sous Charles IX.-<

Les hoche-plis ou vertugadins, qui parurent vers 1550, étaient des cerceaux de fer, de bois ou de baleine, sur lesquels s'étendaient les robes. Ils prirent de telles dimensions, que Louise de Montagnard, femme de François de Tressan, enleva le duo de Montmorency, s<iw ^^ix^^^^^ la v/i/edeBéziers, ovv\\ to\V\^\QQ5ç&^^^^'^^•" cAanf dans sa voilure, swv^ V^ %^^V^^^^^^^

S6 Li MODE EN fRAIfCE.

son vertogadin. A cet appareil, les femmes ajoutaient un corsage fendu et boutonné, des manches relevées sous l'avant-bras, et des mancherons de satin. A l'exemple de Marguerite de Navarre, elles se frisaient les cheveux sur les tempes, en les relevant au-dessus du front, et se coiffaient de bonnets de satin ou de velours garnis de pierreries.

Catherine de Médicis introduisit en France le fard, les corps de baleine, les masques de velours noir doublés de toile, et les manchons, appelés primitivement contenances.

Diverses tapisseries représentent François l*'^ et ses courtisans vêtus de pourpoints à basquiqes ou petites basques, et de pantalons à pieds trèscollants. Bientôt vint la mode de déchiqueter le pourpoint, les chausses, les souliers même pour livrer passage à des bouffettes. La coiffure masculine la plus ordinaire était un chapeau surmonté <Fune plume ; les anciens bonnets et les chaperons n'étaient conservés qu'à la Sorbonne.

Clément Marot dit, dans sa Première épUre duCoqUVÀme:

Porte bonnetz carrez ou rondz Ou chaperons fourrez d'erpiines, Ne parle point ot fais des mmos, Te voilk sage et bien dvscTQl.

LA KODB Bif rHAFTCB. 57

Franfois l^ rëtéMH' la mode de la barbe longue.

L'an 1521, le joar de rÉpiphànîe, étant à Romorantin chez le comté de Siint-Pol, il s'amusait à faire le siège d'une maison à eoapfl( de boules de neige^ quand, dans la chaleur du combat, le capitaine de Lorges, sieur de Montgomery, lai lança un tisoâ ardent* Le rbi se coupa les cheveux pour fteiliter le pansement de la blessure qu'il avait reçues mais^eti revanche, il se laissa croître la barbe, malgré Topposition de la magistrature et du clergés LeÉ barbes, de rigueur au palais du Louvre, furent impitoyablement bannies du palais de justice. François Olivier, qui parvint ensuite aux sceaux, ne fut reçu maître des requêtes qu'à la condition de se raser* Quand le cardinal d'Angennes eut été nommé évêque du Mans, en 1550, il fallut des lettres d^ juieion pour le fai^e admettre par son chapitre^ malgré sa barbe. On lit des difiSeultés analogues à Pierre Lescot^ chanoine de Notre-'Dame, en 1556.

Guillaume Duprat, évéque de Glermont^ mourut victime de sa barbe^ S'étant présenté je jour de Pâques à la porte de sa cathédrale, il y trouva trois chanoines, l'un, le do^^ti) wtûfe ^.^ m^^sew et d'un rasoir, le seeoiA \«iwA\^\\^t% ^'«î^ ^^*

S8 LA MODE EN lAÂNGB.

tuts da chapitre, et le troisième désignant da doigt ees mots da texte : Barbis rasis.

Tous trois se mirent à crier :

"^ Barlns rosis, révérend père en Dieu!

barhis rosis!

Et le doyen brandit le rasoir.

Le prélat résista ; les etianoines insistèrent ; Guillaume Duprat s'enfuit, poursuivi par le trio persécuteur, et se réfugia dans son château de Beauregard, où, troublé de cette scène scandaleuse, indigné de l'affront qu'il avait reçu, échauffé de la course qu'il avait faite, il se mit au lit pour ne plus se relever.

De ce prélat tel fut le sort, Que sa barbe causa sa mort.

Les perruques et surtout les perruques blondes restèrent toujours en France. Adrien Turnèle, directeur de l'imprimerie royale, de i5ttâà 1556, rapporte dans ses Adversaria, que les femmes, surtout à la cour, recherchaient une beauté mensongère, s'ajoutaient des chevelures postiches, la plupart blondes (comas appositas, quales flavas pîerumquœ, mnlieres, tnentito décore formam quœrentes, prœsertim in au/gs, siH adftcunt)

On voit par le préambate &'u\i<i ot^ouio^^

h MODE EN FRANGE. 59

de Henri II, en date du 12 juillet 1549, « que les gentilshommes et les femmes faisoient des dépenses excessives pour leurs draps en étoffes d'or et d'argent, pourlilureSf passements, bordures, orfèvreries, cordons, canetilles, velours^ satins ou taffetas barrés d'or et d'argent. » Avec le règne de ce prince commencent les fraises de toiles ou rotondes, empesées et plissées, les collets montés, les capes espagnoles, qui durèrent jusqu'au xvii* siècle.

Ce fut aux noces de sa sœur Marguerite de France avec Emmanuel-Philibert de Savoie, au mois de juin 1559, que Henri H porta le premier des bas de soie tricotés à l'aiguille. Il est représenté, dans les monuments, vêtu d'un pourpoint à basques, galonné d'or, et d'un manteau de même étoffe. Ses trousses ou hauts-de-chausses, rembourrés de crin,^de bourre de laine ou de coton, sont de satin blanc rayé d'or ; ses chausses et ses souliers, de satin blanc uni. Après sa mort, sa veuve, Catherine de Médicis, porte un costume, de l'aspect le plus sévère, composé d'une sorte de casquette dont la visière est rabattue au milieu du front; d'une collerette à gros tuyaux; d'un corsage collant et boutonné ; d'une large jupe jahssée^ et d'un long mwi\Çi^\x \^\Naas^^ ^"^^j^ çoM montant.

60 lii HODB un frange.

Charles I^ avait uû profond dédain pour la toilette. Le roi de la Saint-Barthélemy, qaand il n'était point troublé par des préoccupations politiques, se livrait h des amusements qui excluaient les recherches de la mode. Il avait une telle passion pour la chasse, qu'au milieu de la nuit, il se réveillait parfois en sursaut en appe-. lant ses chiens. Il se plaisait à forger, à faire dés serrtires, des clefs, deà fers de cheval, des rouets d'arquebuse et de pistolet. Il passait dé longueâ heures à sa forge, au rez-de-ehaûsséé de son palais du Louvre, travaillant en chemise ou en souquenille de toile noire. Parfois, il s'àmusàit à faire de la fausse monnaie.

'< Je le vis un jour, raconte Brantonfte , qu'il en montra à M. le cardinal de Lorraine, «Voilà, » disait-il, « monsieur le cardinal^ cette pièce est 9 bonne, celle-là ne vaut rien ; mais montrez-la 9 à qui vous voudrez, éprouvez-la au feu, elle » se trouvera bonne. ]i

Avec de semblables inclinations , Charles IX

devait voir de mauvais œil les hommes mettre

des buses à leur pourpoint et se travestir en

amaÊones dans ies carrousels ', les dames Caire

venir d'Orient des parfums, des w\fttvw> ^^^

LA MODB EN FRAlfCE. 61

plumes d'antrnehe et des cosmétiques. Dès la seconde année de son règne, en 1561, il publia une ordonnance pour interdire aux femmes veuves Pusage de la soie, sauf la serge ou camelot de soie, les taffetas, le damas et le velours plain. Il défendit en même temps à tous les habitants du royaume d'avoir des dorures sur plomb, bois ou fer, et de se servir des aromates étrangers.

Deux édits, des 17 et 18 janvier 1563, proscrivirent les vertugadins de plus d'une aune et demie; les hauts-de-chausses enflés de crin de cheval, de coton, débourre ou de laine; les chaînes d'or, aiguillettes, pièces d'orfèvrerie avec ou sans émail, plaques et tous autres boutons que ceux qui étaient nécessaires pour fermer les pourpoints, attacher les capes et garnir les bbnnets.

Enfin, une déclaration, en date de 1567, règle les habillements de toutes les classes. Les soieries ne furent plus permises, dans les ordres, qu'aux cardinaux, archevêques et évoques ; les toiles d'or et d'argent, qu'aux princes, princesses, ducs et duchesses. On prohiba le velours, les émaux, et les bourgeoises ne purent porter des perles et des dorures (ço?«^ Y^\^^^'«^'îfc ^^ en bracelets.

Ul

fi

'ri:

- Règne de Henri III. — Les éventails. — Costume des mignons. — Qael est l^époox? — Deux cents sortes de chapeaux. — Bnssy d'Amboise victime de la mode. — Le drageoir du duc de Guise. •— La mode sous Henri IV. — Luxe et misère. •— Gran* deur et décadence de François Trouillac. —

Henri III réitéra ces lois somptoaires ; mais comment les eût-on observés, lorsque la cour affichait le luxe le plus extravagant, et que tout le monde l'imitait!

