‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 58 sur 70 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

UN TiaUMVIRAT PARUNENTAIRS

Madame la duchesse de Ben7 à Blaye. -*• Loi sur les conseils gén^aiu( et sur les conseils d'arrondissement. — Loi sur Texpropriatioto pour cause d'utilité publique» Loi sur lés travaux publiée. — LMustruetion publique avant 4789, Couvre de la Révolution, de l'Smpire et de Ift Restauration. — Loi de 1883 sur l'instruction primaire, (ia royauté de Juillet n'a pas assex parlé au peuple, elle a eu le mérite de s'occuper beaucoup et utile* mfnt de lui. ^ Le véritable amour du peuple. La liberté de renseignement. L'instruction gratuite et obligatoire t '^ Ï4a Société de l'histoire de France. M. Gui^ot rend à l'Institut la classe des sciences morales et politiques. -^ Abrogation de la loi du 19 Jinvier isie. — La Société des droits de l'homme. Le procès de la fribm^t l4)i« sur les crienrs pnblios et sur les associations. Lç traité des t5 millions. Démission du duc 4e Broglie. Insurrections du nnois d'avril 1884. Loi sur les détenteurs d'armes de guerre. Renvoi des insurgés d'avril devant la Chambre des pairs. Insuffisance de ces mesures. Il fallait enlever à la démagogie 9on foyer, son refuge, son arsenal, arracher à Paris sa suprématie politique. — Crises ministérielles répétées. Retraite du maréchal Soult. Le maréchal Gérard, Le maréchal Mortier. Intrigues du tiers^-parti, *» La question de l'amnistie. — Le ministère des trois jours, la nouvelle journée des Dupé^. — Le duc de Broglie rentre aux affaires le le mars 1885.

La guerre civile avait pri^ fin en Vendée, liaaîs î,a duchesse de Berry, qui n'avait pas voulu quitter la France, malgré les supplications de ses partisans, malgré les conseils officieux du gouvernement, devenait pour ce dernier un embarras très-grave. M. Thiers, chargé spécialement de cette affaire, avait ordonné à ses agents

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de poursuivre par tous les moyens l'arrestation delà princesse et d'éviter en même temps toute violence, tout danger pour elle. « Nous voulons, écrivadt-il au préfet de la Loire-Inférieure, prendre le duc d'Enghien, mais nous ne voulons pas le fusiller ; nous n'avons pas assez de gloire pour cela, et si nous l'avions, nous ne la souillerions jamais. » Un juif renégat, Simon Deutz, espèce de courtier-marron de diplomatie, agent d^intrigues secrètes, qui avait su capter la confiance de la duchesse, otErit au ministère de lui découvrir sa retraite, de la vendre, moyennant un demi-million. Le marché fut concln, la maison investie par la troupe et la police. Après seize heures de recherches, de fouilles inutiles, M. Thiers, informé par le télégraphe, avait répondu : c'est un siège, tenez la place assiégée, et, s'il le faut, démolissez. On allait obéir, lorsqu'un hasard inattendu dispensa de recourir à ce moyen extrême. La princesse, accompagnée de mademoiselle de Kersabiec, de MM. de Mesnard et de Ouibourg, n'avait eu que le temps de se blottir dans une cachette pratiquée sous la plaque d'une cheminée. On était aux premiers jours de novembre : afin de se préserver du froid, des gendarmes allumèrent du feu à cette cheminée. Pour ne pas être étouffés dans cette ardente fournaise et ne pas subir le supplice de Saint Laurent, force fut aux captifs de laisser tomber la plaque et de se découvrir.

La princesse fut immédiatement conduite à la citadelle de Blaye, près de Bordeaux. Déjà la cour royale de Rennes, sans prendre conseil du gouvernement, avait évoqué l'affaire, et le procureur général, voulant commencer l'instruction, réclamait les pièces. D'autre part, la presse démagogique se livrait aux plus honteuses violences de langage, insultant la princesse qu'elle désignait sous le

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nom de Caroline Berry, comme jadis on avait dit Antoinette Gapet, demandant pour elle le renvoi en cour d'assises; beaucoup de monarchistes sincères s'étonnaient eux-mêmes qu'elle fût soustraite à la loi quand ses complices et ses partisans subissaient ses prescriptions. Les légitimistes faisaient éclater un zèle bruyant, adressant de toutes parts des pétitions menaçantes, réclamant impérieusement la mise en liberté de l'auguste prisonnière, accusant le pouvoir de méditer un crime contre elle. M. de Chateaubriand, dans une brochure célèbre, écrivait ces mots audacieux : <c Madame, votre fils est mon roi! i» De tous côtés l'agitation était extrême. La capture de la princesse semblait avoir aggravé la situation du cabinet, qui songea d'abord à présenter aux Chambres un projetde loi pour statuer relativement à madame la duchesse de Berry . Ce moyen parut périlleux, peu praticable, et la Chambre des députés préféra décliner la responsabilité d'une loi spéciale. Le gouvernement se rallia à cette conclusion et revendiqua hardiment le droit d'agir comme il l'entendrait. Le duc de Broglie et M. Thiers répondirent aux récriminations de la gauche, et leur puissante argumentation triompha des indéci* sions, des préjugés delà majorité. Us démontrèrent que la branche aînée des Bourbons se trouvait naturellement placée en dehors du droit commun, que dès lors, la duchesse de Berry relevait des lois de la guerre, non du Code pénal et des tribunaux ; la loi de 1832 qui avait interdit à la famille royale déchue l'entrée de la France, n'édictait aucune peine contre la violation de cette défense ; la princesse n'était pas Française de naissance et ne Véiaii même plus par alliance. «Ce qu'on demande, ajouta le duc de Broglie, c'est un simulacre de jugement^ une comédie solennelle dans laquelle tous les rôles sont

