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répond-elle, ce lieu est bon pour y mourir, si nous n*a- Yons pas de lendemain ; pour y rester, si nous pouvons nous y défendre. » Et malgré les nouvelles les plus alarmantes, elle déclare qu'elle restera tant qu'il y aura une personne, une seule, qui lui conseille de rester : « Je tiens à la vie de mon fils plus qu'à sa couronne, mais si sa vie est nécessaire à la France, il faut qu'un roi, même un roi de neuf ans, sache mourir.»
Vers six heures du soir, M. Odilon Barrot vient trouver la princesse; il est retourné au ministère de l'intérieur, et la garde nationale est restée sourde à son appel ; il raconte ce qui se passe à l'Hôtel de Ville, les troupes dispersées, démoralisées ; il faut s'éloigner de Paris, et cependant rester à la portée des événements» Alors seulement la princesse consent à partir. M. de Moi^ nay l'accompagne.
Bientôt elle dut gagner la frontière, tandis que de leur côté la reine Marie-Amélie et Louis-Philippe passaient en Angleterre (1). Il ne fut pas donné aux augustes fugitifs de prendre en rois le chemin del'exD ; il leur fallut se cacher, se travestir comme des proscrits , afin d'échapper à Tinsulte, à la violence; Saint-Cloud, Trianoii, Dreux, Ronfleur, Trouville, forent les étapes de ce triste voyage. A Claremont, .ils eurent la joie de ra^ trouver une partie de leurs en£&nts; trois semaines après, ils étaient rejoints par le prince de Joinville et le duc d'Âumale. Ceux-ci avaient, sous leur commandement, en Algérie, une partie de l'armée et de la flotte; jeunes et vaillants, adorés de leurs soldats, ils pouvaient changer la face des choses, relever la fortune de leur
(1) Parmi les penonaes qui s'employèrent vrec mn o—ragem dévMMUMBt à favoriser la fuite de la famille royale, fifaut citer le marqnis de Moroay, député, M. Estancetin et H. Maréchal, soos-préfel de Dreux. Leor oes* duite, en ces douloureuses circonstances, ftit au- dessus -de toot éloge.
IULE BOUYELLE RÉYO;.UTION PARISIBHNE 723
race ; mais leur patriotisme écarte la pensée d'allumer en France la guerre civile, et, avec un admirable stoïcisme^ le duc d'Aumale a notiûé la chute de la monarchie, Tavènement de la République : a Rien n'est changé dans nos devoirs envers la France. La population et l'armée attendent dans le plus grand calme les ordres de la mère patrie. » De son côté, le prince de Joinville répond ftu nouveau ministre de la marine, le citoyen Arago : a J'aime trop mon pays pour avoir un instant songé à y porter le désordre. Du fond de l'exiL, mes vœux les plus ardents seront toujours pour le bonheur de la France et le succès de son drapeau. »
Dans les journées révolutionnaires des 22, 23, 24 février 1848, tous se sont abandonnés, royauté, jeunes princes, ministres, généraux, députés, pairs de France, garde nationale. La monarchie de 1830 a péri pour avoir voulu vivre par la loi, selon la loi, et pour n'avoir pas fait respecter celle-ci jusqu'au bout.En 1792 comme en 1848, Paris a eu l'impatience du mieux, et cette impatience du mieux a jeté la France dans le pire; il n'a pas vu que sous la réforme se glissait la révolution, et, après avoir si vivement appuyé l'une, il n'a pas su se retourner contre l'autre avec la même énergie. Le gouveimemânt est resté suspendu entre la paix et la guerre : l'armée, découragée par l'inertie du ptmvoir, désorganisée par la ccmfusion des ordres et des retraites, a été livrée sans obstacle au contact de Tinsurrection qui la saluait de ses hypocrites acclamations, et la désarmait en l'embrassanU La cessation du feu en pleine lutte^ quand les répubtieains continuaient leur œuvre, équivalait infailliblement à la chute de la dynastie : celle-ci devait tomber par cette cause triviale qu'en ce monde tout ce qui est
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attaqué par la force et ne se défend pas par la force, ne peut que s'écrouler et périr ; elle devait tomber à cause de sa fatale confiance dans la garde nationale, dans Paris révolutionnaire. On Ta dit très justement, c'est pour s'être laissé vaincre aux Tuileries que Louis-Philippe a été vaincu dans la rue (1).
