‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 2)Chapitre 75 sur 232 · LA MONNAIE DE L' EMPIRE ET LA MONNAIE PROVINCIALE · texte numérisé non relu

LA MONNAIE DE L' EMPIRE ET LA MONNAIE PROVINCIALE

Pour ce qui regarde l'argent, il faut faire une distinction entre l'orient et l'occident de l'Empire. En Italie, en Sicile, en Sardaigne, dans la province de Carthage, en Numidie et en Mauritanie; dans toute l'Espagne, dans les Gaules et en Dalmatie, c'est-à-dire dans cette moitié de l'Empire qui forma plus tard la préfecture des Gaules et celle d'Italie (en y comprenant l'IUyrie occidentale), qui devint enfin l'Empire d'Occident, dès l'époque républicaine, on ne se servait exclusivement que du denier ou de pièces frappées sur son modèle. Ainsi l'ancienne monnaie d'argent de la Sicile, les pièces d'or de la Gaule celtique avaient été démonétisées de bonne heure ; ou bien les ateliers n'émettaient plus de pièces d'argent, comme en Sardaigne, en Afrique et même en Sicile; ou bien les monnaies locales étaient copiées sur le denier, comme les deniers de la Mauritanie, ceax de l'Espagne Citérieure et d'Apollonia, les victoriats de Marseille et de Dyrrhachium et les quinaires du nord de la Gaule. On peut ajouter que ces émissions de monnaie elles-mêmes cessèrent bientôt. Celles qui durèrent le plus longtemps furent les émissions des rois de Mauritanie, qui continuèrent à frapper des monnaies jusqu'à Tan iO après J.-G. Dans cette partie de l'Empire, il n'y eut donc qu'une seule espèce d'argent en circulation. Les types offraient quelques différences, et il est à croire que les deniers de type espagnol ne circulaient pas légalement en Italie, mais cette différence cessa bientôt, comme nous l'avons vu, par la fermeture des ateliers provinciaux ; les monnaies locales furent alors ou supprimées ou complètement assimilées au denier {supra^ p. 245 et 246).

La moitié orientale de l'Empire présente une grande différence avec l'Occident. L'énergie administrative qu'avait montrée le gouvernement romain en organisant les Wr

Argent.

DifférencM entre rOrient et rOocident.

Occident.

Oriezit,

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3&6 GHAPITRB lY.

ciennes provinces était un peu diminuée, lorsque les provinces orientales furent réunies à l'Empire, et, de plus, il existait dans ces contrées beaucoup plus d'anciennes monnaies qu'en Occident. On se contenta donc d'exiger, dans les rapports officiels, l'usage du denier avec un cours fort avantageux sur les anciennes pièces dont la circulation fut restreinte à la localité ; ceci ressort suffisamment de tout ce que nous avons vu dans les paragraphes précédents sur les monnaies d'aigent des provinces orientales à l'époque impériale.

Ateuert Autaut quo l'état de la science permet de le déterminer,

nous voyons que le monnayage provmcial tut le plus possible centralisé dans les métropoles des provinces : à Tbessalonique, pour la Macédoine ; à Nicomédie, pour la Bithy nie j à Gésarée, pour la Gappadoce^ à Ântioôfae, pour la Syrie; en grande partie à Épbèse, pour la province d'Asie. Si nous voyons dans cette dernière province encore d'autres villes jouir de ce privilège, par exemple Sardes (<upra,p. 303], c'est que dans la province d'Asie plusieurs villes avaient les droits de métropole (l) . A l'époque de la République, le droit de battre monnaie n'avait pas subi toutes les restrictions auxquelles il fut soumis à l'époque impériale, et même à cette dernière époque, il y eut quelques exceptions : aussi trouvons-nous des monnaies d'argent frappées à Athènes et peut-être dans quelques autres villes de la Grèce, ainsi que dans les principales villes de l'Asie. On en frappa dans diverses villes de la Grète, sous Auguste et sous Tibère. Enfin nous voyons, sous Hadrien, il est vrai pour peu de temps, la ville d'Amisus préférée à Amasia, capitale du Pont, pour l'émission de la monnaie d'argent.

(1) Nan)iiardt^ ^andbuch, t. lU, 1^ p. 139.

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monétairM.

