LA GRÈCE : M. GUIZOT ET M. COLBTTIS
éclatante de sa sympathie envers Louis-Philippe : le 2ô septembre 1843, la reine Victoria, accompagnée de lord Aberdeen, traversait la Manche et descendait aa Tréport. Louis-Philippe, ses fils, lord Cowley ambassadeur d'A ngleterre, M. Guizot étaient allés au-devant d*elle ; la reine Marie- Amélie, les princesses d'Orléans, le comte de Saint-Aulaire, le maréchal Sébastian i, un bril* lant cortège Fattendaient au rivage : tous ensemble se rendaient au château d'Eu. La reine d'Angleterre était venue voir la famille royale et avait exprimé le désir de ne pas aller à Paris. Le séjour se prolongea : entre les chefs des deux États et leurs ministres des rapports s établirent, des conversations utiles, amicales^ s'échangèrent. Ce qu'on poursuivait de part et d'autre, c'était le maintien des bonnes relations entre la France et l'Angleterre.
A Paris, dans le monde politique européen, l'effet fut considérable (1). Un roi n'eût pas fait cela, disait tel diplomate étranger, c'est une fantaisie de petite fille. Mais l'on répondait : Fantaisie acceptée par des ministres qui ne sont pas des petites filles. Mon plaisir, écrivait le comte Bresson à M. Guizot, ne sera égalé que par le déplaisir qu'on en éprouvera à Saint-Pétersbourg et autres lieux... Que nous importe maintenant que tel ou tel prince, de grande, moyenne ou petite cour, juge que ses principes ne lui permettent pas de toucher la terre de France. La manifestation essentielle est accomplie.
Elle l'était si bien, que Tempereur de Russie voulut détruire ses effets; le 1" juin 1844, il aborde en Angleterre, et vient reprendre l'œuvre tentée par le roi de
(1) Voir sar les visites royales à £a et à Windsor : les Hémoires du l^ron de Stockmar, conseiller de la reine Victoria ; l'excellente étude de M. Saiot- René Taillandier dans la AeoiM def i>0iix-Jfond«t du l<r décembre it{7«; ^niiot. tome VI.
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Prasse à Windsor en 1842. Ce dernier a choisi pour confident le baron de Stoekmar; il ne lui a pas caché sa haine pour la révolution belge, son désir de rattacher la Belgique à la Confédération germanique. Surtout il a voulu nous déclarer une guerre sournoise, détacher de nous une royauté amie. En France, a-t-il dit, il n'y a plus aujourd'hui ni religion, ni morale ; c'est un état social entièrement pourri, comme celui des Romains avant la chute de l'empire ; je crois que la France s'écroulera de la même manière.
Le czar Nicolas essaye à son tour d'irriter le gouvernement anglais contre la France, de le sonder sur les affaires d'Orient. Il déclare à lord Aberdeen que la Turquie est en train de mourir, qu'il y aura un moment critique, et qu'il sera obligé alors de faire marcher ses armées : dans cette crise, il ne redoutera que la France^ elle est le trouble-fête de l'Europe et l'ennemie de l'Angleterre. Louis-Philippe, ajoute-t-il, a rendu de grands services à l'Europe, je le reconnais. Moi personnellement, je ne serai jamais son ami. On dit que sa famille est exemplaire et parfaitement aimable. Mais lui, qu'a-t-il fait? Pour asseoir sa position, pour la consolider, il a cherché à miner souterrainement la mien'ne^ à me ruiner comme empereur de Russie (allusion aux af^ires de la Pologne en 1831).... Je n'aime pas du toutOuizot, je l'aime moins que Thiers; celui-ci est un fanfaron, mais il est franc ; il est bien moins nuisible, bien moins dangereux que Gui- Kot, lequel s'est odieusement conduit envers Mole, le plus honnête homme de France...
En résumé, l'empereur échoua auprès de la reine et s'attira cette réponse de sir Robert Peel : « Le maintien de la dynastie d'Orléans est le but principal de ma politique. D Ni la bonne grâce, ni la haute mine, ni la gran-