‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848 (volume 2)Chapitre 59 sur 70 · INVENTIONS DU JOUR, OU REIMPRESSIONS DES PLUS MAUVAIS · texte numérisé non relu

INVENTIONS DU JOUR, OU REIMPRESSIONS DES PLUS MAUVAIS

JOURS : les Crimes de la police^ à la Potence les sergents m ville! Proclamation aux ouvriers coalisés; les Débauches du

clergé^ etc tous pleins d'attaques furibondes contre la

royauté, la propriété, la religion. L'administration fil arrêter et déférer aux tribunaux quelques-uns de ces colporteurs de scandale, de ces hératdts d* armes de FémeitUy comme Louis Blanc lui-même les appelle. La cour royale, oubliant que la lettre tue et que Tesprit vivifie, refusa, d'après une interprétation judaïque et étroite de la légis^ lation en vigueur, d'admettre aucune limite à la liberté des crieurs publics. La Chambre des députés accorda enfio au ministère une loi qui soumettait ces derniers à l'autorisation, à la surveillance de la police et de la municipalite-

Quelques jours après, le 25 février 1834, le gouvernement présenta la loi contre les associations. Elle soumettait à Tautorisation préalable du gouvernement toute association religieuse^ politique, littéraire ou autre, qu'elle fût ou non divisée en sections, ne tenait aucun compte de la périodicité, pesait sur tous les associés sans distinction ; les contraventions pour défaut d'autorisation étaient renvoyées devant les tribunaux correctionnels, les attentats contre la sûreté de l'État devant la Chambre des pairs, les peines aggravées en cas de récidive. Cette fois, l'imminence du péril rallia tous les partisans de la politique de résistance, qui soutinrent avec énergie le ministère : la discussion dura quinze jours ; elle fut tour à tour savante, profonde, passionnée et violente, mais toujours sérieuse. L'opposition entière combattit cette loi de salut social, depuis les membres de l'extrême gauche jusqu'à M. Odilon Barrot. Les dy- Q6Lstiques de l'opposition sentaient le mal et ne vouledent pas du remède ; leur passion pour la popularité les entraînait aux ménagements les plus condamnables pour les factieux ; c'est à eux surtout qu'on aurait pu appliquer ce mot célèbre de Bonald : ce que les hommes en politique, font le moins, c'est ce qu'ils veulent ; ce qu'ils savent le moins, c'est ce qu'ils font. M. Guizot raconte qu'il témoignait un jour son étonnement de cette conduite inconséquente à l'un d'eux, banquier considérable, dont il connaissait les sentiments monarchiques. « Que voulez-vous, lui répondit-il, vous autres, vous ne me ferez jamais de mal, mais ces gens-là seront quelque jour les maîtres, et ils ont des amis qui pourraient bien avoir la fantaisie de me prendre mon bien et de me couper la tête ; je ne veux pas me brouiller avec eux.» Et l'illustre historien ajoute que beaucoup lui en

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voulaient de signaler trop haut et trop longteâlps d'avance des périls qu'ils se flattaient de conjuiridr en n'en parlant pas. <i J'ai cru bien souvent entendre résonnei* à mes oreilles les paroles de Prusias à Nioomède : ah ! ne me brouillée pas avec la République. ii Déplorable tao tique que celle de ces députés aveugles volontaires, af* fectant de oroire à l'intervention de la policid dans tous les complots, et voulant, selon l'expression pittoresque de Orétineau-Joly, fermer 1^ cratère du Vdlcan avec un bouchon de liège ! Involontairement on songe à l'autruche qui poursuivie par les chasseurs dans le désert, se cache la tête sous le sable, et parce qu'elle n'entend plus rien^ s'imagine que ceux-ci ont renoncé à s'emparer d'elle* M> Thiers et les chefs de la phalange conservatrice n'eurent pas de peine à réfuter les sophismes de leurë adversaires : ils démontrèrent avec là demièrd éviddtice que tout droit, dans une société civilisée^ doit être réglé législatlvement ; quô le droit d'association n'était compris ni explicitement ni implicitement dftns leë garanties de la Charte ; que Concéder à de simples itidividus une faculté aussi exagérée, c'était déplacer le pouvoir à leur profit, laisser créer ilti État dans l'État} que )ft monarchie s'écroulait pour peu qu'on laissât la tégù' larité s'introduire dans la révolte, et qu'oti permît à Tanarchie de se discipliner; qu'on n'avait ailbUtie inten^ tion d'interdire les sociétés industrielles^ littéraires, religieuses, mais que^ si l'autorisation |)réalable était requise pour lei^ sociétés anonymes^ pdur celles de bieth faisance, il était étrange et contradictoire de prétendre en affranchir les sociétés politiques, foyers de discordes, écoles normales de sédition, camps retranchés de tous les factieux* La loi fut adoptée par 246 voix contre 154 et portée aussitôt à la Chambre des pairs. C'est à Louis

