‹ Histoire de la monnaie romaine (volume 4)Chapitre 12 sur 255 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Si nous ne tenons compte ni de là préférence accordée à l’un des deux métaux, ni des variations probables et momentanées du change, et que nous appliquions à ces monnaies les proportions généralement admises dans l’antiquité pour la valeur relative de l’or et de l’argent (1 : 10), la darique d’or vaudra 15 sicles, et en mettant la darique à 20 drachmes attiques, le sicle vaudra 8 oboles.

Gomme la darique d’or, le sicle d’argent est pour ainsi dire isolé, et il n’y a pas de série de fractions qui s’y rattache positivement. Les monnaies qui s’en rapprochent le plus sont les pièces d’argent qui se trouvent vis-à-vis du statère d’or de Phocée dans la même proportion que le sicle vis-à-vis de la darique, c’est-à dire dans la proportion de 2 : 3. Expliquons-nous s En prenant pour base le poids maximum du statère de Phocée 16tr,50, nous aurons pour la moitié 8‘%25, et, par conséquent, 11 grammes pour les deux tiers de la pièce principale et 5f,,50 poulies deux tiers de la moitié. Or il se trouve que tous les systèmes monétaires les plus anciens ont pour base l’un ou l’autre de ces deux poids. Nous avons vu que les demi-statères d’or étaient rares et ne se retrouvaient que dans une série particulière ayant pour type le lion et le taureau. Cette même série avec les mêmes types, frappée probablement à la même époque et dans les mêmes ateliers, sc retrouve également en argent ; elle nous fournit des pièces de 10»', 43

Su valeur

proportionnelle.

Pliera qui a’en rapprochent le plus et

qui correspondent an

statère de Phocée.

tement la même proportion. Il est fort possible que cet historien ail suivi, dans cette évaluation, l'usage établi dans le commerce de son temps, ou plutôt les règlements monétaires de l’empire des Perses. Dans le monnayage d’or des Égyptiens, nous verrons également que la proportion légale entre l’or et l’argent était de 1 b 12, â, mais qu’elle devint de lait I : 12,0, après l'altération des pièces d'or par Ptolémée Soler.

Stature d'argent perse on babylonien.

— 5‘r,39 — O»', 70 (i) qui représentent probablement l'unité entière, la moitié et le sixième. — Remarquons en passant que la moitié de l’unité est l'espèce la plus commune et que son poids égale les deux tiers de la pièce d'or correspondante de b^lO. — Toutes les monnaies d’argent asiatiques qui ne se rattachent pas au système attique introduit à la suite de la conquête d’Alexandre le Grand et que l'on nomme avec assez de raison la drachme alcxandrine, dérivent sans exception d’une unité dont le poids normal peut être évalué à 1 Ie', 39 (2) mais dont le poids réel varie, suivant les circonstances de lieux et de temps, de ll,r,5 à 9e', 5 et à laquelle nous pouvons donner le nom de statère perse.

Nous trouvons dans l’ouvrage de M. le duc de Luynes sur les monnaies des satrapes la preuve et l’application de ce principe, ha plupart de ces monnaies portent une légende araméenne et ont été frappées par les grands vassaux qui gouvernaient la troisième satrapie de Bithynie et de Paphlagonie, la quatrième de Cilicie, la cinquième

(1) HV',48 (= ici, Borrell , Su m. Cbron., t. Il, p. 21G) ; — 5*', 40 (Fr. Lennrmanl, Cat . du baron Behr, p. ISO); 5ir,39 (=83 1/4, Borrell); .V',34 (t=82,<i, Thomas, p. 330); 5", 25 (=81, Borrell); 5*M8 ( = 80, llorrell). — 3i',50 (Lenonnanl). — 0l',7C (= Il 3/4, Borrell). Mionnet, t. I, p. 4G0, n» 80, pl. XXXVI, f. 2, attribue cette monnaie à Acanthus.

