XCVIII . IHTftODUCTIOïl
tout écrire, tout critiquer, ouvrir une école, y enseigner ce qu'il veut, fonder une université catiiolique à côté de celle de rÉtat ; dans la sphère religieuse, plus de dmcordaty plus d'ùtvestUure royale^ plus de/>^ace/ pour empêcher la publication des bulles romaines; liberté pour Tassodation religieuse comme pour toute autre association; on culte, aux yeux de la Constitution, n'est qu'une association jouissant de la liberté de penser, d'écrire et d*enseigner« Le clergé est rétribué, mais il reste complètement indépendant du pouvoir civil; le pape nomme les évoques, ceux-ci nomment les curés sans aucun contrôle de l'État. Un demi-siècle de prospérité et de paix a justifié cette confiance généreuse et hardie dans la liberté ; la Belgique a vu doubler ses revenus agricoles, quadrupler ses produits industriels, elle a vu sa population augmenter d'un tiers, sa richesse générale s'accroître en proportion géométrique* Voilà une réponse décisive aux malintentionnés, aux ignorants qui prétendent que la religion ne peut s'accommoder de la liberté. Voilà la condamnation formelle de la conduite de la Suisse qui a banni les jésuites de son territoire, supprimé les couvents dans plusieurs de ses cantons, inauguré l'ère de la persécution religieuse : les catholiques belges ont pris la principale part à la révolution de 1830, à la constitution de 1831, et la Belgique reste le pays le plus libre et le plus catholique de l'Europe entière.
A ces heureux et admirables résultats, il faut assigner leurs véritables causes. Si les Belges ont atteint leur état normal, s'il n'ont plus rien à demander aux théories politiques, s'ils ont pu faire marcher et fonctionner leur Charte, c'est qu'ils ont mis au service de celle-ci leur bon sens inaltérable, leur sangfroid politique, leur esprit de suite, un amour profond et raisonné de la patrie, une haine instinctive des émeutes, des révolutions, ce fléau permanent, cette épée de Damoclès de la liberté ; c'est que le gouvernement du pays par le pays n'était
INTRODUCTION xax
pas pour eux une invention moderne, mais que sorti des Itjttes du moyen âge, il avait sommeillé seulement sous la conquête firançaise et la domination hollandaise, pour renaître après, sous une tomie plus parfsdte et plus nationale ; c'est que le premier roi de Belgique» LAopold I*, a merveilleusement compris et pratiqué son rôle de roi constitutionnel, qu'il a eu soin de s'effacer devant ses ministres, de ne pas faire sentir son influence, qu'il a su, sans le paraître, amener les Chambres à ses vues en matière de poétique extérieure, de réorganisation de Tarmée, c'est qu'aux yeux des vrais connaisseurs, il reste tidéal du diplomate belge. Rien n'a favorisé davantage le développement de la prospérité du régime représentatif en Belgique, que la formation de ces deux grands partis politiques, les catholiques et les libéraux, qui, rappelant Texemple des "Whigs et des Tories anglais , se disputent, se partagent tour à tour le pouvoir, savent accepter la défaite, se préparer à la revanche par la lutte pacifique et légale, sans jamais désespérer de la liberté, malgré ses dangers et ses excès inévitables : « Le régime parlementaire, écrit M. de Laveleye, a essentiellement besoin pour vivre de discussions et de lumière ; dans le silence et les ténèbres, il languit et meurt. Qu'on ne s'effraye pas si les dissidences se dessinent dans toute leur âpreté, et si les opinions s'entre-choquent à grand brait; c'est seulement à cette condition que la liberté peut s'implanter et durer. Il lui faut cet air vif et agité qui trempe les caractères et affermit les convictions. « Chez les peuples libres, dit Tocqueville, on ne gouverne que par «(les partis, ou plutôt, le gouverne ment) c'est un parti qui a le M pouvoir. Le*gouvemement y est d'autant plus paissant, perse- « vérant, prévoyant et fort, qu'il existe dans le sein du peuple, « des partis plus compactes et plus permanents. » A défaut de principes généraux et de grands partis qui les défendent, les Chambres législatives se divisent en de petites fractions, qui représentent des intérêts de localité, des opinions isolées ou des