Mais la révolution do 1848 a sa légende, et la France a trop longtemps accepté sans discussion le roman historique accrédité par certains écrivains. A les entendre, le peuple a combattu trois jours, et payé sa victoire du sang de trois mille hommes; cette révolution n'a pas été un contresens historique, le résultat d'un coup de main servi par le hasard, elle a été le terme où devait aboutir le mouvement philosophique , critique , rationnel, de 1789. On lit dans les proclamations du gouvernement provisoire : «c Le peuple de Paris par sa victoire a'amené la chute du gouvernement. Une fatale collision a ensanglanté la capitale, le sang de la guerre civile est celui qui répugne le plus à la France. Soldats ! jurez amour au peuple et tout sera oublié^ excepté votre courage et votre discipline Un gouvernement sorti d'acclama-
(1) Louis-Philippe ne survécut que deux années à la réyolution ; le 2ô août 1850, il rendit son àme à Dieu. Il avait eu à subir troisexils, six assassinats dirigés contre sa personne, et lui, le doyen de ces vétérans qui, dans les plaines de Champagne, sauvèrent la France de l'invasion, il vie sa famille bannie par l'Assemblée constituante. l\ ne doutait pas de la justice de l'histoire : il pardonnait à ceux qui avaient préparé sa chate tan* le vouloir et sans le savoir^ il amnistiait de son silence ses ennemis les plus acharnés. La conduite de ceux-ci était l'apologie éclatante de sa politique, et s'il eût vécu, il eût assisté à la longue démonstration par l'absurde de la sagesse de son système. A propos des journées de juin 1818, il disait ce mot profond : <c II n'y a qu'un gouvernement anonyme qui puisse exécuter impunément de telles répressions. » C'est un Anglais, sir Robert Peel qui a fait de ce grand homme de bien le plus bel éloge, c'est lui qui disait à la Chambre des Communes : « Si le roi Louis-Philippe a exercé une si haute influence sur les destinées de son pays, c'est moins parce qu'il en est le monarque et qu'il a les attributs de la royauté, que parce que, grâce à la réunion d'un si grand cœur, d'une si rare énergie, d'une expérience si exemplaire et d'une si haute sagesse, il sera placé dans l'estime de la postérité au-dessous seulement de Napoléon. »
tion et d'urgence de la voix du peuple et des députés des départements est investi du soin d'organiser la victoire nationale. Ses membres n'ont pas hésité à accepter la mission patriotique qui leur était imposée. »
On a déjà pu apprécier cette fantasmagorie de mots et de chiffres. Il n'y a pas eu de lutte réelle entre le gouvernement et les insurgés : la garde nationale s'est interposée entre eux, et le roi a expressément défendu qu'on tirât sur le peuple. Tout s'est borné à des combats de détail soutenus par les gardes municipaux contre les émeutiers. Un écrivain socialiste, Daniel Stem, fait cet aveu : « Le chiffre des soldats et des citoyens tués pendant les journées de Féwier, a été exagéré. D'après un relevé de la situation au 1*^ mars 1848, il y aurait eu 22 gardes municipaux, 46 soldats et sous-officiers, 4 officiers tués. Total pour l'armée 72 morts. Les registres de l'état civil constatent la mort de 275 hommes et de 14 femmes... » Personne ne donnait d'ordre positif, on n'opposait que des conseils, des avis, des projets à l'envahissement rapide des forces révolutionnaires. Un membre du gouvernement provisoire, Garnier-Pagès, écrit plus tard : « Je ne saurais trop le répéter, entre l'armée et le peuple de Paris, il n'y avait point eu de lutte.... donc il n'y eut ni victoire, ni défaite, ni vainqueurs, ni vaincus. »
Cette révolution a été une révolution de surprise et de hasard ; personne n'y était préparé, les vainqueurs moins que les vaincus. «Nous étions une poignée, a dit à la tribune M. Charles Lagrange x> , et cette poignée d'hommes a mis la main sur cette nation qui s'est laissé faire, et tout le fnonde a failli dans une panique universelle. Louis, Blanc écrit que la proclamation de la République a été accueillie avec stupeur dans les départements, dont la plupart étaient
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monarchiques, qpi'ils l'ont reconnue plutôt qu'acclamée : (( La République était imposée plus par la logique de l'histoire que par Timportance numérique des républicains cette révolution , prévue à distance, ne Fêtait