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Noos deyoDS encore faire remarquer que les monnaies de valeur différente ne forent pas frappées indistinctement dans tous les ateliers. Ainsi, dans Tlle de Cypre, les tétradrachmes portent le nom de Vespasien, et les didrachmes seulement les noms de ses fils, qu'il avait associés à l'Empire. Dans la province d'Asie, les villes du continent frappaient des tétradrachmes et Rhodes les drachmes; il en est de même en Syrie et dans les contrées voisines; Tripolis, et plus tard Antioche, émirent des tétradrachmes, tandis que nous n'avons que des didrachmes et des drachmes d'Aradus, des États du roi Polémon, de Gésarée de Gappadoc« et d'Amisus du Pont.

Toutes ces particularités conviennent bien plus à une circonseripuoni monnaie provinciale qu'à une monnaie communale; ces principes n'ont cependant pas été appliqués d'une manière stricte et exclusive, et l'on a vu souvent des provinces ayant d'ailleurs une administration séparée, réunies seulement pour l'émission des monnaies, comme pour les douanes. Ainsi la Bithynie, la Lycie, la Pamphylie et peut-être aussi la Galatie, ont été réunies, pour le monnayage, à la province d'Asie et à Rhodes. Le Pont, la Cappadoce, l'Ile de Gypre et jusqu'à un certain point la Gilicie et File de Grète avaient les mêmes monnaies que la Syrie. D'un autre cêté, nous voyons quelquefois des provinces réunies sous la même administration avoir des monnaies différentes, par exemple l'île de Crète et Cyrène,la Bithpie et le Pont; les districts de Laodicée et d'Apamée, momentanément distraits de la province d'Asie et réunis à la Gilicie, continuèrent cependant à frapper la monnûe provinciale de l'Asie, seulement le nom du gouverneur de Gilicie remplaçait celui du gouv^neur de la province d'Asie (!)•

(I) Pioder, p. 570,

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Ce caractère essentiellement provincial nous explique aussi pourquoi sur les pièces d'argent, et en particulier Non» dotTiiiMet sur ccllcs de la Macédoine, de l'Asie et de l'île de Crète, il des magistrats. jj»y ^ p^g ^^ ^^^ ^^ ^jjj^^ ^^ bien,s'ily paraît, il n'est indiqué que sous la forme d'un monogramme ou d'une manière abrégée, et, lorsqu'il est exprimé en toutes lettres, il ne se trouve qu'au second rang, comme un accessoire; les drachmes d'Amisus, qui offrent déjà tant d'anomalies, sont la seule exception à cette règle. L'absence du nom, et même du monogramme, que l'on remarque de plus en plus, dans la suite des temps, sur les pièces d'argent, peut s'expliquer par d'autres raisons. Dans les premiers temps après la conquête, le gouvernement romain permettait assez souvent aux petits États ou aux dynastes indépendants de conserver sur leurs monnaies d'argent leurs types, leurs emblèmes et leurs noms, comme on le voit sur les tétradrachmes d'Athènes, les drachmes de Rhodes et de Cappadoce. En général, dès les temps de la République, la suzeraineté de Rome fut indiquée d'une manière quelconque sur les pièces d'argent ; la Macédoine et l'Asie avaient été trop importantes et trop puissantes, pour qu'on pût leur accorder sans restriction le droit de mettre leurs emblèmes et leurs noms sur l'argent. Nous avons vu que les anciens emblèmes nationaux des divers pays étaient remplacés par des emblèmes qui n'avaient aucune signification politique, et qu'on choisissait de préférence parmi les objets du culte de Bacchus et d'Hercule. En Macédoine, on voit le nom ou Temblème du magistrat romain à côté de celui de la province. En Asie, on n'indique d'abord pas l'autorité qui a ordonné rémission^ plus tard on nonmie comme telle le gouverneur, enfin l'empereur. Pour une raison analogue, sous les empereurs qui avaient supprimé la monnaie macédonienne,

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le signe distinctif de Tatelier et les emblèmes locaux disparnrent aussi sur les monnaies asiatiques. La monnaie îd' argent frappée à Antioche, qui ne commence que sous les empereurs, est fabriquée d'après ce système. Les noms de la Lycie et de la Crète, qui se trouvent encore sur quelques pièces d'argent impériales, prouvent seulement que le gouvernement n'attachait pas grande importance à ces petits États, et qu'il ne croyait pas nécessaire de contrarier dès le principe leurs tendances à l'autonomie et leurs espérances de liberté.