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dUtribuéfi d'avance, dont le déaoûment e9t prévu et réglé !,.« Save2*VQU9, messieurs, ce que voui ï&nB% en reavoyaut madame la duchesse de Berry devant ce tri* bunal ? Ce n'est paâ la question de savoir si la prisonnière de Blaye est ou non la duchesse de Berry i elle m te cache pas. Ce n'est pas la question de savoir si elle était ou n'était pas en Vendée ; elle le proclame. C'est la que3^ ^ tien de savoir si elle a le droit de conspirer contre 1^ l gouvernement. C'est cette question qui sera plaidé^ et il ne sera plaidé que celle-là. C'est à vous de voir s'il vous convient qu'elle soit portée devant les juges que le sort désignera. Pour nous^ nous sommes de ceux qui pensent que cette question est décidée depuis le 7 août 1830, et qu' un gouvernement qui se respectp ne doit ptf se laisser mettre en cause par qui que ce soii, ni devaut qui que ce soit. » a On peut n'avoir pas de rois, disait M. Thiers, on ne juge pas les rois ; dans les temps de ba^ barie et de passion politique, on les immole; dans le^ temps de générosité, de civilisation comme les nôtres, oa les réduit à l'impuissance de nuire. Toutes Les forme» judiciaires ne sont contre eu^s; que de l'hypocpisie. C'était une hypocrisie que le jugement de Charles I", que te jugement de Louis ^VI, que la commission militaire qui

jugea le duc d'Snghien, «> Si on amenait la pri^nnière de Blaye à Paris, ne verrait-on pas les partis ennemis ee coaliser pour enfanter des désordres, la guerre civile éclater de neuves, les scènes du procès des ministres » renouvela avec plus d'intensité?

Louis^Philippe eût voulu qu'on reconduisît aussitôt Ift l duchesse de Berry hors de Franpe, et cette manisrp d'agir eût épargné à la monarchie de pesants ainui^ et de tristes spectacles. Les princes, disait^il un jeur h M. Guisot, sont aussi incommodes «n prison qu'^9 .

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liberté; on aon9pire pour las délivrer comme pour le^ auivre» et leur captivité entretient cbes leur^ partisane plu9 de pasj^ione que ne soulèverait leur présence, i» Cependant il n'osait formuler son généreux et clairvoyant désir, se sentait paralysé par l'opinion publique, très* surexcitée à la suite des insurrections de Paris et de la Vendée; la Chambre elle-môme avait à grand'peina approuvé que la prisonnière ne fut pas mise en jugement* La nouvelle de la grossesse éclata soudainement et vint produire une nouvelle fermentation dans les esprits. L'émotion fut prolonde et s'accrut encore lorsque la princesse remit le 26 février au général Bugeaud» commandant de la citadelle de Blaye, une nois écrite, signée de sa main, en exigeant son insertion au Monptmr^ et qui était ainsi conçue : « Pressée par les circons^ tances, et par les mesures ordonnées par le gouverne* ment, quoique j'eusse les motifs las plus graves pour tenir mon mariage secret, yè croîs devoir à moin^âme et à mes enfi^nts de déclarer m'êtrt mariée secrètement pendant mon séjour en Italie* )» Cette révélation acca* blait les légitimistes et les atteignait profondém^ent dans leur orgueil de parti, dans leur foi dynastique ; la princesse n'était donc plus la veuve du duc de Berry, la Fille de France; un mariage secret, peut-être une mé* salUance, lui conféraient un nouveau nom et un nouvel époux. Us crurent ou affidotèrent de croire k la oalomnie, et redoublèrent de violiHice contre Lonis^Pbilippe, affir^ mant qua la citadelle de Blaye serait 4 la fois la prison et le tombeau de la mère de Henri Y ; plusieurs fois^ ils répétèrent ces paroles de Bessuet: Madame se meurt, Madame est morte ! A les entendre, elle était environnée d'assassins, d'empoisonneurs, d» geèlieis batbares, et leurs Journaux retentissaient d*imprécations^ de me-

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nace» contre le ministère. Tout cela était faux: ces clameurs intempestives et maladroites faisaient bien plus de tort que de bien à la prisonnière, forçaient le pouiroir à démentir d'une manière éclatante des imputations absurdes, blessantes pour son honneur et sa 'dignité ( 1) Le climat de la citadelle est excellent, le général Bugeaud traitait la princesse avec les plus grands égards et avec une courtoisie à laquelle elle a rendu justice. Le ministère lui fit offrir de la reconduire dans sa famille, à la condition que son état de grossesse serait constaté d'une manière authentique, par des médecins accoucheurs désignés en nombre égal par elle et par le gouvernement. En présence de son refus formel, il fut décide qu'elle ferait ses couches à Blaye : dans la nuit du 9 au 10 mai, la princesse donna le jour à une fille qui ne vécut pas longtemps. Devant les témeins qu'on avait introduits, le docteur Deneux fit, au milieu d'une attente solennelle, la déclaration suivante: a Je viens d'accoucher madame la duchesse de Berry, ici présente, épouse en légitime mariage du comte Hector Lucchesi Palli» des princes de Campo-Formio, gentilhomme de w chambre du roi des Deux-Siciles, domicilié à Palerme. » Le 8 juin suivant, l'illustre, héroïque et malheureuse captive était rendue à la liberté, et repartait pour Palerme. Elle n'était pas au bout de ses infortunes; le roi Charles X avait conçu contre elle un amer déplaisir; la réconciliation fut lente et semée de bien des déboires; on lui refusa l'éducation, la garde de ce fils pour lequ^

(1) L*auteur de cette Etude a habité pendant près de quatre ans la vi''^ Blaye; il a visité bien souvent la maison où logeait la duchesse de Berry * il a vu Tacte public et authentique qui constate son accouchement, et s entretenu avec plusieurs personnes qiii habitaient Blaye en iS83; il s PJ^ convaincre de Tattitude irréprochable du gouvernement dans cette doo reuse afiledre.

elle avait tout bravé, pour lequel elle avait iant souffert.

En même temps que s'accomplissaient ces tristes événements^ les Chambres, sur la proposition des ministres, votaient une série de grandes lois qui firent de la session de 1833 une des sessions les mieux et les plus utilement remplies du règne. Les lois sur l'organisation des con^ seils généraux et d'arrondissement, sur l'intruction primaire, les travaux publics,rexpropriation, préparées avec le plus grand soin, étudiées, discutées avec science et profondeur, ont survécu à la monarchie de Juillet, dans leurs applications générales et méritent une mention particulière.

