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droit que la force, puisque les grandes questions se résolvent par le fer et le sang, je fais appel aux pauvres qui sont les plus forts, les plus nombreux. Ainsi le communisme gouvernemental a pour conséquence directe le cx)mmunisme agraire.
Aussitôt qu'il connut l'annexion de Cracovie, M. Guizot fit demander à lord Palmerston s'il était disposé à agir de concert avec la France. Mais celui-ci, tout entier à ses colères, était en instance auprès des cours du Nord pour obtenir l^ur adhésion officielle à son interprétation fantaisiste du traité d'Utrecbt. Il répondit qu'il avait préparé une note au nom du cabinet britannique et qu'il agirait isolément.
Pour se tirer de l'embarras où le mettaient ses déclarations antérieures, lord Palmerston eut recours àun détour peu honorable ; en dépit de l'aveu officiel de la chancellerie autrichienne, il feignit de croire que l'usurpation de Cracovie n'était encore qu'un projet. Il discutait la question de droit et de nécessité, terminait en exprimant la confiance que ses observations suffiraient à elnpècher la consommation d'un pareil attentat. Dans ses lettres à lord Normanby, il apprécie cette mesure en ces termes : a Les trois puissances nous ont annoncé leur intention de donner Cracovie à l'Autriche; elles sont résolues à surpasser Louis-Philippe, et de même que celui-ci veut anéantir un traité du dernier siècle, de même elles annulent un traité du siècle présent. Cela
est à la fois odieux et sot et retombera sur elles
Guizot fera un semblant de résistance, mais le fait est, que quand même la France et l'Angleterre seraient dans les meilleurs termes ensemble, elles n'auraient aucun moyen d'empêcher la chose, même par une menace de guerre, que les trois puissances savent bien que nous ne
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ferions jamais pourCracovie.Lamesure est en elle-même une abominable honte, et elle est exécutée sous les prétextes les plus Frivoles, les plus mal fondés. Je soupçonne que la Prusse ne consent qu'à regret, quel' Autriche est poussée par son avidité et sa haine du nom même de la liberté, et qu'elle est excitée )par la Russie qui désire avoir un précédent qu'elle pourra mettre en avant plus tard lorsqu'elle voudra avaler et s'assimiler le royaume de Pologne (1). »
La protestation de M. Guizot eut uii caractère ^luâ franc, plus digne que celle de lord Palmerstoh. Le ml-
(1) Noos croyons utile de reproduire ici quelques-unes des réflexions d'un grand penseur espagnol, M. Donoso Cortès, sur la politique anglaise: « L'intérêt suprême de l'Angleterre^ a toujours été, est et sera toujours ■d'empêcher l'unité de vues et d'action des peuples continentaux. Cette politique, considérée au point de vue de l'intérêt du continent européen, est une politique subversive; mais, considérée au point de vue de l'intérêt britannique, elle est éminemment conservatrice; l£a discordes contiiifenMtles qu'elle fomente font de la Grande-Bretagne la dominatrice pacifique et
l'arbitre suprême du continent On croit généralement que l'intérêt do
gouvernement anglais consiste à voir les peuples du continent adopter certaines formes de gouvernemefit ; c'est là une grave erreur. Toutes les formes de gouvernement lui sont indifférentes, pourvu que le cootinenl soit divisé. Le parlementarisme continental ne lui est pas agréable parce qu'il rend les peuples libres, mais parce que, affaiblissant le {pouvoir, il divise chaque peuple contre lui-même, et encore parce qu'il partage Iç continent en deux zones, celle du Midi et celle du Nord. Si tout le coatioent était constitutionnel, l'Angleterre pour le diviser, entreprendrait une propagande absolutiste. C'est là l'explication de sa politique traditionnelle dans les troubles continentaux, politique toujours appliquée à exciter l'antagonisme des nationâ, et à ne se servir jamais d'aucune d'elles que comme d'un instrument pour briser la puissance des autres. Un jour, l'Angleterre soudoie les armées russes et allemandes pour les lancer sur la France impériale ou républicaine, le lendemain, elle entre eu négociatiy,i|s amicales avec la France, la prend sous sa tutelle, protège le développement du germe révolutionnaire qu'elle porte toujours dans son sein, paralyse les armées de ses ennemis, et condamne tous les peuples à l'inaction Ce n'est point du reste une alliance fondée sur l'amitié; ellen'*