Après avoir remémoré plusieurs célèbres amis de Ja simplicité, Anlom^ ^u Nw^vs^ ^^ ^«ï^ ses Diverses Le^om^ pxûÀSfc^^ «^ V5J\^ \

64 Iii MODB EN FRANCE.

«Si tous ces gens de bien vi voient de'ce temps, je crois qu'ils rougiroient de honte pour nous, de voir le monde si déréglé, du plus grand jusques au petit, et le débord de licence du menu peuple à se vêtir sans exception de riches habits, jusques à déchiqueter les velours en mille lopins, et chamarrer leurs manteaux, pourpoints et chausses de passements d'or. Finalement, qu'à peine sauroit-on discerner par le jour d'huy un grand seigneur, duc et comte, d'avec un soldat ou autre qui n'a que la cape et l'épée, excepté à la suite et train. Mais, quant à l'habit, le roi n'en a point de plus beau que fait ordiDairement un simple eourtisan, ce qui ne devroit être permis : eat il BÉi facile à juger que tels frisés et braves Mràgâets, n^ayant de quoi fournir du leur en telle dépehse, entretiennent cet équipage par moyens illicites, ou bien ils sont enfans de la matte (ainsi dits parce qu'ils mattent ceux qui tombent' en leurs pièges), ou étalons de cour,|ou bien voleurs, larrons^ assassineurs ou rufiens. »

Selon RenH Ëstienne, auteur de VApologié

pour Hérodote y «la somptuosité était si grande,

qu'un petit compflfnon dépensolt trois cents francs

ûo â peu près ponf ooe seule ptoïke 4e elv«LTi«^«&.i

C'éiait la m^, sons Henrt \l\, «L*vio\t.^

lA lyODE EN VftAlfCE. 62^

fraises empesées e\ godrojinées ou de grands collets renversés i Vitalieme. Les élégants, pour conserver la blancheur de ^eur teint et de leurs mains, mettaient la nuit des masques et des gants enduits de cosméii(iues. Ils se fs^aieni ^Uejr les sourcils, de manière à ne laisser au-de$sns de l'œil qu'une arcade fine et déliée. Ils échancraient leurs pourpoints, afin de montrer quelques dentelles de point coupé, genre de parure nouveau, importé de Venise, et dont il est question pour la première fois dans la Description de Vile des Bermaphrodites, pamphlet d'Arthur Thomas, qui mentionne aussi les éventails comme servant au sexe masculin :

« Je vis qu'on lui mettoit à la main droite un instrument qui s'estendoit et se repiyoit en y donnant seulement un coup de doigt, que nous appelons un éventail. Il était d'un vélin aussi délicatement découpé qu'il estoit possible, avec de la dentelle à i'entour de pareille étoife. »

Les mignons fraisés et frisés empruntèrent encore aux dames les colliers de perles, les boucles d'oreilles, les baguas, le^l>QUt^U \^%^^^5sk^ ^t lesfiichons : on nomiMM ^va^v ^^^ i^«*«s^ roulés au-dessus des iemç^^,'L»&^«^^'^'^^^*

66 LA MOD£ Blf FRANGE.

également poupins, se parfamaient d'eaux cordialeS; de civette^ de musc, d'ambre gris et de précieax aromates. On ne les distinguait plus l'un de l'autre, et Tépigramme suivante d'Etienne Tabouret, seigneur des Accords, n'avait rieu d'exagéré :

Ce petit popeliret,

Frisé, fraisé, blondelet,

Dont la reluisante face,

Fait môme honte à la glaco,

£t la délicate peau

Au plus beau teint d'un tableau :

Ce muguet dont la parole

Est bleze, mignarde et molle ;

Le pied duquel, en marchant,

N^iroitun œufescachant,

L'autre jour prit fantaisie

De s'épouser à Marie,

Vêtue aussi proprement,

Peu s'en faut, que son amant.

£t, venant devant le temple,

Le prêtre, qui les contemple.

Demande, facétieux :

« Quel est l'époux de vous deux? »

Ceux qui tenaient à conserver une tournure civile se coiffaient de chapeaux à Valbanai$e, très-hauts et presque sans bords , ou de

LA MODE EN VRÂIfCE. 67

sombreros espagnols, dont la large envergure ombrageait le visage.

« Qui pourroit, écrivait Biaise de Vigenère en 1576, comporter de voir, en moins de quinze ans, varier de plus de deux cents sortes de chapeaux et de ceintures à porter l'épée, et suit le reste à l'équivalent? »

Les pourpoints étaient collants ou très-amples, à la suisse, découpés à grandes balafres; on les criblait de laillades, de crevés, et ce fut cette mode qui perdit Bussy d'Âmboise. Le sire de Montsoreau, instruit des relations de sa femme avec ce hardi capitaine, le 24 novembre 1579, la força, le poignard sur la poitrine, de lui donner un rendez-vous. Bussy accourt sans défiance, et est introduit par une femme de service dans une chambre où l'attendent le mari furieux et huit hommes armés. Bussy tire Pépée, se défend avec autant de présence d'esprit que de courage, met hors de combat trois de ses adversaires, s'approche d'une fenêtre, l'ouvre et s'élance. Il est sauvé!...

«MalSy raconte VariW^s, i^^t \syaSû»iW: \^^^ lui, ilavoit ce jour-là uii^o\w^w«\\.V\^^^^'^

68 LA HODB EN FAAlfCE.

c'e8t-à-dire tailladé , qm, reneontr^nl m barreau de fer, s'accrocha. Bussy demeura suspendu, et les cinq ennemis qui lui restoient, i'aperceyaui dans cet état, le tuèrent à leur aise.^

C'est cette tragique aventure, racoptée par l'Estoile, qui a fourni à M. A* Dunias le sujet de son drame de Henri IIL

Les jeunes seigneurs placèrent en sautoir sur leur poitripe.une montre, invention toute récente, peu nécessaire à des gens qui ne connaissaient point le prix ()u temps; ils se servajent de sarbacanes pour lancer aqx dames des bonbons mysqués, et cultivaient avec succès l'exercice nouveau du bilboquet.

« Au mois d'août 4(i85, dit Pierre de l'Estoile, le roy commença de porter un bilboquet do»t H se joHoit par les rues ; le duc d'Épernon et les autres courtisans Jrent le semblable, suivis de gentilshommes, pages, laquais et jeunes gens de toutes sortes, tant ont de poids et de conséquences, principalement en matière de folie, les actions et déportements des rois, princes et granàs seigneurs. »

On pariait à la ceinture un ^t^%*^wt. \a ^^^

LA HODB Bit ritXRGE. 69 ,

de Guise en avait qd en argent, le jour où it fai viclime du plus lâche guel-apens dont jamais rof '■se soi[ souitlé. Il veuail de mauger quelques [ prunes de Brignoles, et mettait le reste dans son drageoir, quand le secrétaire Révol vint l'avertir que Henri III le demandait. Attaqué par lus quaraute-cluq, au moment où il soulevait la portière de velours du cabinet, le malheureus duc essaya de se défendre avec la boite d'argent qu'il tenait encore à lamain.

Honlaigue nous apprend que les dames de la cour, quand elles n'avaient point de corps de baleine, se serraient la taille avec des éclisses de bois.

Elles portaient d'ordinaire deux robes superposées, de deux conleurs ditFérenles. Leurs manches, rembourrées de coton, ressemblaient aux gigots de la Restauration ; leurs bas étaient attachés avec des jarretières h ramages ; les masques ou loupi, dont elles se couvraient la figure k la promenade, n'avaient point de cordons, mais ils étaient maintenus par un boulon de verre, qu'il fallait presser entre les dents. A leur ceinture, i côté d'une aumônière, pendait un miroir rond, à manche, qu'elles consultaient souvent, afin de rajuster leurs \\â\o\is.'VQ'M wSaxv.,'®»»' avaml la loque, le toatïAftV tW ew.tiV^'*"^

de chapeau à feod élevé, dont Tétoffe, natarellement chiffonnée, formait une multitude de plis. L'ancien chaperon reparaissait encore.

« On appelle chaperon^ dit Jean Picot, dans son Trésor de la langue française, l'atour et habillement de teste des femmes de France , qoe les damoiselles portent de velours à queue pendante, touret levé, et oreillettes atournées de dorures, ou sans dorures, autrement appelées coquilles. Les bourgeoises le portent de drap, tonte la cornette quarrée, hormis les nourrices desenfans du roy, lesquelles le portent de velours à ladite façon bourgeoise. »

Les cahiers de la noblesse aux états^ de Blois, en 1588, remontrent « qu'il ne debvroit être permis aux femmes des advocats, procureurs, trésoriers, bourgeoises et antres femmes ignoblés, de porter plus chaperons de velours. »

La cour de Henri IV adopta déCnitîvement le chapeau de feutre à bords retroussés, et ombragé d'un bouquet de plumes ; elle propagea l'usage de séparer les chausses des bas, et de placer sur le genou une jarretière à rosette. Un /Vm^att/ de ce régne devait avoir une fraise ou rotoudeU^s- ^ûu/ûj montée sur un carton •, uue teYv^t^^XiX^'^-

che, eD sautoir, sur son pourpoint tailladé; une cape ou manteau court à Ve$pagnole; un hautde-chausses à crevés ; des bas-de-chausses collants, en taffetas de Chine, rouge et blanc. Il devait encore, suivant le poêle satirique Régnier,

]>ire cent et cent fois : « Il en faudrait mourir I » Sa barbe pinçoter, cageoler la science, Relever ses cheveux, et dire: « En conscience 1 » Faire la belle main, mordre un bout de ses gants, Rire hors de propos, montrer ses belles 'dents, Se carrer sur un pied, faire arserson épée, Et s'adoucir les yeux ainsi qu'une poupée.

Berlhelot, autre poëte contemporain, dans son Inventaire d'un cour(7«an, nous indique une partie des objets nécessaires à la toilette d'un jeune frisé.

La coquille d'un limaçon Pour bien lisser une rotonde, Une carte entière du monde, Des gants neufs de peau de souris.

Une once de poudre d'iris, Des préceptes pour la grimasse.

Une grosse troupe de chasse, Un papier tout plain de ruban, Et les deux manches d'un gaban ; Un compas pour Y^sUo\q%\^^ Plusieurs ftguTes ôô xcvîi.%\% ^

72 L4 MODE EN FRinCE.

Un chapeau gris, quatre boutons, La rognure de deux testons, Un fer pour friser la moustache, Des gaufres, un peigne, un panache Dont il se pare quelquefois, Allant à la maison des roys.

Le gaban, dont il est question dans ce fragment, était un manteau de feutre à longs poils et à manches, dont on s'affublait pour se garantir de la pluie. A la campagne, et par le mauvais temps, les hommes se couvraient aussi d'une casaque à capuchon, appelée paletot, mot dérivé, suivant les uns, du latin palliolum (petit manteau), et, ; suivant les autres, de palUum, manteau, et de tôt, qui signiûe en breton chapeau.

Les dames , sous le Béarnais , continuèrent â porter des masques, à se parfumer d'ambre gris, de musc et d'eaux cordiales, à ressembler à des cloches par Tampleur de leurs robes à vertugadins.

Quelquefois leur corsage, au lieu d'être boutonné par devant et de se terminer carrément, s'entr'ouvrail pour laisser voir une chemisette, et s'allongeait en pointes aiguës.