Bianb que nous dematiderons la justification dô ëette grande mesure préservatrice, a M. Thifers, dit l'édrivaiil démagogique^ n'avait certainement pas tort de diohtrer dans la société des Droits de Thômine Une àrmée^ qui secouant la guerre sur la nation^ pouvait d'un instant à l'autre changer pour la France le cours apparent de la destinée. Sans la Idi contre les associations, non telle que l'entendait l'opposition dynastique^ mais telle que le gouvernement la demandait, c'en était tbit de la mb^ narchie constitutionnelle; rieU de plus certain^ et céun qui en doutaient, comme MM. Bignon, Bérenger et Odi^ lôn Barrot, né savaient pas combien il y aurait eu daUS la démocratie organisée, de puissance et de vigueur; b

Il semblait que ce fût la destinée de la Chambre ded députés de donner et de retenir à la fois^ de passer brusquement d'uu pôle politique à l'autre, de fdt^tifler un jour et d*affaiblit* le letidemaitt le tnihistère, tant elle souffrait de l'absence de grands partis politiques, diSci-^ plitiés, fidèles à leurs chefs, résblus comme eii Angle^ terre h s'identifier avec leur système, à voter en toute occasion, avec ensemble, comme un seul hototiie. Au moment même où elle inaugurait une série de forteâ lois pour lutter contre le désordre, au moment où une terrible crise démagogique semblait imminente, où la société des Droits de l'homme faisait ses préparatifs dé combat, un incident parlementaire ihattendu Vint altérer la composition dU cabinet et l'amoindrir. Les décrets de 1806 et de 180T, rendus à Berlin par Napoléon P^ avaient amené la confiscation d'un certain nombre de navires américains ; l'empereur avait admis le principe d'une indemnité, mais n'avait pu s'entendre sur le chiffré avec les États-Unis. La Restauration reconnut la légitimité de leurs prétentions, en éluda l'examen, et, ré-

pondant à leurs instances par des raisons dilatoires, légua la question à son successeur. Le gouvernement de Juillet avait tout intérêt à entretenir les meilleures relations avec le cabinet de Washington : après un long et minutieux examen, la créance dont les États-Unis élevaient le chiffre à 70 millions, fut réduite d'un commun accord à 25, un traité signé en 1832 sur ces bases; on prélevait une somme de 1,500,000 francs pour satisfaire à diverses réclamations de négociants français, et d'importants avantages de tarifs étaient stipulés en faveur de notre commerce de vins et de soieries. Toutefois, le général Sébastiani avait commis une faute qui devait éveiller les susceptibilités d'une Chambre très-méSante et très-jalouse de ses prérogatives : il avait omis de réserver le droit du Parlement d'accorder ou de refuser la somme, et il s'exposait à laisser protester la signature du roi, puisqu'on matière de subsides, le dernier mot appcurtient toujours à celui qui tient les cordons de la bourse. Malgré cet oubli, il semblait que le traité dût être consacré par une éclatante majorité, puisque le général Lafayette et une partie de la gauche l'appuyaient. Au contraire, un débat acharné s'éleva : en vain, M. Duchâtel, le duc de Broglie, M. de Lamartine démontrèrent péremptoirement l'équité morale et la sagesse politique de cette transaction, dont l'intérêt bien entendu de notre crédit, le droit des gens, llionneur et la loyauté prescrivaient l'adoption. L'article 1" qui portait ouverture du crédit de 25 millions et qui était là loi même, fut rejeté à une majorité de huit voix. Que s'était-il passé? A quelles influences, à quelles intrigues avaient obéi les députés? On ne le sait. Le duc de Broglie, blessé dans sa fierté, porta aussitôt sa démission au roi. Son départ privait le cabinet d'un de ses trois principaux membres;

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il fallait au plus tôt obvier à ce fâcheux inconvénient. Il eut pour remplaçant l'amiral de Rigny, MM. Barthe et d' Argout sortirent du cabinet, M. Duchâtel devint ministre du commerce, et M. Persil garde des sceaux. Quatre jours après la retraite du ducde Broglie,le 4avril, le ministère était remanié et réorganisé.