(2) Ce pied monétaire est essentiellement celui de l'argent, et il n'a par conséquent été employé pour aucune des anciennes monnaies d'or; il est vrai cependant que plus tard quelques villes de l'Ionie l'ont exceptionnellement adopté pour leur monnaie il’or. Ainsi Claiomène a frappé une monnaie qui pèse 5,r,GtIG ( = 107 1/4, Mionnet, t. III, p. G3, n- 8); 5*',09 (=87,8, Leake); Téos, une monnaie qui pèse 5f’,G3 (= IOG, Mionnet, t. VI, Suppl., p. 373, n" 1870), cette anomalie est importante h remarquer pour fixer le poids normal des monnaies, mais cette remarque ne s'applique qu'à cette contrée et pour une époque limitée. Faut-il aussi mettre au nombre de ces monnaies l'étrange pièce d'or d'Ephèse, pesant 5*r,4G(= 84,3, Thomas, p.297), ou bien faut-il la classer avee les pièces d'or du temps de Svlla? C’est re que nous ne déciderons pas. Le poids convient egalement aux deux hypothèses

ciuriTiu: i.

île Phénicie. Nous y retrouvons l’unité (1) variant de 105r,20 à 10sr,90 et parmi les petites divisions des tiers à 3*',67 (2) et des sixièmes de tiers à 0«',65 (3), rarement des moitiés et des quarts (h) .

Parmi les villes grecques qui fabriquaient de la monnaie Drachme u mict. suivant le poids oriental, Milet mérite une mention spéciale, moins peut-être it cause de l'ancienneté de son atelier monétaire qu’à cause de l’étendue de ses relations commerciales qui répandirent ses monnaies dans tout l'Orient. Les inscriptions les désignent sous le nom de drachmes de Milet (5) ; elles différaient essentiellement des drachmes d’Athènes et de Rhodes.

A la suite de la principale unité pesant 10*’, 59 (6) et

de U

drachme do Mil'. ! .

(1) Dr tontes les unités de cetlc espèce pesées par M. le duc de Luynes, la plus forte est de 11*',20 (Satrapies, p. 92); les trois qui viennent après pèsent 10*', 95 (Ibid., p. 1 1, 63, 65); toutes les autres sont plus légères, et par conséquent d'une valeur inférieure à celle de la darique d’argent.

(2) 3*’,80 (duc de Luynes, Satrapies, p. 84); 3*\ 67 ( p. 41); 3", 53 (p. 84); 3*',50 (p. 93); 3*',40 (p. 84. 86,88, •3);l>',a5 (p. 76); 3*', 30 (p. 84, 88); 3*\20(p. 56); 3*',IS (p. 88).

(3) Le poids ordinaire est de 0*',65 (duc de Luynes, ibid., p. 16, 44, 57, et on ne connaît que deux exemplaires pesant de 88 à 90).

(4) Des moitiés de 5" ,20 (duc de Luynes, ibid., p. 65) et 4*',95 (ibid., p. 36), un quart de 2*', 45 (p. 31). — ti ne faut pas confondre les pièces de ce système arec celles du système tyrlen, qui souvent se trouvent avec elles dans les mêmes dépôts.

(5) Corpus inscrip. gr., n“ 2855 et 2858. Dans les mêmes inscriptions d’autres pièces sont indiquées seulement par le mot xposoü:, j l’époque qui suivit la mort d’Alexandre, A laquelle appartiennent ces inscriptions, il existait en Asie Mineure dittérentes drachmes d’argent, mais toutes les pièces d'or étalent macédoniennes , et une autre désignation plus explicite était par U même inutile.