Dans la loi sur les conseils généraux, la discussion s'engagea à propos de la suppression des conseils d'arrondissement et de leur remplacement par un conseil cantonal. On sait en quoi consistait la hiérarchie politique et administrative : au sommet le roi, auprès de lui le parlement votant l'impôt ; dans le département un préfet, à côté de lui un conseil général chargé de répartir Timpôt entre les arrondissements, puis le sous-préfet et le conseil d'arrondissement qui répartit Timpôt entre les communes ; enfin le maire et le conseil municipal qui répartit l'impôt entre les citoyens. Ainsi, à chaque échelon, le représentant du pouvoir central, et les représentants élus du pays. On finit par maintenir les conseils d'arrondissement et par donner raison au principe de la centralisation ; l'arrondissement étant déjà une circonscription administrati ve,politique et judiciaire, par la souspréfecture, le système électoral et son tribunal civil, il parut plus rationnel de le préférer comme circonscription financière. Les Chambres arrêtèrent que le nombre des conseillers généraux serait égal au nombre des cantonsdans le département, sans toutefois pouvoir dépasser

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Iq ohiiTre d^ 30 ; de même pour le^ conseils d'arrondisseineQt qaî reçurent un membre pur eanton, sans que leur nombre pût être inférieur à neuf. Les élections se faisaient par les électeurs à deux cents francs, et par les citoyens portés sur la liste du jury ; les conditions de réiigibiUté étaient une contribution directe de 200 francs pou? le oansail général et de 150 francs pour le conseil d'arrondissement. Cette loi constituait un notable progrès sur la législation antérieure, et la gauche la vota avee le gouvernement ; cependant elle avait le déftiut de ne pas assurer une hase asses large à l'élection. Bn outre il ae suffit pas de maintenir en principe les conseils d'arrondissement, il faut les doter d'attributions suffisantes pour que ceu)^-'Ci s'intéressent à leur mission et la remplissent avec goût. Nous avons pu juger par nous-mêmes (1) combien peu les conseillers d'arrondissement prenaient au

(1) L'auteur de ce travail a occupé les fonctions de sous-préfet et de secrétaire géoéj^al pendant prèe de sept années ; il est resté quatre ans eaviron dans la Gironde, où il a eu l'honneur de servir sous les ordres de trois hommes d^iQ grand mérite, MM. Duval, depuis préfet deJa Seine, Pascal et Oecraia,, qui lui ont ténaoigoô une affectueuse bieoveiUance dont il 1^**'' garde le souvenir le plus reconnaissant. Avec des aptitudes et des caractères très-différents, chacun deces éminents administrateurs possède un espnt de» piiia fins, uae intelligence de premier ordre. Si Ton voulait entrer dans le détail, on pourrait dire que M. Duval, dou^ par la natore d'oBe étonnante facilité d'assimilation, se distingue plus spécialement par soc talent d'improvisateur, la souplesse et la lucidité de sa parole; M. Pascal^ par uae rare iastructiou, de profondes études, une conversation Inminease, entraînante, éblouissante de verve et d'entrain, M. Decrais par un ta«l ia^a^ des manières séduisantes et gracieuses, par cet art si difficile de plaire a chaowd, de dénouer les questions au lieu de les trancher, qui font de iQi un véritable tempâratnMQt diploivatique. A ces trois noms, l'auteur est heureux d'associer celui de M. Delorme, son premier préfet, qui a go<idé ses débuts dans la carrière administrative. Élu député à l'Assemblée Nationale en lari, à;^pM en I87d à la préfecture de la Haute-Garonne, M. Delorme, est un de ces républicains conservateurs qui, par leur conciliaiUe ferio^ et leur distinction, honorent le parti auquel ils sont attachés.

Quand on a vécu quelque temps de la vie de sous-préfet ou de préfet, on

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sérieux leurs fonctions ; réduits au rôle platonique d'émeltfe des vœux, ils se réunissent deuxfoisl'an, et, sauf dans quelques grandes villes, leur délibération ne dure guère plus d'une demi-journée ; quant à la répartition de l'impôt entre les communes, le directeur des contributions directes adresse à la sous-préfecture un tableau tout fait, véritable grimoire administratif, rempli de chiffres cabalistiques, qu'on signe de confiance. Parfois même, les conseillers d'arrondissement ne se dérangent point, et le tableau, envoyé chez les uns et les autres, circule et revient couvert de signatures, sans qu'une ombre, une apparence de délibération soit intervenue. Pour que ces conseils ne demeurent pas un rouage inutile, une superfétation, une sinécure honorifique, il faudrait une loi qu'on attend toujours, et qui leur conférât des attributions réelles. Le conseil général est revêtu de pouvoirs considérables, multiples, qui vont s'augmentant d'une façon démesurée ; une décentralisation sage et efficace

reconnaît que les fonettonnairas de cet ordre forment ose petife société à pftri, airec ses tr^diUans, ses maximes» ses babitodes, une sorte de franc-maçonnerie administrative quia ses rites, ses épreuves d'initiation, et, malgré tes dissentiments, les conflits actuels âé la polititfne, wne certaine soFi-» darilé de goûts et àfdSâoiié», L'aménité des relations sociales, la bienveillance naturelle des chefs à Tégard de leurs subordonnés, le dévouement réel de ceux-ci pour cenx-là, tels sont les traits particuliers de ce petit monde amini^tratif ; il conserve encore sa pbysioM>mie a» tracvers des bouleversements incessants qui l'agitent et qui menacent de le ramener au chaos, si le pouvoir exécutif dont il est l'image et le symboFe, ne recouvre hii-raéme uM traiM[mUe et pcrmaMiMa traité. C'est ai ntarédiat de Mac-Mabon> président delà République française, au gardien, au défenseur de nos destinées, au glorieux Boyard des tempt modernet, qull appartient dereprenilre ce» traditions d'ordre^ de fïxité, éb» dtirée, (fini fént rioaiiear el la force des gouverneotents constitutionnels, qui rassurent, rassérènent les esprits, inspirent à la nation une inébranlable confiance dans son chef et ses délégués. Dans Fintérêt de la France, iF ftiut qne cette ieWe- deviee» d« béroe» « j'y sniis j'v reste, » puisse devenir celle de- tous les foiu^tionnaires, de tous les magistrats capables, fidèles à leurs devoirs hiérarchiques et sociaux.

consisterait à lui en enlever quelques-uns pour les reporter sur les sous-préfets et les conseils d'arrondissement. Ceuxci sont souvent composés d'hommes distingués et mo-

destes^ auxquels leurs occupations, leurs affaires ne permettent point d'aspirer aux honneurs du conseil général, de passer trois ou quatre semaines au chef-lieD du département, mais qui connaissent parfaitement leur région, savent discerner ses besoins, et se rendraient aisément à la sous-préfecture. Nous ne verrions, pour notre part, aucun inconvénient à ce que le classement des chemins vicinaux ordinaires et d'autres prérogatives purement administratives, leur fussent accordés.