Le 9 avril, l'émeute, fomentée, préméditée de longue date, éclatait à Lyon, et durant cinq jours ensanglantait, dévastait la seconde ville du royaume. En 1831, l'insurrection lyonnaise avait été déterminée par une question industrielle, la question des salaires et des tarifs, en 1834, l'insurrection était toute républicaine : denombreuses sociétés, des journaux démagogiques avaient exploité les ressentiments, les misères des ouvriers. Des deux côtés, on se battit avec acharnement ; l'armée resta fidèle à son drapeau, à son devoir : c'est en vain que les apôtres, les souteneurs de l'anarchie avaient tenté de s'insinuer auprès d'elle et de lui persuader que faire feu sur eux est un crime de lèse-majesté nationale. Le 13 avril au soir, voyant qu'aucun secours ne leur arrivait des départements, comme on leur faisait espérer, que la garnison tenait bon et se renforçait à chaque instant, les rebelles déposèrent les armes ou se dispersèrent. Parmi les soldats 131 morts et 192 blessés, parmi les factieux 170 morts, attestaient la gravité de la lutte; la plupart de ces derniers n'appartenaient pas aux ffifbriques lyonnaises et étaient étrangers à la ville.

La conspiration était générale et de longue haleine ; elle se propagea dans un grand nombre de villes comme une traînée de poudre, avec un ensemble, une précision, qui dénotait la puissance et l'activité du comité central des Droits de l'homme. A Saint-Étienne, Saint-Symphorien, Grenoble, Auxerre, Marseille, Arbois, Lunéville,

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la sédition iûUltipliait slës teiltdtiVes drimitielles ; tnaid il n'y eut là que deé commehcements de perturbation, deë ébauches de édllisioti aussitôt réprimées, et l'effort du pouvoir se concentra tout entier sur PaHs.

Les Coryphées des Droits de l'homme, les pt^ tendants républicains n'avaient pas dit letir derniei* ttiot : ils avaient itlutiletneilt essayé de s'opposer à l'exéôiltîôn de la loi sur leë criôtirs publies, ils comprirent que la loi sur les associations était le prélude de leui^ i*uitie, et résolurent de tenter Utt suprême effort. Dans ce but, ils suscitèrent une prise d'armes universelle, et comtneneèrent â répandre une sdUrde agitation dans la capitale, au moyen de fausses rumeurs, et de dépêches fflônsongères. C'est ainsi qu'au plus fort de la lutte à Lyon, des bulletins, des prdClanifttions, datés de l'an XLII de là République, circulaient dang les rangs des révolté*: « A Vienne, disait l'un décès plaôards, la garde nationale est maîtresse de la ville; elle a arrêté l'artillerie (}ui venait Contre nous ; partout l'insurrection éclate. Patience et courage ! la garnison ne peut que s'affaiblir et se démoraliser. Quand ttiêmeelle conserverait seS positions, il suffit de la tenir en échec jusqu'à l'arrivée de nos frères des départements. A Paris, la Tribune, par Taddace et le cynisme de Ses impostures, enflammait Tdfdeur des sectaires, et leur soufflait la fièvre du coUibat : « Les Lyonnais Sont maîtres de la ville, écrivait cette feuille le 13 avril, ils ont proclamé un gouvernement provisoire et la république ; la troupe a montré beaucoup d'hésitation... Le 52** régiment, qui est en garnison à Belfort, s'est insurgé et a proclamé la République. » Le gouvernement se tenait SUr ses gardes ; afin de coupei* court à toute tentative, de décourager les prétoriens et les janissaires de l'anarchie, il fit arrêter et incarcérer

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au îiotûbfë dfe l&o envlt^bn, lèà priheit)feiiX ehéfe des Droits de rhoiiitûfe. Un geiitilhomiiie breton, nomtnê Kei^àusiô, tnàniaqué d^émeutes et de conspirations, d'une nature fougueuse, hardie, itidoihp table, devenu jacobin et tiarboiiaro, àVait organisé slous le tiom de sedtioti d'ActidU, ungboupe de 1200 IhdiVidus, plus fous^ plus exaltés que les autreë^ ti*iéô aVéd doitl, tous connus de lui, aveuglément dévoués, cothme ces éhergumènes du Vieux de la toontâgne, ddut l'histdii^e tioUs à rap-* porté lés tei'ribles et moti^trueui exploits. Entre eux^ aucUtiB fcotnitiunlcfttidn écrite, ftUôuhe réunion fixe; il pasfeftlt en revue ses séideë, isoléttient, éparpillés dans leà rues, Qu par petits groupes, leur donnait ses intructions à Vbbt baëde, et déjouait de Id ëorte les Infatigables recherchés de la police. O'était là l'avaiit^garde du parti républicain, dOh corps de franci^-tireUrs, Investi de droit dU de fait du privilège d'engager la bataille. Kersausie fUt arrêté au moment même où il passait sur les boulevards une de ses mystérieuses revues, saisi brusquemeht et emmené h la Conciergerie.