Sous la République, le latin est seul employé sur l'or et Langue utine. sur l'argent ; on voit quelquefois le grec sur le bronze : évidemment l'or et l'argent n'avaient pas un caractère aussi essentiellement local que le bronze. A l'époque impériale, le latin adopté sur les cistophores s'y maintient jusqu'à Trajan ; les légendes grecques sont plus fréquentes sur les monnaies de la Lycie, de la Crète et de la Syrie. Les deux langues commencèrent ainsi à se trouver sur un pied d'é^ galité, et le grec obtint petit à petit un caractère officiel.

On peut diviser le bronze en monnaie de l'Empire, mon- Brome, naie provinciale et monnaie locale. La première espèce portait, sous la République, le mot ROM A {supra^ p. 240), et plus tard les lettres SC. ; cette dernière distinction ne se trouve nulle part en dehors de Rome, excepté à Antioche. Les bronzes provinciaux se reconnaissent d'une part à l'absence de ce signe caractéristique de la monnaie de l'Empire et de l'autre à l'omission d'un nom de ville. On y voit souvent le nom du pays ou de la province ; mais souvent aussi on n'y voit que le nom du magistrat ou, aune époque postérieure, celui de l'empereur; la langue ou le type indique seul à quel pays ils appartiennent. Nous pouvons ranger dans cette catégorie les as de la Sicile avec les noms des

— romtin.

— des proTlncet.

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qoesteurs {supra, p. 2S8), les monnaies rappées dans les Gaules au type de l'autel de Lyon («upr a, p. SAS) , les monnaies de la Judée dont nous avons déjà parlé (supra, p. 326) t ces exemples prouvent, ce qui du reste va sans lUre, que rOccident, là même où il avait conservé quelques droits monétaires, ne frappait plus que des brooxes, et que la distribution des diverses espèces de monnaies dans les différents ateliers, que nous avons déjà remarquée en Orient pour Targent, existait aussi pour le cuivre.

Ainsi, dans la petite province de Judée, gouvernée par un procurateur et qui dépendait du district monétaire de la Syrie, et où, par conséquent, circulaient de droit l'aureus et le denier de l'Empire, ainsi que les tétradrachmes d'Ântioche et les drachmes de Gappadoce, on fabriquait une petite monnaie de cuivre particulière. Les provinces qui dans l'Orient avaient une monnaie d'argent en fabriquaient aussi une de cuivre, et l'on rencontre plusieurs pièces portant le nom du pays (xo(v<Sv), comme la Macédoine, l'Asie, la Bithynie, la Gilicie, l'île de Gypre, l'île de Grète et plusieurs autres (1). Excepté sur les monnaies siciliennes du temps de la République, la langue parlée dans le pays est adoptée pour la légende des monnaies provinciales de bronze. Brome detTiiiM. Los bronzos des villes n'ont pas besoin de grande explication, on les reconnaît facilement ; cependant il serait à désirer, pour éclaircir l'histoire des administrations munici-

(1) Eckhel, Doct, num, vet, t. IV, p. 428. — D'autres pièces de broose, marquées seulement du nom de Tempereur eu grec, semblent pouvoir être attribuées, d'après le type, à une province déterminée, par eiemple celles qui portent la tête d'Ammon, à la province de Cyrène. Cf. supra, p. 381, et Duchalais, Rev. num,, 1851, p. 97 et sulv., où cependant il est parlé de beaucoup de monnaies de cuivre qui, ce nous semble, n'ont pas été frappées à Cyrène même.

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pales du temps de l'Empire, de connaître plus spécialement leurs droits monétaires particuliers et de les comparer avec .. leur position administrative. Remarquons seulensent ici que dans la partie occidentale de l'Empire, où le deaier d'argent circulât seul, les monnaies de bronze des provinces et des villes furent de bonne heure supprimées. Les dernières pièces de bronze qui furent fabriquées en Occident sont celles des trois provinces septentrionales delà Gaule, frappées à Lyon, et celles de la colonie de Babba, dans l'empire actuel du Maroc; ces deux émissions vont jusqu'à Néron (1). Vers cette époque, les ateliers ont dû être tous fermés, et le bronze, particulier aux provinces et aux villes, qui circulait encore retiré ou assimilé à la monnaie de l'Empire. En Orient, au contraire, la petite monnaie locale a duré jusque assez avant dans le m* siècle de notre ère, et a même souvent gardé les anciennes dénominations (supra^ p. 308 et 309), non -seulement dans les endroits qui avaient conservé une monnaie d'argent provinciale, mais encore en Macédoine et en Grèce, où elle n'a entièrement disparu que dans la catastrophe générale qui entraîna la ruine de la monnaie de l'Empire.