point la veille. Ceux-là mêmes qui la jugeaient inévitable ne la sentaient point prochaine. Ce fut une explosion. i> Le 22 février, les hommes de lu Béferme ne voient dans l'émeute qu'une manœuvre de la police, et dissuadent les sectaires d'y prendre part. Le 24 février au soir, le National 8Pvo\ie que jamais révolution n'a été aussi imprévue : « Ce matin, à sept heures, le rappel de la garde nationale a battu dans tous les quartiers. Quel allait être le dénouement? Il était alors impossible de le soupçonner, d Le même soir, Gamîer-Pagès écrit à M. Odilon Barrot, s'excuse de s'être rallié à la république, d'avoir cédé à l'entraînement des événements. Quelque temps aprte il fait cette déclaration décisive : <( Depuis que ma raison a eu conscience d'elle-même, j'ai désiré la République!... Mais... comme Paris, comme le parti répubticam tout entier, le 23 février, je me serais contenté de la chute du ministère, de la dissolution de la Chambre, de la réforme électorale et paxiementaire. Le 24 au matin, j'aurais .accepté la déchéance du roi etla régence. » Le 24 février, à une heure de Taprès midi, M. Marrast hésitait encore entre la régence et la république, et c'est Lamartine qiû mit un terme à ses scrupules.
Le gouvernement provisoire n'a pas été acclamé par les députés des dépaî^tements : il s'est formé, à des heures différentes, en divers lieux, trois gouvernements provisoires. Ils se sont Bommés eux-mêmes, se sont réunis et comfondas con?b« iepeupte, maître de ITfôtel de Ville, qui voulait, lui aisBsi, •ek^sh* ses dicfotemrs. « Lamartine et ses collègues ne se ledissimulaient pas... Us n'avaient
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•d'autre droit que leur conscience. Le scrutin arbitraire, particulier, borné à un petit nombre d'insurgés, au pied d'une tribune envahie, n'était qu'une usurpation, puissanté d'intention, vaine d'autorité, sous un simulacre d'âection. On pouvait contester leur titre au nom de la royauté, on le pouvait au nom du peuple... Ils n'avaient rien à répondre à ceux qui leur auraient demandé leur mandat, y^ Après l'aveu de Lamartine, rappelons celui de Orémieux : qc Lorsque nous nous rendîmes à l'Hôtel de Ville pour notre installation, nous trouvâmes MM. Marrast, Flocon, Louis Blanc et Albert. Kous demandâmes : Qui •êtes-vous? » Ils nous répondirent: a Nous avons été nommés membres du gouvernement provisoire. — «Par qui ?» — Je crois qu'ils ontrépondu : «Par la société démocratiq[ue. r> Si l'on nous avait demandé à nous-mêmes par qui nous avions été nommés, nous aurions bien pu dire : d A la Chambre ; mais non point : « Par la Chambre. »
Le gouvernement provisoire le reconnaît dans plusieurs de ses proidamations : c'est le peuple de Paris q[ui a vaincu. Et quel peuple? Le faux peuple, les combattants des sociétés secrètes, les amants éternels du désordre. Ses apologistes eux-mêmes confessent que la bourgeoisie ne demandait que la réforme, et que les républicains n'ont cessé jusqu'au dernier moment de cacher leur drapeau derrière celui des réformistes. Ainsi, la royauté de Juillet, sortie d'une révolution parisienne, tombe devant une révolution parisienne.
Ajoutons, et ceci nous ramène à l'examen des causes secondaires et indirectes de la catastrophe, qu'en France les institutions les meilleures, loin de s'affermir avec le temps, s'usent par leur durée même. Pour le Français, vivre c'est changer ; il oublie sans cesse que si les
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révolutions sont les moments romanesques de Thistoire, les peuples ne gagnent rien et perdent tout à devenir des héros de romans. De 1830 à 1848, les rivalités parlementaires, la lutte pour les portefeuilles, les excès de la presse, le pouvoir extra-légal de Topinion piublique, usaient la monarchie constitutionnelle, et Ton peut s étonner qu'un édifice assis sur des fondements si fragiles ait duré dix-huit ans. 'On aurait pu répéter chaque jour ce mot de Donoso Certes : « La monarchie a-t-elle passé la nuit ? »
On le voit, les causes directes et indirectes de la révolution ne manquent pas ; mais elle n'a pas eu de cause légitime, et l'histoire a le droit de lui appliquer cette parole de Royer-Collard : «C'est un fait, je le méprise. » La révolution de 1848 est un fait brutal, illégal , inexplicable en droit et en raison. Si la royauté parlementaire a commis des erreurs, ne faut-il pas faire la part de la faillibilité humaine? L'indemnité Pritchard, l'ajournement de la réforme jusqu'à la mort du roi étaientils des motifs suffisants de tuer la monarchie? Poser une telle question, c'est la résoudre : aussi la révolution de Février reste-t-elle, aux yeux du philosophe, du penseur impartial, un effet sans cause légitime, un effet disproportionné avec sa cause apparente.