Le ministère avait frappé rinsurrection à la tête, en lui enlevant ses dhefs$ en faisant mettre les Sdellés sur les presses de la THèunè^ organe^ bréviaire des Jacobins ^ confidente de leurs projets, écho de leurs imprécations, sytobdle de leurs fureurs. Il avait publié Une dépêche reçue de Lyon le 13 avril et portant : a Lyon est délivré ; les faubourgs occupés par les insurgés sont tombés en notre pouvoir ; les commuhications sont rétablies partout; Les malles-poste ont repris ce soir leur service. Les anarchistes sont dans le plus grand désordre* r> Puis en annonçant ces nouvelles dans un supplément extraordinaire du Moniteur^ il ajoutait un dernier avertissement et prévenait les révolutionnaires que des forces

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emportement, et toutefois en laisser toute la responsabilité à ceux qui Font provoquée ; il faut protester contre r absurde légende des massacres de la rue Transnonain qui ont si longtemps défrayé la plume des écrivains démagogiques, réduire à ses justes proportions ce déplorable épisode, remettre l'histoire à la^place du roman, réserver ses malédictions pour les bravi de Témeute et les ruffians de la Révolution. En dehors de ce fait exceptionnel et isolé, la répression avait revêtu et conservé un admirable caractère d'humanité; 400 insurgés avaient été arrêtés et faits prisonniers, les armes à la main, et Ton ne sait si on doit hausser les épaules ou s'indigner, lorsque Louis Blanc ose comparer aux massacres de septembre 1792 les dispositions prises par les défenseurs de Tordre à Lyon et à Paris.

Ce n'était pas assez pour le gouvernement d'avoir terrassé la révolte, et remporté une grande victoire; il fallait prendre des mesures décisives pour prévenir le retour de ces épouvantables forfaits. « La première et la plus urgente était que de si effroyables événements, leurs causes, leurs développements progressifs, le caractère et les vues de leurs auteurs fussent mis complètement à découvert; il fallait que devant le pays, le grand jour se levâif sur la maladie révolutionnaire, sur ses sources, ses symptômes, ses ravages et ses effets. Il fallait aussi que les moyens matériels qui avaient servi à commettre ces sanglants désordres fussent enlevés et interdits à ceux qui voudraient en faire un si coupable emploi, a A cet effet, le cabinet présenta le 15 avril, un projet de loi portant des peines sévères contre ceux qui détiendraient des armes ou des munitions de guerre, qui en feraient usage ou qui prendraient une part quel* conque à une insurrection. En même temps, une or-

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donnance du roi déférait à la Cour des pairs le jugemcmt de tous ces attentats sortis d'uu seul et même complot. Nous approuvons ces deux mesures, et cependant nous ne saurions nous empêcher de trouver que c'étaient là des remèdes insuffisants, des palliatifs, des expédients temporaires, et que les ministres de la monarchie de Juillet manquèrent ici de cette grande et large clairvoyance qui devance, domina et entraîne le public. Si le lendemain de la victoire, ils eussent fait aux Chambres la proposition suivante : Paris, foyer et refuge de l'insurrection, menace sans cease la France, la royauté, les Chambres ; Paris porte une révolution dans ses flancs et renferme les éléments de vingt comités de salut public; il faut attaquer la démagogie dans son repaire; nous demandons qu^ d'urgence et par un vote solennel, vous déclariez que vous siégeirez désormais à Versailles, nous posons la question de cabinet ; les dé* pûtes, les pairs, troublés et surpris, auraient accordé un vote de confiance à un ministère qui venait de leur rendre un signalé service en domptant Tanarchie, Dès lors, la royauté n'en était plus réduite à vi^re en quelque sorte au jour le jour, à se préoccuper de se défendre; elle recouvrait aussitôt la confiance de tqute TEurope) elle pouvait supporter facilement les abus^de la Ubort^» les inconséquences, les querelles byzantines des parlements, ouvrait au pays une ère indéfinie de prospérité permanente, de sécurité absolue, réduisait à Vimpui^" sance les sociétés secrètes, qui, privées de Jeu? poi^^' d'appui, de leur fatal auxiliaire, tournoyaieat en quelque sorte dans le vide et se mouraient d'inanition. P^ lors, plus de révolution de 1848, plus de coupa d'Etat, plus de DeuxrDécembre, plus d'çippel à H forcer »a.l,érielle et brutale, plus de politique abracadabrante'