La faste àes courtisans dépassa encore celui àe leurs devanciers, malgré les édW^ de V^^^,

1601 et novembre 1606^ contre les clinquants et dorures

Henri IV était mis d'ordinaire assez simplement; il jouait à la paume, sans pourpoint, avec une chemise déchirée et de larges chausses grises dites h jambes de chien. Il évitait la représentation ; mais, lorsqu'il y était contraint, il mettait un pourpoint chamarré d'or, sans toutefois quitter son chapeau gris, orné d'un blanc pennache. Tel fut son costume, lorsqu'il entra à Paris, le lundi 15 septembre 1554, en revenant du château de Saint-Germain. Gabrielle d'Estrées,! dame de Liancourt, le précédait dans une litière découverte.

«Elle étoit, disent les mémoires contemporains, chargée de tant de perles et de pierreries si reluisantes, qu'elle offusquoit la lueur des flambeaux, et avoit une robe de satin noir toute houppée de blanc... »

« Le samedi, 12 novembre 1554, raconte Pierre de TEsloile, on me flt voir un mouchoir qu'un brodeur de Paris vcnoit d'acheter pour madame de Liancourt, laquelle devoit porter le lendemain à un ballet, et en avoit arrêté le i^riiL à dix-neuf ctnis écus <\\3?A\^\\sX^<î:^^^\'«\^ comptant... »

7i hk MODE El^ FRANCE.

« Le dimanche gras de Tannée ISSb, farent faits à Paris force ballets, mascarades et eollations, et à la cour encore plus, où les plus belles dames, richement parées et magnifiquement atourées, et si fort chargées de perles et pierreries, qu'elles ne ponvoient se remuer, se trouvèrent par le commandement de Sa Majesté. »

Au carnaval de 4556, les feslins, les fêtes, les parures furent plus magnifiques encore.

«Quant aux habillements, bagues et pierre* ries, la superfluité y étoit telle, qu'elle s'étendoit jusqu'au bout des souliers et patins des dames et demoiselles; et cependant processions de pauvres se voyoient dans les rues en telle abondance, qu'on n'y pouvoit passer, lesquels erioient à la faim, pendant que les maisons des riches regorgeoient de banquets et de superfluités : chose abominable devant la face de Dieu. »

L'habillement que commanda le marquis de Bas-

sompierre à l'occasion du baptême des enfants du

roi, le li sq)tembre 1606, était de toile d'or vio-

/?/6?^ j^rodée de palmes entrelacées , el emOcÀ^<fc

^^^çaan te livres de perles; il coula a^etV^*^

IiA MODE BN fRÀIfCB. 75

dix-neuf mille écus dont six cents pour la bçoB.

Jean de Serres, auteur de VInventaire de rhisloire de France, nous fournit de nouveaux détails sur te luxe déployé dans la même cérémonie ;

« Les princes et les seigneurs de la cour concertoient à qui deTanceroit l'un Fautre en dépense. Dedans les gardes seules d'une superbe épée, que le duc d'Épernon fit monter, entrèrent dix-^lmit cenU diamants dont le plus riche éloit de vingt écus, et le moindre de quatre à cinq, et revenoient ces gardes, au dire de Torfévre qui les étoffa, à trente mille écus. Jamais ne fut rien de plus admirable à la veue, ny de plus incroyable à Touye, que la beauté, l'ornement et le lustre des princesses et dames de la cour : les yeux humains ne pouvoient soutenir la splendeur de l'or, ni la candeur de l'argent, ni le brillant des perles et des pierreries qui couvroient leurs habillements ; et tout ce qui se peut recouvrer de précieux et de rare en étoffes revêtoit les princes et seigneurs. La robbe de la reine, étoffée de trente-deux mille perles et de trois mine diamants, \a m^Wft\\.\ssst^ ^\^^ '^ de prix. »

70 L4 MODE BfT FRANCE.

Les barbes, triomphant des obstacles qu'on leur avait suscités, régnèrent sans partage avec Henri IV. On en vit de rondes, de carrées, de pointues, à la ligue, en queue d'aronde ou d'hirondelle, en feuilles d'artichaut, etc. Les barbes en éventail étaient consolidées avec un mastic de cire parfumée, et enfermées chaque soir dans une bigotère, bourse du genre des aumônières que les bigots portaient à la ceinture.

La mode des barbe» en satyre fut due à un pauvre charbonnier nommé François Trouiliac, que Jean de Beaumanoir , marquis de Lavardin, découvrit en chassant dans la forêt du Mans et qu'il envoya au roi. Ce Trouiliac avait sur le front une corne recourbée, qu'il était obligé de couper, comme nous coupons nos ongles.

Henri IV, après l'avoir montré à toute la cour, le donna à un valet d'écurie, qui en fit l'exhibition publique dans une maison de la pointe Saint -Eustache, au mois de septembre 1533.

Les curieux affluèrent; on admira non-seulement l'appendice cornu du phénomène, mais encore sa barbe rousse, douce et floconneuse. Toutes )es barbes se taillèrent sur le patron de celle du malbeareux cbarbonmer, qui ne p\xV \o\iYc A"^

i* HOiiK EN tkirrcE. 77

ce triomphe involontaire; car, trois mois après SOI) arrivée, on l'enterrait dans le cimetière de SaiDl-Côme, rue de la Harpe, au coin de la rue des Cordeliers.

- Louis XIII. — Les moasiacbes. — Cadenettes. — Coiffures à la comète. — Rabats. — Cravates et canons. — Ordonnances contre le luxe. — Merveilleux et merveilleuses en 1640. -~

Le crime de Ravaillac fut fatal aux barbes ; le successeur de la victime ayant neuf ans, les menions des courtisans se mirent insensiblement à l'unisson de celui de l'enfant roi.^e dernier magistrat qui porta la barbe fut Richard Mitfaon, bailli et juge criminel du comté d'£u, mort en à 626. Toutefois l'on co\i^t\^ «^^ ^âm\^ moustaches à PespagnoU^^X^ tonnée» VN».^'^'^'

que, en garde de poignard. On y attachait un prix extraordinaire.

« J'ai bonne opinion, dit un grave moraliste, d'un jeune gentilhomme curieux d'avoir une belle moustache. Le temps qu'il passe à l'ajuster, à la redresser n'est point perdu : plus il l'a regardée, plus son esprit doit être nourri d'idées mâles et courageuses. »

Lorsque François de Montmorency, comte de Bouteville, fut décapité, le 21 juin 1547,11 porta la main à sa moustache, pour la défendre des ciseaux du bourreau, et son confesseur Cospcau, évêque de Nantes, s'écria en joignant les mains :

-- Quoi ! mon fils , vous pensez encore au monde !

Honoré d'Albert, seigneur de Cadenet, nommé maréchal de France en 1609, inventa les cadcneltes; c'était une poignée de cheveux qu'on laissait longs sur la face gauche de la tête, après avoir coupé le reste très-court. De 1609 à 1612 régna, povr les hommes, la coiffure à la comè/e; les cheveux, séparés sur l'occiput, formaient par derrière une sorte de queue flottante qu'on ramenait sur Tune on l'autre épawle.

Vers i620, Louis XIU devlnl c;\xa\SLNfe \ ^<i.ù-

LA MODE EN FRAIfCE. 81

dent qu'on attribaait plaisamment aux harangues qu'on lui avait débitées. Il prit perruque, et les courtisans s'empressèrent de l'imiter. Les perruques se composèrent d'abord uniquement de deux touffes attachées aux deux côtés d'une calotte de taffetas; on crut avoir trouvé un grand perfectionnement quand on y attacha une touffe postérieure.

Le costume, sous Louis XIII, s'éloigna insensiblement de celui du xvi^ siècle. Aux fraises succédèrent les rabats, les collets bordés de dentelles, et les cravates, qu'introduisireut en France, pendant l'année 1656, les cavaliers croates au service du roi.

fi La cravate, suivant la définition d'Antoine Furetière, est une espèce de collet que portent les hommes, quand ils sont en habit de campagne ou en justaucorps; elle se noue autour du cou, et les deux bouts pendent fort bas dessous le menton. »

Le pourpoint à basques tendait à devenir l'habit moderne ; il s'ouvrait pour laisser paraître la chemise, dont les plis descendaient sur la ceinture; Jes hauls-de-cUgiw^^ft'à ^V5^fc\\ x'txK^cés par une culoUe !VoU^\Afc\ ^^vA^'^'î^^'^ ^^

83 LA MODE EN fRAlfCE.

genou s'attachait le canon, cercle d'étoffe frangé de dentelles. Leeardinal de Retz, dans ses Mémoires, raille le dac de Candole en disant : « Il n'avoit de grand que ses canons. » On se chaussait de bottes à entonnoir, de souliers à talons hauts, enjolivés de rosettes. Les dames avaient renoncé aux vertugadins; elles superposaient deux robes, l'une courte et parfois retroussée, l'autre longue et traînante ; le corsage était décolleté carrément; les manches, larges du haut, mais sans matelassage, étaient collantes sur l'avant-bras. Les deux sexes prodiguaient les dentelles en voilettes, en manchettes , en tours de gorge, en garnitures. Les rubans, les volants, les falbalas, étaient semés à profusion sur les vêtements; le luxe allait toujours croissant; témoin ce passage du Baron de Feneste, du sieur d'Aubigné :

« Les valets de pied de la cour eux-mêmes portent cheveux et perruques jusque sur les épaules, les manchettes jusqu'au coude, les chausses sur les talons, la gorge, le cordon de chapeau et les oreilles toutes bigarrées de rubans incarnadins. »

Loais XIU rendît deux noweWes ot^o\«Kî^^^

LA MODE EN FRAIfCB. 83

en i655 et en 1654. Cette dernière produisil une vive impression, qui se manifesta par des milliers de caricatures ; Tune d'elles représente un marchand flamand qui s'arrache les cheveux, foule aux pieds des broderies, et s'écrie :

Que fait-on publier ? que venons-nous d'entendre ? Mettons bas la boutique, et de nos passements Faisons des cordes pour nous pendre !

