LES DIVERSES MAÎÏIÈBES DE COMPTER
buer à Tempereur Julien. La fixation de la siliqua d'argent à l/2i du sou d'or (qui est parfaitement semblable à la fixation du denier de cuivre ii 1/(5,000 du sou d*or) et l'assimilation du sou d'or au talent attique conviennent parfaitement à l'esprit fantastique, quoique pratique, de l'empereur philosophe et lettré.
Les chiffres qui se trouvent sur les monnaies vandales d'argent (supra, p. 77 et 78), savoir : cent sur le miliarense de 1/12 de sou, cinqxuinte sur la siliqua, vingt-cinq sur la demi-siliqua, ne se rapportent pas aux deniers de cuivre, mais aune unité d'argent particulière valant 1/1200 de sou ou le quintuple de l'unité de cuivre. Tout le monnayage vandale prouve assez que le gouvernement de cette nation n'avait pas, comme celui des Ostrogoths, adopté entièrement l'organisation romaine.
Les chiffres qui se trouvent sur les pièces de cuivre n'indiquent pas leur valeur effective, car ces pièces, comme nous allons le voir, étaient toujours vis-à-vis de Tor et de l'argent au-dessous de leur valeur nominale, ce qui certainement est une des causes de l'inexactitude générale de ces chiffres. Une demi-siliqua dont la valeur nominale était de 125 deniers ou de trois pièces de 40, valait en effet plus de 125 deniers de cuivre; il n'y avait donc pas plus de raison pour y mettre le chiffre 120 que le chiffre 125, et il était également indifférent de marquer AO ou A2, la pièce valant nominalement 41 2/3 deniers, puisque ces chiffres indiquaient seulement l'espèce de monnaie, et que leur valeur effective dépendait toujours du cours auquel le denier de cuivre se trouvait par rapport au sou d'or.
Googh
CHAPITBE TI.
§ IV
Valeur nominale et effective des pièces de enivre de cette époque.
Efforts
de Dioclétien poor
rétablir
rdqalUbre dans
les monnaies.
Prompte
détérioration
da cours.
Commerce des roonnaius et agiotage.
Il est fort douteux qu'après la dépréciation complète du cuivre saucé au troisième siècle, Dioclétien ait pu rétablir complètement Téquilibre dans le système monétaire si ébranlé de son immense empire.
Sans aucun doute, la monnaie de cuivre avait été régularisée et améliorée, et il se peut même que sa valeur ait été au pair quelquefois, mais il est fort douteux que jamais les caisses publiques aient reçu ordre d'accepter, même momentanément, la monnaie de cuivre comme celle d'or et d'argent. 11 n'est par conséquent pas étonnant que sous le règne de Constantin, avec la masse immense de petites monnaies qui furent émises et dont la matière allait toujours en s' altérant, on vit bientôt se renouveler des fluctuations continuelles dans la valeur du cuivre. Il est souvent question à cette époque d'achat ou de vente des pièces d'or (1), ce qui n'indique pas des variations dans la forme ou le poids des pièces elles-mêmes, mais dans la valeur relative de l'or et du cuivre. L'édit publié en 356 par les empereurs Constance H et Julien, édit dont nous avons déjà parlé (2), défend aux marchands d'acheter et de transporter d'une province dans une autre les pièces de cuivre pour une somme supérieure à celle de mille folles,
(1) s. Augustin., Serm., 389 : Homo non dives cum solidum ut assolet vendidisset, centum folles ex prelio solidi pauperibus jussit erogari, D*autres passages semblables sont cités par Godefroi {ad Cod, Theod., IX, 22, l ; Xll, 7, 2), et par Du Gange [de inf, aevi num., $ 102).
(2) Cod. Theod., IX, 23, 1. — Cf. supra, p. 105, note 2.
Googh
VALKUn DES PIÈCES DE CUIVRE. 171
et cela, comme d'habitude, sous peine de mort et en ordonnant les mesures de police les plus sévères pour en . • assurer l'exécution.
On voit donc qu'à cette époque l'agiotage sur le cuivre était en pleine vigueur, et que les spéculateurs achetaient la monnaie de cuivre là où elle était à bon marché, pour la transporter et l'échanger avec avantage, dans d'autres provinces, contre des marchandises ou bien contre de l'or et de l'argent.