d'autre base que le calcul et l'égoYsme; l'Angleterre l'a acceptée dans l'intérêt de sa domination, la France dans l'intérêt de son indépendance, te |our où l'Angleterre pourra dominer sans l'aide de la France, l'Angleiem brisera la France comme on brise un verre contre un rocher; le jour où U France sera assurée de l'intégrité de son territoire sans l'aide de l'Angleterre, l'Angleterre verra le sceptre de sa domination tomber entre ses mains et sera le jouet des nations. »
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ûistre français rappela les assurances données au printemps, violées quelques mois plus tard. La fermentation si souvent renaissante des anciennes provinces polonaises provenait d'une cause plus générale et plus puissante que Texistence du petit État de Cracovie : c'étaient les membres épars d'un grand État violemment détruit qui s'agitaient et se soulevaient encore. Cette mesure affaiblissait partout en Europe les principes d'ordre et de conservation au profit des passions aveugles et des desseins pervers. Le gouvernement du roi ne faisait (Ju'user d'un droit évident et accomplissait un devoir imliérieux en protestant solennellement contre la suppression de la république de Cracovie, acte positivement contraire à la lettre comme au sens des traités de 1815. « Après de longues et redoutables agitations qui ont si profondément ébranlé l'Europe, c'est par le respect des traités que l'ordre européen se fonde et se maintient. Aucune puissance ne peut s'en affranchir sans en affranchir en même temps les autres... La France n'a point oublié quels douloureux sacrifices lui ont imposés les traités de 1815, elle pourrait se réjouir d'un acte qui Tautoriserait, par une juste réciprocité, à ne consulter désormais que le calcul prévoyant de ses intérêts, et c'est elle qui rappelle à l'observation fidèle de ces traités les puissances qui en ont recueilli les principaux avantages. »
Fidèle à ses habitudes de casuistique absolutiste, le prince de Metternich répondit (3 décembre 1847) par une fin de non-recevoir à la prétention de l'Angleterre et de la France d'être considérées comme parties contractantes aux stipulations relatives à Cracovie. Cette interprétation était contraire à l'évidence, à la lettre, à l'esprit des traités ; mais la diplomatie, la politique ont leurs
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avocats comme le droit civil et le droit pénal, et les plus mauvaises causes n'ont jamais manqué de défenseurs habiles.
Lord Palmerston avait dit le mot de la situation ; ni la France, ni l'Angleterre ne considéraient Tévénementde Cracovie comme un cas de guerre, on n'avait donc pas pris l'attitude de la guerre. M. Guizot ne croyait point que le moment où il protestait contre une infraôtion aux traités fût celui de proclamer le mépris des traités.
Si le gouvernement français voulait pratiquer une politique indépendante de l'Angleterre lorsque son intérêt et sa dignité le lui commanderaient, il avait à cœur de marcher avec elle dans les circonstances où ses intérêts étaient les mêmes, par exemple dans les afTaires du Portugal et de la Plata.
En Portugal, le gouvernement de la reine dona Maria était entré dans une voie d'absolutisme extrême, et les conséquences de cette conduite se manifestèrent en 1846 sous la forme de la guerre civile. Oporto était le quartier général des juntes révolutionnaires, le comte das Antas général en chef des rebelles; la lutte se poursuivait avec des vicissitudes diverses. Jusqu^alors le par.ti libéral ou patriotique s'était appuyé sur la France, tandis que le parti des vieilles traditions avait pour alliée l'Angleterre. Eu 1846, le gouvernement français craignit, sUl protégeait les insurgés portugais, d'ébranler le trône de dona Maria et par contre-coup celui de la reine Isabelle : il prit parti pour elle.