Une autre estampe est Intitulée : Pompe funèbre de la modey avec les larmes de Démocrite et les ris d^ Heraclite. La Mode, portée par quatre femmes, est suivie d'un long cortège de tailleurs, de barbiers, de brodeurs, de faiseuses, qui élèvent, en guise de bannière, des bâtons chargés de dentelles et d'ajustements. On aperçoit au tond un sarcophage, avec cette épitaphe :

Ci-gist sous ce tombeau, pour l'avoir mérité, La Mode, qui causoit tant de folie en France. La mort a fait mourir la superfluité, Et Ta faire bientôt revivre l'abondance.

L'effet des édils n'aUe\%Ti\\^^'?^\^ ^^^ % ^"^

conserva ses habits dorés, ses dentelles, ses pierreries, ses manteaux à ramages doublées de loup-cervier et d'hermine. Les bourgeois seuls durent se priver de galons, de plumes, de bottes, de manches à taillades. Les leurs avaient cependant à la partie supérieure une ouverture longitudinale, qui laissait la chemise à découvert et pouvait se boutonner. Les bourgeoises, faute de dentelles, se contentèrent de galants : c'était sous ce nom qu'on désignait toute espèce de rubans.

Dans la Galerie du palais , comédie du grand Corneille, jouée en 1635, Oronle dit à Florise :

Si tu fais ce coup-là, que ton pouvoir est grand! Vois, je te veux donner tout à l'heure un galant.

Dans la même pièce, un mercier dit à Gléante :

Ne vous vendrai-je rien, monsieur ? des bas de soie ? Des gants en broderie, ou quelque petite-oie?

Ce nom, qui signiGait, au xvi^ siècle, abatis de volaille, servait, sous Louis XIII, à désigner les rubans, les plumes, le nœud d'épée, les gants, les bas, les souliers et la garniture àeDiabiL Scarron, dans son Épitre burlesque '^\»aAL«ssvft

lii HODB EN FRANCE. 85

) Hautefort, nous a laissé le portrait des mer- \illeux et merveilleuses de 1640, à la fin du gne de Louis Xdl :

Parlerai-je des jouvenceaux, Tous argentés par leurs manteaux Tous enrichissant sur la mode, Commode soit ou non commode ; Ayant tous canon trop plissé.

Rond de bottes trop compassé, Souliers trop longs, grègues trop larges, Chapeau à trop petite marge, Trop de galons dessus les reins, A la tête de trop longs crins ?

Parlerai-je de ces fantasques Qui portent dentelle à leurs masques, En chamarrant les trous des yeux, Croyant que le masque est au mieux ?

Dirai-je qu'en la canicule, Qu'à la cave môme Ton brûle, Elles portent panne et velours ?

Mais ce n'est pas à tous les jours ; Qu'au lieu de mouches, les coquettes Couvrent leur museau de paillettes.

Ont en bouche canelle et clous, Afin d'avoir le flaire doux, Ou du fenouil que je ne mente, Ou herbe forte comme mente.

- Règne de Louis XIV. — Entrée de Marie-Thérèse à Paris. — Petite-oie. — La manie des perruques. — Justaucorps. — Veste. — Ringraves. — Brandebourgs. — Palatines. — Manches- — Manches amadis. — Fichus. — Fontanges. — Robes à l'Andrienne. —

Le grand siècle de Louis XIV (1647-1715) vit des transformations nombreuses, des modes étranges, un faste inouï, qui résista à vingt-cinq ordonnances successives ; car, de même qu'aux époques antérieures, la Mew-à^i <iX\^'tw<sçss^^*esar naient du pouvoir ro^aA.

D'après les Mémoires de Dangeau :

« Louis XIV éloit vêtu de velours de couleur plus ou moins foncée, avec une légère broderie et un simple bouton d'or ; toujours une veste de drap ou de satin, rouge, bleue oa verte, fort brodée. Il ne porta jamais de bagues ni de pierreries qu'à ses boucles de souliers ou de jarretières. Soncbapeau étoit toujours bordé de point d'Espagne, avec un plumet blanc. Il étoit le seul de la maison royale et des princes qui portoit l'ordre du Saint-Esprit dessous l'habit, exceplé les jours de mariage et de grande fête, où il portoitl'ordre par-dessus avec des pierreries pour huit ou neuf millions, »

Quand il ramena Marie - Thérèse à Paris, le 26 août 1660, il étala une magnificence lourde et écrasante comme le despotisme. Qu'on lise plutôt la description qu'a laissée Larrey de cette solennité, dans son Histoire de Louis XIV :

« Le roy et la royne partirent de Vincennes.

Ils étoient conduits par le chancelier, vêtu d'une

robe de drap d'or frisé, avec une soutane de

toile d'or, et la ceinture de même, ayant un

cbapeaa de ve/oars noir brodé d'ot, AowV.V^ <!ôv

don éioit aussi d'or.

LA MODE Elf fRÀNGE. 89

» Il étoit précédé des officiers de la chancellerie et des serviteurs du roy, en robes de satin et manches pendantes.

» Les maîtresides requêtes marchoienl ensuite en robes de velours noir, avec des ceintures d'or : les officiers du sceau suivoient, et après eux venoil une haquenée blanche, couverte d'une housse de velours bleu, semée de fleurs de lys d'or, qui portoit les sceaux dans une cassette de vermeil doré, couverte d'une gaze d'argent ; deux estafiers la menoient, vêtus de pourpoints de satin violet, et de hauts-dc-chausses de velours, chamarrés d'or, avec des toques de pareille étoffe, chargées de plumes violettes et blanches.

» Ils étoient précédés des quatre huissiers de la chancellerie, vêtus de même, ayant des chaînes d'or au cou, et portant des masses d'argent à la main.

» Tout ce cortège étant arrivé au Trône (à la

barrière de ce nom). Leurs Majestés parurent bientôt après. Le roy, vêtu d'un habit tout de broderie d'argent trait, mêlé de perles, et garni de rubans incarnat et argent, avec un bouquet de plumes incarnat et bleu attaché d'une rose de diamants, venoit monté sur un cheval d'Espagne, dont la housse éloil eu \iTCi^'^m ^w%^s5\ ^\^ liarnois semé de perles*

90 LA MODE EN f RANGE.

» La reine suivoit dans une calèche en forme de char de triomphe, couverte dehors et dedans d'une broderie d'or trait, et le dais brodé dehors et dedans de semblable broderie, avec des festons pendants à Tentour. Cette princesse étoit vêtue d'une robe enrichie d'or, de perles et de pierreries, et elle étoit parée des plus riches joyaux de la couronne. »

A la réception de l'ambassadeur de Perse à Versailles, le mardi 19 février 1715, le roi prit un habit d'étoffe or et noire, brodé de douze millions cinq cent mille livres de diamants, et si pesant, qu'il fut obligé de le quilter dans Taprès-dînée. Le duc d'Orléans avait un habit de velours bleu brodé de diamants et de perles.

La même année, par édit du lundi 22 avril, Louis XIV défendit aux officiers de mettre des galons d'or à leurs uniformes.

On parlait encore, au commencement du grand siècle, des canons, des nœuds d'épaule, des galantsou rubans et de tous les enjolivements compris sous le nom de petite^oie.

Scarron fait dire à son héros Jodelet, dans une comédie jouée en 1645 :

l/n pitsseur de canons, ou de ces tamèaiivVs Qui passent tont un jour à nouer àes%a\Mv\»,

Le Gros-René du Dépit amoureux, pièce jouée à Paris au mois de décembre 1658, dit à Marinetle:

Ton beau galant de neige avec ta nonpareille, Il n'aura plus l'honneur d'être sur mon oreille.

Dans les Précieuses ridicules, qui sont de l'année suivante, Mascarille demande à Calhos :

« — Que vous semble de ma petite-oie? la trouvez-vous congruante à l'habit? le ruban en est-il bien choisi?

Madelon, sœur de Cathos s'écrie :

« — Furieusement bien ! C'est perdrigeon tout pur.»

Perdrigeon serait, à eh croire les commentateurs de Molière, une couleur empruntée à une prune violette ou blanche; mais la vérité est que ce Perdrigeon, qu'on a voulu faire passer pour une prune, était un homme, un riche et célèbre marchand de petites-oies.

Dans une fable de Lenoble , le Singe qui s*habille en cavalier y maître Bertrand pare son épée.

D'une dragonne d'ot ^w^^\^\\%<iw^^^^^^'^-

Les barbes eu çmX^i, \^î^Q^ ^^^^x^s^^v^^^'^^

92 L4 MODE EN fRAHCE«

dans des sacs, disparurent insensiblement. On en voyait encore quelques-unes en 1648.

« Aux funérailles de Voiture, dit le poëte Sarrasin, trente petits cupidons, tenoient, l'un la bigotère, l'autre le miroir, et, enfin, les autres le peigne d'écaillé de tortue, les boîtes de poudre, les pommades, les essences, les huiles, les savonnettes, et le reste des armes qui avoîent servi aux conquêtes du grand Voiture. >»

La manie des barbes fu t remplacée par celle des perruques ; il y en eut à la françoise , en bichon, à calotte, à la moutonne, à Vespagnole, h deux faces, à la hrigadière. Le nommé Binette inventa la grande perruque in-folio, et il aurait volontiers, disait-il, dépouillé les têtes de tous les Français pour couvrir dignement celle de leur monarque. Le chevalier Bernin, faisant le buste de Louis XIV, disposa sur le front du roi des boucles qui en cachaient une partie, en disant :

— Votre Majesté peut se montrer à tout le monde.

Cet incident mit à la mode les Friêuret à la

l^e barbier de Louis XIV pm\»lI^^\V%mc^\^

LA MODE KN IIÀNCB. 95

plus hauts personnages de la cour l'honneur d'assister au petit lever , et il présentait au roi cinq perruques entre lesquelles Sa Majesté fai-* sait un choix. Pour suffire à la consommation, on dut créer, par édits de 1656 et 1675, quarante charges de perruquiers. II y sut des perruques du prix de mille écus. On avait commencé, dès le règne de Henri IV, à répandre sur les cheveux une poudre parfumée qu'on appelait ^rîterie. Sous Louis XIV, on sema dessus un mélange de mousse de chêne et de farine de fèves, qualifié on ne sait pourquoi de potulre de Chypre,

Boursault, dans ses Portraits critiques, parle « d'une perruque toute blanche de poudre et terminée succinctement par un nœud accourci. »

Dancourt, dans sa comédie de VÉté des Coquettes, jouée le iS juillet i690, met en scène un abbé poudré. Angélique lui dit :

« -— Éloignez-vous de moi, monsieur, vous avez des odeurs.