mais le droit à la place de la fantaisie révolulionnaipe, la politique d'équilibre, une paix glorieuse et féconde au lieu de guerres continuelles et insensées, des invasions, des démembrements, une tranquillité profonde au lieu des attentats de juin 1848, de mars 187X. Un homme robuste et bien armé rencontre un malfaiteur au coin d'un bois, et après l'avoir vaincu, lui laisse toutes ses armes. Un général en ohef commande cent mille hommes, ceux-ci ont des canons rayés, des chassepots et tout l'avantage de la position ; l'armée ennemie est quatre fois moins nombreuse, et n'a que de mauvaises armes de pacotille. Comment qualifier la conduite du voyageur? Que dirait-on du général qui partagerait avec son adversaire ses canons, ses fusils perfectionnés et pousserait la candeur jusqu'à lui céder sa position? Livrée à ses propres ressources, la démagogie ne saurait lutter un instant contre les défenseurs de Tordre; lorsque ceux-ci lui laissent sa citadelle, son arsenal, Paris en un mot, ils ressemblent au voyageur, ou au général qui rétablissent et égalisent les chances du combat. En 1834, personne ne songeait au remède que nous indiquons, et dont les impérieuses leçons de l'histoire démontrent depuis quatre-vingts ans la nécessité; on croyait avoir assez fait si l'on allait au plus pressé, si l'on avait prévu et déconcerté le mal à courte échéance. On oubliait que tous les gouvernements périssent par l'abus du principe qui leur a donné naissance ; les gouvefnements démocratiques par Tanarchie, les gouvernements militaires par la guerre, et les gouvernements de droit divin par leurs prétentions extra-légales. A son tour, le gouvernement parlementaire devait périr de la même façon; la condition de sa durée, de sa vie, était celle-ci: lutte constante pour la liberté, pour l'or^re^ au nom de

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la France, contre la révolution, contre Paris ; contraste perpétuel entre Torigine et le but. La royauté de Juillet est tombée à cause de sa confiance dans Paris : son optimisme Ta perdue.

Cette tranquillité du public, des Chambres, des esprits les plus éminents, compromettait sans cesse le régime parlementaire et aggravait ses difficultés. La France a besoin d*un peu de danger pour être raisonnable ; rendu à une sécurité apparente, le parti de Tordre n'allait pas tarder à s'émietter, à se disperser, à s'éparpiller. Chassez le naturel, il revient au galop, a dit La Fontaine. Quelqu'^s jours s'étaient écoulés depuis l'insurrection, et déjà chacun revenait à ses préjugés, obéissait à ses prétentions personnelles. L'épée de Damoclès de la démagogie ne semblait plus prête à tomber ; on croyait avoir à tout jamais refoulé le péril ajourné, et le nonchaloir politique de la plupart s'accommodait volontiers d'une espèce de fatalisme imprévoyant et qulétiste. Les pouvoirs de la Chambre des députés étant près d'expirer, une dissolution fut prononcée ; les élections consacrèrent la défaite éclatante de l'extrême gauche avec le triomphe des conservateurs. Le changement le plus considérable s'opéra au profit du groupe qu'on nommait le tiers-parti : vacillante dans ses principes, incertaine dans ses voies, cette fraction se recrutait de tous les indécis honnêtes, d'intrigants méticuleux et versatiles, ce des esprits sages, mais timides et enclins à placer la sagesse dans la fluctuation, des esprits vaniteux et prétentieux, mais exigeants et tracassiers, des cœurs droits mais faibles, des amourspropres susceptibles et jaloux. » C'était quelque chose de vague, d'indéterminé, de fluide, qui s'évaporait au toucher, quelque chose d'insaisissable comme la vapeur de l'cdr; on ne pouvdt lappeler un parti, tout au plus une

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coterie ; incapable de former un ministère à cause de son défaut de système, de discipline et d*homogénéité, et toutefois doué d'une force négative et destructive. Ses membres travaillaient à semer la division au sein du mi* nistère, lui faisant une guerre puérile et capricieuse, peu sympathiques surtout aux doctrinaires, reculant devant la lutte au grand jour, se dédommageant par de sourdes intrigues, de mauvais propos, et de petites manœuvres. Ils avaient leur chef ou plutôt leur représentant le plus distingué dans M. Dupin président de la Chambre des députés : ils étaient maintenant au nombre de 80, et pouvaient par leurs votes, faire pencher la balance d'un côté ou de l'autre.

MM. Thiers et Guizot sentaient qu'ils auraient à lutter contre de pénibles obstacles, et ils supportaient avec impatience l'impopularité du maréchal Soult. Le tiersparti, l'opposition, beaucoup de fidèles amis du cabinet lui reprochaient ses dépenses excessives, son manque de tact politique, son administration confuse, ses prétendues complaisances envers le roi. Ses collègues se plaignaient aussi de ses exigences, de son hu^ meur inégale et susceptible, de son caractère méfiant, bourru et incommode. Députés et ministres ne se souvenaient pas assez des grands services rendus par le maréchal : aux orateurs subtils épluchant minutieusement les francs et les centimes du budget de la guerre, le vieux soldat, que Napoléon proclamait le meilleur organisateur des troupes de l'Europe, aurait pu répondre à la façon de Scipion : « j'ai levé 400,000 hommes ; allons au Gapitole et rendons grâcesaux dieux : n Il n'avait, écrit Guizot, « en politique point d'idées arrêtées, ni de parti pris, ni d'allrés permanents. Je dirai plus : à raison de sa profession, de son rang,