Peu de temps après (entre les années 367 et 575), les Règlement empereurs Valentinien, Valens et Gratien (Ij, ordonnèrent ^'^"'cu^dTtSK*'^^* que, lorsque le cours de l'or baisserait, le prix des marchandises devait subir également une baisse. Si de pa reilles prescriptions peuvent nous sembler naïves, on en comprend cependant parfaitement la raison. Car si, par exemple, le taux de la viande de porc était fixé par l'usage ou la loi à ^lo; folles^ ce taux répondait à six parties aliquotes du sou; quand le cours s'améliorait et que par exemple le sou valait 150 folles au lieu de 180, pour rester lc prix
, des denrées eit fixé
dans les mêmes proportions, jl fallait que 1 on vendit cmq folles ce que l'on avait vendu six auparavant. C'est ce qui fut cause que des édits subséquents fixèrent le prix des denrées régulièrement en or. Un pareil règlement inséré même dans le Code Justinien est une preuve frappante de
(!) Cod. Just., XI, 10, a : pro imminutio^ie^ quae m aestimatione solidi forte traciatur, omnium quoque pretia tpecierum decrescere oportere, L'explfcaUon de Savigny [Cb'fjalionsrecht, t. 1^ p. '473)» d'après laquelle la dépréciation du solldus doit aussi produire une dépréciation dea monnaies divisionnaires, n'est pas admissible ; car species^ en terme technique, signifie à cette époque la marchandise, aestimatio ne désigne jamais la Taleur métallique, mais toujours le cours {Dig., XXXIV, 2, l, \. — Cod. Theod., IX, 22, 1), et enfin le solidus n'a jamais été déprécié.
en or.
Googh
172 CHAPITRE Tl,
la diffère lice (Ui change au dctrimeiH rfu cuivre, ei ceci montre qu'à cette époque c*était un fait positif et même légalement reconnu»
C'est ce qui ^taît arrivé en Egypte sous les Lagides où le gouvernement iui-même n* acceptait pas sa propre monnaie de cuivre, celle qui était frappée par son ordre, et ainsi cette monnaie fut longtemps au-de^^sous du pair- Mais ]e O(ftïflm«on gouvernement romain alla plus loin; les changeurs (1) tMpriïii^«etÉtft furent réunis en une corporation privilégiée, et spécialement autori&és à exercer ce commerce; il leur fut impowé de vendre la pièce d'or d'abord à sa valeur légale, et plus lard à un taux fixe [{axatio) [2]. Un abus devait remédier /i l'autre; le monopole était destiné à contre-balancer tes inconvénients qu'avait introduits la fabrication exagérée de la monnaie fiduciaire.
Mais tout cela ne suffit pas. INoua voyons qu'à ilome une caisse publique nommée arca r m aria payait aux changeurs une prime ou plus-value pour chaque sou d*or vendu par eux au prix du tarif (3); c*esi comme si, dans un
f l) Sammulariit coilecfarii, iti^isiilarù\ àfyupï|jLotfioi, Tp«itcÇf(fat| xoÏOm^- Ctîrratj qui, à proprement parler^ dilTàreni tîntdro dea argf^nfarii, comme le démontre prindjiaîeDH'nt ïe Di^estr^ [|j 13, P, 3. Lea Jthmmulariif cûHectarii, m^nsuiarii soT^t, dans roriglnc, \^is chnvt^^im^ lundifi 4]ue Ifô t^ry^ttoTii Bûnt les orfévfte* qui raçoiveul épjiiement en dfipftt do rflrgcot el de L'or d'sulruj, ùl qu]^ i>ar v'ohséqueuL^ deviennent banquiers. Dans b pta- Uquo et frelon le droit, les deux iiri^fessioitâ i& fionl ^'(fiironduei^, putt^ti rju4»l« cliHiigËUr ouvrait ausi^i cliez lui ile& (comptes, e( mi^ le Lauquler changeait ëgjfeotent de J^urgenlt et t'est prlncipalcmeut ù Pcpoque postérieure qu^ ces e^preasloDs Aont enipfoyè^'^ a ver une Efiigmûcatjon égale ^ cependant Var* gtntfirius jouhflajt d une pluî^ grande coTifidé ration.