« — Ce n'est que de la poudre de Chypre, madame. »

Les perruques trouvèrent d'ardents contradicteurs parmi les théologiens ; ils ar^umeatèrent en citant kt\\^\\Vt^'^^'ï^\^'«^««^'^'^ £p^{re aux Corinthien», CX^xvV't ^^ ^^^ss«a«^

soutint la cause des perruques dans un ouvrage de sept cents pages in-octavo : £pû(o/a ad ^ndream Calvum de capillo virorum et mulierum coma.

Les cheveux posticiies furent longtemps interdits aux ecclésiastiques. En 1685, un chanoine de Beauvais, qu'on empêchait de célébrer l'office parce qu'il portait une perruque, la déposa entre les mains de deux notaires qui rédigèrent surle-champ une protestation motivée. En 1689, plusieurs oratoriens furent renvoyés de leur ordre pour crime de perruque.

L'état du costume masculin en 1661, est précisé par ces vers de VEcole des Maris:

Ne voudriez-vous point, dis-je, sur ces matières, De vos jeunes mugets m'inspirer les manières, M'obliger à porter de ces petits chapeaux Qui laissent éventer leurs débiles cerveaux, Et de ces blonds cheveux, de qui la vaste enflure Des visages humains offusquent la figure ?

De ces petits pourpoints sous les bras se perdant, Et de ces grands collets sur Testomac pendant ? De ces manches qu'à table on voit tàter les sauces. Et de ces cotillons appelés hauts-de-chausses, De ces souliers mignons de rubans revêtus, Qui vous font ressembler a des pigeons pattus, £t de ces grands canons où , comme eiv ^es eivVtv^ça ^ On met tou9 loi matins les deux \wxv\)^ ewi\we**\

L'habit, qu'on nommait justaucorps lorsqu'il était étroit, avait des passements aux manches et des pattes sur le côté ; il était de drap d'Elbeuf, de Lodève ou des Andelys , enrichi de galons, de tresses de soie et d'or, ou d'une bande d'or à la Bourgogne, Les bourgeois le portaient généralement noir, avec un manteau noir sans manches et des souliers noirs à bouts arrondis. Les courtisans rehaussaient leurs chaussures par des talons rouges ; l'ancien pourpoint, qu'on plaçait sous l'habit, prit le nom de vestCy la culotte est définie par Furetière dans son grand Dictionnaire françois , « une espèce de hautde>chausses court, serré, où l'on attache quelbuefois desl)as, des canons et des ringraveê, »

Ce dernier ajustement était un énorme hautde- chausses attaché sur le genou avec des rubans, et introduit en France par le reingraff (comte du Rhin) gouverneur de Maestricht.

f( — J'ai chez moi un garçon qui, pour monter une ringrave est le plus grand génie du monde, » dit le tailleur du Bovrgeoii gentilhomme y comé^xQ jouée à Chambord, le 14 octobre 1670.

La Désolation des Joueuses, autre pièce donnée au théâtre par DaiitowtV, tw Xfe'SV ^\»s5i^x'^- Yéle que les chevaliera tfVuiw^Vxvîîi ^^^^^'^^^

96 LA MODE EN f RANGE.

leurs ringraveê des cartes apprêtées. Les brandebourgs furent aussi une iinportation germanique, due à l'électeur de Brandebourg, qui vint en Alsace, en 1674. La grosse casaque descendait jusqu'à mi-jambes. Elle avait des mancbes beaucoup plus larges que les bras, et des garnitures de boutons en olives, unis par des cor« donnets.

Le costume des femmes, au commencement du règne de Louis XIV, est élégant, riche et gracieux.

Les cheveux, diaprés de bouquets, tombent en tire-bouchons qui accompagnent heureusement la flgure. Il n'y a point trop de crevés et de bouffants aux manches, qui sont généralement courtes et laissent Pavant-bras nu. La couleur de la robe ouverte contraste harmonieusement avec celle de la jupe. Mais la toilette féminine ne tarde pas à s'alourdir. Les coiffures s'élèvent, les étoffes deviennent pesantes et chamarrées ; les robes à queue s'allongent ; on ajoute aux souliers des talons i hauts de trois pouces; les revers de la robe de dessus sont retenus des deux cotés par de gros nœuds de rubans.

La huitième édition du Traité de la civilité ^ jDobliée à Paris en 1695, nous apprend que le masqae n'était pas encore dè\«\ssè.

^A l'égard des dames, W csX Viow 0^^ %wws

tl MODE Eff FRANGE. 97

qu'outre ia révérence qu'elles font pour saluer, il y a le masque, les coiffes et la robe, avec quoi elles peuvent témoigner leur respect ; car c'est incivilité aux dames d'entrer dans la chambre d'une personne à qui elles doivent du respect, la robe troussée, le masque au visage et les coiffes sur la tête, si ce n'est une coiffure claire. C'est incivilité aussi d'avoir son masque sur le visage en un endroit où se trouve une personne d'éminenle qualité, et où on peut en être aperçu, si ce n'est que Ton fût en carrosse avec elle. C'en est une autre d'avoir le masque au visage en saluant quelqu'un, si ce n'était de loin; encore l'ôte-t-oa pour les personnes royales. »

Plusieurs modes célèbres datent du règne de Louis XIV.

Ce fut vers 1656 que l'on commença à peindre avec soin les éventails, à les monter sur de légères baguettes de bois, de nacre, d'or, d'ivoire ou d'acier. Quelques dames demandèrent à Christine de Suède si elles devaient adopter la mode d'avoir des éventails en été comme en hiver. La reine, qui affichait une rude franchise, repliqua grossièrement :

— Je ne crois pas : novx^ ^V«^ %>^^%'«ss!CàK^ éventées.

98 LA MODE Bit FBÀNGE.

Charlotte-Elisabeth de Bavière, fille de l'électeur palatin, en épousant, en 1671, Monsieur, frère unique de Louis XIV, apporta en France la mode des palatines, qui cachèrent enfin ces nudités de gorge dont se plaignaient les prédicateurs.

Les mouches en taffetas noir, mentionnées dans VÈpître burlesque de Scarron, se propagèrent vers la même époque. Le portrait de Marie- Anne-Christine-Victoire de Bavière, fiancée au Dauphin en 1680, la représente avec trois mouches, l'une au front, l'autre au milieu de la joue, la troisième près du nez.

Les manches amadis, serrées et boutonnées jusqu'au poignet, se montrèrent, pour la première fois, dans les costumes que le chevalier Bernin avait dessinés pour l'opéra ^ Amadis de$ Gaules, musique de Lully, paroles de Quinault.

Les fichus parurent après 1692, sous la dénomination de stemkerques. L'armée, commandée par le duc de Luxembourg, campait à Steenkerqne, en Belgique, lorsqu'elle fut surprise par les troupes anglo-hollandaises du roi Guillaume. Les officiers français, en s'habillant à la hâte pour repousser l'ennemi, passèrent négligemment /âurs cravates, et, de retour à Paris, ils continuèrent à les porter à la slcinkerquc.

Cette innovation n'était pas du goût des hommes qui tenaient au décorum par état ou par inclination.

Deux jeunes conseillers vinrent, un jour, à Gros-Bois rendre visite au président Harlay.

« Ils étaient, rapporte Saint-Simon, en habit gris de campagne, avec leurs cravates tortillées et passées dans une boutonnière, comme on les portait alors. Cela choqua l'humeur du cynique. Il appela une manière d'écuyer; puis, regardant un de ses laquais : « Chassez-moi, » ditnl, « ce » coquin-là tout à cette heure qui a la témérité » de porter sa cravate comme messieurs. »

Messieurs pensèrent en tomber en défaillance, s'en allèrent le plus tôt qu'ils purent, et se promirent bien de n'y pas retourner. »

Les dames modifièrent les steiukerques, et se garnirent le cou de triangles de soie bordés de dentelles, de franges d'or, de filets d'or et d'argent.

« Les femmes de Paris, dit Pasquin, dans la scène VI de la comédie d'A((ettd€*-tt^<i\ «»<sm.% rorme, par Dufresiû^ , \q\s.^^\<6W^^^'^V^^^

iOO LÀ MODE Elf VRÀNGE.

n'inventent point de modes qui ne servent à cacher quelque défaut. Falbala par haut pour celles qui n'ont point de hanches; celles qui en ont trop le portent plus bas. Le col long et la gorge creuse ont donné lieu à la squinquerqtief et ainsi du reste. »

Les fontange» régnèrent de 1680 à 1701.

Pendant une partie de chasse, la duchesse de Fontanges, s'apercevant que ses cheveux étaient dérangés par le vent, les rattacha avec sa jarretière, en plaçant le nœud par devant.

Les femmes accueillirent cette nouvelle coiffure, présent du hasard, et, vingt ans après, on les voyait encore,

Sous Ieur/bnto7t(^altière, asservir leurs maris.

Seulement, le ruban primitif avait singulièrement foisonné.

« Les fontanges, disent les Mémoires de Saint-Simon, étaient un bâtiment de fil d'ar- j" ebal, de rubans, de cheveux et de toutes sortes/ à'sJSçuels de deux pieds de haut, qui mettaiyr /e visage des femmes au milieu du cot^^. \

peu qu'elles remuassent, le bâtiment tremblait et menaçait ruine. »

Des morceaux de toile roulés en tuyaux d'orgue étaient comme les colonnes de cet édifice d'ordre composite, dont l'ensemble s'appelait une commode et dont chaque pièce essentielle avait un nom spécial. Dans la comédie déjà citée d'^^ tendez-moi sous Vorme, le valet Pasquin apporte à Agathe un livre intitulé : les Éléments de la toUeiUf ou le Système harmonique de la coiffure dune femme* Il y lit la table alphabétique des principales pièces qui entrent dans la composition d'une commode :

La duchesse ;

Le solitaire;

La fontange ;

Le chou ;

Le tête-à-tête;

Le collet;

Le mousquetaire;

Le croissant ;

Le firmament ;

Le dixième ciel ;

La palissade;

La souris.

