‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 26 sur 78 · II · texte numérisé non relu

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de charité établis sur tous les points. La municipalité de Paris vota un crédit pour maintenir en faveur des indigents le prix du pain de première qualité à 80 centimes les deux kilogrammes. Afin d'empêcher rexportation trop rapide de son numéraire à l'étranger, la Banque de France porta le taux de Tescompte de 4 à 5 0/0.

Cependant la clôture de la session de 1846 avait été prononcée le 3 juillet, et les élections fixées au 2 août Les ennemis du cabinet se préparèrent à la lutte avec ardeur : réunis sous la conduite de M. Thiers, le centre gauche et la gauche dynastique lancèrent un manifeste où Ton préconisait Talliance de tous les partis opposés au ministère. <x La question pour chaque électeur, disait-on, n'est pas de choisir celui qu'il préfère, mais bien en nommant un homme indépendant, à quelque nuance de l'oppoàition qu'il appartienne, d'empêcher le succès du candidat ministériel. » Les légitimistes inscrivirent sur leur drapeau : liberté d'enseignement, liberté de conscience ; c'était la condition imposée par tout électeur catholique : ce point acquis^ on ne demandait à personne l'abandon de ses convictions. Quant aux radicaux, ils prêtaient leur concours à la gauche dynastique dans les collèges où ils ne se sentaient pas eo nombre.

Le gouvernement s'apprêta à user de son droit de légitime défense : il repoussait d'ailleurs toute intrigue, toute manœuvre indigne, et dans sa circulaire aux préfets, le comte Duchâtel exprimait avec netteté la volonté du Cabinet de chercher son appui dans ses actes et dans le bon sens du pays ; il leur recommandait de respecter scrupuleusement Tindépendance des consciences, de ne pas sacrifier les intérêts publics, les droits légitimes à des calculs électoraux.

La victoire dépassa les espérances du ministère : les conservateurs gagnèrent 25 à 30 voix. Les mauvais reviennent bons, disait le comte Ducbâtel, les bons reviennent excellents. Les Chambres avaient été convoquées pour le 17 août, et la courte session qui suivit ne fat que Tenregistrement de ce triompbe.

On s'occupa d'abord de la vérification des pouvoirs, : beaucoup de protestations s'élevaient contre les conservateurs élus; en résumé, peu de faits sérieux furent allégués ; seule, Télection du nouveau député de Quimperlé fut annulée. .On put se convaincre qu'en fait de séduction, d'intimidation, l'opposition ne restait pas en arrière, et que les élections de 1846 étaient la sérieuse et fidèle expression du sentiment public. On l'a dit très-justement, les institutions libres ont cette puissance que leur vertu surmonte les vices même qu'elle ne supprime pas ; il résulte de leur action plus de vérité que de mensonge et plus de bien que de mal, quoique le mensonge y soit souvent grossier et le mal choquant. Dans les plus grands pays de liberté, États-Unis, Angleterre, Belgique, Hollande, Suisse, les élections se sont assurément accomplies avec moins d'indépendance personnelle, d'intégrité, de probité, que dans la France monarchique de 1814 à 1848.

Hais, semblable à ces chevaliers du mo/en âge qui ne se croyaient jamais vaincus que par des sortilèges et des enchantements, l'opposition n'expliquait son échec que par remploi de moyens illicites : elle ne voulait pas admettre que ses attaques excessives et passionnées, la puérilité des détails où elle tombait souvent, les nécessités d'ordre public, la bonne conduite générale du cabmel avaient décidé contre elle la masse du pays légal. Plus elle avait compté sur une éclatante victoirOj

plus rinsuccès aigrissait ses rancunes et sa mauvaise humeur. C'est la consolation banale, le prétexte étemel, la tactique des partis vaincus qui prennent de petites circonstances, des incidents minimes pour des événements, qui ne s'avouent jamais leurs torts et préfèrent accuser le gouvernement de fraude et de corruption.

La Chambre procéda ensuite à Télection de son président ; M. Sauzet eut 223 voix sur 339 ; M. Odilon Barrot ne rallia que 98 suffrages. Les quatre vice-présidents furent tous pris dans la majorité ministérielle. Après le vote de Tadresse, une ordonnance du 3 septembre prorogea la session au 11 janvier 1847.

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