Avant de terminer ce travail, nous résumerons en
quelques mots la politique extérieure, économique et finaïKnère de la royauté de Juillet.
La puissance extérieure d'un gouvernement est en raison directe de sa force intérieure. A-t-il au dedans Tadhésion de la nation, le concours de tous les partis, il fera reconnaître au dehors son prestige et pourra accomplir de grandes choses. Est-il contesté, ébranlé, sans cesse battu en brèche, il restera fatalement faible au dehors. Ainsi les révolutions, qui enfantent un long avenir de rancunes, ie discordes, abaissent l'influence extérieure des nations, ainsi les peuples agités par la ^erre civile travaillent contre leur propre grandeur.
La monarchie de 1830 a dû subir cette loi de lliistoire ; le vice de son origine a lourdement pesé sur ses destinées. Elle avait à remplir une pénible mission. Rester, d^une pcurt, une des premières puissances, peser dans les conseils de TEurope par sa force propre et par des alliances heureusement combinées, tenir en équilibre les États sur le continent, et l'Angleterre en échec sur tes mers ; d'autre part, demeurer l'objet des sympathies de tous les peuples qui aspiraient à une sage liberté, tel' était le double problème qui s'imposait à la France parlementaire, que le roi Louis-Philippe et ses conseillers ont souvent résolu. Le maintiefi de la paix
et de réquilibre européen, le respect du droit des gens, le progrès de la civilisation et de l'humanité, le principe de non-intervention proclamé, imposé aux cours du Nord, la création d'un royaume de Belgique, devenu le bouclier de la France contre l'Europe, au lieu de rester la pointe de l'épée dirigée par celle-ci contre la France, le forcement du Tage, l'expédition d'Ancône et la prise d'Anvers, l'établissement du régime représentatif en Espagne et en Portugal, voilà les premiers résultats du règne. Malgré l'échec diplomatique de 1840, le gouvernement maintient l'intégrité de l'empire ottoman; l'œuvre de Louis XIV est raffermie au delà des Pyrénées, l'Algérie conquise; en Grèce, l'influence de la France domine de 1843 à 1848; en Italie, grâce à nos conseils, le pape Pie IX, le roi de Piémont, le grand-duc de Toscane, le roi de Naples inaugurent des réformes libérales que la révolution de 1848 vient rejeter dans le néant. Après dix-sept ans d'efforts persévérants, la France a reconquis son prestige, elle va, comme en 1829, redevenir l'arbitre des difficultés européennes.
Les fortifications de Paris ont reculé pour ainsi dire les frontières de la France; Tarmée a été réorganisée, augmentée de cent mille hommes, fortifiée par la création de corps spéciaux, les zouaves, les chasseurs à pied ; la marine en partie transformée, dotée d'un matériel considérable. En 1830, notre marine à vapeur représentait moins de quinze cents chevaux, dès 1847, elle en compte vingt-six mille; de. nouveaux services sont établis, infanterie de marine, gendarmerie, gardes maritimes, écoles d'artillerie flottante, écoles de mousses : une ordonnance royale a fixé l'effectif des forces navales sur le pied de paix à 328 bâtiments de guerre. Près de trente millions annuels viendront améliorer les condi-
lions de la vie militaire pour les officiers, sous-officiers, soldats, quartiers-maîtres et matelots de toutes classes. L'État donnera davantage à mesure qu'il s'agira de venir en aide à des situations plus modestes et plus humbles. « Semblable au père de famille économe et prévoyant, le gouvernement amasse dignement pendant sa vie un trésor dont les ressources permettront plus tard à ses héritiers de faire beaucoup plus de bruit dans le naonde. »
A l'intérieur, la France habituée à l'ordre, au travail, au milieu d'une liberté grande et forte; notre législation criminelle réformée, la peine de mort abolie de fait en matière politique, abolie de droit dans onze cas différents, le système pénitentiaire amélioré, les voitures cellulaires instituées, le code de commerce, le code de procédure en partie révisés.