« La souris^ «aio\\VftV«L^<V^\^'>^ ^%\>3Kw^îâ^

nœod de nonpareille qui se plaee dans le bois ; notez qu'on appelle petit bois un paquet de ebe^ yeux hérissés qui garnissent le pied de la fontange bouclée. »

Da ns une pièce de Dancourt, les Fondé perdus (8 juin 1680), Gëronte demande à Lisette :

« -> Angélique est-elle habillée?

— Bon t répond la camériste, elle n'est peutêtre pas encore coiffée seulement. Ne faut-il pas qu'elle soit toujours trois heures devant un miroir, et qu'elle passe toute la matinée à ajuster des souris, des palissades, des nonpareilles ? »

Louis XIY se prononça contre les fontanges.

Suivant les Mémoires de Dangeau, le roi, à qui déplaisaient les grandes coiffures que Pon avait depuis quelques années, le témoigna, le 25 septembre 1699. Les princesses et toutes les dames de la cour les changèrent, et la reine d'Angleterre voulut donner l'exemple aux dames plus âgées en abaissant fort sa coiffure. La eomtesse de Sbaftesbury, femme d'Antoine Ashiey Cooper, ambassadeur du roi Guillaume, se dévoua à la transformation des têtes.

«Elle se déclara contre eWes, àVV^mV-Ç>v«v<ii\^ /efi trouva rid/culcs, en mil d'oipçosèft^,^V^^^sswK^ k

L4 MODE Kff fRANCE. 103

pour modèle. Son jargon, son exemple, firent une subite impression ; les pyramides tombèrent avec une rapidité surprenante, et, le même jour, de Textrémité du haut, les femmes se jetèrent dans l'extrémité du bas. »

11 nous reste comme monument de celte réso Union soudaine, ce madrigal épigrammatique.

que l'abbé de GhaOlieu composa en 1701 :

Paris cède à la mode et change ses parures, Ce peuple imitateur, ce singe de la cour,

A commencé depuis un jour D'humilier enfin Torgueil de ses coiffures.

Mainte courte beauté s'en plaint, gémit, tempête. Et pour se rallonger, consultant les destins, . Apt)rend d'eux qu'on retrouve^ en haussant ses patins. La taille que l'on perd en abaissant sa tête.

Voilà le changement extrême Qui met en mouvement nos femmesde Paris.

Pour la coiffure des maris, Elle reste toujours la môme.

Les robes retroussées, que des nœuds de

ruban relevaient comme ^e^ Yv^tKSJWw^ Vs^«^

remplacées, vers \e mémo Vwsi'^^^ \»^ \^««v-

iOi

LA MODE Elf FRANCE.

driennes. Baron ^ secondé par le Père de la Rue, avait traduit VAndrienne de Térence.

L'actrice qui en créa le principal rôle, le vendredi 6 novembre 4703, Marie Garlon-Dancourt, se montra vêtue d'une robe longue, ouverte et volante,'etla mode accepta ce déshabillé.

- Régne de Louis XV. — Nouvelles perruques. — Talons rouges. — Les paniers. — Preuves historiques. —

Les essais tentés à la fin du siècle de Louis XIV pour la rénovation des Vêtements préparaient de grandes métamorphoses qui s'opérèrent sous son petit' fils Louis XV.

Les volumineuses perruques furent abandonnées pour d'autres qui s'appelèrent à la régence, à trois marteaux, à la circonstance- Les faces en furent releyées ou crêpées ew ^\\^^ ^^ ^\H^w\^^ les cbeyenXy cessant de ftoXVec «v« V.^ ^^"«sàRs»^

iOÛ hk MODE EN FRANGE.

furent emprisonnés dans une bourse, mis en queue ou noués dans un cadogan. La poudre ' devint d'un emploi général. L'habit était arrondi par des baleines, brodé, garni de poches en long et en travers, ainsi que de boutons de soie, de poil de chèvre, ou de métal; il se dessinait carrément autour du bassin. La veste, entr'ouverte, livrait passage à des jabots de dentelle ou de mousseline brodée. Les cravates firent place à des cols de mousseline plissée, et l'on créa à la cour une charge de porte-cravate dont le titulaire avait pour seule fonction de mettre et d'ôter le col de Sa Majesté. Le mot culotte s'était jusqu'alors appliqué à une espèce de hautde-chausses court et serré, où l'on attachait quelquefois des bas, des canons, des ringraves ; il signifiait aussi des trousses de page serrées et plissées. Il désigne désormais la partie du vêtement comprise entre la ceinture et le genou. Des boucles d'argent, des talons rouges, distinguaient la chaussure des gentilshommes de celle du vulgum pecus.

Les vertugadins du xvi* siècle ressuscitaient sous le nom de paniers; ils reçurent d'aulresy noms qui caractérisent les mœurs du temps, \(^ àouie-^n-trad/iy la gourgandine, \e t4uv\j«'^ /^ ceriaiD Panier , maîlre 4es wv^«4

LA MODE fiN VRANCB. 107

poya dans une traversée de la Martinique en Fraoee; son nom se popularisa, et les dames se plaisaient à dire :

— Gomment trouvez-vous mon maître des requêfes?

Les petits paniers du matin s'appelaient des considérations.

On poriait, avec les paniers > des corps de bal^sine, des robes à ramages, des manches courtes garnies d'engageantes à triples rangs festonnés ; des queues traînantes, et des talons élevés. Le négligé le plus simple était un casaqtiinonpet-en'Vair, dont les basques tombaient sur le panier.

Quelquefois, les femmes, retroussant leurs robes, en engageaient les extrémités dans les ouvertures des poches. Les bourgeoises, quand elles ne se servaient pas de sacs ou ridicules, ajoutaient sur leurs paniers des poches en crin nomniées poupottes.

C'est principalement dans les annales dramatiques qu'il faut chercher les vestiges des modes oubliées.

Dans une pièce de Fuzelier, la Mode, donnée au Théâtre Italien, le dimanche 21 mai 1719, la déesse, ayant un «voxiVv^^N^^V.'^'^tX.vji^^^^^ est vêtue d'.uu tobvl ^'i ^«^vtt ^^\^ \®^\52J^^^

108 LA MODE BN IBAlfCE.

sont soutenues par un panier. Parmi les placets que lui adressent ses sujets, on remarque les suivants :

« A très-haute et très-puissante la Mode, réformatrice perpétuelle des tabatières , falbalas, fichus, coiffures, et même des physionnomies ; présidente des bonnes tailles, et directrice générale des finances du royaume féminin; supplie humblement :

» Barbe Bien-Cousue, maîtresse couturière disant qu'elle a inventé de nouveaux paniers à ressort, qui augmentent à mesure qu'une fille prend sur son compte la rondeur de sa taille.

» Gilles César, anspesade dans le régiment nocturne de la bonne ville de Paris et maître boutonnier dans les faubourgs d'icelle, demande un privilège exclusif; disant que, comme ce n'est plus la mode de faire de gros boutons, il a trouvé le secret d'en faire de si petits, qu'on ne peut se boutonner qu'avec un microscope.

D Demoiselle Mousseline, lingère du palais, dit que, les dames s'étant bien trouvées de s'être donné des habits de papier, elle a, pour leur commodité, fait faire des chemises de la même espèce, »

Dans la Téie noire, farce 4fe \e^%^, t«^^-

LA MODE EN fRANGE. 409

Bentée à la foire Saint-Laurent, le 51 juillet 1721, Arlequin, veut écarter les prétendants qui rôdent autour de la nièce de son maître, eu se faisant passer pour elle. Il se déguise en femme.

« — Çà, dit-il, changeons de décoration.

Voilà peut-être la première fois qu'on s'est mis à une toilette pour s'étudier à déplaire aux hommesi »

Il arrange sa toilette, crache sur le miroir, l'essuie, se met sur un placet (si^e sans bras et sans dossier), prend un peigne et dit :

« — Commençons par nous faire un tignonen cttl de barbet ! »

Il fait comme s'il «se peignait le derrière de la tête, et, s'arrêtant tout à coup :

« — Mais non, je n'y pense pas ; je suivrais la mode : ce n'est pas le moyen de déplaire à des yeux français. Enluminons nos joues* »

Il se met du rouge sur une joue et du blanc sur l'autre. Il regarde ensuite les spectateurs et dit:

« — Il me semble que cela n'e3t pas mal. Mettons à présent notre coiffure. »

Il prend une petite coiffure à la mode; il l'examine et ia retoiirue dft \ft\jX ^V<^^ 'sss^ ^vsani :

no liA MOOB BN FRANCE.

c -^ Quel <}iable d'eseofion! quel eolifichet!»

Il la met sur fia tme, e\, «près s'être re£;ard4 dans le miroir :

c — Morbleu ! que fais-je? je me coiffe eo oreille de ehien ! S'agU^il donc ici de faire des conquêtes? Voyons s'il n'y a pas i& d'autre coiffure. »

Il en trouve une autre qui est à Faucienoe ffiodCi fort élevée.

f — Bon! Voici des tuyaux d'orgue. »

Il se la met sur la tête^ se lève et vient sur le devant du théâtre se (aire voir.

« — Quel drôle d'air cela me donne t Je ressemble à «ne coquesigme... Ma foi, le tout bien considéré, je reviens à la première. »

Il retourne à sa toilette, et examine tout ce qu'il y a dessus.

«—Qu'est-ce que c'est que toulceci? Une crev4e,uû solitaire, une/b//€l^, des maris, unebagnoUile ! Si j'étais sûr qu'il ne vint point de petitsmailres me voir, je pourrais me servir de tout cela; mais... parbleu! tout coup vaille, mettons-nous à la mode. »

Il se met tous ces ajustements.

^ -- AlloïïB, ma jupe, à pté&eivl... \a xolcL Diable î c'est nne criarde ! Vim \s?ft%V^ \««x

LA MODE £If FRANGE. lil

plutôt UD gaillard? Non, ma foi, e'est un ym panier. »

Il met ce panier, qui est d'une largeur outrée.

