‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 46 sur 78 · INCORPORATION DB LA RÉPUBLIQUE DE CRAGOVIE · texte numérisé non relu

INCORPORATION DB LA RÉPUBLIQUE DE CRAGOVIE

comptait sur les assurances du chancelier autrichien, que l'existence de la république de Cracovie avait son fondement dans les stipulations formelles des traités de Vienne, et ({n'k ce titre la question devenait européenne. Les paroles de lord Palmerston furent aussi nettes, plus significatives, a Ces gouvernements, disait-il, seront assez intelligents pour voir que le traité de Vienne doit être considéré intégralement, et. que Ton ne saurait permettre à un gouvernement de faire un choix des articles qu'il voudrait exécuter, et de ceux qu'il voudrait violer... Il ne saurait avoir échappé à leur perspicacité que si le traité de Vienne n'est pas bon sur la Vistule, il doit être également mauvais sur le Rhin et sur le Pô.»

Mais le czar Nicolas, impatient de jouer le rôle dé dompteur de révolutions, ne cessait d'insister auprès de ses alliés pôui' que la ville et le territoire de Cracovie fussent annexés à la Galicie, moyennant une indemnité a la t^rùsse et à la Russie. La mésinielligence survenue entre les cabinets de Londres et de Paris leva tous les scriijiuies, et, le 6 novembre i846, M. de Metternich déiioriçait là résolution par laquelle la ville et le territoire de Cracovie feraient retour à l'Autriche, qualifiant cette usurpation de fait irrévocable^ amené par des nécessités de Tordre le plies absolu.

L'eiiiotion fut grande eh France, en Angleterre, en Ëiiro^e. Oh rie manqua pas de dire que l'insurrection de Galicie n'était que le résultat des intrigues de l' Aûlriche elle-même qui avait armé les paysans con- ' tre les grands propriétaires, et se faisait un titre de ses propres machinations : la conduite antérieure des puissances dii Kord dans les demeihbrements successifs de là Pblogne donnait jprise à ces soupçons. Cette incor-

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poration secrètement préparée, désavouée jusqu'au dernier moment, semblait un épisode de la politique do siècle dernier furtivement transporté dans le nôtre. La Prusse fournissait à la Russie le meilleur des arguments pour préparer Tincorporation des principautés danubiennes, infirmait la valeur du seul titre en vertu duquel elle-même possédait la moitié de la Saxe et des provinces rhénanes. Les rois absolus replaçaient la France dans son entière liberté d'action; il n'y avait plus devant elle que les faits : c'était un nouvel attentat au droit des gens, un péril créé pour les autres nationalités, une violation flagrante d'un traité par ceux mêmes qui avaient le plus d'intérêt à maintenir l'idée de stabilité d'un pacte auquel tous avaient gagné quand la France seule y avait perdu.

Il était donc vrai de dire que les gouvernements absolus ne savent pas tourner, aplanir les obstacles, puisqu'ils supprimaient un petit État qui leur déplaisait, avec une violence toute révolutionnaire. Le czar Nicolas qui se posait comme l'apôtre armé du principe d'autorité, comme le syndic des intérêts conservateurs en Europe, était-il logique avec lui-même ? N'est-il pas dangereux d'apprendre aux peuples que la force prime le droit, et ces grandes iniquités n'entraînent-elles point à la longue de terribles conséquences ? Il existe une corrélation intime entre l'homme d'État qui affecte de mépriser le droit des gens, et le novateur qui prêche l'évangile socialiste. Celui-ci peut répondre à celuilà: vous êtes mon excuse, ma garantie, mon modèle; vous partagez les nations comme une ferme à cheptel, à raison du nombre des âmes et de l'étendue des territoires; moi, je veux partager les propriétés à raison des appétits et des besoins^ et puisqu'il n'y a pas d'autre

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