Laloide 1833 sur l'expropriation pourcaused'utilité publique, posait toutes les règles, et contenait l'économie de la fameuse loi de 1841 qui est restée le code de la matière, La loi du 16 septembre 1807, en attribuant au conseil de préfecture le droit de statuer sur l'indemnité due à l'exproprié, avait paru mettre trop complètement l'intérêt privé à la merci de l'administration. La loi de 1810, au contraire, qui transportait la juridiction des conseils de préfecture aux tribunaux civils, avait sacrifié rintérel général ; grâce aux interminables lenteurs de la procédure, à lacomplaisance des experts et des tribunaux, aux exigences des expropriés, le mal en était arrivé à ce point, que toute entreprise de route, de canal, de chemin de fer, paraissait presque impossible. La loi du 20 i^^ 1833remit pour lapremièrefoisaujury ladécision enmatière civile : le tribunal d'expropriation fut composé de douie jurés placés sous la direction d'un magistrat; ses décisions restaient sans appel, sauf le recours en cassa* tion. La procédure fut réglée de manière à abréger i^ délais en respectant tous les intérêts ; grâce aux améliorations introduites dans cette législation, la royauté u

Juillet put donner un immense essor aux travaux publics, doter en quelques années la France de chemins de fer, de routes, de canaux. Dans ce but, M. Thiers demanda aux Chambres et obtint une somme de cent millions, somme énorme à une époque où on n'avait guère l'habitude de ces grands efforts financiers que nous avons vus se reproduire depuis sur une plus vaste échelle, où le crédit naissant n'avait pas encore accompli ses miracles économiques. La monarchie de 1830 démentait de la sorte les calomnies de ses ennemis répétant sans cesse qu'on ne faisait rien pour le peuple, pour les ouvriers et l'industrie nationale. <c Les gouvernements qui se sont succédé depuis auarante ans, disait M. Thiers dans son exposé de motifs, beaucoup plus soucieux d'entreprendre des travaux qui leur fussent propres que* d'achever les travaux de leurs devanciers, n'ont laissé que d'éternels échafaudages sur nos places et des lits de canaux à sec dans nos campagnes. Le gouvernement, venant après quarante ans d'essais politiques en tout genre, a eu pour but de résumer, de compléter, d'affermir tout ce qui

avait été tenté avant lui en fait d'institutions. Il sera conséquent avec lui-même, si, en fait de grands travaux, il aime mieux achever les entreprises commencées qu'en commencer de nouvelles. »

Présentée par M. Guizot, la loi de 1833 (1) a été le principe de vie de l'instruction populaire en France; elle contient le germe de tous les progrès de l'avenir et a survécu à toutes nos révolutions. Avant 1789, nous possédions en grand nombre des établissements spéciaux, subsistant par eux-mêmes, universités, corporations enseignantes ou savantes, unies à l'État par des liens plus ou

(1) Sur l'instruction publique, voir les admirables études de M. Guizot. Mémoiresy t. III, p. 1 à 150.

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moins étroits. Université de Paris, Sorbonne, Oratoriens, Lazaristes, Bénédictins, Jésuites^ tous avaient travaillé au progrès moral, intellectuel et religieux des jeunei générations, o Presque tous anciens et propriétaires, attachés à leurs traditions, fondés dans un dessein religieux, ils avaient des instincts d'ordre et d'autorité en même temps que d'indépendance. C'était, dans Tensemble, un mode d'action de TÉtat sur la vie intellectuelle et l'éducation de la nation, mode confus et incohérent, qui avait ses difficultés et ses vices, mais qui ne manquait ni de dignité ni d'efficacité. )» En 89, sous la pression de la tempête révolutionnaire, ces corporations avaient disparu ; la Constituante, la Législative, et la Convention, désireuses de séculariser l'intelligence et la science, -s'étaient promis de donner à la France un système général d'instruction publique, approprié au génie libéral et réformateur de l'époque. Toutefois il ne suffisait pas de décréter l'instruction primaire universelle et gratuite, de se lancer dans des phrases empreintes d'une philanthropie emphatique et pompeuse. Un décret n'est qu'une feuille de papier, una papeleta^ une abstraction imprimée, si on ne l'exécute pas. En résumé, on se contenta de stériles promesses, on ne fît à peu près rien; il n'y eut ni écoles, ni instituteurs; ooroiï^fi l'a éorit M. Guizot, des chimères planaient sur des ruines.

Le gouvernement impérial ne se montra guère plus efficace en matière d'instruction primaire; en revanch^i il rétablit l'instruction secondaire, et créa l'Université à son image, c'est-à-dire qu'il en fit une machine, un instrument de pouvoir absolu, restant sous son contrôla et son autorité, méconnaissant les droits de la famille aussi bien que ceux de l'Église, fondée sur ce prin-

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oipe que Téducation appartient tout entière à l'âtat.