A aucune époque, les discussions législatives n'ont été plus approfondies, plus savantes; jamais on n'a fait plus de lois utiles au peuple. Citons parmi les réformes et les améliorations sociales: la suppression des jeux et des loteries, les lois sur l'instruction primaire, les chemins vicinaux, les aliénés, les caisses d'épargne, la compétence des juges de paix, l'expropriation pour cause d'utilité publique, les chemins de fer, le travail des enfants dans les manufactures. Au moment de sa chute, le gouvernement avait préparé , les Chambres allaient discuter de nombreux projets qui touchaient à des intérêts de premier ordre dans l'ordre moral et économique: la réforme du système hypothécaire, de la taxe postale, les monts-de-piété, la navigation intérieure, le reboisement des montagnes, les sociétés de secours mutuels, les caisses de retraite pour la vieillesse, la diminution de l'impôt du sel, la situation des instituteurs, l'instruc-
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tion secondaire et la liberté d'enseignement Signalons encore, le "rétablissement deTÉcole normale supérieure, la création de TÉcoIe d'Athènes, de quatorze nouveaux collèges royaux, de dix Facultés nouvelles, de trenteneuf chaires dans les Facultés existantes ; l'œuvre de la collection des documents inédits de l'histoire de France, qui eut pour premiers collaborateurs MM. Augustin Thierry, Mignet, Fauriel, Guérard, etc. ; le nombre des salles d'asile décuplé, celui des écoles ejt des élèves plus que doublé.
De 1830 à 1847, le gouvernement exécute un milliard cinq cent trente-huit millions de grands travaux publics : il se porte l'héritier de toutes les époques de notre histoire, il veut relever les œuvres de ses prédécesseurs, réunir toutes les traditioqs, tous les intérêts de la France. Il termine les canaux, les routes, les monuments de la Restauration, de l'ancienne monarchie. Puis viennent les entreprises nouvelles : plus de quatre mille trois cents églises^ succursales et chapelles vicariales, un immense réseau de routes nationales, départementales, de chemins de grande communication, ciaquante-einq ports améliorés ou ouverts (cehû de Cherbourg absorba plus de quarante-neuf millûms), 1k fortifications de Paris et de Lyon^ deux mille kilomètres de chemins de fer en exploitation^ deux mille cent quarante-quatre kilomètres en construction. On a compris que la force qu'on épargne est employée à produire, qtie r économie faite sur les frais de trem^Hirt est un bénéfice qui se partage entre les amsommateurs et les pro* ducteurs.
En 1829, les revenus ordinaires de l'État ont été de 992 millions de francs, en 1847, ils atteignent le chiCbre de 1,342 millions. On n'a créé aucun impôt nouyean, il
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n'y a eu d'autre aggravation d'impôts existants que l'addition en 1832 de 16 millions au principal de la contribution personnelle-mobilière, et de la taxe des portes et fenêtres. C'est donc une augmentation de plus de 300 millions de francs due au progrès de l'aisance générale, car il existe une solidarité étroite entre la prospérité de l'État et celle des individus. On a réduit 63 millions d'impôts divers : 30 millions sur l'impôt des boissons, 12 millions sur les douanes, 18 millions par l'abolition de la loterie et des jeux, 1 million sur les droits de poste, 2 millions par la suppression de la rétribution universitaire (1).
Les causes de l'accroissement des dépenses sont : la guerre d'Algérie, les armements extraordinaires de 1830 et de 1840, la disette de 1846, 1847, les services publies plus largement dotés, les grands travaux. De 1830 à 1848, l'Algérie a absorbé plus d'un milliard, et l'occupation a toujours été une dép^ise ordinaire. La royauté de Juillet a fait ce qu'ont réalisé bien peu de gouvernements : elle a soldée sur ses ressources ordinaires, une bonne partie des travaux extraordinaires dont elle dotait le pays : 554 millions ont été payés de cette manière.