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de sa gloire militaire, il se tenait pour dispensé d'en avoir; il faisait de la politique comme il avait fait la guerre, au service de l'État et du chef de l'État, selon leurs intérêts et leurs desseins du moment, sans se croire obligé à rien plus qu'à réussir, et toujours prêt à changer au besoin, sans le moindre embaras, d'attitude et d'alliés. Mais, dans cette indifférence, et pour ainsi dire, dans cette aptitude volontaire à une sorte de polygamie politique, il ne manquait ni d'esprit de gouvernement, ni de résolution dans les moments difBciles, ni de persévérance dans les entreprises dont il s'était chargé. On aurait eu tort de compter sur son dévouement, tort aussi de se méfier de son service. Il lui fallait ses sûretés et ses avantages personnels; cela obtenu, il ne craignait point la responsabilité, et se plaisait au contraire à couvrir de son nom le roi, qui ne trouvait en lui ni volontés obstinées, ni prétentions incommodes, quelquefois seulement certaines susceptibilités spontanées ou calculées, mais faciles à calmer. C'était d'ailleurs un esprit inculte et rude, un peu confus et incohérent, mais sensé, fécond en ressources, d'une activité infatigable, robuste comme toute sa personne, et il avait, dans la pratique de la vie, une autorité naturelle, grande dans l'armée, même sur ses égaux, grande sur ses subordonnés administratifs, et dont il savait quelquefois se prévaloir dans l'arène politique avec un art efficace quoique peu raffiné, pour imposer à ses adversaires, ou pour échapper aux embarras de la discussion. »

Le roi, auquel on proposait le maréchal Gérard pour remplacer Soult, et qui comprenait l'importance de ce personnage aux yeux des cabinets européens^ di-

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sait avec raison à ses ministres : vous perdrez au change. Mais un dernier dissentiment avait amené dans le conseil une discussion pleine d'aigreur entre le ministre de la guerre et ses collègues. Les esprits étaient alors vivement préoccupés au sujet de l'Algérie qui nous coûtait beaucoup d'or, beaucoup de soldats, et dont la possession semblait encore , très-incertaine , très-précidre et rudement contestée. On reprochait à l'administration militaire ses dépenses arbitraires, la dilapidation des magasins de . l'État ; M. Dupin rappelait aux applaudissements de la majorité de quelle manière les Romains fondaient leurs colonies et leur assuraient une durée si prodigieuse, a Pour fonder une colonie, on employait, disait-il, non pas le fer de la lance qui détruit, mais le soc de la charrue qui produit, et l'on apprenait aux citoyens que la civilisation commence par l'agriculture et finit par la stérilité. » De là un courant de réaction très-vive contre le despotisme militaire^ et si le maréchal Soult, avait pu, au nom du conseil, déclarer que la France garderait en tout cas sa conquête, les ministres se montraient profondément divisés sur le mode de gouvernement de l'Algérie. Le maréchal soutenait que la lutte contre les Arabes était notre première affaire et se montrait en cela bien plus clairvoyant : MM. Thiers et Guizot proposaient de rendre le gouvernement civil afin d'écarter les obstacles que les griefs contre le régime militaire avait suscités dans les Chambres. De là une série de discussions violentes et animées : pour mettre fin à cet état de discordes, le maréchal dut se retirer et céder sa place au maréchal Gérard, qui le 8 juillet, fut nommé ministre de la guerre et président du conseil. « Ce fut, dit Guizot, de notre part une faute et

une double faute ; nous avions tort de saisir cette occasion pour rompre avec le maréchal Soult et l'écarter du cabinet; il nous causait des embarras parlementaires et des ennuis personnels, mais il ne contrariait jamais et il servait bien quelquefois notre politique générale. C'était à nous de donner aux Chambres l'exemple de le soutenir, et s'il devait tomber, il valait mieux qu'il tombât devant un échec public que par un mouvement intérieur. La retraite du duc de Broglie avait déjà été un afTaiblissement. pour le cabinet; celle du duc de Dalmatie aggrava le mal, et nous ne tardâmes pas à nous apercevoir que la porte par laquelle il était sorti restait une brèche ouverte à l'ennemi que nous combattions. »