Toutes les monnaies locales d'argent ou de cuivre étaient i>^^»**^ légalement des parties aliquotes de l'aureus et du denier. Quand l'altération et la dépréciation de la monnaie romaine commencèrent, elles partagèrent son sort : on peut l'observer particuUèrement pour les tétradraohmes d'Antioche, qui suivent là décadence du denier ; et n^me ils se transformèrent en billon encore plus vite que les de^

(1) Cf. EcUiel> Docl. num. vet., t.lV, p. 153, et 500; t Vl^ p. 13S. La moti' naie de Babba, qu'on dit porter la tête de Galba (Mioooety t. VI^ p. 596^ n« 36), aurait besoio d'éUe examinée de nou?eau.

monnalM loeilet

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niers de F Empire, et lorsque, sous Gordien III, ces deux genres de monnaies furent assimilés, on peut dire qu elles valaient aussi peu Tune que l'autre. Les cistopbores ne suivirent pas le denier dans cette rapide décadence ; c'est la raison qui en arrêta l'émission sous Hadrien et les fit disparaître du commerce. Gomment, en effet, les cistopbores auraient-ils pu conserver leur valeur de trois deniers, lorsque le denier était réduit à l'état de petite monnaie d'appoint? La monnaie locale de cuivre qui, dans l'origine, consistât en pièces souvent de grand module et d'un poids considérable, ne pouvait pas non plus subsister après la disparition complète de la monnaie d'argent. Le cuivre, que la proportion légalement établie avec l'argent fit tomber à sa valeur intrinsèque, puis au-dessous même de cette valeur, dut nécessairement perdre de son poids et de sa pureté, et enfin disparaître entièrement (1). Il est probable que les empereurs du m* siècle ont peu à peu admis comme monnaie de l'Empire toutes les monnaies locales d'argent et de cuivre, parce qu'ils trouvaient dans ces monndes d'un titre relativement bon ime ressource précieuse dans la détresse toujours croissante de la monnaie de l'Empire. Il résulta de ces expédients précaires, qu'ils détruisirent la monnaie des provinces sans améliorer celle de l'Empire. Nous trouvons des traces de ces dispositions dans les monnaies de bronze frappées à Antioche et dans d'autres villes de la Syrie {supra, p. 82à et suiv.). Ges mesures probablement ne s'arrêtèrent pas aux dernières émissions, sur lesquelles nous

(1) 11 nous manque des analyses du métal de ces pièces. Une monnaie de ilf^lb (=274), frappée à Samosate fers Tan 212, donne, d'après les recherches de Phillips, 70,91 de cuivre, 6,75 d'étain, 21,96 de plomb. II reste iocertain si Ton trouve du sine dans les plus anciennes.

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en voyons des preuves évidentes, mais elles s'appliquèrent aussi à toutes ]es monnaies qui existaient dans la circulation et devinrent de plus en plus générales. Le grand nombre de pièces de biUon et de cuivre de Syrie et d'Egypte que nous trouvons sur les bords du Rhin, aux lieux ob staUonnërent les légions (1), prouve bien qu'à la fin du iir siècle les monnaies provinciales et locales de l'Orient avaient

(1) En donnant la lltte suivante, dressée d*aprës les renseignements que noos avons po recueillir sur les monnaies pro? ineiales iq[>partenant à r0« rient romain, qui se sont trouvées dans l'Occident, nous n'avons pas la prétenUon de donner ici des résultats définitifs; la plupart de ces monnaies ont pu avoir été égarées et dispersées par l'effet du hasard. Mais il est à remarquer que, dans les trouvailles faites sur les bords du Rhin, un nombre considérable de pièces sont des monnaies provinciales qui avalent cours en Syrie au ni* siècle. Il y a là un fait qui peut se rattacher au changement dans les cantonnements des légions.

Exettr.,

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