Le reste des travaux a été réglé par des emprunts ; HMtis ces vastes entreprises que le présent lègue à l'avenir ne peuvent rester en entier à la charge des gén&m* tions qui les exéeutent, et passer comme un patrimoine gratuit aux générations qui doivent en jouir. Le gouvernement de Juillet est resté fidèle à ce principe : n'emprunter que pour des nécessités suprêmes et passagères ou pour des dépenses fécondes, assurer sur les recettes
(1) En 1879, le budget de la France atteint le chiffre de trois milliards; à elle seule, la guerre de 1870-1871 a augmenté la dette publique de quatre cents millions de francs.
ordinaires le service des intérêts et ramortissement des emprunts. Ainsi, ramortissement avait fini par atteindre la somme énorme de 125 millions.
Si, comme l'écrit M. Dumon, les bons gouvernements se reconnaissent surtout à cette preuve qu'ils laissent moins de traces de leur passage dans le tarif des contributions et dans le grand livre de la dette publique, la monarchie constitutionnelle est sans contredit le meilleur de tous, car elle a su faire beaucoup avec peu : les années les plus propères ont défrayé les années les moins favorisées, et le déficit du dernier exercice 1847 n'a laissé à la charge du Trésor, pour toutes les années du règne, qu'un découvert de 13,762,000 francs. Les emprunts ont fait inscrire 46 millions 648,000 francs de rente^ mais en même temps, la caisse d'amortissement rachetait plus de 26 millions de rente; en 1848, le service de la dette nationale ne dépassait que de 20 millions le chiffre de la Restauration. Si le cours de la rente est le thermomètre de la prospérité publique, Temprunt de 1841 en 3 0/0 fut contracté au taux de 84,75, et en 1848, le 5 0/0 dépassait 120 fr.
L'agriculture, l'industrie, le commerce ont réalisé de grands progrès sous [le règne de Louis-Philippe : le maintien du régime protecteur, les comices agricoles, la multiplication du bétail; des inventions ingénieuses, les routes, les chemins de fer ont contribué à relever la situation du propriétaire rural, du commerçant, à améliorer l'état matériel de la société. Le nombre des machines à vapeur a doublé de 1839 à 1847, la fabrication du sucre de betterave s'est élevée de 6 millions à 53 millions de kilogrammes. En 1830, le chiffre des exportations était de 593 millions, celui des importations de 638 millions; en 1847, l'exportation atteint le chiffre de
1,147 millions, rimportation celui de 1,193 millions. Les Écoles d'arts- et-métiers d'Angers, de Châlons, d'Aix furent créées ou reconstituées.
La Restauration et la monarchie de Juillet ont vu s'épanouir une pléiade d'hommes célèbres ; à aucune époque le génie français n'a montré avec plus de puissance plus de variété ; la politique , les lettres, les sciences, les arts ont alors brillé d'un magnifique éclat. Parmi les hommes qui ont imprimé à cette Renaissance nouvelle son caractère de grandeur, nous citerons spécialement ceux qui ont marqué de 1830 à 1848.
En politique, MM. Casimir Périer, Guizot, de Broglie, Thiers, Mole, Duchâtel, de Montalivet, Dufaure, Pasquier, de Salvandy, dé Rémusat, Cousin; en diplomatie,le prince de Talleyrand, de Barante, de Saint- Aulaire,Bresson. En finances, le baron Louis, MM. Humann, Lacave- Laplagne, Dumon.
Parmi les orateurs parlementaires, MM. Berryer, Odilon Barrot, Sauzet, Mauguin, Garnier-Pagès aîné, Lamartine, Montalembert , Billault; pour compléter la liste, il faudrait ajouter presque tous ceux qui ont joué un rôle considérable dans le gouvernement. L'éloquence sacrée revendique Lacordaire et le père de Ravignan.
L'armée et la flotte ont été commandées par des hommes d'élite : le maréchal Bugeaud, le maréchal Valée, le maréchal Clausel, Changarnier, Lamoricière, Trézel, le duc d'Aumale, l'amiral Roussin, l'amiral Dupetit-Thouars, le prince de Joinville. Les vétérans de Tempire, Moncey, Jourdan, Soult, Mortier, Macdonald, Oudinot, Gérard, Lobau^ Reille ont prêté leur concours à la monarchie de Juillet.
L'histoire est illustrée par cinq noms de première grandeur : MM. Augustin et Amédée Thierry, Guizot,