(3] SymmachuB, X> Fpist^ T\ x vtrtfi^ndtji aolitUs^ qiio* pierupiffue pu* fflicus usus (i;f. pour cette ejiprM&ion Cod. Tïitott, IXj 33^1 ; XJV^ k^ Z] e:rpo.îei7j coIfectaHorum corpus oùno^itim âst^ Cod, Theod.f XVJ, \^ £* — Kdid. Justiniun., VU, cap. IK
(3) Quibus (colleclarlU) nrca vinaria siotutum prttium subminUirat*
VÂL£UR DES PIÈGES DE CUIVRE. l73
moment de crise, des banquiers rachetaient pour le compte du gouvernement du papier-monnaie à un prix fixe pour empêcher sa dépréciation complète. Mais For montait toujours, et la taxe s'éloigna tellement de la véritable valeur du sou, qu'il ne fut plus possible aux changeurs, même avec la bonification qui leur était allouée, de donner le sou au prix fixé.
Gratien augmenta cependant la prime accordée aux changeurs pour vendre l'or au taux légal (1) , et ce nouveau rescrit se rattache sans doute à celui dont nous avons parlé plus haut {supra, p. 171). Mais peu après, l'année 383 ayant été une année de renchérissement qui avait* probablement amené l'exportation de beaucoup d'or à l'étranger, Symmaque, préfet de la ville, envoya en 384 à sesrëcumations
appuyées
l'empereur Valentinien II de nouvelles réclamations de la par symmaque. part de>s changeurs romains, en appuyant fortement leur demande. D'après ce document on sait que l'or montait toujours (2) et que l'on payait au forum ou à la bourse (3) le sou d'or beaucoup au-dessus de la taxe légale à laquelle le changeur était tenu de le livrer, ce qui rendait nécessaire une élévation de cette taxe (4). On ignore le résultat de cette démarche.
Symmach., /. laud. Pour Varca vinaria, cf. mon édition de VÉdit de Dioclétien, p. 77,.
(1) Symmaque dit^ en parlant de Gratien : htiic hominum generi tantum pro singults solidit stcUuit conferendum, quantum aequitas illius temporis postulabat. Quant aux mots eox-mémes, ils impliquent une éiéyaUon de la taxe aussi bien qu'une élévation de la prime, en conservant la taxe ; le reserit cité supra, p. 171^ note, prouve en faveur de la dernière interpré- Ution.
(2) Paullatim auri enormitate crescente.
(3) In foro rerum vennlium.
{k) Justissimae diffhùticmis augmenta.
Googh
174 CHAPITEE VI.
Dëmonétisation Quelqucs anoées plus tard, en 395, on démonétisa la
de la pièce ^ i r . . „ /.
docuiTre pièce de cuivre de grand module^ ce qui mit d une façon
de grand roolule, . , , , ,.
Violente un terme aux maux causés par la masse disproportionnée de la monnaie fiduciaire. Les petites pièces de cuivre, qui étaient seules conservées, n'en eurent pas pour cela plus de valeur. Un édit de Valentinien III de Tan- Êdit de 445 sons néc 445 (1) oblige d'une part les changeurs à livrer le sou au prix maximum de 7200 deniers et d'autre part le public à l'accepter pour au moins 7000 deniers. Cet édit consacrait une dépréciation formelle de la monnaie de cuivre, et fixait en même temps le change dans les limites de 83 1/3 0/0 à 85 5/7 0/0. En eflet, pour 100 deniers de cuivre, il n'était pas permis d'en demander plus de 85 5/7 en valeur d'or, ni d'en refuser 83 1/3; encore faut-il admettre que ce règlement ait été réellement exécuté et qu'il ait éié appliqué à toutes les pièces d'or que les changeurs reconnaissaient comme bonnes. Ces données concordent parfaitement avec ce que nous savons de cette époque; il n'y a là rien de nouveau.
Les petites pi^es La démonétisation des grandes pièces de bronze qui fut ^Vi^ne^^M-^*^ proclamée par une loi, conservée dans le Gode Théodosien "^^viour ^^il*""^ {supra^ p. 138, note 2), et qui nous est confirmée par les elles ne baissent monuaies ct Ics trouvaiUcs, put bien arrêter la déprécia-
plas et restent , . *■ *
sutionnaires. tion dos potitcs piècos ; mais ce qui en restait, quelque restreinte qu'en fût la quantité, ne reprit pas sa valeur nominale; elle conserva celle qu'elle avait au change au moment de l'édit. Ceci se comprend parfaitement; ces pièces étaient considérablement au-dessous de leur valeur nominale, mais elles restèrent, depuis lors, à peu près stationnaires. Zenon et Anastase avaient émis de nouvelles pièces de
(1) De pretio solidi, lit XIV.
Googh
édit de Jmtinleii.
Kenonvellement de la monnaie de