En effet, le maréchal Gérard était un brillant soldat, et n'avait pas d'autre mérite ; par amour de la popularité, il se laissait entraîner peu à peu vers Topposition. Le tiers-parti, qui comptait sur lui comme sur son homme-lige, crut le moment venu de lever les manques, et l'adresse de la Chambre marqua son premier essai d'hostilité envers le cabinet; cette adresse dont chaque phrase louvoyait entre le blâme et l'approbation, était son œuvre ; elle renfermait des insinuations équivoques et malveillantes envers ies mifiistres, était semée de conseils détournés, et manquait absolument de franchise. Le tiers-parti cherchait en même temps à affaiblir le cabinet sur une autre question, qui absorbait l'attention publique : il s'agissait de savoir si le gouvernement accorderait l'amnistie aux insurgés d'Avril. Les républicains la repoussaient tout haut et la désiraient au fond de leurs cœurs comme une délivrance pour eux-mêmes, comme un aveu de l'impuissance, de la faiblesse de la monarchie. L'opposition dynastique la réclamait au nom

de rhumanité, de la réconciliation; le tiers-parti, qui ne répugnait pas en général à la répression, blâmait le procès comme une faute, s'effrayait de sa durée, de son étendue, des complications qui pourraient surgir, estimant que le gouvernement était assez fort pour pardonner. L'amnistie, la raison politique et le bon sens l'indiquaient, était une mesure impossible et inopportune; elle n'est justifiée que lorsqu'elle met fin à de grandes discordes civiles, lorsqu'elle désarme les partis ; on n'oublie le passé, on ne le met à néant, que si le présent permet d'espérer le repentir des coupables dans l'avenir. Loin de là, les révolutionnaires redoublaient d'arrogance et de menaces ; du fond des prisons, comme dans leurs journaux, leur langage restait audacieux et violent. Leurs apologistes les représentaient comme, des malheureux, non comme des coupables; la garde nationale, la bourgeoisie ne se souciaient aucunement de les voir rendus à la liberté du mal. L'amnistie avant le jugement eût été un acte d'insigne faiblesse envers la démagogie, qui n'eût pas manqué de railler la couardise, la débonnaireté du gouvernement, et qui se serait crue plus forte, plus proche que jamais du succès définitif. La sévérité envers les méchants est un acte de miséricorde, de justice envers les bons; qu'un jury acquitte un criminel avérée il lui permet peut-être d'assassiner vingt honnêtes gens ; s'il le condamne à mort, il aura épargné la vie de ceux-ci. Un gouvernement sérieux n'a pas le droit de faire du sentimentalisme politique ; il doit se souvenir que toutes ses mesures peuvent avoir une portée incdculable sur les destinées, la prospérité de la nation, qu'il peut, d'un mot, & l'intérieur comme à l'extérieur, déchaîner la guerre civile et la guerre étrangère, et par une imprévoyante concession, com-

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promettre la fortune et la vie de milliers de (âtoyens.

Le cabinet avait senti qu'il ne pouvait être question de l'amnistie, et que beaucoup Fexploitaient dans un but personnel, soit pour changer la politique du gouvernement, amener un autre système, une autre majorité, soit pour favoriser les desseins des conspirateurs. Mais le maréchal Gérard était partisan de la clémence, de la générosité : circonvenu par les amis des prisonniers, enguirlandé par le tiers-*parti auquel le rattachaient des liens d'étroite intimité, encensé par la presse de Topposition, il avait fini par se persuader que son honneur et sa popularité ne lui permettaient pas de transiger sur ce point. Il donna sa démission, et le 29 octobre 1834 se retira de l'arène politique où il s'était montré faible, incertedn et timide.

Il ne pouvait convenir à ded hommes comme MM. Guizot et Thiers de se laisser affaiblir par le tiers-parti, de tolérer que celui-ci leur arrachât, lambeaux par lambeaux^ l'autorité et la puissance ; ils suivirent l'exemple du maréchal Gérard, et se retirèrent avec trois de leurs collègues. Le roi se retourna vers le tîers-parti et demanda à ses meneurs de constituer un ministère. Dupin refusa d'échanger sa haute situation de président de la Chambre des députés et de procureur général à la cour de cassation, contre les honneurs incertains de la présidence du conseil ; il offrit son frère en gage de son appui, et le 10 novembre, le Moniteut publia des ordonnances qui instituaient un nouveau cabinet avec le duc de Bassano comme président du conseil. Lô tlers^parti avait voulu s'affirmer et montrer son existence ; Dupin s'écriait avec orgueil : on ne dira pas maintenant que nous sommes des hermaphrodites. Hélas ! c*était bien le cas de répéter avec l'Ecclésiaste : Vanité des vanités, tout n'est