« — Malepeste ! quel contour ! »

Et, en mettant la jupe :

« — Je suis aussi large par le bas que Georges d'Amboise. »

Il fait plusieurs lazzi en achevant de s'habiller; après quoi, il se regarde dans le miroir, et chante :

Âh I vous ayez bon air.

Bon air vous avez !

Les paniers sont le titre et l'objet d'une comédie de Legrand, jouée à Chantilly devant le roi, le 5 novembre 1722, et à la Comédie italienne, le âS février J7â5. Valère et son valet Merlin, cachés sous les paniers qu'apporte la veuve Fricfrac, s'introduisent chez madame de Préfané, pour enlever sa nièce Isabelle. De complicité avec une autre marchande, madame Vertugadin, l'avocat Sottinot emploie la même ruse. Isabelle se glisse sous un panier et s'enfuit avec le panier Valère, pendant que Merlin et Sottinot sortent deVewc ^t\^^tk^^i>Rx^\k:^ %^ prendre aux ch«veux.

112 LA MODE Elf FRANGE.

L'acte finit par un \andeville dont nous citerons ce couplet :

La vieille Aminthe au teint usé A fait recrépir son visage ; A Taide d'un tignon frisé Elle croit nous cacher son âge.

Cette folle, avec son panier, A Tair du colosse de Rhode,

Et dit pour se justifier :

c II faut suivre la mode. »

Nous reproduirons encore, comme éclaircissant la question qui nous occupe les réflexions que fait le fermier de madame de Préfané :

« GUILLAUME. — M orgué ! les femmes de Paris sont bien changeantes ! il y a trois ans que je n'y étois venu, et je n'y ai quasiment rien reconnu. Je ne parle pas des visages, car ce n'est pas d'aujourd'hui qu'on en change comme on veut; mals^ morgue! celles qui étoient blondes sont devenues brunes; celles qui avoient de grands cheveux n'ont plus que des tètes de barbet; celles qui avoient des cfochers sur la tète sont raccourcies d'un pied et demi, et celles qui étoient menues comme des faseaux sont à présent rondes com\!v& ^<t<& /ûurs.

L4 MODE SN FRANCE. i\Z

» DORiNETUB. — Que Ycux-lu î il faul suivre ]a mode. »

Le document le plus curieux que nous possédions sur les paniers se trouve dans le lYouvelliste universel, du 21 août 1724.

C'est une instruction par demandes et par réponses :

» Dem, Qu'est-ce que les panter^"?

» Rép. Ce sont des cloches de toile, soutenues par des cercles de baleine que les femmes portent sous leurs jupes, et dont leurs pieds semblent être les battants.

» Dem, Quelle est l'origine des. paniers?

9 Rép. Ils doivent leur naissance à dame Ragonde, femme de Polichinelle , prince des marionnettes. Cette femme, se plaisant à cacher ses enfants, dont elle avait un grand nombre, inventa cet ajustement sur le modèle des cages à poulets.

» Dem. Les paniers sont-ils commodes?

» Rép. Au contraire, ils sont incommodes en toutes manières : incommodes dans les rues pour les passants, par le grand terrain qu'ils occupent; incommodes Aîlw^ \«s> <i,'w\^'^'y®»'»^'^j«sss!S5>&. deux paniers Tem\\te%^tA. ^^ <î»^\^^'^^ "^ ^^^^''^

fonds ; incommodes pour les prédicateurs, dont ils diminuent l'auditoire par l'espace qu'ils pren^ nent dans les églises; incommodes à table, ou ils blessent les jambes des convives ; incommodes aux personnes mêmes qui les portent, puisqu'elles ne peuvent ni s'asseoir, ni monter, ni descendre, ni même marcher en compagnie sans leur faire faire une grimace souvent indiscrète.

» Dem. A quelles personnes les paniers peuvent-ils êire séants?

» Rép.A personne, surtout aux femmes de petite taille, qu'ils enflent si fort, qu'elles ont l'air d'un ballon.

» Dem. Les paniers ne sont-ils pas utiles aux femmes et aux filles pour dérober aux yeux du public quelque difformité , par ex^uple , pour cacher des genoux déboîtés, des jambes torses et des pieds mal faits et mal placés ?

9Rép. Non, certainement, puisqu'en saisissant le moment du balancement du panier, quand la personne qui le porte marche ou agit, on voit les pieds, les jambes et les genoux.

vDem.Gombien y a-t-ilde sortes de paniers?

> A^p.De plusieurs sortes : il y en a qui sont /a/is eu gondole, et qui donneivl k \a i^mc^^i^^ <V,ui en porte la ûgure d'une porteur d'evii.

LA MODE KN FRANCK. 4i5

» Il y en qui ne sont pas plus larges par le bas que par le bant, et dans lesquels une femme est comme dans on tonneau.

» II y en a que l'on nomme eadetSj parce que, ne descendant que deux doigts an-dessous du genoUy ils sont privés de leur légitime grandeur.

» Il y a des paniers à bouriets , appelés ainsi, parce qu'ils ont en bas un gros bourlet qui sert à faire évaser la jupe.

» Il y en a, enfin, qu'on nomme /burr^s^ parce qu'ils sont destinés à garnir les hanches et la croupe des femmes pour qui la nature a été avare de ce coté-Ià ; ils ont été inventés depuis que les culs de Paris ne sont plus à la mode. En un mot, on est revenu de cette idée qui a fait aimer si longtemps, aux courtisans do beau sexe^ un port dégagé et une taille fine et miponne. On aime à présent tout ce qui est gri^ : on ^ros équipage, un gros bien, une grosse table, une ^ros^e femme et même les gens grossiers^ pourvu qu'ils aient uu gros argent. »

Quel était le véritable but de cette mode ridicule des paniers, et du succès prolongé qu'ils obtinrent ? S'il faiU eu «xwt^ <a{v^^^% '«s^»^ rites contemporaines, ce «wç.^H ^^\^>^aâ^^s«^

416 LA MODE EN f RANGE.

au dévergondage des mœurs ^ et n'aurait été dû qu'au besoin où se trouvaient bon nombre de dames de cacher aux yeux les suites de leurs faiblesses. Le Mercure de Paris, du mois de décembre 1725, le dit avec une crudité qui ne serait plus, de nos jours, admissible dans un recueil périodique :

fiNIGME.

Je suis d'invention nouvelle;.

Mon nom n^est pourtant pas nouveau.

Je sais en apparence ajuster au niveau La femme grosse et la pucelle.

En province, comme à la cour, Mon art a paru nécessaire Pour répandre un nouveau mystère Sur les mystères de Tamour.

Le tempérament le plus sage, Après avoir bien combattu, A la faveur de mon usage, Fait souvent brèche à sa vertu.

Le beau sexe, plein d'inconstance.

M'inventa pour s'armer, contenter ses désirs, Et cachera la médisance Le revenu de ses plaisirs.

- Les pantins. — Les sept espèces de mouches. — Application des mouches à la stratégie. ~ Les frivolités. — Les rhinocéros. — Silhouettes. — Modes à la Ramponneau. — Les poufs. — Monomanie. -<- Mythologie. — Costume des paysans. •—

Avec les vertugadins, la Régence reprit, aju xvi^ siècle, le jeu oublié du bilboquet. Marie- Antoinette Desmares, qui remplissait au Théâtre- Français les rôles de soubrette, jouait les pièces de Molière un bilboquet à la main. Puis vint la mode des pantins ; i\o\Aft^, \iw«%^^\^^'^S^^^^^s^g/s(ra(s avaient dans X^vit?» ^q^^'s» ^^^fc^'^^^^sAr

118 LA MODE EN FRAIfCE.

rionnettes de carton , qu'ils faisaient sautiller dans les cercles.

D'un peuple frivole et volage, Pantin fut la divinité.

Faut-il être surpris s'il chérissait l'image Dont il est la réalité ?

Marie Leczinska, mariée à Louis XV, le 5 septembre 1725, mit en vogue les hongrelines, les robes à la polonaise, à la hongroise, garnies de brandebourgs. En 1729 apparurent les mantilles de velours, de satin, d'bermine ou de toute autre fourrure, dont on nouait sur la taille les deux pointes, terminées par des glands de passementerie.

L'usage des mouches se généralisa. Toutes les dames avaient leur boite à mouches, dont le couvercle était intérieurement garni d'un miroir.

On en comptait sept principales :

Au coin de l'œil, la passionnée;

Au milieu de la joue, la galante ;

Au coin de 4a bouche, la baiseuse ;

Sur un bouton, la receleuse;

Sur le nez, Veffrontée;

Sur hs lèvres, la coquette ; Une mouche ronde, une assautne.

£nécriyani au maréclia\ ^L'^VT^e^^ï ^^^>2i\^

ment aax opérations de la campagne de 1757, madame de Pompadour lui marquait sur le plan, avec des mouches, les différents postes qu'elle lui conseillait de défendre ou d'attaquer.

Toutes les modes du règne de Louis XV sont des symptômes d'inconstance et de frivolité. Pendant que des philosophes graves ou railleurs préparent la Révolution, le monde aristocratique semble se dire avec le roi : « Bah ! cela durera autant que moi! » Les nouveaux enrichis, les flnanciers étalent une magnificence inouïe.

Les brodeurs, vernisseurs, bijoutiers, marchands d'odeurs , fabricants d'étrennes , compositeurs de desserts figurés, ouvriers en lustres ne peuvent sufiSre aux commandes. Les spectacles, les pompes, les salons, les romans, la frisure, la danse et les arts futiles sont préférés aux sciences et aux études sérieuses, qui comptent toutefois des adeptes auxquels appartient l'avenir.

Le caractère de l'époque nous paraît avoir été merveilleusement saisi par un auteur peu connu, quoiqu'il ait'été loué par Voltaire, l'abbé Coyer, dans sa Déœuverte de Vile Frivole.