Sous la Restauration, l'instruction publique monta pour la première fois à son rang véritable : elle fut officiellement classée parmi les grandes affaires du gouvernement ; il y eut un ministre des ouïtes et de l'instruction publique ; « l'Université entra, à la suite de l'Église, dans les cadres et dans les conditions du régime constitutionnel, x» De 1814 à 1820> de notables progrès furent réalisés; cependant le niveau de l'instruction populaire ne se relevait guère^ et son programme se réduisait toujours à trois mots : lire, écrire^ et ohiffreré En 1830, plus d'un tiers des communes de France étaient privées d'écoles. Avec M« Ouisot, le département de l'instruction publique dont les cultes avaient été détachés sur sa demande, reçut une extension légitime, une organisation rationnelle, et devint^ dans l'ensemble deé institutions, un rouage régulier et complet*

La loi de 1838, qui mettait l'instruction primaire à la portée de tous, sur toute la surface du royaume, témoi-* gnait d'une manière éclatante de la profonde sympathie^ de la sollicitude du gouvernement pour les classes laborieuses. La monarohie de 1830 eut le tort de ne pas assez parler du peuple, de ne pas assez parler au peuple^ elle eut le mérite et l'honneur de s'occuper beaucoup et utilement de lui; elle n'a pas assez recherché les effets de scène, les coups de théâtre si chers à notre imagination mobile et romanesque, elle s'est préoccupée d'agir plutôt que de paraître, et son amour du peuple, pour avoir été modeste, sans apparat, n'en a été que plus réel et plus efficace. Il appartient à l'histoire de faire justice de ces déclamations badaudes, peu sincère^, sur l'oligarchie et l'égoïsme des classes dirigeantes, dont les journaux, les écrits démagogiques ou bonapar-

tistes ont retenti, a II y a dans la vie publique^ écrit Guizotj comme dans la vie privée des amours de plus d*une sorte ; si ce qu'on appelle aimer le peuple, c'est partager toutes ses impressions, se préoccuper de ses goûts plus que de ses intérêts, être en toute occasion enclin et prêt à penser, à sentir, et à agir comme lui ; j^en conviens, ce n'est pas là ma disposition ; j'aime le peuple avec un dévouement profond mais libre et un peu inquiet ; je veux le servir, mais pas plus m'asservir à lui que me servir de lui pour d'autres intérêts que les siens; je le respecte en l'aimant, et parce que je le respecte, je ne me permets ni de le tromper, ni de l'aider à se tromper lui-même. On lui donne la souveraineté, on lui promet le complet bonheur ; on lui dit qu'il a droit à tous les pouvoirs de la société, et à toutes les jouissances de la vie. Je n'ai jamais répété ces vulgaires flatteries; j'ai cru que le peuple avait droit et besoin de devenir capable et digne d'être libre ; c'est-àdire d'exercer sur ses destinées privées et publiques, la part d'influence que les lois de Dieu accordent à l'homme dans la vie de la société humaine. C'est pourquoi, tout en ressentant pour les détresses matérielles du peuple une profonde sympathie, j'ai été su^ tout touché et préoccupé de ses détresses morales, tenant pour certain, que plus il se guérirait de celles-ci, plus il lutterait efficacement contre celles-là, et que pour améliorer la condition des hommes, c*est d'abord leur âme qu'il faut épurer, affermir et éclairer. »

Il ne pouvait être question en 1833, d'adopter le système de l'éducation obligatoire et gratuite ; l'obligation reste aujourd'hui même un problème considérable au sujet duquel les esprits et les nations se divisent ; elle existe en Prusse, mais aux États-Unis, où Tinstruction

populaire est prospère et florissante, on ne songe guère à attenter à la liberté des parents, à pénétrer violemment dans l'intérieur des familles pour y recruter des écoliers ; on compte davantage sur l'empire de la raison éclairée, sur l'intérêt bien entendu, et l'on y fait peu de cas des règles qui portent f empreinte du couvent ou delà caserne. La gratuité absolue apparedssfidt à M, Guizot dans son caractère chimérique ; il estimedt qu'il fallait offrir l'instruction publique, ce pain quotidien de la vie morale d'une nation, à toutes les familles^ en donner les bienfaits à celles qui sont trop pauvres pour la payer. Il distingua deux degrés d'instruction primaire : l'une élémentaire, appropriée aux plus humbles conditions sociales, comprenant l'éducation morale et religieuse, la lecture et l'écriture, les principes de la langue française et du calcul, le système légal des poids et des mesures; Tautre, comprenant en outre les éléments de la géométrie, le dessin linéaire et Tarpentage, des notions des sciences physiques, d'histoire et de géographie. En dehors des écoles privées dont le nombre demeurait illimité, il y aurait une école communale dans chaque commune, une école normale primaire pour chaque département. L'instituteur aurait partout un logement convenable, un traitement fixe ; au moyen de subventions, d'impositions ordinaires ou extraordinaires, l'État pourrait toujours venir en aide aux communes que l'insuffisance de leurs ressources, leur mauvais vouloir, ou leur apathie menaçaient de priver d'écoles. La surveillance de celles-ci fut confiée à des comités locaux composés pour chaque commune, du maire, du curé, de quelques notables^ et à des comités d'arrondissement où entraient le sous-préfet, des conseillers généraux, le procureur du roi, etc... En même temps, par une série d'admirables circulaires qui

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restent les modèles du genre^ M. Oaizot s'adressait peN sonnellement aux instituteurs^ voulant pénétrer jusqu'à leur âme, élever leurs idées au niveau de leur mission, leur donner le sentiment de l'intérêt qu'on leur portait, encourager ces modestes pionniers de la science dems leur tâche si délicate, parfois si ingrate. Pour les obs6^ ver et apprécier leurs mérites, il créa dans chaque dépsN tement des inspecteurs chargés de visiter régulièrement les écoles, d'étudier les aptitudes, le zèle, la conduite des maîtres, leurs rapports avec les autorités, les familles, les élèves, l'état moral en un mot de l'instruction primaire et ses résultats. Ceux-*cine se firent pas attendre: en 1830, on comptait 27,865 écoles publiques ou privée* fréquentées par un million déjeunes garçons; il n'existait alors que 18 écoles normales primaires; en 1848, 76 de celles-ci desservaient tous les département!; 43,614 écoles recevaient 2,176, 079 enfants. En 1886, une ordonnance royale appliqua aux écoles de filles la plupart des dispositions de la loi de 1838; le nombre de celles-ci s'éleva d'un millier à 7,926.

Le gouvernement, qui avait assuré l'instruction primaire aux enfants capables de la recevoir, s'occupa aussi de la population qui avait dépassé^ ou n'avait pas atteint l'âge des écoles: de là, la fondation des cours d'adultes, qui en 1848 étaient au nombre de 6,877 ; de là, son patronage incessant, sa coopération active, généreuse, en faveur des salles d'asiles ; de là les écoles d'apprentis pour les garçons, les ouvroirs pour les jeunes filles, les écoles régimentaires dans Je sein de l'armée. Citons encore cette admirable et touchante institution des crèches, due à la charité d'un grand citoyen, M. Marbeau, encouragée dès ses premiers pes par madame la duchesse d'Orléans, qui avait pour but

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de recevoir les enfants nouveau-nés, de leur donner asile ; rappelons qu'en 1848, les écoles primaires, celles d'apprentis, les cours d'adultes, salles d'asiles, ouvroirs, partageaient les bienfaits de l'instruction à quatre millions environ d'élèves, et demandons ce qu'il faut penser des accusations, des détracteurs de cette monarchie de Juillet qui a tant fait pour cette œuvre nationale et chrétienne.