(6) 10*’, 59 ( = 163,5, Léflke, Sumitm. heltmica, Asiatic Greece); I0",44 (= 161,2, Thomas); 10*', 36 (= 195, Mlonnet, t. III, p. 164, n- 737). La légende et le type sont toujours les mêmes : Ml en monogramme, et le

INTRODUCTION HISTORIQUE

que l'on rencontre rarement, viennent se ranger cinq divisions pesant 8*', 39 (1), 0«r,01 (2), 5tr,14 (3), 3‘r,G3 (4), 1(T,71 (5). La pièce de 3!',C3 est la plus commune, celle de S5', 39 la plus rare. Nous reconnaîtrons facilement dans la pièce de 10*', 59 l’unité d’argent ordinairement en usage parmi les peuples de l’Asie Mineure, et dans les autres, ses fractions par sixièmes, avec les proportions suivantes :

Cette échelle donne le poids normal de chaque fraction ; il est bon d’observer que dans la pratique les pièces sont en général un peu plus légères et que celle de deux sixièmes, qui est la plus commune, est aussi la plus ancienne, et la seule dont les exemplaires dépassent quelque-

plus souvent à côté le nom d'un magistrat : Tête d’ApoUou. H. Lion reg.tr dont une étoile.

(I) = 158. Mionnet, ibid., p. 164, n* 743.

(3) C>',CI (=103,1, Pembroke, Cal., p. 194 ); 6«',53(=123 3/4, Mionnet. ibid., p. 103, n* 739); Ü>’,48 ( = 133, Mionnet. ibid., p. 104, n* 731); 6<\38 ( = 97, Hunier; =96,9, Leake) ; €■', 10 (= 110, Mionnet, ibid., n’ 730).

(3) 5'', 14 ( = 79,3, Leake, Numism. hellenica, Asiatic Creece); 5'',05 (=78, Hunier); 4«',99 (= 94, Mionnet, ibid., p 165, n“ 748); 4*',94 (= 70 1/4, Hunier); 4‘',87 ( = 91 3/1, Mionnet, ibid., p 103, n* 735); 4«\77 (=89 3/4, Mionnet, I. VI, Suppl., p. 304, n* 1175).

(4) 3<',63 (=56, suivant Hunier, qui en cite deux); 3f,62 ( = 55,8, Thomas); 3'', 01 ( = 68, Home de l’isle, Métrologie ou tables pour servir à l'intelligence des poids et mesures des anciens, p. 65 ); 3tr,l>0 ( =07 3/4, Mionnet, il), p. 103 et 164, n" 736 et 743). On en compte treize pesant entre 3<',5S et 3i', 50 dans Hunier, le Musée llritannique, Thomas, Leake et Mionnet: dans ce nombre llunter et Mionnet en donnent six au-dessous de 3>’,40.

(5) De l»*, 71 (=32 lit, Mionnet, t. VI, Suppl., p. 287 n* 1204), jusqu’à |f,45 '=52,4, Thomas).

CHAPIT1VE I.

fois le poids normal. Remarquons en passant combien ces divisions ont de rapport avec les pcntoboles, tétroboles, trioboles, dioboles et oboles d’Athènes. Par une coïncidence singulière, c’est encore la pièce de cinq sixièmes qui est ici la plus rare , comme le peutobolo l’est à Athènes. 11 en résulte que malgré son poids élevé, le nom de drachme de Milet que nous avons donné à la pièce pesant 10s',59 et au-dessus, lui convient parfaitement. Nous retrouvons également dans cette série le système suivi par les satrapes, mais avec quelques développements de plus, savoir : les tiers qui sont nombreux, la moitié, le sixième et les multiples du sixième.

Des faits semblables se rencontrent souvent dans les autres monnaies de cette contrée; ainsi les pièces de l’He de Cvpre, au type du bélier, et que M. le duc de Luynes attribue à Amathunte, nous offrent les poids suivants, 11e', 34, 5e', 72 (une seule pièce fort usée), 3e', 37, 1", 48, qui représentent évidemment l’unité, les deux tiers, le tiers, le sixième (1). Ce système fut généralement suivi dans 111e de Cypre (2) et dans les villes de la Cilicie, de la Pamphylie, de la Pisidie, de la Lycie (3), de la Paphlagonie et de la Bithynie (4) ; il passa même en Europe, et on le retrouve, quoique souvent dénaturé,

II) II*', 34, 11*',20, IH’,11, II*', 10, 10<’,1I, 9*',74.- 4*',72. -3*',37. — 1>’,48, 1",4I. Duc <lo Luynes, rViim. cypr., p. 3, 4, b.