« Un homme y dit- il , k quWivcïi ^<^%%^ws^>K«SNWi^

120 LA MODE EN PRÀflCE.

souhaiter le bonjour, et qui ne le souhaite h personne, qui voit beaucoup d'étoffes et de bijoux dans la matinée, qui fait répéter aux glaces des magots de grand prix, qui a quantité de chiens et de chevaux, qui fait de grands repas dans un salon bien verni, et qu'on applaudit toujours, cet homme est appelé grand chez les Frivolités, et on

• lui doit de grands respects, de la politesse aux autres; elle est Pâme des Frivolités, la politesse. Il vaudrait mieux avoir trahi son ami, que d'estropier un compliment. Un homme vraiment

. poli a un bonnet pour ne jamais se couvrir; il dessine bien une révérence , et n'appelle pas sa femme ma femme. Cette élégance de mœurs, si répandue dans le beau monde, a passé au peuple.

c Une marchande mêle à son commerce des manières, des propos, des grâces, qui séduisent les bourses; l'artisan s'est poli avec ses ouvrages ; le domestique sait qu'on le prend bien moins pour le service utile, que pour le service brillant : il s'y ajuste , et, lorsque , du derrière du carrosse, il passera dedans, il ne sera pas déplacé. Il faut être bien familier avec les usages pour ne pas se méprendre entre la femme qui sert et la maîtresse qui esl swN\fc.\A?> ^tV^^^-

grément, la danse, la musu\ue,\«LV^t\\\^^^^v

descendus à tous les étages. Encore quelques nuances, et il ne manquera au peuple, pour être de bonne compagnie, que de pouvoir dire : Me» genSf mon hùul, mes terres^ met akux.

» Les Frivolités ont porté cette élégance de mœurs jusqu'au sein de la religion. La bonne compagnie va quelquefois dans les temples pour passer le temps ; elle s'y occupe à se saluer, à se regarder, à décider des visages et des étoffes... La conversation des Frivolités ressemble à leurs boutiques de modes : c'est une broderie sur de jolis riens, une garniture d'équivoques, une bigarrure de questions qui n'attendent pas les réponses, un assortiment de plaisanteries dont on rit toujours par provision, sauf à chercher après de quoi l'on â ri. »

En i7i8, un rhinocéros est amené de Sumatra à Paris, et, soudain, dit la correspondance de Diderot, < les femmes le font passer de son étable sur leurs têtes. Tontes les parties de la parure prennent son nom, et il n'y a point de femme comme il faut qui ne porte trolà ou quatre rhinocéros. »

Les plans économiques de M. de Silhouette., nommé contrôleur gènèT^X ^«^ ^\a»R.^ ^ ^J^ é 5 avril 1763, sont \ouTi\fe& ^tv\\^vk«N»^'^^^

sécheresse des modes et des dessins à la silhouette, •

RamponneaU) cabaretier nivernais, établi aux Porcherons, vers 1763, a Thonneur de recevoir les plas hauts personnages, et de consacrer les modes à la Ramponneau.

Tout est à la grecque en 176i. Les cheveux crêpés, relevés en toupet, surmontés d'un bonnet, hérissés de fleurs et de plumes, composent la coiffure à la grecque. L'arrangement des chevelures est tellement compliqué, qu'il faut en tracer les règles. Beaumont publie une Encyclopédie perruquière, ouvrage curieux à l'usage de toutes les têtes. Le coiffeur Legros présente à Mesdames de France l'An de la eoiîfure de»

dameê françaises, et institue une Académie de coiffure, qui prospérait lorsqu'il mourut, le 50 mai 1771, étouffé dans la foule, aux fêtes du mariage du Dauphin et de Marie -Antoinette d'Autriche. Un autre coiffeur, Léonard, conçut l'idée de remplacer les bonnets par des chiffons distribués dans les cheveux, et employa jusqu'à quatorze aunes de gaze sur la tète d'une seule femme.

Des chapeaux à la wauxkall du faubourg Sawt'Germain rappeUenV\a NO%\!kfc ^\j?QVA\^^«ftt établissement^ ouvert le ^ téNmt Vll^.VA^^'îr

LA MOBfi JSIf IBÀAGfi. 125

veux, dans la cofffare à la dauphine, étaient relevés et roulés en boucles qui descendaient sur la nuque. Les coiffures à la monte-au-ciel étaient remarquables par leurs dimensions. Les coiffures d'apparat ou loges d'Opéra, créées en 1772, avaient jusqu'à soixante-douze pouces de hauteur; elles se divisaient en deux parties, au centre desquelles s'étalait un large ruban ; trois plumes se balançaient au côté gauche de cet échafaudage.

La comète que les astronomes signalèrent en i775 fit > naître les coiffures à la comète, dont les rubans étaient couleur de feu. Un faisceau de plumes flottait derrière la tête, dans la coiffure à la quésacOy inventée en 1774.

Quelquefois^ on disposait les cheveux en zones séparées par des perles^ des diamants, des guirlandes de fleurs. La coiffure à l'urgence consistait en un chapeau de paille, entouré d'un ruban violet, qu'assujettissait par devant une riche agrafe, et qui formait une large rose par derrière. Une plume appelée follette, plantée au milieu de quatre plumes blanches , dominait cette sorte d'ombrelle, sous laquelle on disposait les cheveux à h corueillère, relevés sur le front, et roulés sur les côtés ew VïQ\i^\fc% ^«^^XX^'^ ^^k^ciw . plus grosses serpeiW^^leuV ^\« Vi's» ^^'«s^k^- ^^^

i2i LA MODK Blf FRAIVCV.

coiffure en cabriolet, moins compliquée et de préparation plus facile, était Tapanage des mères de famille.

Le pùuf au sentiment régnait à la cour:

c'était une macédoine d'ornements divers accumulés dans les touffes de la cbeveiure. On y faisait entrer des papillons, des oiseaux, des Amours de carton peint, des branches d'arbre et même des légumes. Madame la duchesse de Chartres, Louise-Marie-Âdélaïde de Bourbon- Penthièvre, mère du roi Louis-Philippe I**^, portait, an mois d'avril 4774, un pùuf sur lequel on voyait le duc de Beaujolais, son fils aîné, dans les bras de sa nourrice, un perroquet becquetant une cerise, un petit nègre, et des dessins composés avec les cheveux des ducs d'Orléans, deChartreset de Penthièvre. (Mémoires de Léonard, tom. I, pag. 504.)

La mythologie était à Tordre du jour. Les poëtes étaient des favoris d'ÂpolIon ; ils erraient sur les bords du Permesse, montaient le fler Pégase, et buvaient aux ondes Aganippides. Le soleil ne se couchait plus; mais Pastredo jour se précipitait dans le sein d'Amphitrite ; les faunes et les dryades peuplaient les bois. Les femmes, désignées sous les pseudonymes d'^%\^)^«X^\mV&^ de Glyeère, de Zirplié , Ae Om^t^^ > tvwfcW

LA MODH BH 9HAlfGl!. 125

invariablement comparées à la déesse de Gy- Ihère.

Chose étrange à penser! ee compliment s'adressait à des créatures défigurées par les mouches, les paniers, la pondre, le rouge, les rhinocéros, les lojjes d'Opéra , les poufs ! c'était à une dame ainsi travestie à la grecque, empanachée, constellée d'assassines, affublée d'une gourgandine, que s'adressaient des vers tels que ceux-ci :

Vous qui fixez sur vos brillantes traces Les Ris badins, les Amours ingénus, Et qui pourriez, par de nouvelles grâces, Mieux que Psyché, l'emporter sur Vénus.

On aurait pu croire que la folie des modes avait atteint ses dernières limites; mais elle prit un nouvel essor sous le gouvernement de Louis XVI.

Le peuple était presque étranger à ces transformations ; cependant les ouvriers des villes et les agriculteurs aisés avaient adopté la poudre et la culotte courte. Les grosses fermières se permettaient le tignon frisé, le mantelet, les robes à ramages, et des paniers de dimensions modestes.

La pénurie de la classe vwl^m^M^ ^\&s:^^^S:\ tristement avec le luxe de \a c^ux .

iâ6

liA MODE BFÎ FBÀRCE.

« Les souliers de gros cuir^ écrivait Constant d^Orville en 1774, dans le tome III des Mélanges tirés d^une grande biblioêhèque, sont même regardés comme un luxe par la partie misérable de la nation, qui se trouve heureuse lorsqu'elle peut en avoir dont les semelles soient fortes, épaisses et garnies de clous. Dans queN ques provinces, les paysans ne sont chaussés que de sandales, galoches, ou souliers de cordes ou de courroies ; dans d'autres, les hommes et les femmes portent des sabots. •

- Bizarrerie des modes sods Louis XVI. — Les panaches. — Coiffures à l^oiseau royal, au liérisson, etc., etc. — Modes à la Jcannot. -^ Lévites. — Étranges dénominations des couleurs.— Modes ù la Mariborough, à la harpie, etc. — Curieuse citation de madame de Genlis. — Modes anglaises. —

Pour fêter ravénemenl de Louis XVI , on imagina les chapeaux aux délices du siècle d'Auguste, les couleurs cheveux de la reine^ cuisse de la reine, les coiffures au temps présent, bonnets très-serrés, enjoUvés A'^^xs ^Vv^wass^^ de deux cornes d'abondaïke^.

i28 U M0D8 EN FBANCE.

Jamais, quoique le roi donnât l'exemple de la simplicité, les modes ne furent plus variées, plus bizarres, plus capricieuses.

Marie-Antoinette exagéra la mode des panachas.

« Quand elle passait dans la galerie de Versailles, disent les Mémoires de fabbé Soulavie, on n'y voyait plus qu'une forêt de plumes élevées d'un pied et demi, et jouant librement au-dessus des têtes. Mesdames tantes, qui ne pouvaient se résoudre à prendre ces modes extravagantes, ni à se modeler chaque jour sur la reine, appelaient ces plumes un ornement de chevaux. »

La fureur des plumes fut poussée au point qu'on en payait cinquante louis la pi^ce. Si l'on en croit madame Gampan, «les mères et les maris murmuraient , et le bruit général était que la reine ruinerait tous les dames françaises; elles ne trouvaient plus de voitures assez élevées pour s'y placer ; on les voyait souvent pencher la têteft la portière; d'autres prenaient le parti de s'agenouiller pour ménager d'une man/ére encore plus sûre le r\d\c\i\« €^\^<m ^<sol elfes étaient sarchargées. »

Page 1