L'esprit élevé, transcendant de M. Guizot devançait son époque, et il aurait désiré introduire aussi le principe de la liberté dans l'enseignement secondaire et supérieur; mais des préjugés étroits, des passions mesquines ne permettaient pas un pareil progrès. L'esprit public demeurait âprement méfiant et les exagérations de langatge, les revendications arrogantes et emportées de l'abbé de Lamennais ne contribuaient pas peu à entretenir cette fâcheuse disposition. Conservateurs et libéraux, magistrats, avocats, étudiants, presque tous repoussaient ardemment la libre concurrence de l'Église, lui préférant le régime du privilège et du monopole. De leur côté, les catholiques ne cessaient d'attaquer l'Université comme un foyer d'athéisme et dlmpiété. En 1831, l'abbé Lacordaire, le comte de Montalembert ne se contentèrent pas de réclamer la liberté, ils prétendirent la pratiquer, au nom de la Charte, sans autorisation; ils s'intitulèrent maîtres d'école et essayèrent d'ouvrir une école publique; traduits devant la Cour des pairs ils furent condamnés, mais l'éclat de leur défense avait surexcité davantage les esprits dans un sens ou dans l'autre. « L'immense majorité du public voyait dans la liberté ecclésiastique le précurseur et l'instrument de la domination ecclésiastique, objet d'antipathie et d'effroi Quiconque eût

donné alors au gouvernement le conseil de renoncer absolument en matière d'instruction publique, à la souveraineté de l'État, au régime de l'Université, aux entraves de TÉglise et des congrégations religieuses, et d'encourir sans précautions fortes la libre concurrence de tant de rivaux, je ne veux pas dire d'ennemis, eût passé pour un jésuite secret, ou pour un lâche déserteur, ou pour un aveugle rêveur.» Le projet de M. Guizot sur l'instruction secondaire, tout en maintenant l'Université, fondfidt à côté d'elle la liberté ; combattu, amendé, mutilé dans la Chambre des députés, il tomba définitivement avec le ministre, lorsque le cabinet fut dissous. M. Guizot fut plus heureux d'un autre côté : il créa une chaire de droit constitutionnel à la faculté de Paris et y appela M. Rossi; il imprima une active impulsion aux sociétés savantes des départements, obtint pour le Muséum d'histoire naturelle et la Bibliothèque royale de notables accroissements de dotation; il fonda cette célèbre Société de F histoire de France^ qui partout a ranimé le goût, la passion de l'histoire générale et locale de notre patrie, a publié plusieurs des monuments les plus importants et les plus ignorés de notre passé, répandu tant d'idées justes et salutaires. Il rétablit à l'Institut la classe des sciences morales et politiques

instituée par la Convention, supprimée par le premier Cîonsul Bonaparte, en haine des idéologues. On sait quels services elle a rendus à la science, combien de travaux remarquables elle a suscités sur la philosophie, la morale, l'histoire et l'économie politique. Comme le dit lui-même M. Guizot, «jamais il n'a été plus inintelligen' et plus inopportun que de nos jours de combattre les Académies ; nous vivons dans une société plus equitablement réglée et plus soigneuse du bonheur de tous,

que ne l'ont été la plupart des sociétés humaines ; mais les centres variés, les groupes durables, les agrégations fortes, les impulsions indépendantes y manquent; c'est une société à la fois dissoute et concentrée, qui montre partout l'individu isolé en face de l'unité toute-puissante de l'État. Nous cherchons depuis longtemps déjà, et jusqu'ici sans beaucoup de succès dans l'ordre politique, quelque remède à ces lacunes d'un état social, qui à côté de grands bienfaits publics, laisse les droits bien faibles, les libertés bien mal assurées et les existences individuelles à la fois bien languissantes et bien mobiles. Les Académies sont aujourd'hui, dans l'ordre intellectuel, le remède naturel et presque unique à ce grave défaut de notre société générale ; elles groupent sous un drapeau pacifique, sans leur imposer aucun joug, ni aucune unité factice, des hommes distingués qui sans ce lien, resteraient absolument étrangers les uns aux autres, et en les groupant, elles leur procurent à tous, avec les plaisirs de généreuses relations, des moyens d'influence et des garanties d'indépendance. Au dehors, elles attirent les esprits vers les études et les questions où ils peuvent s'exercer et se satisfaire sans se déchaîner ; elles les contiennent dans certaines limites de raison et de convenance, en provoquant leur activité et en soutenant leur liberté. »

A côté de ces lois excellentes, la Chambre des députés en votait d'autres qui attestaient une grave absence du sentiment monarchique, et dénotaient à quel point les souvenirs et les routines révolutionnaires dominaient des hommes consciencieux et de bonne foi. Elle avait adopté en 1831 uji projet de loi consacrant l'entière abo^ litionde la loi du 19 janvier 1816 qui avait institué un deuil national et légal, ainsi que l'érection d'un mo^