(2) Yuy. Mionnet, Poids, p. 1C4 , et duc do Luynes, iïum. cypr.

(3) Mionnet, Poids, p. lis a IG3. — liicclh, ilelrolog. VntcrsucU., p, 74 et 103. Pour la Lycie en particulier, comparez Sharpe dans l’ouvrage de MM. Spralt et Fortes, Travels in Lycia, t. Il, p. 292 et suivantes, où des pièces d’argent semblables pesant 9*',65, et au-dessous se trouveut confondues avec des pièces de Rhodes et d'Athéné-

(4) Voy. Mionnet, Poids, p. 134, 136.

Similitude avec les systèmes de division suivis k Athènes et p»r les satrapes.

Le mfme système k Cypre, dans les villes de l’Asie Mineure et dans celles des contrée»

qnl avoisinent la Grées,

milODUCTlON historique.

ilaus les monnaies (t) de ces contrées alors à demi-barbares, dans la Thrace, la Macédoine, l'illyrie, l’Épire, l'Étolie, en un mot dans la plupart des provinces qui entourent la Grèce , mais jamais dans la Grèce ellemême; on dirait que ces pièces d’origine perse avaient en elles quelque chose d’antipathique aux Grecs proprement dits. Thucydide (2) parle des quarantièmes de Chios; c’étaient probablement des statères perses de 10sr,9i, valant en effet un quarantième de la mine athénienne == 2 drachmes et demie d’Athènes. Chios n’a jamais adopté ce système pour ses monnaies autonomes, et

(1) Il n’existe certainement aucun pays où les monnaies oflTent une plus grande variété de types et de poids que les provinces silures au nord de la Grèce. On y trouve des monnaies du système d'Egine, surtout parmi celles des rois de Péonle, des monnaies attiques avant le régne de Philippe, père d'Alexandre, comme celles de Seuthès; mais le pied monétaire Indigène proprement dit, tel qu’on te trouve pour les plus anciennes monnaies royales de Macédoine et dans les pièces de Gy rance, des Oresciens, de Léte, de Meapolis et autres villes de la Macédoine, de l'Epire, de l'Acarnanie et de l'Etolie, comme pour les plus anciennes monnaies d'Apollonla et de Dyrrachium, est positivement basé sur le statère d’argent perse (avec cette seule dilTerence qu’en général le statère est un peu plus léger, puisqu’il pèse de 0 à 10 grammes), et pour les tétradrachmcs et octadrachmes correspondants, qui pèsent 14<',5 et 29 grammes. Comp. itnvkh, toc. cil., p. 88, 92.

(2) VIII, I0I. Dans plusieurs passages relatifs à Chios, Xénophon ( Hcll ., I, G, 12) parle d’une aEwaîpayptï , mais rien ne prouve qu’il ait entendu par ce mot une pièce de monnaie, car dans ce cas il aurait plutôt dit irewiSptrypov ; il s’agit plutôt de deux quarantièmes. Hussey, p. *3, a cru qu’il s’agissait du quarantième de la mine, mais alors ce n’est certainement pas la mine de Chios. Ces monnaies n’ont positivement pas été frappées avec l’intention d’en faire des pièces de 2 drachmes et demie, et c’est seulement le cours du change qui leur a donné cette valeur extraordinaire. Chaque fois qu’il s’agit simplement de mines ou de drachmes dans les auteurs athéniens, c’est toujours des pièces attiques qu’ils entendent parler, et ceci est une preuve de plus en faveur de notre hypothèse

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