‹ Histoire de la monarchie de juillet de 1830 à 1848Chapitre 54 sur 78 · LB PAPE PIE IX ET SES RÉFORMES · texte numérisé non relu

LB PAPE PIE IX ET SES RÉFORMES

De tous côtés, les adhésions les plus chaleureuses, parfois les plus inattendues, venaient encourager le Sftin^ Père dans son œuvre de régénération. Le général de la Compagnie de Jésus repoussait l'accusation d'i^ne pré* tendue alliance entre les Jésuites et les Autrichiens, protestait de son obéissance absolue envers Pie IX ; le chef du culte Israélite, le grand-rabbin, lui adressait des remerciements respectueux ; le sultan Abd-Ul-Medjid- Ean lui envoyait un ambassadeur chargé de lui exprimer ses félicitations les plus sincères et sa profonde estime. Les États-Unis , les Républiques de la Nouvelle- Grenade, du Pérou, du Chili, demandaient à former une alliance avec Rome. Le gouvernement français ne se contentait pas de paroles, il envoyait au Saint-Père 8,000 fusils, aux conditions qu'il désirait; il l'aidait dans sa négociation relative à l'occupation de Ferrare.

Il existe, on l'a souvent remarqué, de frappantes analogies entre le roi Louis XVI et le pape Pie IX ; tous deux animés des meilleures et des plus patriotiques intentions, mais dépourvus de volontés fortes. Si Louis XVI avait fait franchement en 1788 le dixième des concessions qu'il &t plus tard à la Constituante et au peuple de Paris, il aurait vécu et serait mort roi ; si, en 1846, Pie IX avml agi de même, il eût sans doute évité la révolation.

Mais ses réformes arrivaient tardiv^ent, alors qiie les esprits excitée par les émissaires de lord Palmerston, exaspérés par une longue attente, ne se contentaient plus de ce qui auraitcomblé leurs vœux auparavant. La situation devenait révolutionnaire, la fermentation se propageait* La garde civique, recrutée parmi les modéré^ se (»)nduisait avec intelligence et activité, mais, le 16 jnil^ let 1847, dans une circonstance délicate, où on redoutait à la fois une conspiration absolutiste ^t une émeute po*

IK PAPB FfR IX BT SBB RéPORMBS 623

pnlaiie, le pouvoir s'était trouvé coucentré de fait entre ses mains, grâce à l'inertie du gouvernement, et il fallait empêcher la prolongation d'un pareil état de choses.

Frappé de ces périls^ de ces -complications, M. Rossi va trouver les ministres du Saint-Père et leur fait entendre la vérité. « Je leur dis sans détour que je ne voulais pas revenir sur le passé, ni rechercher s'il n'eût pas été facile de prévenir ce qui arrivait; qu'alors on avait devant soi des mois, qu'on n'avait plus aujourd'hui que des jours, des heures peut-être ; que la révolution était commencée, qu'il ne s'agissait plus de la prévenir, mais de la gouverner, de la circonscrire, de l'arrêter ; que si l'on Y ai^ortait les mêmes lenteurs, de bénigne qu'elle était, elle s^envenimerait bientôt ; qu'ils devaient se persuader qu'en fait de révolutions nous en savions plus qu'eux, et qu'ils devaient croire à des experts qui sont en même tomps leurs amis sincères et désintéressés ; qu'il fallait absolument faire sans le moindre délai deux choses : réar User les promesses et fonder un gouvernemept réel et solide, en d'autres termes, apaiser Topinion, qui n^est pas encorepervertie, et réprimer toute tentative de désordre.»

Pour tenir tête à la révolution et isoler les radicaux, H. Rossi pensait avec raison qu'il était impossible de ne laisser aux laïques d'autre rôle que celui de donnefvrs d'avis, qu'il fallait s'assurer leur concours et les rmlliepr ; un cabinet mixte et bien composé rassurerait les timides, satisferait les ambitieux, agirait avec efficacité sur la Consulte, sur la garde civique et l'opinion publique^ Au pape et au clergé la puissance morale ; au prince et à ses alliés la force matérielle ; c'était le moyeipi d'éviter une révolution proprement dite, une révolution sur la place publique. A la fin de 1847, notre ambassadeur obtenait en partie gain de cause.

624 LE VÀVE PIB IX ET SES RÉroBMES

A la même époque les trois principaux souverains ab-* solus de l'Italie essayaient à leur lourde conjurer Tesprit national unitaire et Tesprit révolutionnaire : le roi de Naples, le roi de Piémont, le grand-duc de Toscane entraient dans la voie des réformes, accordaient à leurs sujets des codes, des institutions libérales, des chartes constitutionnelles.

Le Saint-Père avait besoin d'appui contre un double danger : la domination autrichienne, les entreprises des exaltés. M. Rosài l'assura que, le cas édiéant, la France ne manquerait pas à ses amis et M. Guizot confirma ces promesses dans ses circulaires et à la tribune française. Le prince de Joinville reçut l'ordre de faire paraître de temps en temps son escadre sur les côtes des Etals pontificaux ; sous les ordres du général Âupick, une colonne expéditionnaire fut rassemblée à Toulon et à Port-Vendres, prête à s'embarquer au premier appel pour Civita-Vecchia.

Peu de jours après, le 24 février 1848, la Monarchie de 1830 tombait. On sait ce qui advint : Rossi, premier ministre de Pie IX, assassiné par les radicaux, la république romaine, la guerre et rinsurrection embrasant Rome et toute l'Italie, le chaos et l'anarchie, les déroutes de Milan et de Novare. Ce sont les événements eux-mêmes qui se sont chargés de justifier la politique de Louis-Philippe. C'était une politique d'équilibre européen, de liberté modérée ; l'Italie vit aujourd'hui sous les lois de la monarchie constitutionnelle : c'était une politique favorable au maintien des dynasties locales, des traditions, des droits de la papauté : depuis a prévalu un autre système, celui des grandes agglomérations ; il a amené l'unité de rilalie, l'unité de l'Allemagne.

. (Il'- ; I > : i .

LA StiSSE ET LE SDNDERfiCND

Page 1