nument en expiation du meurtre de Louis XVI. Un conflit obstiné avait éclaté et se prolongeait encore entre elle et la Chambre des pairs, qui, mieux pénétrée des principes d'ordre monarchique, voulait au moins que le 21 janvier restât un jour légal et férié. On finit par s'entendre en 1833, et par accepter un compromis ; les deux Chambres adoptèrent la rédaction suivante: la loi du 19 janvier 1816, relative au jour fnneste et à jamais déplorable du 21 janvier, est abrogée. Sans doute, le meurtre du roi n'avait pas été le crime direct de la France, mais bien celui de la Convefntion, exécutrice lâche et servile des caprices sàngninaires de la populace parisienne, mais la nation, en subissant à son tour le joug de la Convention, avait sa part de responsabilité morale, de complicité indirecte dans l'assassinai juridique du roi. Répudier entièrement le priiKcipe de la loi de 1816, n'était-ce pas admettre implicit«nenl qu'il n'y eut pas de crime dans cette journée néfaste? N'était-ce pas lier et confondre ensemble les souvenirs de 1830 et ceux de 1793, consacrer l'apcrfogie de l'attentat, proclamer la loi des suspects contre les têtes couronnées? Les députés qui comparaient volontiei^ notre révolution de 1830 à celle de 1688, en Angleterre, ne se souvenaient guère que celle-ci avait continué a célébrer pieusement l'anniversaire expiatoire de la tn^ de Charles I"; le jour du couronnement de CrtrW«û®® d'Orange « le Parlement alla accomplir solennellement ce grand devoér, afin de mettre un abîme, dans Tesprît des peuples, entre la révolution qui avait consomma par le régicide la violation de tous les principes sociatï^j et celle qui, en déposant Jacques II, prétendait simp^ ment assurer Tinvîolabilrté des lois, même à Tégard da prince. y> Un grand malheur de notre nation, c'est qu elfe

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ne se souvient pas; les événementâ les plus graves, les leçons les plus pénétrantes, ne lui laissent qu'une impression fugitive, comme ces caractères que le passant trace sur le sablé au bord de la mer et que la première vague vient eifacer ; si nos âmes, nos esprits se montrent prompts à oublier, il faut que la loi vienne à notre secours, imprime dans nos cœurs la mémoire du passé, de ces jours qui semblent consacrer Fagonie morale d'un peuple^ l'anéantissement de son honneur, de sa dignité, jours de recueillement et de méditation, féconds en enseignements douloureux. «Il faut, disait le duc de Broglîe dans la discussion relative à la loi de 1816, il faut, s'entendre sur le mot oubli : autre chose est l'oubli des personnes, l'oubli des votes, l'oubli des opinions, l'oubli des erreurs^ autre l'oubli des grands événements de l'histoire, et des grandes leçons qui s'y rattachent. L'Évangile qui est la loi des lois, et la Charte du genre humain, nous prescrit indulgence, tendresse même pour les êtres faibles et pécheurs ; mais il nous prescrit en même temps l'horreur du mal lui-même. C'est un priécepte qui s*aj>plique à la politique comme à toutes choses... Quant au 21 janvier lui-même, point de molle complaisance, point de sophisme, point d'oubli non plus. Au temps où nous vivons, lorsque l'ouragan révolulîonnaire gronde sur la tête des peuples et des rois, il importe à la France, il importe au monde de n'en pas perdre la mémoire. )»

On avait pu croire que les sociétés secrètes abdiqueraient après leur défaite de 183^; îln*en était rien; grâce aux appuis directs ou indirects qu'elles rencontraient dans les Chambres, grâce à la tolérance déplorable du jury, elles se reformaient rapidement. A la société des Amis du peuple avait succédé la société des

Droits de rhomme, qui eut un comité directeur | de onze membres, parmi lesquels MM. Audry de . Puyraveau, Guinard, Voyer-d'Argenson, de Kersausie ] et Godefroy Cavaignac. Le Comité central disposait de 3000 hommes environ, tête de ^insu^ rection, et colonne d'attaque, qu'il lancerait au jour favorable, pour s'emparer du pouvoir par une surprise. Les noms des sections indiquaient assez à quel but tendaient leurs membres : il y avait les sections Robespierre, Marat, Babeuf, Louvel, Ça ira, les Gueux, Guerre aux châteaux. Abolition de la propriété mal acquise, le 21 Janvier, le Niveau égalitaire. On ma^ chait, non à une république abstraite et philosophique, non à la république fédérative des États-Unis, mais à la république jacobine de 1793. Pour ne laisser aucun doute à cet égard, le Comité central publia un manifeste révolutionnaire, où il se plaçait sous le patronage de Robespierre, adoptant comme expression de ses principes la Déclaration des droits de rhomme, et déclarant « que la nation française étant en masse propriétaire du sol qu'elle habite, avait seule le droit d'en fixer la répartition entre ses enfants. » On fo* mentait des grèves, on poussait à la réalisation des doctrines de Saint-Just et de Babeuf j dans des pamphlets incendiaires, on promettait aux ouvriers les richesses de la bourgeoisie, aux soldats les grades de leurs officiers; on inondait la France de brochures infâmes qui suaient le sang et le vol ; la Tribune^ "^^ niteur officiel de la Société, se vantait qu'en trois mois, il avait été distribué cinq ou six millions d'écrits de celte espèce. On correspondait avec une foule d'associations provinciales, conçues d'après le même modèle, avec les mêmes intentions, et la société ressuscitait les tra*

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ditions du club des Jacobins qu'elle parodiait de son mieux. La Chambre des députés lui fournit l'occasion de proclamer hautement ses dogmes anarchiques, en citant à sa barre les deux principaux rédacteurs de la Tribune^ Godefroy et Armand Marrast, qui, depuis longtemps l'outrageaient et la calomniaient avec une audace, un cynisme incroyables ; tous deux d'ailleurs, hommes de talent, Tun^ héritier fanatique, admirateur consciencieux des Jacobins, l'autre, ambitieux, plein de fiel et d'envie, désireux d'arriver par tous les moyens à une haute position sociale^ où il pourrait satisfaire ses goûts d'épicurien et de Sybarite, sorte de Scapin, de Cagliostro révolutionnaire, et duquel on put dire en 1848 : un jacobin ministre peut ne pas être un ministre jacobin. Un député, M. Viennet avait dans la séance du 23 mars prononcé ces paroles imprudentes mais trop justifiées ; alalégalité actuelle nous tue, » voulant dire par là qu'il fallait, pour réprimer la licence démagogique, recourir à des lois plus fortes et plus répressives. Sa pensée avait été dénaturée, et les journaux de l'opposition s'empressèrent de dénoncer les prétendues tendances du pouvoir vers l'arbitraire. La Tribune accusa M. Viennet de recevoir une pension sur la caisse des fonds secrets, et le même journal, diffamant la Chambre tout entière, disait : « Comme s'ils ne voteront pas tout ce qui leur sera demandé! Oh ! le bon billet de la Châtre que nous donne là cette Chambre prostituée! » Appelé à comparaître devant elle, le gérant de la Tribune se fit assister de Godefroy Cavaignac et d'Armand Marras t : ils ne se défendirent point, ils attaquèrent, intervertirent les rôles, et pendant plusieurs heures, les juges entendirent en silence glorifier les principes et les desseins du