Cependant l'anarchie portugaise se prolongeait, le pays galopait à sa ruine^ selon le mot de lord Palmerston, et la question menaçait de devenir européenne, du moins pour la France, l'Angleterre et l'Espagne, liées ensemble par le traité de la Quadruple-Alliance. Lord
t^alàièi*ston aurait vôalu obtetiif^ un nouvel arrangement d'où la France fût exclue par voie de prétention, mais la cour de Portugal préférait la médiation combinée de ses trois alliés au protectorat exclusif de l'Angleterre, et le 21 mai 1847, un protocole fut dressé en vue de la pacification du Portugal. Les conditions offertes aux insurgés, acceptées par la cour étaient : une amnistie,' l'abrogation des décrets inconstitutionnels, la convocation des Certes, la nomination d'un ministère qui ne se composerait ni de cabralistes, ni de membres de la junte ; l'Espagne mettrait quatorze mille hommes à la disposition du Portugal, les forces navales anglaises et françctises combineraient leurs opérations avec celles de Sa Majesté Très Fidèle. Ces mesures furent exécutées avec vigueur : tandis que les Espagnols repoussaient les insurgés, l'amiral Maitland s'emparait de l'escadre de la junte ; la guerre civile fut presque aussitôt terminée. La tranquillité matérielle étant rétablie, le but à peu près atteint, les conditions du protocole tant bien que mal remplies, la France et l'Angleterre rentrèrent dans l'état normal et reprirent leur liberté d'action (1).
(1) Les affaires de Portugal préoccupaient vivement lord Palmerston et l'on retrouve la trace de ses inquiétudes dans ses lettres à lord Noroianby. « Il faut, écrit-il le 30 novembre 1846, que notre intervention se borne à don- Ber des conseils et à pourvoir à la sûreté personnelle de la cour. C*est un triste état de choses, mais j'espère que le danger est un peu exagéré ; néanmoins il est grand, et ce qui aggrave la situation, c'est qu'elle a été amenée par la folie de la cour, poussée je crois, par le précepteur allemand
Dietz » — Lorsqu'il annonce à son ambassadeur l'arrivée d'une forte
escadre à Lisbonne, il ajoute cette réflexion : u Sans doute sa présence produira un effet salutaire; lorsqu'on voit arriver une grande force, on ne sait pas jusqu'à quel point elle est autorisée à agir, on craint le pire, et on se conduit en conséquence. »... Les février 1847 : « La reine ferait bien de se rappeler qu'à moins qu'elle ne se montre souveraine de la nation tout entière, elle ne peut s'attendre à ce que la nation tout entière la respecte et l'aime comme sa souveraine, et qu'un trône dont la stabilité repose sur la pointe des baïonnettes s'appuie sur une base'^oscillante et fragile... p Le 26 mars 1847 : « Le fait est que la pauvre reine de Portugal a
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Le traité conclu le 29 octobre 1840 avec Rosas, chef de la Confédération Argentine, avait eu pour résultat de faire sortir la France d'une voie difficile et dangereuse. Elle était alors engagée et compromise dans les querelles intérieures de T Amérique du Sud, et cela, d'une manière d'autant plus fâcheuse, que cette politique la mettait à la remorque du parti le plus faible, celui qui a constamment succombé dans les grandes luttes de ces républiques, le parti européen. La convention de 1840 stipulait en faveur de la France le traitement de la nation la plus favorisée, assurait l'indépendance de la République de l'Uruguay.
Cependant la guerre continuait depuis dix ans entre la Confédération Argentine et l'Uruguay, auquel Rosas voulait imposer son allié Oribe pour président. De nombreuses pétitions des villes manufacturières de la Grande- Bretagne pressaient le Foreign Office de rétablir la paix sur les bords de la Plata : les ministres anglais demandèrent à la France d'unir ses vaisseaux aux leurs pour terminer un différend sans cesse renaissant, qui compromettait gravement le commerce des deux pays. L'empereur du Brésil à son tour se déclarait prêt à intervenir, représentait le dommage que causait cette lutte prolongée à la tranquillité des frontières de son empire. La France accepta l'offre de l'Angleterre ; leurs escadres réunies bloquèrent les rives de la Plata, forcèrent l'embouchure du Parana, rivalisèrent de courage et de dévouement.
Un incident faillit compromettre le concert des deux puissances. Leurs commissaires avaient posé les bases
été poussée par sa camarilla et ses conseillers français, à faire exactement ce que fit Charles X, et à la suite de quoi il fut obligé d'abandonner les Tuileries à Louis-Philippe. »