que vanité ! Ce ministère qui comptait, après tout, des hommes de mérite, qui se flattait d'établir le régime parlementaire dans sa prétendue sincérité, c'estrà-dire d'empêcher le roi de gouverner, ce ministère ne fut pas pris au sérieux par l'opinion publique, qui de suite, le jugea sans principes, sans appuis, sans aucune oondi* tien de durée. On s'amusait de lui^ on le plaisantait; on ne lui faisait pas même l'honneur de l'attaquer, de le discuter; troublés par ce sourire universel, par cette hilarité générale à leur aspect, les nouveaux ministres donnèrent leur démission le 13 novembre, et leurs prédécesseurs consentirent à rentrer aux affaires avec le maréchal Mortier, qiii accepta la présidence nominale du conseil. Le ministère des trois jours, cette nouvelle journée des Dupes, ce château de cartes constitutionnel, prouva d'une manière éclatante l'impuissance politique du tiers-parti, que les journaux se plurent à décorer du nom de Parti eunuque.

« Malheureusement, c'était là une de ces victoires qui enveniment la lutte plus qu'elles ne fortifient les vainqueurs. De cette apparition fugitive du tiers-parti dans le gouvernement, il resta des amours-propres blessés, des prétentions excitées, des engagements précipités, des hommes compromis les uns contre les autres au delà de leurs prétentions, réelles, et de la part des diverses nuances de l'opposition, un redoublement d'humeur et d'ardeur contre le ministère, suscité par le déplaisir que leur causait leur propre impuissance à former un gouvernement. » A ces ferments de discordes, à ces chocs des vanités froissées^ se joignaient d'autres raisons qui rendaient le cabinet chancelant et précaire, malgré ses succès à la Chambre. Le prince de Talleyrand, qui oommençait à ressentir le poids de l'âge, que

le spectacle de ces crises ministérielles répétées de ces fluctuations politiques indisposait et dont les relations avec lord Palmerston s'étaient sensiblement altérées, donnait sadémission d'ambassadeur à Londres, et sa retraite était considérée, surtout par les cours européennes, comme un fâcheux symptôme de Tétatdu gouvernement français. Le maréchal Mortier souffradt de son insignifiance politique, queson inexpérience complète de la tribune et des affaires rendait tous les jours plus sensible; il ne put supporter plus longtemps le fardeau du pouvoir, le 20 février 1835, il donna sa démission et les autres ministres mirent leurs portefeuilles à la disposition du roi.

Il fallait que celui-ci recommençât ses recherches, et il se remit à cette besogne ingrate avec courage et résignation. Successivement il s'adressa à M. Dupin, au maréchal Soult, au général Sébastiani, au comte Mole ; tous se récusèrent^ ou purent se convaincre qu'ils nesaurcdent grouper autour d'eux ni un cabinet, ni une majorité. On sinquiétait dejcet interrègne ministériel, de ces lenteurs, de ces incertitudes, et l'opposition aurait volontiers saisi ce prétexte pour empiéter sur la prérogative royale et faire intervenir la Chambre dans le choix des ministres; mais, comme le démontra M. Guizot, celle-ci n'avait d'influence à exercer sur le choix ou sur les destinées du cabinet^ qu'indirectement, par son opinion générale, par ses votes généraux ; tout mode d'intervention direct, immédiat, positif, aurait été un désordre constitutionneL

En passant dans l'intervalle de six mois du mcuréchal Soult, au maréchal Gérard et au maréchal Mortier, la présidence du conseil était (je plus en plus devenue une apparence, une fiction, et en même temps un moyen d'opposition pour les adversaires du cabinet, un embarras pour ses amis. Le ducdeBroglie paraissait aux Chambres

et au public, le seul homme capable de rendre à la prédence du conseil son autorité, son prestige ; mais le roi avait peu de goût pour son ancien conseiller, dont le prince de Talleyrand disait avec plus d'esprit que de raison, que sa vocation était de ne pas être ministre des affaires étrangères. Louis-Philippe craignait qu'un triumvirat parlementaire composé de MM. Thiers, Guizot, de 3roglie, ne pesât sur lui d'un poids trop lourd, et ne reprît avec plus de force les habitudes de Casimir Périer, Ces trois ministres réunis, disait-il, c'est Casimir Périer en trois personnes. D'autre part M. Thiers hésitait à s'associer au duc de Broglie, ami intime de M. Guizot, qui ferait pencher la balance en faveur des doctrinaires, dont il tenait à rester différent et distinct. Toutefois le roi et M. Thiers eurent la sagesse, le bon esprit, de mettre de côté leurs préférences, et le cabinet fut enfin reconstitué le 12 mars avec le duc de Broglie ministre des affaires étrangères et président du conseil. M. le maréchal Maison, ambassadeur à Saint-Pétersbourg, remplaçait le maréchal Mortier au ministère de la guerre, et M M. Guizot, Thiers, Duchâtel, Humann, Persil, avec l'amiral Duperré, conservaient leurs portefeuilles.

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