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parti démagogique (1), la tyrannie de la inultitude décorée du nom de souveraineté du peuple, la monarchie bafouée, le Parlement insulté, la Convention portée aux nues, toutes les utopies jacobines, tous les crimes révolutionnaires exaltés. Le gérant de la Tribune fui

(1) Il nous répugne d'appeler du nom de répablicains les hommes de 93, de 48, ceux qui ont tenu une si funeste conduite sous ]e gouvernement de Juillet, ceux auxquels U violence matérielle, l'émeute, une dictature jacobine oi; communiste et guerrière tenaient lieu de principes, de science politique. Il nous semble que c'est faire injure à ces républicains de nécessité, qui, depuis 1870, ont entrepris la tâche si difficile de fonder une république conservatrice, spiritualiste et chrétienne, gouvernement d'autorité et de liberté, de prudence et de raison, de paix et de conciliation, qui s'appuierait, lui aussi, sur les saintes lois de la religion, de la famille, de la propriété, et qui rendrait à la France sa grandeur et son éclat d'autrefois. Il faut le reconnaître, il s'est formé un parti gouvernemental composé d'anciens monarchistes, de républicains modérés, qui a ouvertement rompu avec de détestables tradiUons, qui veut la paix intérieure et extérieure, et comprend les exigences du pouvoir. Personne n'a, croyons-nous, le droit de suspecter le patriotisme, la haute probité politique d'hommes aussi éminents qae M. Pufaure; le centre gauche contient un certain nombre d'individualités remarquables, telles que MM. Duclerc, Léon Renault, Léon Say, Bertauld, Laboulaye, Casimir Périer, notre excellent ami Alicot, député des Hautas-Pyrénées que son intelligence, son tact supérieurs réservent sans doute à un rôle considérable dans l'avenir. Nous craignons que ces grands esprits, ces généreux caractères ne subissent le joug des violents, des politiciens radicaux; nous craignons que leur nombre relativement bien restreint ne les mène à un douloureux échec : c'est pourquoi, la royauté constitutionnelle nous semble désirable et préférable à tout autre régime. Toutefois,les divisions profondes, invétérées, des conservateurs monarchiques, la haine du Césarisme, expliquent, justifient leur conduite, si elles ne U légitiment pas. Avec M. Thiers, nous pensons que la République $eraeonserMtriée ou ne iera pat^ et nous n'osons blâmer cet illustre homme d'État d'axoir TQulu ^tre le Washington d'une République modérée, pacifique et légale. On a cité ce mot d'un conquérant :sije n'étais Alexandre, je voudrais être Diogène : la France, cette glorieuse personne morale, devrait dire à son tour : si je n'étais monarchie constitutionnelle, je serais volontiers R^ publique conservatrice. Lorsque les avocats plaident au tribunal, ill^ur arrive souvent de demander plus qu'ils n'espèrent obtenir, ils ont soin alor^ de déposer des conclusions subsidiaires, et d'indiquer ce dont îisseconten* teraient. Nous concluons, nous, à la Royauté qui demeure notre idéal p^ litique et notre foi ; subsidiairement, nous accepterions une République' conservatrice, toute différente de ses deux tristes, ineptes et fatales devan- «iôres.

condamné ; mais la Chambre avait commis une lourde faute, en s'érigeant accusateur, juge et partie dans sa propre cause ; elle avait paru accepter un duel légal avec les docteurs de la révolte et de Tanarohie, avec des écrivains qui avaient pour moyen le scandale, et qui sem< blaient avoir pris la devise de Basile : Calomniez, calomnies, il en restera toujours quelque chose ; eUe les grandissait, en leur offrant une tribune d'où leur voix retentirait avec plus de force et de crédit; elle devait se garder de se commettre avec des pamphlétaires, de les prendre au sérieux. Un jour, Timpératrice Livie, se promenant dans les rues de Rome, aperçut d^ hommes tout nus, qui affichaient devant elle des attitudes indécentes; on lui proposa de les punir du dernier supplice , et elle se contenta de répondre : je n'ai vu là que des statues. De même la Chambre devait flageller les diffamateurs avec le dédain et le mépris, ou bien donner au pouvoir des garanties efficaces qui empêcheraient la presse d'empoisonner les âmes et les esprits.

Il serait injuste de rendre le barti républicain tout entier solidaire de la société des Droits de l'homme, des excès de la Tribune. Ce parti était aussi nuancé que le prisme solaire : communistes, socialistes. Jacobins, républicains de sentiments ou de principes, néo-girondins, néo-terroristes, républicains unitaires, fédéralistes, libéraux, tout cela formait une association hétérogène, une véritable tour de Babel politique. Quelques hommes, comme Armand Carrela Lafayette, aspiraient à une république bourgeoise, parlementaire, et refusaient de fraterniser de cœur et d'idées avec la populace; leur malheur, c'est qu'ils n'étaient pas écoutés, qu'ils prêchaient en vain la prudence aux téméraires, et la raison aux insen-

ses, aux démolisseurs d'État, aux hystériques de révolutions; au fond de leur âme, ils repoussaient ces turpitudes atroces et stupides, et cependant ils s'empressaient de couvrir leur parti comme d'un bouclier de restime générale que leur caractère inspirait. Les sages prêtaient aux fous leur crédit; après la défaite, les honnêtes gens protégeaient de leur bonne renommée les factieux el les anarchistes ; ils n'osaient couper leur queue et leur modération ne leur servait de rien ; on se prévalait de leurs noms en méprisant leurs conseils, qu'on traitait de pusillanimes.

Le mal s'accentuait de plus en plus : la société des Droits de l'homme annonçait avec arrogance son intention de marcher à l'assaut du gouvernement ; Timpuisscmce de la loi ré voltait tous les véritables amis de Tordre, qui ne pouvaient admettre que la liberté fût le droit de travailler au renversement de la royauté par la calomnie, la presse et l'émeute. Les crieurs publics vendaient ou distribuaient impunément leurs immondes pamphlets,

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