II
Michelet, Thiers. Viennent ensuite des écrivains éminents : MM. de Sismondi, Mignet, Henri Martin, Bignon, de Vaulabelle, Edgar Quinet, Ozanam.
Parmi les jurisconsultes, MM. Faustin Hélie, Touiller, Valette, Pellat, Ortolan, Oudot, Giraud, Troplong (1), Aubry et Rau.
La philosophie a MM. Cousin, Jouffroy, Lamennais ; rhistoire littéraire et critique, MM. VîUemain, Sidnte- Beuve, Saint-Marc Girardin, de Loménie, Cuvillier- Fleury, de Carné, Ampère. Parmi les novateurs, les utopistes, les théosophes, MM. Ballanche, Auguste Comte, Louis Blanc, Proudhon, Pierre Leroux, Victor Considérant. L'économie politiq[ue, ce contrepoison du socialisme, commence à se vulgariser, grâce aux ouvrages de MM. Rossi, Frédéric Bastiat, Michel Chevalier, Auguste Blanqui.
La poésie, le roman, le théâtre comptent une foule d'éclatants génies : Balzac, Alexandre Dumas père, George Sand, Lamartine, Musset, Vigny ; Victor Hugo, que Louis-Philippe nomma un jour pair de France dans un accès d'impartialité littéraire. Ce sont les maréchaux de la littérature : derrière eux se pressent beaucoup de talents très distingués : Casimir Delavigne, Béranger, Barbier, Brizeux, Eugène Siie, Mérimée, Charles Nodier, Théophile Gautier, Gérard de Nerval, Alphonse Karr, madame de Girardin^ Jules Sandeau. Scribe, le fécond vaudevilliste, atteint Fapogée de sa réputation, et déjà
(i) Loin d*avoir dégénéré, la science du droit brille aujourd'hui du plus Tif éclat : un grand nombre d'hommes distingués marchent sur les traces des Valette, des Oiraud, et leurs travaux, leur enseignemeot leur «ssi» gnent un rang élevé dans le monde savant. Parmi eux nous citerons : MM. Demolombe, Berthauld, Beudant, Ducrocq, Démangeât, Massé, Dareste, Barbier, Mercier^ Pont, Batbie, Desjardins, Oide, Labbé, Buffnoir, Colmet de Santerre, Machelard, Accarias, Rataud, Duverger,Oérar(din, Olassoo, Cafinot. Rien de plus austère, de plus respectable que la vie de tels hommes, vie tout entière consacrée à la science, au progrès de la justice et de la morale.
MM. Emile Âugier et Ponsard commencent à occuper Tattention publique.
La sculpture et la peinture ont Pradier, Clésinger, Ingres, Paul Delaroche, Ary Sheffer, Horace Vernet, Eugène Delacroix, Decamps, Hippolyte Flandrin ; la musique peut citer : Auber, Spontini, Adam, Halévy, Hérold, Félicien David, Ambroise Thomas, Berlioz. Rossini, Meyerbeer, Donizetti, BelUni sont presque naturalisés Français,ainsi que Henri Heine, ce poète essentiellement parisien, ce Prussien libéré, comme il s'intitule luimême.
La photographie, la télégraphie, la galvanoplastie datent de cette époque. Les savants qui produisirent alors leurs travaux les plus remarquables sont : MM. Arago, •Geoffroy Saint-Hilaire, Boudant, Cauchy, Ducrotay de Blainville, Biqt, Brongniart, Gay-Lussac, Thénard.
La monarchie constitutionnelle a, de 1815 à 1848, donné à la France 34 ans de paix, d'ordre, de liberté, de véritable grandeur ; elle reste une des époques les plus glorieuses de notre histoire, elle est la plus belle forme de gouvernement que le génie humain ait trouvée, celle <[ui concilie dans Tacoord le plus complet la stabilité et le mouvement, une autorité héréditaire avec un progrès perpétuel : le bien de ses œuvres a survécu au malheur de sa chute. Sans doute elle n'a pas clos l'ère des révoluiions, mais les gouvernements qui lui ont succédé peuvent-ils se flatter d'avoir mieux réussi? Après elle, les fautes sont devenues des désastres, les fossés des abîmes, -et les oscillations révolutionnaires y plus fréquentes, plus dangereuses, font douter de grands esprits de l'avenir politique de la France. En 1849, Louis-Philippe répondait à un de ses amis : « Vous pouvez avoir raison, le comte de Paris est possible, comme le comte de Cham-
bord et les Bonaparte sont possibles; tout est possible en France, mais rien n'y durera, parce que le respect n'y existe plus. »
Malgré tant de déceptions, de périls extérieurs et intérieurs, il faut croire et espérer : les nations comme les individus ont besoin d'avoir confiance; la foi dans leur immortalité est la première garantie de leur durée ; elles n'ont pas le droit de faire du nihilisme leur religion. D'ailleurs, avec ses six millions de propriétaires fonciers, avec son économie, son activité féconde, vertus privées, qui par leur faisceau^ deviennent en quelque sorte des vertus publiques^ la France semble douée du don de résurrection.
Les sociétés démocratiques, il est vrai, ne reconnaissent leurs erreurs qu'après des expériences cruelles et répétées; elles sont libres d'adopter le «gouvernement qu'elles préfèrent, mais leur liberté implique leur responsabilité et le devoir de choisir le régime qui convient le mieux à leur intérêt. Depuis longtemps, la démocratie française n'a plus de conquêtes à faire, elle a atteint ses colonnes d'Hercule; elle a besoin de se préserver d'ellemême, de^se créer des contrepoids, de s'organiser. La France demande la paix, l'ordre, la liberté, elle veut être assurée du lendemain, et répugne à un régime de provisoire perpétuel ; elle sent aussi que le despotisme n'est qu'une forme de l'anarchie, une halte\durant laquelle le désordre régxdarise et fortifie son ac/ion;elledésireardeinment chasser r ennemi qui est daris ses entrailles, mais elle se recueille, attend l'heure fixée par la Providence, repousse les guerres de propagandeel de principes, pratique une politique de pénitence. Elle comprendra qu'il n'y a de nation forte qu'avec des âmes fortes, que les institutions politiques tirent leur puissance des vertus civiques
et militaires, qu'une démocratie doit être spiritualiste et religieuse, fondée sur le respect du droit et de la légalité.